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vendredi 24 septembre 2021

Le coût des études supérieures

 J'emprunte ce graphique, très parlant, à un ami économiste. Il m'a incité à mettre par écrit une réflexion, je dirais un dilemme, que je ressasse depuis longtemps.

Se situer au niveau du Japon/Canada/Corée du Sud?

A dire vrai, c'est une question, que je ne peux arriver à trancher,

J'ai toujours connu le système français, avec quasi pas de frais d'inscription, même si on a souvent hurlé aux augmentations qui étaient imposées progressivement. Excluons cependant les grandes écoles, celles qui sont non seulement gratuites mais où les étudiants sont rémunérés, et celles qui sont d'ores et déjà hors de prix (commerce, management, et bien d'autres). Autant dire que les enfants de familles modestes, même pas pauvres, s'en trouvent de fait exclus, et n'ont comme issue que la Fac.

Le système est beau, généreux, veut permettre à tous l'accès à des études supérieures.
C'est donc l'Etat qui finance l'essentiel du coût des études supérieures, qui subventionne indistinctement classes moyennes inférieures (et les revenus modestes bien entendu, pour lesquels il y a es bourses en plus) et enfants de foyers à hauts ou très hauts revenus. Qui subventionne indistinctement les étudiants étrangers qu'ils soient des jeunes valeureux, méritants, issus de familles modestes (mais ceux-là ont-ils seulement la possibilité de postuler, de voyager, de subvenir à leurs besoins sur place ?) ou qu'ils soient enfants d'élites fort riches, aux fortunes bien ou mal acquises. A tous, la République subventionne les études, indistinctement. Y compris à certains (minoritaires, mais réels) qui enfilent redoublements et changements de filières pour durer étudiants le plus longtemps possible.

Entendons-nous bien. J'accorde une importance primordiale au fait d'accueillir et de former des étudiants en France. Il en va de notre rayonnement, de notre avenir, si tant est que les liens noués pendant les études façonnent les individus qui vont s'en trouver imprégnés tout au long de leur vie, dans l'exercice de leurs responsabilités. Je ne décolère pas que les comptables de Bercy aient au fil des années imposé des restrictions de toutes sortes au prétexte (réel) qu'on subventionnait largement et à l'aveuglette, mais avec la conséquence de tarir (définitivement ?) l'afflux des étudiants étrangers, et en particulier des meilleurs.

Car la quasi gratuité des frais de scolarité est-elle attractive ? Largement pas. Je me désespère de connaître de plus en plus de jeunes Africains - même francophones - qui tournent leurs regards vers UK ou USA, malgré les coûts prohibitifs, et dédaignent désormais la France et l'Europe, ou seulement comme pis aller, si on ne peut faire autrement. C'est justement le coût qui attire ? En tout cas c'est l'ambition des meilleurs. Et ces destinations préférées savent les attirer, avec des bourses, des "grants", et toutes sortes de financement, tout en prenant l'argent des enfants de riches qui ont les moyens de payer les "fees", et retourneront reproduire les élites dont les parents participent. Banco ! Il ne faut pas s'étonner si on construit ainsi notre déclin, notre perte d'influence, à ne pas savoir capter les talents. Tout faux !

Que faire alors ? La solution serait-elle de demander des frais de scolarité correspondant aux coûts réel ou à peu près, à tout le monde (et pas seulement aux étrangers, comme cela a été tenté) ? Ceci s'accompagnant, au denier près, de bourses pour couvrir ces frais supplémentaires, en totalité ou partiellement, en fonction du niveau de revenu des parents, sur la base par exemple du revenu imposable. Et pour les étrangers (ce serait bien entendu beaucoup plus compliqué) multiplier les bourses, sur la base du mérite si on ne peut évaluer la capacité familiale à financer.

Je comprends que cela décoiffe. Et je suis moi-même très hésitant, car on sait la capacité des Finances à progressivement réduire ce type de dépense budgétaire, à en faire une variable d'ajustement, jusqu'à perdre le sens de la mesure. surtout si la volonté politique n'est plus là. C'est un peu la quadrature du cercle, n'empêche que la situation actuelle n'est pas satisfaisante.





samedi 27 septembre 2014

Teaching the gender


HOW TEACHING FOREIGN STUDENTS CAN LEAD TO QUESTIONING ONE'S CULTURAL IDENTITY
When I was requested to participate in the conference celebrating the 50th anniversary of the Language Department at Makerere University (on August 22nd, 2014), a lot of memories came to my mind, as I spent  there 8 academic years in the 1980s, teaching French as a foreign language to students, quite often beginners. I remembered a problem I met regularly, and which puzzled me quite often.

Why is this word masculine or feminine?

When you teach French to total beginners, you bring in a basic vocabulary, and you ask your students to learn :
            le bureau, la table, le stylo, la salle, le livre, la porte, la chaise
And always, unless they dared not, the students, feeling confused, would ask: WHY ?? why LE here, and LA there??
Then, in a very masterly tone, you tell them that we use LE when nouns are masculine, and LA when nouns are feminine. But it does not solve the problem at all. Because immediately comes again the question WHY?? What is masculine about STYLO? the phallic shape? but what about LIVRE? what is feminine about TABLE? the long legs? but what about PORTE?
At first I would attempt explanations which do not work, skirt the problem, show authority: it is like that, learn it, full stop.
But still it makes you think, ask yourself questions you never considered before. Because for a native speaker it is so obvious. A book is masculine, a chair is feminine. You are taught that from P1, or even before at home. When a toddler, uttering your first words, you were corrected : No, say “une table”, not “un table”, And you did.
But for foreign students, it could be a discouraging mystery. They want to understand, they have an idea about masculine and feminine in life, they try to make the connection, and feel frustrated. I know – and I was confirmed when talking to several of you – that this issue makes many students hate learning French, and often drop it. So, what is to be done?

The gender of nouns in the French language

Let’s go back to some basics of French.
In French, there are 2 genders, called “Masculine” and “Feminine”. We don’t have NEUTER. In France, one has to choose one’s side: no middle way.
The gender of the noun is very important, because it affects determiners (articles, demonstrative, possessives, etc.), pronouns, adjectives (which agree with the noun, unlike in English), the verb sometimes when used with an  auxiliary.
     Le stylo est vert. Il est posé sur la table.
     La règle est verte. Elle est posée sur la table.
“Masculine” and “Feminine” refer (at least metaphorically) to a reality in nature: the sexual differentiation among individuals of a same species. But what about nouns referring to realities with no gender connotation – no sexual differentiation? Are there any rules,is there any way to understand or explain the distribution into genders?
Let’s consider some examples.

Names of animals

Sometimes, the noun changes for male and female. It applies to a few familiar animals: pets and farm animals, game. Obviously, this differentiation goes back far into the past, to the Middle Ages, and refers to the daily life of the time.
   Un chien, une chienne – un chat, une chatte –
   Un taureau ou un bœuf, une vache – un  cheval  ,une jument,
    une poule-un coq, un lapin,    une lapine
   Un cerf, une biche -- un sanglier, une laie -- un loup, une louve – un lion, une lionne
But for all other species, more than 98%, there is only one word, either masculine or feminine – randomly -, and you have to add “male” or “femelle” to stress the difference:
     un pigeon, une souris, une girafe, un aigle, un hippopotame, une antilope
     LE perroquet, le marabout                    LA cigogne, la pintade
     LE pigeon, le paon                               LA colombe, la grue couronnée
     LE capitaine, le tilapia                           LA carpe, la morue
     LE ver de terre, le batracien                  LA limace, la grenouille
     LE scorpion, le hanneton                       LA fourmi, la cigale,

Names of countries :

Even countries are either Masculine or Feminine.
   LE Canada        LA France                       LE Kenya               LA Tanzanie
   LE Maroc          LA Tunisie                      LE Pakistan           LA Birmanie
   LE Honduras     LA Guyane                      LE Soudan             LA Guinée
But the same country can be both:
   LE Royaume Uni                                      LA Grande Bretagne           
Apparently, there is a differentiation. When the name of the country (in French) ends with –e, the country is feminine, if not, it is masculine (with the exception at least of Mexico - LE Mexique – don’t ask me why).
But is Uganda more masculine than France ?

A few interesting or  funny cases:

 The same reality can have 2 names nouns of a different gender
Just to mention 2 cases of such homonymy.. There are so many others:
   Un cartable, une serviette – un tube, une durite

In the military field:
Nouns, as expected, are masculine:
   Un capitaine, un sergent, un officier, un soldat, un artilleur, un sapeur,
But you also find
   une sentinelle (sentry), une estafette (courier), une ordonnance (orderly, batman)
Why ? Though not heroic, those positions have never been a gay preserve.

Sexual organs

We have so many names for them in French. But interestingly enough, the nouns for the male organ are either masculine or feminine
   Un v…, une b…, un b…, la v…, le z…, la p…, etc.
And the same applies to the female organ :
   Un v…, une c…, une m…, la p…, le c…, le m…, la p…, etc.
Decency forbids me to be more explicit, but you have them in mind, and many more.

In conclusion

There is nothing like any explanation to be given, nothing like a guide line to help the learner.
Nouns in French are “masculine” or “feminine” just at random, irrationally- May be the blame can be put on the ancient Latin speakers, from whom we inherited. But they had a neuter, which, unlike in English or German, we abandoned and distributed the neuter nouns into our two Masculine and Feminine categories in an incomprehensible way.

The reality of the language

Classes of nouns

In a dramatic Cartesian move, let us abandon our beliefs, criticize them, and look at the language itself, without any prejudice or the traditional categories.
In French, there are 2 classes of nouns .The only characteristic which actually differentiates them is that each class uses a different set of words, or paradigm (determiners -articles, interrogative, possessives, etc.-, pronouns -personal, possessive, etc.-) they go or agree with.
One class will use le, un, mon, ce, il, celui-ci, or agree as beau, vert, écrit, etc.
One class will use la, une, ma, cette,elle, celle-ci, or agree as belle, verte, écrite, etc.
The other way round, a noun belongs to this or that class according to whether it fits with le, un, mon, etc.  paradigm, or la, une, ma, etc. paradigm.
I use here the term of class of noun which is the one used for describing Bantu languages, where there are usually more than 2. In Kiswahili for instance, you can find the m-/wa- class (mtu, watu – mzee, wazee), the ki-/vi class (kitabu/vitabu), the ji-/ma- class (jicho/macho), and several other classes,where each commands agreements:
   Mzee wangu mzuri           Wazee wangu wazuri           (my elder(s) is/are fine)
   Kitabu changu kizuri       Vitabu vyangu vizuri            (my book(s) is/are nice)
   Jicho langu zuri               Macho yangu mazuri            (my eye(s) is/are good)
In spite of the fact that we have a prefix in Kiswahili and a detached determiner in French, the systems are quite similar. Thus, the category of class of nouns to describe the French language too looks relevant.
In French, it will also imply the agreement of the adjectives or verbal participles

Which nouns belong to which class?

Now, if the go back to consider  the question, is it 100% randomly? Not really.
It happens that most nouns with a male gender connotation belong to one class (aka “masculine”), together with so many more nouns without any gender connotation at all. And most nouns with a female gender connotation belong to the other class.(aka “feminine”). It applies in about 99% of cases, but not always, as we mentioned earlier.
In both classes of nouns, those with gender connotation are a small minority. Yet, the whole class of nouns is usually, traditionally named, in French grammars, after that small part of it.
In fact, it is a kind of metonymy which is not acknowledged. Taken for granted. Ideological, in fact.

Naming the classes of nouns

Talking in terms of classes of nouns, as described above, should imply to abandon the use of the words “masculine” and “feminine”, as confusing and irrelevant to describe the reality they refer to.  What to replace them by?
Let us discard A and B, or 1 and 2, etc. as they imply a hierarchy, an order, a superiority of one over the other.
In a previous note of blog  (see “Et ta soeure ? – Elle bat le beur.” - ) I proposed  to name one class of noun # (hash) and the other class of nouns * (star).
Why ? (1) Those signs, though not in the alphabet, are now found in each and every handset keyboard. (2) There is no hierarchy between them. (3) As in French we say UN dièse (#) et UNE étoile (*), each can easily symbolize the class it belongs to.
Anyway, this is just a proposal, with a pinch of salt. But talking of classes of nouns (and NO LONGER about “masculine” and “feminine”) could make things easier when teaching foreigners. Especially when it corresponds to a reality they are used to in their own vernacular languages. They will not get confused if you refer them to what they know. They will not ask any longer the “WHY?” question: you have to know which class a noun belongs to. Period.
But in France, proposing to drop Masculine and Feminine from Grammar cannot even be suggested. I don’t know who would dare utter such a change, as this idea is a mere abomination.

Why such a resistance ?

For centuries these categories (Masculine/Feminine) have been and are still imposed on French speakers. We drink them from the mother’s breast.
They are self imposed. A form of alienation, as we are not conscious of it. We take it as a matter of fact. A kind of accepted servitude, as La Boetie would say..
That nouns are either masculine or feminine is as obvious as the sun is bright and the night is dark. At school, we learn that rule : “le masculin l’emporte sur le feminin” – the masculine prevails over the feminine … And indeed, in French, you have :
   Paul est beau. Jeanne est belle.
   Jeanne, Sophie, Marie, Dorothée, Agnès, … (+ 50 girls), sont belles.
   Jeanne, Sophie, Paul, Marie, Dorothée, Agnès… (+ 50 girls), sont beaux..
However numerous the feminine nouns may be, the agreement will be masculine if there is but one noun of this case in the list. That is what the language says about the reality of life.
Those categories (M/F) imply – and spread – certain ideas about gender differences, and their respective roles – not so much in the language as in the society. Saying # prevails over * is meaningless. But the“masculine prevails over the feminine” tells a lot.
Language is not in a vacuum, it is the language of a society.
It is informed by the values and uses of that society. Social, ideological, religious values. It embodies the “UNCONSCIOUS” of the society. As a native speaker, one thinks through the values one is unconsciously imposed upon by the language.
A language is a “vision of the world”. Then, what one sees around comes as self evident, when the truth is that one sees the world through the particular lenses of one’s own language (or languages).
As the French philosopher Louis Althusser puts it : “Ce que je pense n’est que l’effet de ce que j’impense.” (what I think is…)
Thus teaching a language is also teaching those values enshrined in the language itself.
Teaching a language to native speakers is a way of socializing them into the society, by transmitting those values. It is part of community or citizen building.
Teaching a foreign language is a way to help the learner to discover a different world, or a world seen from a different perspective. To discover some values which are not his – and that he is invited to share, or at least feel, be sensitive to, if he wants to be fluent.
 (All those statements after all are commonplaces).
The point I wanted to make here is that grammar, too, participates in transmitting values.
Anyone would think that grammar is just ideologically neutral, but this is not true, as the topic we explored today demonstrates.
Grammar is not a scientific discourse about a language. It does not objectively describe an object called a language, as an entomologist would describe an insect.
Grammar enunciates a way the language should be looked at – not necessarily as it is. It is ideological. It is an interpretation of the language. It is the way a society looks at its own language, as it expresses its explicit or implicit values. Grammar is a mirror displaying not the image of a language, but the image that a society has of itself. A kind of selfie.
Then, teaching grammar contributes to strengthening this image, to transmitting values and representations. It is meant for the native speakers, for the strengthening of the social cohesion and transmission. In a kind of inner bondage.
 But also teaching a foreign language can give the opportunity to break the illusion, to have a distanciated view. The teacher of a foreign language is not locked in the ideological circle. He can have a look at the language from the outside. He does not have to adhere to the image the native speakers have of the language he teaches. I would even say: he must not.
Freud showed that an outsider is necessary to allow one to dilute one’s fantasies and cope positively with the reality. This is the meaning of psychoanalysis. The same idea can be applied to the teacher of a foreign language. If he has a critical eye, if he remains an outsider, looking from the outside, he will be in a position to point to the discrepancies between a language and the idea the native speakers have of their own language. And then help the latter out of some illusions.
You teach a foreign language. The language does not belong to you. You have to teach it as it is. As the speakers speak it. But when teaching your students, you don’’t have to adopt submissively the image the native speakers have of their own language. It may be deceitful. Allow yourself to have original approaches. Dare. Use unhesitatingly  the similarities with the languages your students speak, if it helps them, as I said earlier. Be critical with the grammar and methods coming from the native speakers, they are meant for their own use.

Gender and societal changes

Life is change and movement. Societies change a lot, more and more and especially these days, in so many areas. Among other major changes in the last 50 years, in France and in the Western world at large : the gender equality issue.
The language is conservative, it changes more slowly than societies. But yet, it is affected. How does the French language adjust to the progress of gender equality?

The changes in French

As any other language, French changes, according to what the native speakers do with it. Some new words appear, some are no longer used. All sorts of influences play their part.
There are also the prescribers, those with some authority to propose changes.
Stephane Mallarmé assigned this task to the poets : “Donner un sens plus pur aux mots de la tribu” (give a clearer meaning to the tribe’s words). Additionally, France is may be the only country in the world where the language is political and ruled by the law. The National Assembly debates on language issues.
So, how are the societal evolutions (gender equality) being translated into the language, and grammar ? Let’s take an example.

The names of jobs and positions

Women have had gradually access to many – most - jobs which had always been men’s monopolies or preserves. Most of them have “masculine names”, without any feminine equivalent, which is very much resented by women in these positions.
   Un ingénieur, un professeur, un soudeur, un charpentier, un bijoutier, un pasteur,
   un maçon, un auteur, un écrivain
Yet there are many cases, in French, when names of jobs have a feminine equivalent :
   Un infirmier     Une infirmière               Un danseur           Une danseuse
   Un instituteur   Une institutrice            Un marchand        Une marchande
   Un postier        Une postière                  Un paysan             Une paysanne
Une sage-femme (midwife) does not have a masculine form.
But in many cases, the corresponding feminine form does not refer to a woman in charge but to « the wife of »  :
   Le boulanger    la boulangère                 Le général             la générale
   L’ambassadeur l’ambassadrice               Le maire                la mairesse (horrible)
Some have got a very different meaning, always derogatory:
   Un entraîneur  une entraîneuse             Un professionnel  une professionnelle
   Un rapporteur une rapporteuse            Un maître             une maîtresse
There have been attempts : Madame le Maire, Madame le Ministre – with the use of feminine agreements.
But that was not enough for some feminist activists.
A grammatical nonsense : adding a final -e
We are taught in Primary school that you turn an adjective into feminine by adding a final –e. This is a big simplification, as the reality is much more complex. But it produces a fantasy somewhere at the back of the minds: final –e = feminine..
Thus a trend (somehow officialized) to add a final –e to nouns of jobs or positions when one refers to a woman :
une écrivaine, une auteure, une procureure
(mind that you find it only with prestigious jobs : une fraiseure, une facteure, une soudeure are nowhere to be read)
As a consequence, many writers and journalists use these forms, to sound women lib friendly, or gender correct.
Personally it hurts my ears and my feeling of the language. As a false note in a sweet and familiar music. The addition of this final –e is pure fetishism.
It is nothing but a myth. And a nonsense, considering the history and uses governing the life of the language Final –e is very common with masculine nouns, while many feminine nouns do not have a final –e. The rules to turn adjectives and nouns into feminine are much more complex than a simple addition of –e (-eur / -euse, -teur / -trice, etc.).
   instituteur       institutrice                      directeur              directrice
   coiffeur           coiffeuse                       chanteur               chanteuse
   romancier        romancière                   poète                     poétesse           
In fact, un prieur / une prieure  is the only existing case in French of a final –eur becoming –eure when the position is occupied by a woman. Not very modern or exciting.
All that reveals some unconscious ideas in the society. The final –e becomes an emblem, a mark of identity. A kind of flag telling that this position has been conquered. It is.ostentatious. Grammar is also a ground where fantasies can grow and flourish.
I believe this is short - sighted and does not help  much the fight for gender equality, or rather against gender inequality. Another evolution is much more interesting.

Using epicene nouns

Some nouns and names are both masculine and feminine – or the masculine noun and the feminine noun are exactly similar : un enfant, une enfant whether boy or girl. Some first or Christian names are used for both boys and girls  : Claude, Dominique, Camille.
It has a name in grammar: “Epicene nouns” , which an English dictionary defines as: “denoting a noun that may refer to a male or a female, such as teacher as opposed to businessman or shepherd”.
It gets more and more frequently used : la ministre, la deputé.
The noun, originally masculine, is treated as feminine (using the determiners, agreements, etc. proper to feminine nouns) when it refers to a woman. We can have then :
   Ce grand écrivain est un excellent romancier.
   Cette grande écrivain est une excellente romancière.
It breaks a very strong rule : it introduces an agreement according to the meaning, to the referent, and no longer according to the grammar or the signifier.
So, how about considering all nouns as epicene, and use them as masculine or feminine according to the person they refer to ? It would go a much longer way into abolishing gender inequality than the cosmetic –e.
By the way, the personal pronouns of 1st and 2nd person (je, tu and also nous, vous) are epicene. They are either masculine or feminine according to who speaks or is spoken to. So, nihil novi sub sole, it is not something that extraordinary.

Conclusion

The debate is still raging on.  We shall keep you informed of the next developments

samedi 18 janvier 2014

Impressions du Mali

Je n’étais allé qu’une seule fois à Bamako, et encore pour un séminaire qui nous avait laissé peu de temps. L’occasion d’un pèlerinage à la recherche d’un auteur, les contacts sur place que cela m’avait permis d’avoir offraient une belle occasion.


Sympa dès l’abord. La frontière, on avait déjà passé pas mal de temps côté ivoirien – j’arrivais en bus d’Abidjan – et même topo : tout le monde descend et donne sa pièce d’identité puis se dirige sous un arbre, à proximité des bureaux, modeste construction  avec une natte qui fait paravent  sur le côté droit. Distinction est faite entre les titulaires de passeports et les autres. Un groupe de gars grands et secs, en  qamis, quelque peu barbus, allure de Maures, sont appelés à l’écart. Un autre groupe de jeunes aussi, Ivoiriens à l’évidence, très bruyants et brassant l’air depuis le départ. Ils arborent RayBans et super smartphones. L’appel commence, à se rendre au guichet derrière le paravent pour récupérer ses papiers. Un après l’autre. Confidentialité.  Un des premiers servis revient avec l’info pour les autres. Ils prennent 1000 (CFA, soit 1,5€) par personne. Raisonnable. Je n’ai pas envie de donner, on va voir.  J’attends mon tour, comme précédemment de l’autre côté de la frontière. Les Maures ont dû raquer davantage, ça a duré pour eux sur la gauche du bâtiment, et ils font un peu la gueule. Les jeunes kakous aussi (version africaine du marseillais cacou) . Je saurai plus tard que ce devaient être des spécialistes de l’escroquerie en ligne, qui arrivent à ramasser de fortes sommes, mais qui – pourchassés désormais en Côte d’Ivoire – se font envoyer les sommes à Sikasso, juste de l’autre côté de la frontière. Ils viennent donc relever les compteurs, et doivent arroser les uns et les autres. Ils s’arrêteront en effet à Sikasso. Presque tout le monde est passé, j’attends. Pour la bonne bouche ?  Mais un gars en uniforme s’avance et me dit de venir. Il me conduit vers une table basse autour de laquelle des gradés sont assis dans de bas fauteuils de jardin. Je m’approche. Le supérieur me tend mon passeport avec un sourire. Nous sommes très reconnaissants de ce que vous faites pour nous. Vraiment, la France nous a sauvés, on vous remercie. Je bafouille quelques mots sur l’amitié franco-malienne, et m’en retourne vers le groupe qui a commencé à remonter dans le bus. Bonne maison, 1000CFA d’économisés.
A un arrêt du bus

Le Mali est un pays en guerre.  A Bamako, ou même jusqu’à Mopti, il n’y paraît pas. En plus d’une semaine j’ai vu en tout et pour tout deux militaires français. Ils prenaient leur bière et déjeunaient au restaurant de l’Institut français. Rien de bien belliqueux.  Des soldats maliens, de ci de là, quelques véhicules, pas de lourde surveillance le long des routes, ça doit se passer ailleurs. Assis au bord de la route du Nord, à Sévaré, tout près de Mopti, on voit défiler un important convoi de semi-remorques  chargés d’énormes citernes ou containers, tout de blanc peints, marqués de grands UN. « Tiens, ils ont plutôt l’air de s’installer, ceux-là ! » remarque-t-on à côté de moi.

Le site de Bamako a de la beauté. Le Niger, déjà très large, très en eau à cette saison, a creusé de part et d’autre une vaste plaine que borde une barre de collines, où la ville commence à grimper. La Présidence y domine, sur une rive. En face, on pourrait parler d’une colline du savoir, où j’ai trouvé à me loger, avec nombre de bâtiments universitaires. La ville s’étend en contrebas, liée par ses deux ponts. Peu de grands immeubles, une poignée, des banques bien entendu, la BCEAO et sa tour aux accents d’architecture sahélienne. Le reste est bas, laissant apparaître le faîte de nombreux arbres. 


Une avenue de Bamako
De fait, le centre ville a un parfum d’antan. Des rues ombragées et poussiéreuses. Le goudron, plutôt étroit, est en bon état. Les voitures s’y croisent à l’aise, sans plus. Pas de trottoirs bien entendu, les bas-côtés pour le piéton sont défoncés, des saisons de pluies y ont creusé les rigoles. Mais c’est assez large sous les arbres. La place d’installer de quoi s’asseoir. Beaucoup de groupes d’hommes, autour d’une théière sur un petit brasero. D’autres regardent passer. La vie s’écoule (c’est cool). Ailleurs de très larges avenues, quatre ou six voies, sans âme. La ville bouge, ça circule, oui. Mais ça s’active ?

Cet invraisemblable « Projet de la production 
et de l‘utilisation de l’huile de jatropha
comme biocarburant durable ».  PPUHBD ??
Ce type de projet qui commence par utiliser
les fonds reçus pour acquérir de beaux locaux
et des véhicules (photo) avant de commencer
 à se demander ce qu’est même le jatropha.
Marcher le long de ces rues. Sur les villas sous les manguiers, ou sur les petits édifices, partout : Direction générale de tel ministère, Office de ceci, Service de cela. Agence machin. Projet untel, Délégation  unetelle, ONG tartempion. L’institutionnel  règne.  Jusqu’à l’immense, rutilante cité administrative d’un goût architectural moyen qui s’étend le long du fleuve, au débouché d’un des ponts, œuvre ou don dit-on de Khadafi, qui regroupe tous les ministères dans une cité fermée sur elle-même. Splendide enceinte d’ivoire.
Pour qui est plus habitué à Lagos, à Nairobi, ou même à Abidjan, à ces villes où l’activité trépide, où les opérateurs économiques tiennent le haut du pavé, quel contraste ! Je me sens un peu trente années en arrière, dans l’after des Indépendances, quand la bureaucratie coloniale s’était renforcée d’une large étatisation. C’est l’administratif qui donne le la, qui imprègne l’état d’esprit. Le seul  véritable entrepreneur que je rencontre me le confirme, et semble bien isolé. Au demeurant l’administratif est débonnaire, sympathique, fait de son mieux (j’en ai connu ailleurs des bien pourris qui  ne s’occupaient que de tirer profit).
La Cité administrative, toute récente, rassemble tous les Ministères
Ca fonctionne, à sa manière.  Mais à la résidence, par exemple, agréable et très bien tenue, le petit personnel d’entretien est pléthorique, le responsable de la Cafétéria suffisant et incompétent (on me dit qu’il n’y a au Mali aucune école de formation aux métiers de l’hôtellerie ou de la restauration, un enseignement technique et professionnel presque inexistant en général), je me demande comment cet établissement, encore une fois  très agréable, équilibre ses comptes, de quelles subventions il vit.
Une anecdote. Je voulais utiliser internet sur mon smartphone.  Pour cela, on me dit qu’il faut configurer l’appareil tout spécialement. Bon. Mais pas chez un concessionnaire Orange où je me rends, non, faut aller au siège même d’Orange.  Un seul lieu dans la ville. Dans le pays ? Je vais donc dans ce lieu à la pointe de la modernité technologique et du secteur concurrentiel. Grand hall, équipement moderne, écrans plats,  affichage en diodes des numéros d’appel.  Un guichet pour l’accueil avec deux personnes. Je vais m’approcher mais on me donne un numéro.  Faut aller faire la queue sur des bancs en attendant d’être appelé pour expliquer son problème (et être dirigé alors, selon, vers l’une des autres queues  que je découvre dans la grande salle). A vu de nez – ou du peu d’empressement des agents de l’accueil à traiter une personne, s’activant à tout autre chose entre deux – il y en a pour au moins une demi-heure pour la première étape. Je pianote mon mobile, et m’aperçois qu’il y a une couverture wifi. Accueillant, pour meubler l’attente. Et puis la moindre des choses, en ce lieu, promotion de son produit, tout ça. Je me dirige vers un comptoir pour demander le code d’accès. « Ah non, désolé Monsieur, la wifi est réservée aux techniciens. » Désolation. On ne s’occupe pas des clients, on traite des administrés.  Comme au bon vieux temps.

Vue du marché
L’impression, comparativement encore, d’un pays qui se laisse vivre. Qui se satisfait de son état, vaille que vaille. Qui ne va pas chercher plus loin. Sous perfusion des aides internationales et de l’argent de l’émigration, exportant personnels de nettoyage, jeunes hommes sans qualification, qui seront bientôt pressurés. Le quartier du marché est actif, le commerce a envahi rues et immeubles. Un peu à la façon de Lomé. Mais c’est une activité traditionnelle, import et export, gros et détail, qui rapporte à ses acteurs mais n’a pas d’effet levier. L’accès à Internet est plutôt poussif, les cybers assez désuets et très modérément fréquentés. S’ils le sont ailleurs beaucoup par de jeunes aigrefins, cela crée néanmoins une culture informatique que l’on ne sent pas ici. Le niveau général d’éducation semble assez bas. On a du mal à se faire comprendre. Les chauffeurs de taxi connaissent mal  la ville, les explications sont laborieuses, ils s’adressent systématiquement à l’Africain qui m’accompagne, pour pouvoir échanger en bambara, et même là, c’est pas gagné.  Un ami Ivoirien s’étonnait de cette pauvreté, par rapport à Abidjan. 
Assis sous les neems de Sévaré,
en train de prendre le thé,
avec Abdoulaye et Boubacar


Un autre point.  A discuter avec les uns et les autres, à regarder les infos, les publicités aussi, on sent un réel attachement au pays, un vrai patriotisme – sans pour autant d’esprit de clocher, ou cocardier. Il y a une vraie fierté d’être Malien, de bon aloi. En tout cas dans les parties que j’ai visitées, je ne suis pas allé dans le Nord des Touaregs. Cependant, là encore, avec le recul, quelque chose qui chagrine. A aucun moment, de la part de quiconque, où que ce soit, je n’ai vu mentionner la dimension régionale, une vision d’avenir dans un espace plus grand que national. Or, quand on observe l’Afrique – et d’autres continents de la même façon, le nôtre compris, il est évident que si développement, si émergence il doit y avoir, elle ne peut se faire que dans le cadre d’intégrations régionales. C’est l’affaire du siècle. L’Afrique de l’Est s’y emploie résolument. L’Afrique du Sud polarise tout le cône austral et vise au-delà. Le Nigéria cahin-caha assoit son hégémonie  sur la partie ouest. On ne semble guère s’en soucier au Mali, on ne sent pas cette conscience, Même si Ouaga est plus près de Mopti  que  Bamako. Même s’il est plus facile d’aller de Kayes à Dakar qu’à Bamako, on se satisfait des limites de son pays. L’expérience montre que lorsqu’on ignore un grand bouleversement, il se fait quand même, et on s’en retrouve victime faute s’y être inséré.


Voilà beaucoup de points plutôt négatifs. Je m’en voudrais beaucoup de blesser mes amis Maliens, qui sont si merveilleux, qui m’ont si bien accueillis, que j’ai tant envie de revoir, de retrouver, dans ce Bamako si agréable, dans ce Sévaré si chaleureux où l’on partage au moins autant l’amitié que le thé. Qu’ils ne voient dans ces lignes que l’expression de mon souci de leur devenir, dans un monde en tourmente, dans une Afrique en grande mutation, prometteuse, dynamique,  mais où, comme partout dans l’Histoire, les places aux  premiers rangs iront à ceux qui auront su sentir le vent.

samedi 5 janvier 2013

Tournier le sensuel

J'ai gardé des années le souvenir de ce texte lu à Zaria, au nord du Nigeria, dans la sélection hebdomadaire du Monde que nous recevions alors, ça fait donc bien longtemps. Souvenir vivace, tant les idées m'avaient frappé, souvenir diffus puisque j'avais oublié qu'il s'agissait d'un entretien, et que je le pensais plus récent que 1984, plus proche de notre retour en France trois ans plus tard. Depuis, je l'avais égaré et l'ai cherché dans tous les recueils d'essais de Tournier, dans les archives du Monde, sans succès. 
Occupation de mon dernier séjour parisien, aller passer une matinée Quai Voltaire, à la Documentation française. 
Pour vos étrennes - ça ressemble à "étreintes" -, l'hommage de ces pensées.

TOURNIER LE SENSUEL

Se qualifiant lui-même de « naturaliste mystique », l'écrivain Michel Tournier a une passion pour la matière, le geste, le contact physique. Il aime caresser le monde du regard, sentir la chaleur de la peau sous ses doigts, se gorger d'odeurs, se couler dans la moiteur de la terre. Ce sensualisme sulfureux inspire la plupart de ses romans, depuis Vendredi ou les Limbes du Pacifique à Gilles et Jeanne, en passant par le Roi des aulnes (prix Concourt 1970) ou les Météores.

- Dans notre Europe « civilisée », la réserve est érigée en vertu, et chacun cherche à imposer ses distances. En Afrique, au contraire, on est frappé par la diversité des contacts physiques qui règnent entre les hommes ou entre les femmes. A quoi attribuez-vous cette différence fondamentale ?
- La France est un pays divisé aux deux tiers : le Midi commence très loin ; les Français ne sont méridionaux qu'en petite partie. La majeure partie du pays est nordique, océanique, et la vague moralisante qui vient du froid déferle sur la France avec l'influence prédominante des Anglo-Saxons sur notre civilisation, c'est-à-dire depuis le début du XIXe siècle. C'est une morale qui prêche l'horreur du contact physique : on se tient à distance, chacun maintient son quant à soi. On constate d'ailleurs une chose curieuse : les révolutions scientifiques mordent très inégalement sur la vie quotidienne ; tout le monde sait que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil, et pourtant cette vérité n'a pas influencé nos habitudes, car nous continuons à parler du lever ou du coucher du soleil. En revanche, à la fin du XIXe siècle, il y eut la révolution de Pasteur, et hélas, dès lors tout le monde a peur des microbes des autres.
- Ne croyez-vous pas cependant que la raison est plus profonde, qu'elle est plutôt psycho-religieuse ?
- Mais le microbe est un phénomène psycho-religieux ! Le microbe, c'est l'esprit du Mal qui pénètre chacun de nous, c'est pour cela que la révolution microbienne de Pasteur a eu un tel succès. Elle se situe exactement dans le droit fil de la peur, de l'esprit malin qui vient s'installer chez les gens. Au lieu d'exorciser les gens, on les désinfecte maintenant. On pourrait presque établir une carte de France - et même de l'Europe - des lits « couche-tout-seul », qui est encore une invention anglo-saxonne et qui gagne depuis le nord vers le sud.
- Ne serait-ce pas une invention protestante ?...
- Non seulement protestante, mais calviniste. On pourrait établir la frontière du lit à deux personnes. Tandis que l'Afrique est un continent où l'on ne dort jamais tout seul, on dort en grappes, on se tient chaud, on rêve ensemble. L'enfant africain ne perd jamais le contact physique avec sa mère, elle ne le quitte jamais, ne le laisse pas seul dans son berceau...
- La femme africaine porte depuis toujours son enfant sur elle, et il est intéressant de constater que maintenant, certaines femmes occidentales imitent cet exemple.
- Ce serait en effet une grande révolution, mais je crains qu'elle ne soit pas encore à la veille de se généraliser. Combien de fois voit-on en Afrique une petite fille maigrichonne de dix ans porter à cheval, sur sa hanche son petit frère qui est parfaitement capable de marcher, mais tous les deux préfèrent ce contact physique étroit. Or dans nos régions, ce contact est interdit ; on n'a pas le droit de se toucher. D'ailleurs, vous connaissez l'argot des curés : « se toucher » veut dire se masturber, ce qui est naturellement le comble de l'horreur et de l'abomination. Il n'y a pas de doute que nous vivons dans une « civilisation de l'image » : tout y est pour l'œil, et rien pour la main. Nous vivons dans un monde où l'on ne se touche plus, où l'on ne se sent même plus. Nous vivons dans la civilisation des « déodorants » !  Autrefois, en traversant les villages, chaque artisan vous envoyait son odeur : il y avait le cuir, il y avait le maréchal ferrant, le marchand de couleurs. Aujourd'hui, seul le boulanger sent encore quelque chose ! Nous vivons, hélas, dans une société sans odeur, sans saveur, sans contact physique, tout est pour le regard !
- Peut-être même pas, puisque lorsque l'on regarde longuement quelqu'un, il se méfie aussitôt ; car ici, dévisager signifie - d'office – « critiquer »; tandis qu'en Afrique, cela suscite plutôt de la sympathie, l'échange d'un sourire...
- En effet, on n'ose même pas regarder les gens. Moi qui suis très curieux, et par goût et par besoin professionnel, j'ai tendance à dévisager les gens en les examinant des pieds à la tête, et il m'arrive souvent de me faire fusiller du regard, voire apostropher. J'en arrive donc à avoir toujours une paire de lunettes de soleil pour pouvoir enfin regarder les gens tranquillement. A la base de tout cela, il y a un manque total de convivialité, de sociabilité, nous vivons dans une société où les gens se détestent.
- La raison fondamentale ne serait-elle pas due au principe sacro-saint de « l'individualisme » ? Ne me touchez pas, je ne vous touche pas, chacun pour soi...
- Exactement. Chacun pour soi et Dieu pour tous, ce qui n'est d'ailleurs même pas vrai. Vous savez que le précepte que Jésus a donné comme premier dans la religion chrétienne « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » devrait nous faire réfléchir : si l'on ne s'aime pas soi-même, il est absolument impossible d'aimer les autres, parce que l'on projette sur eux l'antipathie que l'on a pour soi-même.
- Les Français seraient-ils trop intelligents et donc trop  critiques pour « s'accepter » tels qu'ils sont ?
- Dieu merci, la France est un pays mitigé, et je me félicite de l'arrivée en masse des travailleurs immigrés, qui constitueront bientôt une minorité importante. Il y aura ainsi une autre échelle de valeurs dans les rapports avec les autres et envers soi-même. Afin de contrebalancer ce courant intense qui, depuis deux siècles, vient des pays anglo-saxons, pays de la méfiance, de l'antipathie de soi-même et des autres, et peut-être du monde entier.
On s'en plaint, il y a des frictions, on trouve qu'ils font trop de bruit, une cuisine trop odorante. Mais tant mieux si cela pouvait enfin remuer ces horribles petits-bourgeois frileux, resserrés sur eux-mêmes, qui ont peur des autres et se barricadent chez eux.
Mais, il y a un autre domaine que je voudrais évoquer, c'est la télévision. Vous y voyez, en gros, trois choses: les programmes, qui sont presque toujours nécrophiles, violents, dans l'esprit anglo-saxon dont nous venons de parler. Ensuite, vous avez les actualités : on y montre des gens qui meurent de faim, des corps squelettiques, pustuleux, et torturés. Et puis, vous avez un autre domaine, que j'adore, et je ne suis pas le seul, et c'est la publicité. Là, c'est le contraire : c'est un véritable éloge de la vie, du corps, de la beauté. C'est la seule fissure par laquelle passe un tout petit peu d'érotisme, chose absolument proscrite à la télévision, dont la morale est : faites la mort, ne faites pas l'amour ; tapez-vous sur la gueule, mais ne vous caressez pas.
- Pourquoi n'écrivez-vous pas un livre à l'éloge du contact physique, une sorte de manuel pour empêcher ce dessèchement ?
- Je ne fais que cela. Tous mes livres célèbrent le contact physique, et notamment ceux que j'ai écrits avec suffisamment de soin pour que les enfants puissent aussi les lire. L'un d'eux, Pierrot ou les Secrets de la nuit qui est mon meilleur livre, n'est qu'un hymne au contact physique. C'est une histoire entièrement charnelle, une histoire d'odeurs, de gustation. Je la considère à la fois comme traité d'ontologie, de morale, et une leçon d'amour.
- Que signifie, au juste, le « contact physique » pour vous ?
- Le contact physique, c'est la relation absolue. Souvent, lorsque l'on en parle, on imagine tout de suite l'acte sexuel, mais il y en a bien d'autres, beaucoup plus intimes. Il n'y a pas plus intime que le contact physique entre une mère et son petit enfant.
- Serait-ce la seule relation vraie ?
- Ce n'est pas la seule, mais c'est sûrement la plus vraie de toutes. J'ai écrit un livre sur les jumeaux, les Météores ; eh bien, il n'y a pas de contact physique plus étroit que celui qui existe entre eux puisque ce qui se passe à l'intérieur de l'un est aussitôt ressenti par l'autre : ils peuvent se passer de la parole.
- Si vous aviez vraiment trouvé le contact physique que vous cherchez tant auriez-vous pu vous passer de l'écriture ?
- C'est parfaitement possible. Il est certain que, grâce à l'écriture, j'ai avec tout un chacun un contact qui m'est infiniment précieux, mais qui n'est peut-être que l'ersatz d'un contact physique universel.
J'ai été invité récemment à distribuer aux enfants aveugles les premiers exemplaires de Vendredi ou la Vie sauvage en braille. Lorsque je leur ai fait la lecture à haute voix, une petite fille a toujours gardé sa main dans la mienne, et ce contact était bien plus important que tout ce que je pouvais lui dire.
GUITTA PESSIS PASTERNAK

Entretien paru dans Le Monde du 13 août 1984, page XIV.

samedi 16 juin 2012

Mort au trimestre !!!


L’actualité bruit –presque autant que des législatives ou de la crise de l’euro – du débat sur la longueur des vacances de Toussaint. Deux jours de plus, de moins l‘été, rentrée la veille... Le changement serait de s’interroger sur la survie du bon vieux trimestre, sur sa pertinence actuelle.
D’où sort-il ? Mes bons vieux souvenirs, les vacances de Noël et de Pâques découpaient trois belles tranches. La quatrième, c’était l’été, les vacances, à mordre à pleines dents jusque presque fin septembre. Entre temps, les années bonnes, quelques gros weekends selon comment tombaient les jours fériés.
Tout cela a bien changé. Les travaux des champs avaient déjà cessé d’imposer leur rythme au calendrier scolaire. Septembre est devenu studieux. Il est apparu plus sain de faire alterner des périodes de sept semaines de travail avec si possible deux de repos, tout en jonglant avec les grandes fêtes, Noël et Jour de l’An. Exit Pâques, qui tombe ou non pendant des vacances qui ne portent plus ce nom, devenues plutôt et d’hiver et de printemps.
Mais cela a perturbé un équilibre, qu’il a fallu retrouver. Du coup, le premier trimestre se termine fin novembre, le second quelque part fin mars ou début avril. C’est bancal !
En effet, une fois les notes arrêtées pour les conseils de classe, qui se tiennent courant décembre, chacun, sans se l’avouer, attend en roue libre ou presque les vacances de Noël. Difficile de se remotiver pour se dire que c’est déjà le second trimestre qui court. Trois semaines molles. De ce second trimestre, il ne reste donc en janvier qu’au mieux six bonnes semaines, interrompues par des vacances d’hiver parfois fort précoces. Ca casse le rythme, et les jambes.
Il se termine, le second, au milieu de nulle part, limite tout aussi abstraite que les 45° de latitude ou le méridien de Greenwich, pourtant décisifs. Là encore, rien qui le marque, on passe au dernier trimestre pendant que des conseils de classe arrivent à se coincer entre des vacances, et quand on revient de celles de printemps, on sent bien que les carottes sont cuites : quelques semaines et c’est la débandade des examens, des révisions, des bouclages hâtifs de programmes, entre deux voyages à l’étranger, présentation des pièces de théâtre et œuvres de l’année, au milieu des semaines de mai à trous et à ponts. Bref sauf pour ceux qui bachotent, on n’est pas dans la concentration absolue.
Ma proposition : vive le semestre (ou un autre nom à trouver, car ils ne font pas six mois, mais qu’importe). Le premier se clorait aux incontournables fêtes de fin d’année. Le second reprendrait en janvier jusqu’aux grandes vacances.
Les objections déjà pleuvent. Voyons-en quelques unes.
Longueurs différentes. Certes. Mais le second doit inclure toute cette partie en demi-teinte d’examens et d’activités diverses et variées, période de clôture, queue de comète, qu’il faut intégrer, et qui rétablit de l’équilibre dans la durée effective de travail concentré.
Les vacances  intermédiaires ? Pareil. L’alternance sept/deux fait ses preuves. Le premier semestre comprendrait ainsi deux séquences de sept ou huit semaines effectives, l’échéance de fin de semestre en décembre conserverait les muscles bandés. Les deux périodes de vacances d’hiver et de printemps ponctueraient le second trimestre en trois séquences plus brèves.
Les conseils de classe. Ils sont en effet essentiels pour une appréhension globale de l’élève, pour le conseiller, lui envoyer des messages. Il y en a trois aujourd’hui, et ce n’est pas de trop, à chaque fin de trimestre. Mais sont-ils bien placés ? Le premier, courant décembre, arrive bien tard. Combien d’élèves découvre-t-on sous un jour nouveau à cette occasion ? Combien de fois où, quand l’équipe pédagogique se réunit pour parler de chacun, un point est soulevé, une facette de la personnalité d’un élève apparaît, qui change le point de vue. Mais il est déjà bien tard. L’année est très largement entamée, les plis sont pris, le paquebot est lancé … Le second conseil, en mars ou avril, envisage les décisions d’orientation à venir, et ne peut souvent aller au-delà d’incantatoires « doit se ressaisir si …», ou « doit améliorer ses notes en … s’il veut… ». Mais quand arrivent ces exhortations avec le bulletin, il ne reste plus rien ou presque pour changer le cours des choses.
Le rythme du semestre permettrait une première réunion de l’équipe  pédagogique vers la Toussaint. Une première concertation, en format plus léger qu’un conseil. Le premier vrai conseil, avec notes et moyennes, en janvier, pourrait déjà se prononcer sur un parcours, et donc sur des perspectives, des rectifications de trajectoires qui apparaîtraient à l’élève comme des objectifs possibles. Faut-il un autre point à mi parcours du second semestre, avant le conseil de fin juin ? Ce n‘est pas à exclure.
Le semestre – largement pratiqué dans l’enseignement supérieur – semble donc s’adapter mieux aux rythmes qui au fil des ans ont remodelé le temps scolaire de la IIIème République. Il aurait aussi un autre avantage – ici provocation – il permettrait l’introduction d’enseignements semestriels qu’il serait bon de réenvisager, jetés qu’ils ont été avec l’eau du bain de la réforme Darcos.

samedi 28 janvier 2012

Palmes

A son départ à la retraite, son principal au Collège Edgar Quinet avait fait savoir à Geneviève qu’il la proposerait pour être promue officier des Palmes académiques – chevalier elle l’était depuis après le Burundi, où l’ambassadeur avait voulu reconnaître le travail qu’elle avait accompli pour remettre sur pied l’Ecole Française de Bujumbura.
Une belle lettre est arrivée voici deux mois, signée du recteur. Restait la remise des insignes.
Le même principal a eu l’idée d’y procéder à l’occasion d’une cérémonie qu’il organisait au collège pour une remise de distinctions – un beau certificat plastifié – aux élèves de 4ème et 3ème qui avaient obtenu les félicitations pour leur réussite au premier trimestre.
Belle idée.   Les tables du CDI hâtivement poussées. Des rangées de chaises tout autour où s’installent avec timidité parents et bambins. Les collégiens pour la plupart restent plutôt debout derrière. Une diversité à l’envers. Les minorités visibles dans toute leur variété dominent puissamment. Une mère d’élève en grand voile gris souris de pied en cap, tout à l’heure ira recevoir le certificat de sa fille. A mon côté un couple de Comoriens échange avant que ça ne commence. Le fiston, je le saurai plus tard, est à quelques encablures. Au premier rang un homme déjà mûr, une grosse tête rasée, gabarit de lutteur, me remerciera plus tard pour ce qu’on a pu faire pour l’Afrique, appréciant que Geneviève ait cité Senghor, son premier président. Les jeunes se faufileront entre les chaises pour aller chercher leur récompense, rayonnants et gênés. Un petit vif ira bras écartés se dandinant comme celui qui vient de marquer un but, et reviendra en disant « Ca fait si longtemps que je le voulais » avant de crier, comme si on n’avait pas compris « Allez l’OM ».
Mais avant, derrière les tables, coincé contre les étagères, le principal avait appelé Geneviève pour la remise de sa décoration. Prudent : le risque était trop grand qu’après, l’attention, et le public, ne se dispersent. Paroles chaleureuses, fond touchant, mais foin de la forme ! Les formules rituelles n’y étaient pas. Pas d’« en vertu des pouvoirs qui me sont conférés …» (j’aime bien ce conféré, allez savoir). Pire, on avait ressorti la médaille de la première fois, celle de Lagos, de chevalier. Pas de rosette règlementaire, mais qu’importe ! L’important : ces jeunes qui eux-mêmes venaient se faire reconnaître méritants avaient les yeux écarquillés. Dans leur proximité aussi, avec des gens qui leur sont proches, se jouait une scène qu’ils ne voient qu’à la télé.

Alors si tout n’était pas dans les règles, l’épaisseur humaine était là, dans les mots, les présences. Le sens donné à la cérémonie, moins pour les acteurs, peu dupes de la vanité de ces démonstrations honorifiques, mais pour les spectateurs, placés devant un monde qu’ils ne savent pas être le leur, et pouvoir y prétendre.