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mardi 26 avril 2022

REPARTIR A GAUCHE 4 : renouveler la démocratie

DES SOLUTIONS NOUVELLES, PAS DE FAUSSES LUNES

Il y a un besoin, chez chacun, de participer bien davantage aux délibérations, aux décisions qui concernent notre vie. La représentation politique existante, les rendez-vous de loin en loin, ne suffisent pas. Il faut améliorer l’implication, animer les débats. Reste à savoir comment.

Le référendum (d’initiative populaire ou pas)

C’est ce qui a la côte, l’étendard que l’on déploie, chez Le Pen comme chez Mélanchon, le parangon de ce qui rendrait la parole au peuple. Sauf à accepter le caractère démagogue de cette dernière affirmation, mieux vaudrait y regarder à deux fois. Et distinguer largement.

Le référendum Vème République

Il est prévu dans notre Constitution actuelle, et beaucoup ont eu lieu. Avec plus ou moins de bonheur.

Je ne suis pas juriste, encore moins constitutionnaliste, mais en gros … Le référendum est l’outil qui permet de soumettre au peuple souverain des décisions majeures, qui ont besoin de sa validation pour être légitimées.

Ainsi d’une révision de la Constitution, si celle-ci ne trouve pas une majorité des 2/3 des deux assemblées réunies pour l’approuver, ou si le Président juge l’importance si cruciale qu’il est besoin du recours au suffrage universel. Pour autant, la question posée aux électeurs doit être approuvée dans les mêmes termes par les deux chambres, et ne peut être que OUI ou NON.

De même en cas de traités internationaux, en particulier impliquant la souveraineté du pays.

Un instrument adapté … mais seulement quand la situation est simple

OUI ou NON tranchent. Ainsi par exemple lorsqu’il nous a été demandé d’approuver l’autonomie de la Nouvelle-Calédonie, ou l’entrée de la Grande-Bretagne et quelques autres pays dans la Communauté Economique Européenne. Au fil du temps d’ailleurs, la participation à, et donc l’engouement pour, ces exercices formels, obligatoires mais de peu d’enjeu, a décru. Idem pour la réduction du mandat présidentiel à 5 ans.

C’est autre chose quand l’enjeu est complexe. Ainsi du Traité de Maastricht où NON a rassemblé le refus total de l’Europe, mais aussi l’Europe oui mais pas comme ça, OK mais sans telle clause, et d’autres encore. Pire, le référendum de 2005 sur la possibilité d’une constitution européenne, sujet extrêmement complexe, difficilement compréhensible d’ailleurs, et où les positions se sont figées sur des points secondaires, voire surtout sur le soutien, ou non, au gouvernement – ce qui avait peu à voir. Quand il n’est pas simple, le recours au référendum à tend à devenir un plébiscite, un prétexte à relégitimer un pouvoir en place, ce qui est un total dévoiement. On a en mémoire le référendum sur la décentralisation, proposé par De Gaulle, et qu’il a perdu, non tant pour le projet qui pouvait être très fécond, mais par le désir de changement dans le pays.

Ainsi, lors des trois derniers mandats, les Présidents se sont bien gardés de soumettre des réformes au référendum, tant ils étaient conscients que les Français ne se prononceraient pas tant sur la question posée, que sur eux et leur politique.

Référendum ne dit pas démocratie : danger

Le référendum serait a priori démocratique. Car expression du Peuple. Et une candidate malheureuse de brandir le syllogisme : qui ne fait pas de référendum a peur du peuple, n’est pas un démocrate. C’est largement à nuancer.

On l’a dit, la référendum tourne vite (a tendance à tourner) au plébiscite. La question posée disparaît derrière un rejet de la politique d’ensemble de qui la pose. Ou au contraire il est fait appel, à travers une approbation, à une validation du pouvoir – possiblement pour vaincre un obstacle institutionnel à des pouvoirs désirés. Qui peut s’opposer, après, à qui a obtenu un aval populaire ?

Autre aspect : la démocratie n’est pas la dictature de la majorité. Un référendum, sans garde-fou, peut faire accepter des mesures discriminatoires, clivantes, à l’égard d’une partie de la population qui y perdrait ses droits légitimes défendus par la Constitution. Un référendum sur le voile islamique ? Sur la viande casher ou hallal ? Sur le mariage homosexuel ? Sur la longueur des jupes ?

On nous en annonce un sur la fin de vie – sujet profond. OUI ou NON à quoi va-t-on être appelés à répondre ? Sur des questions infiniment délicates, toutes en nuances et cas spécifiques, c’est le consensus le plus large qui est à rechercher, non le couperet référendaire. Ou alors pour enregistrer le consensus élaboré ? A quoi bon ?

Au final, le référendum, recommandé en soi, utilisé à tire-larigot, et non avec toutes les précautions nécessaires, est le joujou des démagogues. Il est chéri de ceux qui s’auto-proclament représenter le Peuple, entité mythique, indistincte, dont ils seraient l’expression contre les élites, les puissants, les riches. Ce sont généralement des individus, des leaders qui s’arrogent ce rôle, souvent avec un talent tribunicien – pas des dirigeants de mouvement populaires, même s’ils peuvent recueillir l’assentiment de foules et de masses d’électeurs. Quousque tandem, Catilina, …

Dynamiser l’initiative populaire

Le référendum ainsi nommé tombe sous les critiques de ce qui précède. Mais pas pour autant l’initiative populaire.

En effet, il serait utile que des citoyens partageant en nombre (à déterminer) une préoccupation, en fassent état collectivement (quelle que soit l’initiative de départ qui le suscite, et qui le mette en forme). C’est la bonne vieille pétition, qui pourrait retrouver une nouvelle jeunesse.

Une contrainte institutionnelle à traiter un sujet largement soutenu

Il serait bon qu’une telle initiative, si elle atteint le nombre dit, provoque obligatoirement, institutionnellement, une attention et un traitement de la question, sous une forme ou une autre – et pas un référendum national, par OUI ou NON. Ce peut être évidemment un débat parlementaire, avec obligation d’aboutir, de se prononcer (pas d’approuver). Mais il y a d’autres approches possibles – qui n’excluent pas le passage par le Parlement, in fine.

Les consultations citoyennes

La formule de l’essai qui a été fait à propos de l’environnement a des aspect séduisants : tirage au sort des membres, travail approfondi, auditions d’experts, recherche de consensus, élaboration de propositions concrètes. Elle a aussi montré ses limites. Etendue excessive du champ de réflexion, multitude des propositions, non hiérarchisées, flou voire malentendu sur leur devenir : qu’est-ce qui est contraignant pour l’exécutif, étant entendu que le Parlement reste maître de l’élaboration de la Loi.

N’empêche, la formule pourrait ête multipliée, en particulier sur des questions de société. Mais des questions plus ramassées, avec une restriction à 10 à 20 propositions, par exemple, hiérarchisées, distinguant le réglementaire et le légal.

Un produit d’une telle consultation qui continuerait à être controversé, ou qui aurait généré clivage plutôt que consensus, pourrait faire l’objet d’une consultation plus vaste.

Une consultation d’un échantillon de 2 à 3 millions de citoyens

Une idée, une proposition, dans l’idée de faire participer le grand nombre à la prise de décision, mais sans la solennité, la raideur, les embûches, et l’inévitable remise en cause du pouvoir qui va avec le référendum « classique ».

On en a les possibilités techniques.

On peut tirer au sort une quantité importante de citoyens – répartis sur le territoire – et leur demander de se prononcer sur un sujet en débat.

Pas forcément par OUI ou NON, d’ailleurs : le système vote au jugement majoritaire peut être ici bien plus fécond.

Vote électronique, manuel pour ceux qui préfèreraient, ouvert sur une semaine par exemple, ce ne serait pas un grand drame national, mais le sentiment de tous d’avoir été (ou pu être) consulté ne serait pas négligeable.

Les possibilités locales

Compte-tenu de tout cela, ces implications de citoyens peuvent aussi trouver des applications locales – pas besoin de la dramatisation nationale. Au niveau des communes, métropoles ou départements, régions. Selon les questions posées, les problèmes qui se posent.

Et à ce niveau peut être envisagé la possibilité de révocation d’élus, selon des procédures bien encadrées – ou pourquoi pas même une confirmation à mi-mandat ?
Ainsi, s'il s'agit du niveau national, si besoin était (demande de X% du corps électoral) pourrait-il être demandé au suffrage universel si, OUI ou NON, les citoyens souhaitent le départ du Président, un changement de gouvernement, ou la dissolution de l'Assemblée Nationale - un référendum qui alors répondrait bien à la question posée.

jeudi 5 novembre 2020

Sur quelques mots de Vaclav Havel

 En juillet 1989, donc quelques mois avant la chute du mur de Berlin, Vaclav Havel, dans une interview donnée au Nouvel Observateur, affirmait :

« Les agitations, les grèves, les révoltes des années 1980 n’ont pu déboucher sur une action méthodique, efficace, qu’à partir du moment où les intellectuels ont apporté une conception globale au mouvement, mis sur pied une stratégie d’ensemble. »

Il est très tendance, aujourd’hui, dans les médias et dans l’air du temps, de valoriser les mouvements spontanés qui se forment autour d’une grande idée, ou d’une indignation, sans organisation, sans doctrine ni stratégie, sans leader, au point même de se méfier de toute tête qui émerge (même si, il ne faut pas être naïf, des organisations peuvent tenter au moins de les manipuler en sous-main et d’en prendre le leadership). On peut constater, avec Havel, que ces mouvements peuvent mobiliser largement, devenir très puissants, avoir un pouvoir de nuisance considérable, mais ne débouchent sur rien ou pas grand-chose – sinon, dans le pire des cas, sur l’inverse de ce qui est recherché. C’est le cas en France récemment des Gilets Jaunes, auparavant de Nuit Debout. On pourrait citer aussi Mobilise Wall Street, une certaine mobilisation pour sauver la planète, ou malheureusement les Printemps arabes ; plus loin dans le temps les jacqueries d’Ancien régime.

A l’inverse, les grands changements historiques s’articulent sur une « conception globale » et sur une « stratégie d’ensemble », qui peuvent prendre diverses formes, y compris celle du guide charismatique. La Révolution Française sur le corpus des Lumières, l’indépendance indienne sur la non-violence et la direction de Gandhi, la révolution iranienne sur la foi chiite et le leadership de Khomeiny, la révolution d’Octobre sur la doctrine marxiste et la conception léniniste du parti d’avant-garde.

Les exemples abondent. Il faut « conception globale » et « stratégie d’ensemble » pour que sur le terrain, qu’ont pu retourner, labourer, préparer les mouvements spontanés de masse, germent les graines et s’épanouissent les fleurs de la saison nouvelle.

Qu’en est-il en Afrique ? Plusieurs pays sont parcourus de ces mouvements populaires, de mobilisations aussi massives que largement informelles, à partir d’un sujet catalyseur, déclencheur, qui tend à s’élargir en demande de changement plus vaste et profond. Cela a été la dénonciation de corrompus au Mali. Au Nigeria, ce sont les exactions d’un corps de police qui ont jeté des milliers de personnes, surtout des jeunes, dans la rue. Un peu partout, la pression monte, le feu couve, l’exaspération devant une situation figée et désespérante : le blocage de la société et des institutions, l’absence de renouvellement du personnel politique et de passage de relai à une nouvelle génération. La jeunesse en particulier se voit un horizon bouché et veut du changement, veut se raccrocher à un espoir.

Or on cherche en vain un récit mobilisateur capable de rassembler de larges couches de la population, les plus actives, les plus novatrices, les forces vives, jeunes, innovantes, sur une vision cohérente et des objectifs clairs. Des valeurs fortes cristallisées en une vision d’avenir, avec la démarche pour la faire advenir.

Malgré des tentatives pour sortir du ressassement de représentations usées, les intellectuels restent en général englués dans les vieilles ornières de la dénonciation extérieure, des maux venus d’ailleurs (la France, l’Occident, le capitalisme coupables de tout), qui débouche sur l’impuissance ; ou (et) dans la posture moralisatrice qui condamne les forfaitures (la corruption, en soi, dans l’absolu, comme délit ou péché) et espère l’avènement de la vertu, autre impuissance. Où est l’analyse des dynamiques internes du système que l’on dénonce, qui nomme clairement l’adversaire et identifie les alliances possibles ? Où est le discours dont dériveraient des objectifs politiques et la voie pour y parvenir ?

Faute de l’élaborer, les forces qui aspirent à un changement pourraient ne pas réussir à répondre aux attentes de populations désespérées, exaspérées, impatientes et en ébullition, prêtes à suivre d’autres voix qui leur fourniraient « conception globale » et « stratégie d’ensemble ». Ces voix existent, elles sont à l’œuvre. Le dogmatisme religieux, l’identité exclusive et haineuse, nationaliste ou tribale, les fanatismes, tout cela gagne du terrain et des forces qui savent les manipuler pourraient rafler la mise.

L’urgence est là, l’époque est périlleuse.

lundi 5 juin 2017

Démocratie en Afrique et égalité


Je réagis ici à la note de blog très intéressante de Jean-Louis SAGOT-DUVAUROUX intitulée "GUERIR DE LA DEMOCRATIE  ou GUERIR LA DEMOCRATIE" qui répondait lui-même à une tribune du  Pr. ISSA N’DIAYE parue dans MALI ACTU.

Bonjour Jean-Louis
Je te remercie d’avoir attiré notre attention sur ta note de blog, qui partageait déjà tes réactions à la tribune de ce Professeur , et tes vues sur la question de la démocratie en Afrique.
De cette tribune, tu me permettras de ne pas dire grand-chose. J’y ai lu surtout un agglomérat d’a priori largement répétés et d’idées en kit qui traînent dans les médias. Je comprends tes précautions rhétoriques et ta révérence institutionnelle, et tes efforts pour donner un contenu à certaines des idées qui la sous-tendent. Mais ta note elle-même d’abord m’a pas mal appris sur une région et une culture politique ancienne que je connais peu, dans la cadre d’une analyse que je partage volontiers (hormis l’antépénultième paragraphe, dont quelques phrases tombent à mon goût dans les travers que je viens de dénoncer à l’instant).

Outre les rappels que tu fais, fort pertinents, de ce Serment du Manden qui est en effet un texte passionnant, j’ai particulièrement aimé l’observation que tu fais sur les façons de saluer :
«  En Occident, l’individu se représente d’abord comme une monade autonome, comme égal à tous les autres, engagé vis à vis d’eux par des formes génériques de civilité : bonjour Monsieur, bonjour Madame. En Afrique de l’Ouest, l’individu s’affirme d’abord à travers un écheveau de liens spécifiques qui le singularisent et lui confèrent une place distincte dans le bon fonctionnement de la communauté. Ainsi, on se salue en invocant le nom de lignage, le jamu de son interlocuteur : i Jara ! i Kanté, appel à l’histoire de ce nom et aux relations qu’il entretient avec les autres. On se désigne aussi en spécifiant un lien d’âge qui implique chaque fois des formes particulières de civilité : bonjour mon frère, ma sœur, maman, mon fils… »
J’ajouterai qu’on est souvent dans le paradoxe. Notre « Monsieur, Madame », qui vaut largement pour toute personne, quelque soit le lien hormis peut-être pour qui n’est pas adulte, trouve son origine dans une formule d’hommage : on reconnaît l’autre comme son seigneur. Mais cela s’est trouvé vidé de ce contenu, et reconnaît l’autre comme pur individu, à l’instar de soi. Son égal. De la même façon, « mon frère », ou « Papa », etc. inventent le plus souvent un lien de parenté inexistant, mais ce faisant posent le type de relation dans lequel l’interlocuteur entend se situer. Le plus souvent hiérarchisée.

Au-delà de l’anecdote, on touche là je crois à un symptôme fort. Notre culture politique trouve son fondement dans la notion d’égalité à travers le concept de citoyen. Celui-ci, en tant qu’être politique, se trouve délivré, le 4 août, de toute allégeance. Mieux, se trouve interdit de toute allégeance, celles-ci (familiales, communautaires, corporatistes, religieuses, etc.) se trouvant renvoyées dans la sphère du privé ou de l’intime, du choix personnel. Le citoyen est un être libre (exempt de tout lien) et ainsi égal à tout autre citoyen. Bien sûr, il s’agit là d’une construction théorique, abstraite, bien en phase avec le mode de pensée des Lumières  qui l’a produite. Bien sûr, l’être réel dans lequel le citoyen s’incarne est de fait traversé d’affiliations, d’appartenances culturelles, idéologiques, de milieux professionnels, de sensibilités politiques, de traditions. L’égalité, dans nos sociétés, est un horizon, un but à atteindre pour certains. Elle est loin d’être réalisée, actualisée. Disons qu’elle est posée structurellement, a priori, et qu’il s’agit de rapprocher, ou non, la pratique de la théorie.
De mon expérience de vie en Afrique, à côtoyer de près beaucoup d’Africains (ce n’est pas forcément la même chose), il m’est apparu, à ma grande surprise ethnocentrique, et avec le temps qu’il m’a fallu pour prendre toute la mesure de la chose, que les sociétés y sont essentiellement inégalitaires. Je ne parle pas de disparité des richesses, de l’oppression des pouvoirs, mais, comme tu le soulignes, de la représentation de soi et de son monde relationnel. Je n’y mets aucun jugement de valeur. Il ne s’agit pas d’un défaut, d’un manque, d’un retard, d’une imperfection. Il faut le penser comme une problématique autre, un système de pensée différent, un changement de base, pour prendre une métaphore mathématique. Dès lors qu’on entre en relation avec quelqu’un, au-delà du pur fonctionnel « moderne » (et encore), on noue ou on se trouve noué dans un type de relation asymétrique, qui a ses codes, ses règles, ses droits et ses devoirs, ses obligations et ses bénéfices, etc. Don et contre-don. Allégeance et protection. Responsable et obligé (1). L’inégalité n’est pas nécessairement synonyme d’oppression, ou d’exploitation (non exclues pour autant). Elle organise autour de chacun un réseau que ce chacun s’emploie à rendre dense et riche en amont, pour faire pièce à la précarité qui menace et aux exigences des dépendants en aval. Un tissu de solidarités, plus ou moins serré, plus ou moins solide, tant avec l’époque elles tendent à s’éroder. Car tout cela est aussi historique, et ne doit pas être considéré comme immuable, même si encore très prégnant.
Les formes d’organisation politique, qui se sont imposées avec la colonisation, portent à faux avec ce paradigme africain. Elles sont basées en effet, quand il s’agit de démocratie, sur la notion occidentale de citoyen, et sur le principe « One man, one vote ». Cela fonctionne tant bien que mal. Des élections ont lieu, des leaders émergent et dirigent. Certains pays témoignent d’une certaine stabilité institutionnelle, des alternances pacifiques sont observées. Et pourtant … Quand tel président est élu avec une majorité « normale » (entre 50 et 65%, pour simplifier), il faut regarder de plus près.  Très souvent, en fait, cette moyenne dissimule des scores de 85 à 90% dans certaines régions pour l’élu, et les mêmes dans d’autres pour le battu, faisant de l’élection davantage un recensement qu’un débat entre projets de société. Se sont exprimées les allégeances.

Cela dit, quid ? (et non pas « on fait quoi », car c’est l’affaire des Africains ; tout au plus peut-on même pas conseiller – qu’en ont-ils à faire ? – mais commenter).
En son temps, j’avais demandé s’il fallait vraiment élire les présidents au suffrage universel (2), car ce qui est largement présenté comme l’alpha et l’oméga de la démocratie ne se rencontre, en Occident, que dans peu de pays, ou fort récemment (1962 seulement en France, et cela avait soulevé de grandes protestations à gauche). D’autres modalités de désignation à la tête de l’Etat sont possibles, et démocratiques.
Il me semble depuis longtemps que l’essentiel est le débat politique et l’émergence de leaders aux niveaux locaux, celui de la communauté villageoise, et du « pays » ou « terroir », équivalent chez nous au canton ou au département. Les formes de désignation, dans ces cas-là, tout en intégrant la notion du « One man, one vote », peuvent être fort originales, inventives, sujettes à débat politique aussi, pour faire vivre la démocratie locale comme le souhaitent les populations. Celles-ci peuvent avoir d’ailleurs, dans le même pays, des traditions politiques différentes. Il faudrait aussi distinguer les zones rurales et urbaines, où les problématiques se posent tout à fait différemment.
Aux Africains de trouver les formes qui leur conviennent, et peut-être d’abord de se défaire de la servitude à des « modèles » importés. Au-delà, la démocratie indirecte (les assemblées d’un niveau, ou un collège de grands électeurs, désignant leurs représentants au niveau supérieur ou, pour l’Assemblée Nationale, le Président) me semble à considérer, car susceptible de générer des compromis, des alliances, des projets politiques, en cassant ou érodant les affrontements ethniques blocs contre blocs.

Encore une fois, les temps changent. Identités et cultures évoluent, formes d’organisation aussi. Ne voit-on pas progresser la notion d’égalité corollaire d’un rejet des allégeances, mais portée par le discours religieux ? (ce qui n’est pas forcément très favorable pour une démocratie laïque).
Comment les choses vont-elles évoluer ? Il sera de toute façon passionnant d’observer les changements, certainement bien différents de ce qu’on peut imaginer, en espérant qu’il en aille pour le mieux des populations concernées.

(1)    L’égalité ne se retrouve guère qu’entre puissants, qu’entre maîtres de réseaux, dans des relations négociées. Et encore dans ces cas-là, l’âge ou un autre facteur fera souvent que l’un feindra de prêter hommage à l’autre, ou l’autre de couvrir l’un de sa paternelle sollicitude.

mercredi 12 octobre 2016

Ah ! On les a aimées, nos 70s !

Ah ! on les a aimées, nos 70s ! Pas seulement parce qu’il y avait les Stones, les Beatles, le Rythm’and Blues (un Otis Redding disparu trop tôt, mais aussi Aretha Franklin, James Brown). Bien sûr un peu endeuillés aussi, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, mais quelle musique, que les jeunes aujourd’hui écoutent encore ! Ca bouillonnait de tous les côtés, au cinéma, en littérature, pas toujours du meilleur, mais beaucoup de provoc. Tout changer, tout bousculer, puisque l’avenir était assuré, radieux, forcément radieux.

Le corps

On se libérait d’un étouffoir bienséant et convenu, en faisant craquer les contraintes, obstructrices de bonne jouissance. Sous De Gaulle et même avant, sous le couvercle de bonnes mœurs et de contrôle social, le travail de sape avait bien commencé, creusant ses galeries. Il a suffi de quelques bons assauts pour que ça s’écroule par pans entiers. Tout ce qui corsetait, aux orties ! A commencer par les vêtements eux-mêmes, symboles de la contrainte et des entraves. Se dénuder était se libérer. Nager, dormir à poil. Pas de slip sous le jeans. Sentir le contact des tissus soyeux avec l’épiderme. Jamais plus de « tricot de peau », alias marcel ; la chemise, ou le pull, à cru. On en est (j’en suis, en tout cas) encore imprégnés.
C’était, par chez nous, l’aboutissement d’un long processus où la « libération » du corps allait avec, et symbolisait – surtout avec l’habillement féminin -, la libération tout court. La fin du corset, les parties du corps qui apparaissent, on sort tête nue, le maillot de bain puis le bikini, les jupes qui raccourcissent, raccourcissent …
C’était – c’est – notre histoire, et on s’en trouve bien. Qu’on en soit fiers, pour nous-mêmes, est légitime et ne fait de mal à personne. A condition de ne pas croire que ces représentations sont partagées, de prétendre à leur universalité, et de juger le monde entier à leur aune, voire à les imposer.
Il m’a fallu aller ailleurs pour m’apercevoir que ces schémas n’étaient pas partagés. Pour les étudiants de Makerere, se baigner nu, c’était bon pour les paysans au village. Eduqué, on avait un maillot, même pour passer sous la douche. Pour autant qu’on puisse voir, la plupart des Africains, à Bamako, Abidjan, Nairobi, etc. portent des marcels. Pour la sueur, m’a-t-on répondu. Comment partager ce sentiment ancré en moi qu’un marcel m’entraverait, et que je ne consens au Tshirt sous la chemise qu’en cas de froid ? Mais pas la peine d’aller si loin : enfants   et petits enfants achètent des pyjamas !
Dire que le rapport au corps, et donc au vêtement, est culturel est une banalité. Mais il faut en tirer les conséquences. Par exemple, toute la question de la présence de l’Islam dans notre société, en France, se cristallise et s’enkyste autour de la question du voile et autre burkini. Nous sommes français : l’importance accordée au vêtement et à la bouffe nous structure. Mais la conséquence en est que certaines prises de position, parmi les mieux intentionnées, qui voient là un recul, un retour en arrière – je pense à Mme Badinter – s’articulent autour d’une bonne dose d’ethnocentrisme qui les rend inopérantes.
Sortir de soi, des catégories qui nous ont faites – et dont on peut se trouver fort satisfait pour soi-même, voire en éprouver un certain orgueil – demeure un impératif pour agir en personne de progrès dans un monde qui s’est élargi, qui a muté. Sauf à penser, sous couvert d’un discours rouge vif, satisfait de soi et beau comme l’Antique, qu’après nous le déluge.

Le travail

Passons donc aux choses plus sérieuses.
Le monde était quand même plus simple.
D’abord, on s’était bien installés dans la croissance, et l’amélioration des conditions de vie. La salle de bains et la voiture c’était déjà y avait 10 ans. L’électronique démarrait. Le développement industriel et agricole rendaient plus de produits plus accessibles. La télé prenait des chaînes. Et on ne se souciait pas trop que cette prospérité reposait pas mal sur un accès à des matières premières bon marché, obtenues en grande partie dans ce qui n’étaient plus des colonies. C’est plus tard que ça va se rebiffer, du côté des pétroliers. Mais c’est le début de la bascule.
Grosso modo, chacun trouvait sa place, et son rôle. Quand on était embauché par une boîte – et assez peu ne l’étaient pas, une fois passé le stade de l’exode rural – il n’y avait plus grand souci à se faire. Bien souvent, c’était pour la vie, au moins le pensait-on. Même qu’on faisait venir en masse des immigrés pour faire tourner les machines à plein. Au Maroc, lors de la sélection, on gardait les meilleurs pour le développement du Royaume, et on laisssait partir le reste. C’était tellement stable que pour fidéliser cette main d’œuvre, on a permis de faire venir les familles – c’est Giscard qui a introduit le rapprochement familial. Elle ne posait pas vraiment de problème, on ne la voyait pas. Eboueurs la nuit, sur les chaînes, les chantiers, … résidant en foyers ou bidonvilles, à l’écart. C’est quand les enfants ont grandi, qu’ils ont pris des boulots à l’air libre que d’aucuns se sont dit « Tiens … »
Tout n’était pas rose, loin de là. Les conflits sociaux étaient nombreux. Mais dans un entre-soi patronat-salariés. Les choses étaient claires. Chacun savait à qui il avait affaire.
Les patrons, c’était encore bien souvent familial. Des restes des 100 familles d’antan, mais plus encore des plus petits. Attachés par les viscères à leur entreprise, hormis quelques héritiers flambeurs ou bons à rien, mais ils étaient là, avec qui se colleter. Et ils y resteraient. Sinon c’était des nationalisées, et le jeu était clair. Un gouvernement de droite actionnaire, on pouvait s’y opposer d’une pierre deux coups, les conflits étaient réglés comme papier à musique. Pas de crainte de faillite ou autre, c’était pour la vie. Des acquis sociaux quasi privilèges, EDF, SNCF, et ça tirait aussi le reste vers le haut. Et puis il y avait le « grand capital » (la fin prononcée « tÂl » comme Georges Marchais), le phénomène qui de développait, le « Capitalisme Monopoliste d’Etat », l’entrée de la finance au capital des entreprises, les concentrations et restructurations, quelques banques d’affaires qui jouaient le rôle des méchants du moment. Paribas, Rotschild, Worms, pour l’essentiel. Mais ça restait de chez nous, national.
Donc des conflits, des grèves, des manifs. Des victoires tangibles, qui renforcaient l’ardeur à lutter. Sur le temps de loisirs, sur les augmentations de salaire. Tout ça vite grignoté par l’accroissement de la productivité et l’inflation à deux chiffres, qui rabotait et au-delà le gain sur la feuille de paie. Mais l’impression demeurait que le niveau de vie allait s’améliorant, même s’il était certainement dû davantage à une baisse de la valeur des produits en francs constants qu’à une meilleure rémunération du travail. Et régulièrement une bonne dévaluation remettait les pendules à l’heure. Disons même, on bénéficiait de la redistribution d’une partie au moins des fruits de la croissance continue des 30 glorieuses. Donc, l’espoir était là, on pouvait changer ce monde qu’on aimait bien au fond, l’améliorer.

C’est plus la même. Les Japonais, les Chinois, d’autres ensuite se sont mis à fabriquer moins cher ce qu’on faisait si tranquillement nous-mêmes. On a rigolé au début, tellement c’était merdique, puis on a ri jaune. Faillite des usines, délocalisations, entrée des fonds de pension et autres grands investisseurs au capital de nos belles entreprises dès qu’une faille se présente. Même les mastodontes, tous ou presque privatisés, comme les civilisations, sont désormais mortels. Ca peut se crasher comme rien (compagnies aériennes, …), se faire bouffer et disparaître en petits morceaux. Pas seulement quand elles sont en difficulté – là c’est déjà trop tard -, mais si elles n’ont pas anticipé les évolutions, les tendances, prévu les trous d’air. Elles, ce sont les entreprises, les usines, les banques, les services, etc.
Première conséquence, on ne peut plus jouer au rentre dedans pour conquérir des avancées. Des revendications qui fragiliseraient l’entreprise et mettraient en péril sa survie ou son équilibre deviennent contre-productives, la balle dans le pied. On n’en voit d’ailleurs presque plus. Ce qui fleurit, en revanche, ce sont les conflits défensifs, contre les restructurations, les plans de licenciement, les rachats par des géants hostiles ou des ogres douteux. Certes. Mais ces batailles en défense, pour conserver en l’état, si légitimes soient-elles, sont rarement positives. Soit elles échouent, après de longs efforts, soit des compromis bancals sont trouvés, qui de fait retardent plus qu’ils n’empèchent (les engagements pris sont rarement tenus, ou pas longtemps), soit les victoires sont de faux-semblants. Ainsi de la glorieuse lutte des Fralib à Marseille. Il s’agissait au final de conserver l’usine et l’emploi de 182 salariés. Après des mois de grève, une solution de reprise par les employés a été trouvée, avec 57 des anciens conservés, seulement. Une formule innovante, tant pour la production que pour la gestion, mais est-ce si éloigné du plan de licenciement proposé par la direction au début du conflit ? Au-delà de l’aventure humaine et collective, quel est le gain réel ?
En tout état de cause, le syndicalisme de conservation de l’état existant, où protection signifie conserver à l’identique, figer un état par ailleurs dénoncé, mais par précaution ou peur de solutions nouvelles, est à côté de la plaque. Quand Mélanchon dit qu’il ne faut plus de licenciements, il crée des illusions néfastes, il mène à des impasses, il bloque la nécessaire évolution des luttes. C’est de la réaction.
Cela veut-il dire que toute lutte est vaine ou inutile ? Loin de là. Mais mieux vaut qu’elle soit autre. Qu’elle se mène en amont des difficultés, en associant au plus près les salariés à la gestion et à la stratégie de l’entreprise. Donc une lutte pour la représentation des salariés aux conseils d’administration et à la concertation avant les prises de décision. Ce qui signifie un syndicalisme de responsabilité et non d’opposition. Il faut aussi que tous les acteurs discutent les évolutions par définition nécessaires – y compris en termes de fermetures ou modification de postes, de compression de personnel, de mobilité, etc. Cela ne nie pas les contradictions, les intérêts divergents entre capital et travail, la lutte des classes, et les conflits inhérents. Cela les déplace dans le temps et dans les méthodes. Par ailleurs, la gestion du changement et la mobilité exige des dispositifs collectifs hors de l’entreprise, lorsque les solutions ne peuvent être internes (indemnisation des pertes d’emploi, formations de reconversion, aide à la mobilité, etc.). D’où aussi des luttes à mener pour l’amélioration des dispositifs, leur adaptation, et une nouvelle réflexion à mener sur la participation des entreprises à leur financement, puisque cela devient aussi pour elles un service externalisé.

Je n’ai pas parlé de la technologie qui change tout à toute allure. De notre bon temps, quand on sortait de l’école avec un bagage, ça servait longtemps, peut-être toujours pensait-on, à voir les anciens. Classement selon le diplôme de sortie, carrières à l’ancienneté, catégories ou corps bien étanches, on grimpe patiemment les échelons dans son métier ou son activité, ça faisait sens. Quid aujourd’hui quand tous les postes de travail évoluent, TOUS, sauf peut-être le restaurateur de vitraux, ou autres métiers d’art, et encore. Banalité : il ne faut plus espérer une carrière linéaire, mais plutôt savoir qu’on va changer d’activité, de métier, de secteur, de type de statut en tant que travailleur. Ne plus penser en termes de carrière mais de parcours, de trajet ou de trajectoire. Avec au cœur le changement.
Là encore, au risque de se répéter, cela n’exclut pas, bien au contraire, les luttes, les combats sont nécessaires, indispensables, pour organiser un cadre juste, accompagner cette mobilité et ces adaptations. Formation pour se perfectionner ou se reconvertir (et non seulement pour améliorer ses performances dans la boîte), dispositifs pour pouvoir emprunter, accéder à la propriété quand on est mobile et … dirai-je précaire ?  en tout cas pas inscrit dans une stabilité sur 20 ans.
Il faut donc repenser les combats à mener. On retrouve le clivage gauche/droite. La gauche se doit d’inventer – et de mettre en place – ces nouveaux dispositifs qui permettront à chacun de vivre positivement les nouveaux parcours d’existence, et non de les subir sans protection, dans l’absence de règles et de solidarité. Mais il est des mots qu’il faut décaper d’urgence, tant ils piègent dans le discours ancien. J’en vois deux, qui bloquent la réflexion et crispent sur des peurs. D’abord précarité. Péjoratif, négatif en lui-même, il en est venu à être synonyme de changement. Il y aurait précarité dès lors qu’il n’y aurait plus d’emploi à vie, de CDI en béton, de statut coulé dans le bronze. Le changement n’est pas négatif en lui-même – au-delà du sentiment, de l’affectif peut-être, mais il faut évoluer là-dessus. Etre sujet au changement, à la mobilité devient précarité quand sa possibilité (sa menace dès lors) se réaliserait sans aucun accompagnement, sans aucune prise en charge, sans perspective de rebondir, en mieux. Construire une société de la mobilité, promouvoir la culture du changement, c’est lutter contre la précarité si les dispositifs adéquats et protecteurs sont mis en place – et seule la gauche le fera, ou peut-être de longues luttes contre une droite du chacun pour soi. Le deuxième mot, il est là, est protection. Celui-là piège aussi, car il est presque toujours entendu comme : garder en l’état, statu quo, maintenir l’existant. C’est illusoire et néfaste. C’est du Mélanchon qui conserve. Une telle protection statique ne protège d’ailleurs plus rien. Le parapluie sert pour une pluie fine ou une légère averse, il ne sert à rien par gros orage ou pluie tropicale. Une politique de gauche ne « protège » plus, dans ce sens là, mais « trampoline », c’est-à-dire amortit la chute, en évite les souffrances, et donne les moyens de rebondir. C’est le nouveau sens à donner à la protection, les dispositifs à inventer ou perfectionner pour l’assurer.
On voit ici que le travail excède l’entreprise. Une bonne partie de ses enjeux la dépassent, et concernent la société : cessation d’activité, mobilité, formation, reconversion, etc. Les acteurs économiques – qui gèrent paritairement les grands organismes - ne sont plus les seuls concernés par l’assurance chômage, la gestion des retraites, la formation, … La société tout entière l’est. Dès lors il faut repenser aussi les frontières du syndical et du politique tant l’interférence est grande, et la confusion des rôles aussi.


La politique



L’international




jeudi 25 juin 2015

DE GAUCHE ? le piège à con

La gauche au pouvoir, aux responsabilités, paye des prises de positions, des discours, des postures dont elle usait largement pendant ses nombreuses années d’opposition – indignations en veux tu en voilà, protestations, défense irréfléchie de statu quo -, au prétexte que – bien entendu, c’est sa nature – les mesures proposées par la droite étaient de droite. A chaque fois, il était question de s’opposer au changement, aux réformes, injustes dans leurs modalités, sans dire aussi qu’elles étaient bien souvent nécessaires, mais devaient être aménagées autrement.
Ce sont tous ces discours, et postures qu’elle se voit aujourd’hui opposer, rappeler, et qui lui reviennent comme un boomerang.

Les médias notamment – mais après tout c’est leur rôle -, depuis 3 ans, jouent au jeu de massacre, à tous les coups on gagne. Il suffit de rapprocher telle mesure, telle action, concrète, ici et maintenant, et la mythologie d’antan. « Et ça, c’est de gauche ?? » et faute d’un discours clair, on louvoie.
L’effet est dévastateur. Accusations de trahison, de tromperie, de faire une autre politique que celle pour laquelle… Le peuple de gauche est découragé. Beaucoup, déboussolés, deviennent sensibles aux pires sirènes.

Une certaine idée répandue, prégnante, de la gauche – fortement ancrée dans les représentations, à la fois des gens de gauche, et des opposants – associe celle-ci à la générosité, l’attention aux défavorisés, la sympathie avec la souffrance, la largesse, l’indulgence. Ce sont là autant de valeurs hautement positives. Mais elles peuvent se dévoyer ou s’interpréter, dans une perception de droite comme dans des pratiques qui se veulent de gauche, en relâchement, gaspillage, laisser-faire et faiblesse, aveuglement, préférences et finalement injustice – ce qui est le contraire exact de ce qu’on recherche.

Or la commisération, l’apitoiement, le laxisme, le laisser-faire, la négligence, la complaisance, le relâchement NE SONT PAS les valeurs de la gauche. Tout au contraire. Ce sont les traits de la caricature qu’en fait la droite, faisant feu de certaines dérives et contresens d’aucuns qui confondent charité et solidarité.

Il est temps, pour clarifier la politique gouvernementale, peut-être même pour donner de la substance au discours du PS, (qu’est ce qu’une gauche AU gouvernement, et pas seulement DE gouvernement ?) de renverser le courant avec des idées simples, martelées, qui affirment clairement des valeurs fondatrices et des principes. Un moyen, dans l’urgence : communiquer avec des slogans forts, qui changent les idées reçues ou les fausses images, remettent les choses en place, aujourd’hui.

Genre ces quelques aphorismes :

(affirmer la gauche aujourd’hui)

La gauche ce sont des valeurs. Pas des mythes ni des dogmes ni des postures, ni du prêt-à-porter ni des recettes d’antan.

Une politique de gauche, c’est affronter le réel, armé de valeurs. Pas plaquer des mesures d’un autre temps.

Faire ceci ou cela, c’est de gauche ? Piège à con. La vraie question : quelles valeurs sous-tendent ?

La gauche ce n’est plus je te protège, c’est je te trampoline. Amortir la chute, permettre de rebondir.

On ne regarde pas tel défaut de l’écorce, on regarde l’arbre. Replacer dans la globalité. Mais éviter les défauts de l’écorce.

La gauche n’est ni gentillesse ni complaisance. Elle est solidarité, ce qui va avec exigence.

La justice, c’est la générosité plus la rigueur.

Le coulage n’est pas de gauche, il coule la gauche.

Contrôler n’est pas stigmatiser. C’est restaurer la confiance en une politique juste.

Les efforts, c’est aussi de gauche quand il le faut, mais justement répartis.

La gauche c’est sans conservateur. Figée ça rancit. Ça reste frais longtemps quand ça se renouvelle.

La précarité, c’est le changement sans la solidarité. Conserver rend précaire.

 (communication)

Deux piliers d’un discours de gauche. La raison et non l’émotion. Eclairer la complexité et non simplismifier. Anti-BFM TV.

Ne diaboliser rien ni personne, jamais. Ne pas canoniser non plus. Analyse concrète de situations concrètes. S’y efforcer.

Info en continue anxiogène. Stresse. Ne peut-on informer avec sérénité calme rationnellement ?

La gauche ne sait plus se faire entendre d’un peuple inquiet. Le FN si, avec des gros mots. Attisant les peurs.

Dérision qui rabougrit. Si nos médias rendaient compte de l’appel du 18 juin, ils diraient que De Gaulle veut maquiller sa désertion. Que Blum avec les congés payés prépare la présidentielle.

(sur le national et l’européen)

L’horizon national nous bouche la vue. Seuls c’est fini. Notre majorité est vaine si minorité en UE. Convaincre, non repli, ni FN comme bouderie.

Les grandes décisions se négocient au niveau de l’UE, après nationalement on les met en musique. Inutile la politique alors ? Non, avec la même ligne mélodique, on peut faire du Jean Ferrat ou du Mireille Mathieu.

Il faut être majoritaires en Europe. Pour le moment c’est pas le cas. Y travailler. Et si on se mettait d’accord avec les gauches d’autres pays, les écouter d’abord, les comprendre, les convaincre.

Notre mentalité de vainqueurs 1918 1945. Négociation, compromis, demi-mesure : connais pas. Position de principe = paresse de l’esprit.

Merde alors ! Tous les Européens ne sont pas Français ! Avant tous les Français n’étaient pas Provençaux ! Et les Provençaux pas tous Marseillais !

(pratique politique)

Assez de gâchis. Combattre le Front national. Échapper au piège de la droite. Sans panique ni peur ni anathèmes.

Il faut TENIR. Tenir bon, tenir le cap, tenir droit, tenir ses promesses, tenir serré. Tenir tête pour tenir le bon bout.

Dénoncer le social-traitre = 0 voix pour la Goch2Goch. Inquiétude et défiance produites : un boulevard pour le FN. Voir précédents historiques

   
 (contre quelques idées toutes faites)

Disneyland. 6Mvisiteurs, 1er site visité de France. Que n’a-t-on pas reproché à Fabius d’accepter, trahir la gauche. Qui s’en plaint aujourd’hui ?

Une grosse fonction publique, c’est soviétique, pas forcément de gauche. Ce qui l’est : la qualité du service, pour tous.


Et bien d’autres encore. Qui s’y met aussi pour contribuer à briser les idées reçues, élaborer et construire de nouvelles représentations ?

mardi 10 février 2015

LA GAUCHE NE DOIT PLUS ABANDONNER LA LAICITE

Je me suis permis de commenter certaines parties du texte d’une motion thématique ainsi intitulée, présentée en vue du Congrès du Parti Socialiste (voir les lignes en majuscules dans le texte en question, plus bas).

Les intentions sont bonnes, mais au fond cela procède non d'une offensive qui développerait et renforcerait la laïcité vécue au quotidien, mais d'un repli sur soi, de facto communautaire, qui ouvre la porte mais le martinet à la main.

A l'instar de la GdG, de Marianchon et al., des preux chevaliers de la Laïcarde, il y a un désir d'antan, de bouffages de curés, de hussards de la République. Dérisoire, sans avenir, surtout contre-productif. Comme le souverainisme etc. Reishoffen !!!! C'est se tromper de guerre, de monde.

Mais une autre erreur, de fond là aussi.
En 1905, la République devait s'imposer à l'Eglise, enracinée, influente,dominante idéologiquement dans bien des régions, politiquement revancharde. Elle a fait des compromis et y est arrivée.
Aujourd'hui, la République peine à trouver le bon modus vivendi avec une partie de ses citoyens qui mettent en avant désormais des aspects identitaires longtemps refoulés, et qu'ils veulent pouvoir vivre en étant eux-mêmes au sein de la République. Cela pose quelques problèmes, mais mérite d'être résolu, car ils sont sous la pressions de forces terribles qui leur suggèrent que ce n'est pas possible, qu'il y a incompatibilité entre la laïcité et leur foi, et qu'il faut choisir (Dieu bien entendu). 
La situation est toute inverse. L'enjeu est : saura-t-on accueillir ? et non: comment se protéger. Il faut LES protéger, en leur donnant le sentiment d'être accueillis. Ce qui n'exclut en rien la FERMETÉ, si les uns et les autres ont l'ouverture nécessaire pour faire la part de l'essentiel, de l'inacceptable, de l'inhabituel mais compatible. Cela n'implique pas une négociation communautaire, d'ailleurs (pas d'Edit de Nantes!!!!) , mais de la discussion, des prises de décisions bien mesurées, de la concertation, dans la durée, un processus dans la durée, qui privilégie le consensus, qui identifie aussi les interlocuteurs: entre Républicains (il ne s’agit pas d’accommoder mais au contraire de neutraliser les intégristes de tout poils – qu’ils portent turban, kippa ou rosaire).
De même que tout racisme est condamnable, il faut traiter différemment le racisme du fort à l’opprimé, et celui du soumis au dominateur. De même, aller chercher aujourd’hui les recettes et réflexes des combats laïques contre l’Eglise du début XXème, c’est peut-être se faire plaisir, mais c’est se tromper de combat, de cible, d’armement.
Lien avec le texte de la contribution, reproduit en partie et commenté ci-dessous : http://congres.parti-socialiste.fr/contributions/la-gauche-ne-doit-plus-abandonner-la-laicite 
La gauche n’est pas exempte de responsabilités. Trop souvent, faute de garantir l’égalité républicaine, elle a cédé à la tentation différentialiste : faute d’offrir à chaque citoyen l’accès à l’Ecole, au logement, à l’emploi, à la vie politique,  elle a laissé chacun se replier sur sa communauté d’origine, sur son quartier, sa religion. la véritable articulation entre tout cela est confuse. le recours à un reflexe communautaire – souvent tres present dans la culture d’origine alors que la notion de citoyenneté est totalement à acquérir, « non-naturelle » pour les nouveaux venus – prospere sur la carence de solutions citoyennes, accessibles et superieures. , On sent, aujourd’hui, plus que jamais, le risque de céder à un multiculturalisme soi-disant « tempéré », qui acterait notre renoncement collectif à être des égaux, pour orienter notre pays vers le modèle anglo-saxon. des termes fourre-tout, qui servent davantage d’epouvantails qu’ils n’affinent l’analyse – et donc empechent, derriere, de tracer des limites pertinentes et solides, sur lesquelles se battre. Ou autorisent ensuite des raccourcis néfastes. Nous refusons cette capitulation.
Nous refusons tout autant le dévoiement de la laïcité en arme d’intolérance et de stigmatisation. Assez des aigreurs zemmouriennes et des fantasmes de « grand remplacement » ! La droite et l’extrême-droite ont abîmé la laïcité, en la prenant pour prétexte à leur obsession identitaire. La manipulation de la laïcité par Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, qui a le premier parlé de « préfet musulman » et de discrimination positive, est une tartufferie. Tout comme l’est le mensonge sinistre de Marine Le Pen qui, entourée d’intégristes et de racistes, trahit la laïcité lorsqu’elle multiplie les diatribes anti-musulmans ou conteste aux femmes le droit de disposer de leur corps. La République doit se réapproprier le feu de la laïcité qui lui a été volé par ces usurpateurs. Et c’est à la gauche de porter ce flambeau, comme elle l’a fait historiquement.
Pour cela, nous souhaitons que la gauche, et en particulier les Socialistes, réaffirment plusieurs principes fondamentaux.
Avant tout, le PS doit recréer de la fierté laïque, réaffirmer que la laïcité est l’autre nom du bonheur français. Elle est partagée par l’écrasante majorité des citoyens, qui au quotidien vivent, travaillent, se marient ensemble dans une intégration presque unique au monde. La laïcité est le pilier central de cette fraternité et de cette tolérance : le rôle de la laïcité n’est pas d’exacerber les différences ni de les nier, mais de créer l’espace où elles se conjuguent. Surtout, le camp laïc, ce sont 65 millions de Français qui, chaque jour dans leur diversité de conscience, cultivent la paix civile et n’ont pas à subir les pressions ni encore moins les violences de quelques intégristes de toutes obédiences. Ces paroles sont belles et justes. Pleinement. Reste à les faire vivre. Par exemple des jeunes filles ou femmes, qui veulent s’épanouir et n’acceptent pas pressions ni violences, portant un voile qu’elles estiment nécessaire à leur pudeur, viennent militer pour ces valeurs. Bienvenues ou malaise ? La tonalité générale du texte sème le doute sur l’ouverture et l’accueil. A sa lecture, je doute qu’elles rejoignent. Problème, non ? Nous, pratiquants (SIC) de la laïcité venus de tous horizons, sommes la majorité sociale de la France, cela doit suffire à imposer le respect à ceux qui prétendent la mettre en cause. Ne nous laissons plus faire par ceux qui veulent nous diviser !
Il n’y a pas, dans notre pays, de guerre de civilisations qui opposerait les religions, une en particulier l’Islam, à la démocratie. Il y a une lutte, totale, où se confrontent la République et les extrémistes qui veulent sa chute.
Pour préserver notre bonheur collectif, il faut assumer la fermeté laïque. Etre fermes, cela signifie condamner toute exaction commise contre les croyants mais aussi au nom des religions. C’est refuser la poussée des revendications communautaires, dans les services publics mais aussi dans les entreprises ou l’espace public. C’est en finir avec les petits accommodements politiciens qui visent à financer de façon détournée les lieux de cultes ou les établissements scolaires. OK, mais alors on fait quoi ? Les lieux de culte sont insuffisants faute de presence historique de l’islam. les fidèles, tres largement issus des couches (les plus) modestes ne peuvent y pourvoir. la liberte de culte, c’est aussi trouver une solution a l’impossibilite observée de pratiquer . Financement étranger ? c’est pire que le mal, car ce ne sont pas les candidats au financement qui manquent, ce sont les conditions ideologiques qui vont avec – et qui constituent le vrai danger, ce qui est justement dénoncé plus haut. Donc ici on va vite en besogne, on jette le bébé avec l’eau du bain. bien sur il y a eu des negligences et du coulage, et un manque de suivi. Remettre à plat des pratiques, pas procéder par oukazes dogmatiques. C’est refuser que certains de nos concitoyens s’enferment (1), ou soient enfermés malgré eux (2) , dans des « communautés », réduits à leur pratique religieuse, mis en demeure d’être des religieux « modérés » (3) au lieu d’être simplement considérés comme des français. collision de realités fort différentes, amalgamées ici du seul fait qu’elles sont frappées de rejet. Pour (1), qu’on m’explique comment on peut refuser a quiconque telle ou telle pratique de vie, dès lors qu’il se conforme aux lois. la démarche doit être inverse, a savoir que quiconque doit se voir offrir la possibilité de ne pas s’enfermer s’il ne le souhaite pas (on retrouve ici la proposition (2)), et de se voir protége dans ce choix. La nuance n’est pas mince !! Mais (2), suppose autre chose. La contrainte.Implicitement, de la communauté sous toutes ses modalités – famille, entourage, traditions, etc. Là encore, il ne s’agit pas de « refuser » mais d’aider au non-enfermement, créer les conditions aux individus qui leur permettent de vivre selon leur liberté. Mais la rhétoriqueimplicite de la phrase est autre, Elle insinue fortement qu’il n’y aurait d’attitude  communautaire que « malgré soi », forcée, imposée de l’extérieur à des esprits dominés. (1) n’est que faux-semblant de (2). C’est porter un jugement moral sur des millions d’individus, des milliards de par le monde .C’est amalgamer le niveau du politique (OUI, la République ne connaît que les citoyens), et celui de la vie personnelle et de la liberté qui y est attachée.Quant à (3), ça n’a rien à voir, c’est là pour faire joli, on l’a entendu dire sans avoir bien compris, ça fait fausse fenêtre. On me montrera le fondement du rapport.   C’est refuser le déferlement des propos racistes qui les visent actuellement.
La fermeté laïque c’est surtout affirmer que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais le lieu où peut s’épanouir une totale liberté de conscience : les textes fondamentaux de notre pays garantissent autant le droit de croire que de ne pas croire. Il faut dire sans frémir : dans la République, on peut tout aussi librement pratiquer les religions que les critiquer.
Enfin, le Parti socialiste doit porter une nouvelle ambition laïque, en particulier pour l’Ecole. Lorsque la laïcité est attaquée, l’Ecole doit plus que jamais être la première priorité de la République. De nombreuses initiatives ont été prises depuis 2012 par le Gouvernement et méritent d’être saluées. Mais la situation est grave comme en témoignent les nombreux incidents dans les établissements au moment du drame de Charlie Hebdo, et plus massivement encore les 150 000 décrocheurs rejetés par le système chaque année. L’inégalité scolaire frappe si largement et si durement nos enfants qu’elle transcende les questions de religion, d’origine ethnique, de zones urbaines ou rurales. L’Ecole ne peut régler tous les problèmes de la société, a fortiori si la société ne règle pas les problèmes de l’Ecole. C’est autour de sa refondation que doit se faire l’unité nationale.
Face à la situation de notre pays, nous demandons un « plan d’urgence laïque », dont les premières propositions sont :
1- Commander un audit national sur l’ensemble des financements publics en faveur des cultes, et y mettre un terme, y compris lorsque ces activités sont présentées comme « culturelles » La cause est donc entendue, sans nuance. On voit clairement les conséquences, et qui va étré affecté. Si c’est pas claquer la porte – campé certes sur le grand cheval des principes, et au nom de l’égalité -à une partie des citoyens, qu’on me le démontre
2- Revenir sur la loi Carle de 2009 obligeant les communes à financer la scolarité des élèves dans les établissements privés confessionnels situés dans d’autres communes (Art. L.442-5-1 et L.442-5-2 du code de l’éducation).
3- Permettre, par la loi, aux entreprises et structures de droit privé de faire respecter la neutralité religieuse en leur sein
4- Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non- confessionnels  Au passage, qui pour porter cette parole ? Réprésentatif de qui ? Mandaté par qui ?
5- Demander aux élus de ne plus s’exprimer, es qualités, lors des offices religieux auxquels ils sont amenés à participer.
6- Faire entrer l’ensemble des territoires de la République, y compris l’Alsace-Moselle et les outre-mers, dans le champ d’application de la loi de 1905, et supprimer dès avant cela le délit de blasphème.
Pas de plus grande urgence !! Voilà qui promet de belles batailles, un beau merdier, des hostilités là où tout est calme. Il y a eu un procès pour blasphème récemment ? Quelqu’un pour soulever la question ? Ceux qui s’y sont risqué s’y sont brûlé les doigts et n’y reviendront pas de sitôt ! Trop Français, cette volonté d’uniformiser quand aucun réel péril d’actualité n’y contraint.
7- Tenir l’engagement présidentiel n°46 en intégrant la loi de 1905 dans la Constitution

Louis Pasteur écrivait : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue: le mot «enthousiasme» - du grec en-theo, Dieu intérieur. » Nous voulons que la gauche porte, pour la France, un nouvel enthousiasme laïque. On avait bien senti dans le texte (voir notamment le 4 ci-dessus, ou « pratiquants de la laïcité » plus haut) que la laicite est ici érigée en dogme concurrent, à l’instar des religions – ce que la loi de 1905 ne fait pas.

dimanche 1 février 2015

Après Charlie





Depuis le 7 janvier, devant l'urgence à réagir, mais aussi à clarifier, à discuter certaines réactions qui m'ont semblé incomplètes, ou mal informées, ou discutables, j'ai surtout écrit sur Facebook (chercher joelbertrand@hotmail.com) en réponse, ou pour signaler des textes qui me paraissaient intéressants.
On s'est étonné que rien ne soit paru sur ce blog (vous seriez quelques un(e)s à me lire !!!). J'ai donc rassemblé ici ce que j'ai pu retrouver, épars. S'y dessine je crois comment je perçois la situation, et l'action à mener.

8JAN
Un petit florilège pour yeux embués. Rire aux larmes. Rire comme hommage à la vie. Merci à ceux qui sont tombés, et respect.



9JAN
Je ne suis pas Charlie, de Marcel SEL
http://blog.marcelsel.com/2015/01/07/je-ne-suis-pas-charlie/

Mon ami Qudus a diffusé ce texte. Je m'y suis beaucoup retrouvé. Pas dans tout, mais beaucoup. Je n'ai pas écrit ‪#‎JeSuisCharlie. Mais j'ai posté des dessins qui m'ont paru pertinents pour parler du meilleur de l'esprit "bête et méchant". Hommage et reconnaissance. Je ne me suis toujours pas remis de la fois où Paul VI disait "Moi je crois mais je ne pratique pas". Ca doit faire 30ans, mais chaque fois que j'y repense je me marre. Au fait, peu de reprises de ce petit florilège de dessins. Je n'ai pas écrit #JeSuisCharlie, cette formule me gêne, comme tous les ‪#‎Je Suis... du reste. Je n'ai pas besoin d'"être" l'Autre pour en être solidaire, pour partager ses peines, ses rêves ou ses combats. Pour nouer alliance, approfondir une relation, aimer même. C'est même justement parce que je ne "suis" pas l'Autre que je respecte ses différences, que je le reconnais tel qu'il est. Qu'il me nourrit, justement, de ce qu'il n'est pas Moi.

11JAN
Lettre ouverte au monde musulman, de Abdennour Bidar
http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html

Ben oui, beau texte, vaste chantier, dont nous sommes spectateurs. Ce qui ne veut pas dire passivité. Aux Musulmans eux-mêmes de répondre à ces questions, à nous, autres, de faciliter les bonnes dynamiques (celles qui concourent au vivre ensemble). Quelles voies cela empruntera-t-il ? Quel temps ? D'ici là, alliances autour de valeurs essentielles et communes ou similaires, compatibles; trouver des terrains communs; soutenir les forces vives - surtout ne pas jeter les indécis dans les bras des extrémistes par des incompréhensions et malentendus. Un gros effort à faire : comprendre, connaître, c'est à dire aussi considérer et reconnaître, respecter, quitte à critiquer sévèrement, en connaissance de cause.

 13JAN
Why did the world ignore Boko Haram attacks ?
http://www.theguardian.com/world/2015/jan/12/-sp-boko-haram-attacks-nigeria-baga-ignored-media

The millions in the streets of France were also protesting against Boko Haram, against AQMI, against Daesh, against Al Kaeda if anything like that is still there, etc. It was an answer to all terrorisms (be them "Moslem" or not) who want to suppress freedom (of expression here, of listening to music, of playing football, or laughing, ... there). I trust a day will come when in Lagos also, in the whole of Sahel up to East Africa, people will rise in protest, will unite against our common enemy, whatever the way (marching the streets is our custom in such cases, there could be many others to express anger and determination). Let us rise in protest, let us unite - and not only sit, pray and ask what is the government doing? what is the West doing? what are the Muslims doing? what is anybody but me doing?

Post by Qudus Onikeku : 6 African president were present in Paris, one of them sighted crying like an idiot, his country Benin is just two hours by road to nigeria. Where 2000 people reported dead, he shed no tears, he paid no visit and made no match. What a wonderful world. ‪#‎Baga ‪#‎Massacre is where 21st century humanity died. Hypocrisy is when our liberty of expression, weighs more than our humanity.

Had he gone to Nigeria, wouldn't he have been alone marching, abi ?

14JAN
Pour ceux qui, comme moi, n'ont pas eu leur exemplaire, un petit échantillon du Charlie Revival. Comme on aime, grinçant et solidaire, autodérision et attention au monde. On peut se moquer de tout, et même de soi. Du rire salutaire, et aux pisse-vinaigre, reprenez-en une gorgée bien déployée.




16JAN
Dans quelles conditions l'islam autorise-t-il la représentation du Prophète ?
http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/15/dans-quelles-conditions-l-islam-autorise-t-il-la-representation-du-prophete_4557365_4355770.html














Très intéressant, toujours bon de comprendre. Ya besoin d'être éclairés, pour tous.

 Le « musulman modéré », une version actualisée du « bon nègre »
http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html?_reload=1421430904816

Réaction à l'article du Monde intitulé : "Le 'musulman modéré', version actualisée du 'bon nègre' ". Désolé, mais pas bon cet article. C'est pas ce qui va dans le sens de la lutte à mener. Pour faire court : très significativement, il parle des "cathos" (qu'il définit de façon intéressante). Mais parler de Catholiques pour ceux qui sans pratiquer baptisent leurs enfants et se feront enterrer religieusement, c'est pas une injure. Ainsi peut-on parler de Musulmans dans les mêmes conditions sans "accoler" ou "singulariser".
En fait, la symétrie, sur laquelle repose la démonstration, ne tient pas. A "cathos", tel qu'il le définit, correspondrait "barbus", et non Musulmans qui correspond alors à Catholiques. Athée tranquille, que je le veuille ou non j'ai grandi en milieu chrétien J'ai vécu beaucoup en Afrique, notamment en pays d'Islam. J'y étais vu comme chrétien, ça allait de soi ,je ne me suis pas senti offensé ou accolé pour autant, tranquille dans mes convictions - sans me priver d'expliquer quand cela valait la peine. En fait, l'auteur ici parle plus de lui, et de sa relation qui semble complexe voire difficile à la culture religieuse dont il est issu, que de la question politique qu'il aborde. L'heure est à rassembler, dépasser des querelles (bon nègre) et faire face au présent.

17JAN
On Charlie Hebdo: A letter to my British friends
http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-tonneau/110115/charlie-hebdo-letter-my-british-friends

I didn't address much my English speaking friends during the last few days. My comments and reactions about what happened in France -which have so many links with what is happening daily in the world, and especially in Nigeria and East Africa - were more targeted to my fellow citizens. I was asked sometimes for translation. Rather, read this paper, I think it explains very well the situation here, what that newpspaper Charlie Hebdo represents here in France, what is our specificity and our point of view.
I do not agree 100% with what is said, but with most of it. There is fire on the mountain, sang Asa ( Asa Official).Joining forces need a big amount of mutual understanding.

18JAN
Manifestations à Zinder: 4 morts et 45 blessés, le Centre culturel français incendié
http://www.itele.fr/monde/video/manifestations-a-zinder-4-morts-et-45-blesses-le-centre-culturel-francais-incendie-107992

Manifs au Niger et dans le monde musulman. Des morts, pour une caricature qu'en plus je trouve assez sympa. Gouffre d'incompréhension. Je lis beaucoup de réactions ici qu'on pourrait résumer : "Sauvages", "Bandes de cons". FAUX, d'abord, bien sûr. Mais surtout TRES DANGEREUX. Rejeter ainsi, c'est se priver de comprendre, et surtout de convaincre. Eriger des murailles au lieu de jeter des ponts, renvoyer au lieu de rapprocher. On ne terrassera le djihadisme que si on rassemble, si on l'isole, si on convainc de sa nocivité, pas si on lui livre des troupes. C'est là-bas on s'en fout ? Mais ceux qui manifestent à Dakar, Niamey, ailleurs, leurs pères, frères, cousins, sont parmi nous, par milliers. Dans nos écoles aussi. Comprendre n'est pas se compromettre, c'est se donner les moyens de vaincre.

Sur une citation de Romain Gary

Très juste cette page de Romain Gary. Mais de là à la faire partager ... Combien de temps, de siècles, et surtout de luttes, a-t-il fallu aux institutions, aux pouvoirs, pour l'admettre, et cesser la répression ?? Nous jouissons d'une histoire de combats pour la reconnaissance de cette liberté, cette histoire-là n'est pas tellement partagée. Ne serait-ce pas justement notre impératif devoir de convaincre de sa pertinence ?

"(…) Seuls le manque de respect, L’ironie, la moquerie, la provocation même, peuvent mettre les valeurs à l’épreuve, les décrasser et dégager celles qui méritent d’être respectées. Une telle attitude (...) est pour moi incompatible avec toute adhésion politique à part entière. La vraie valeur n’a jamais rien à craindre de ces mises à l’épreuve par le sarcasme et la parodie, par le défi et par l’acide, et toute personnalité politique qui a de la stature et de l’authenticité sort indemne de ces agressions. La vraie morale n’a rien à redouter de la pornographie– Pas plus que les hommes politiques, qui ne sont pas des faux-monnayeurs, de Charlie hebdo, du Canard Enchaîné, de Daumier ou de Jean Yanne. Bien au contraire : s’ils sont vrais cette mise à l’épreuve par l’acide leur est toujours favorable. La dignité n’est pas quelque chose qui interdit l’irrespect et elle a au contraire besoin de cette acide pour révéler son authenticité."
Romain Gary in "La Nuit sera Calme", 1974

 19JAN
Defending ourselves agains atrocities, by Jibrin Ibrahim
http://blogs.premiumtimesng.com/?p=166595

Pour aller au-delà de l'horreur qui nous saisit, et comprendre mieux tenants et aboutissants du phénomène Boko Haram au nord Nigeria, cet article de mon ami Jibrin Ibrahim, que je salue ici, et que je remercie de nous éclairer. Nous sommes ensemble, contre les mêmes immondes. 20JAN
Le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe en intégralité













Tiens, pour ceux qui ne l'auraient pas écouté, le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe. Je le reprends de La Marseillaise, qui le rend accessible en intégralité. Que cela soit la position officielle de mon pays me plaît. On peut discutailler, se démarquer ici et là, mais l'essentiel est solide. Reste à mettre en œuvre. http://www.lamarseillaise.fr/flux-rss-la-marseillaise/a-la-une/35083-le-discours-de-francois-hollande-a-l-institut-du-monde-arabe-en-integralite
Et puisque j'y suis, pour ceux qui préfèrent lire, la version écrite: http://www.elysee.fr/chronologie/#e8342,2015-01-15,ouverture-du-forum-renouveaux-du-monde-arabe-l-institut-du-monde-arabe


21JAN
Entendu sur France Culture il y a plusieurs heures - ma mémoire des chiffres peut être approximative, mais l'ordre d'idées importe. En France, 85% des personnes interrogées partagent l'idée que l'homme actuel descend d'espèces anciennes disparues. On en est à moins de 60% aux Etats-Unis. Sondage dans le corps enseignant, toutes disciplines confondues. A la question "l'homme est-il le produit d'une évolution ?", Oui à 95% en France, 53% en Roumanie, 35% au Sénégal. Une fois l'étonnement passé, il ne s'agit pas de s'indigner, encore moins de stigmatiser, mais de prendre conscience qu'il faut faire avec une réalité (non pas l'accepter, mais la prendre en compte, le temps qu'elle change, ou qu'une action cohérente menée la fasse évoluer).

Humanity Against The Narcissists Of Death By Wole Soyinka
http://saharareporters.com/2015/01/13/humanity-against-narcissists-death-wole-soyinka#.VLW0TLNgBjw.linkedin

Que de lectures ! Voici un magnifique texte de Wole Soyinka (il l'a pas volé, son Nobel). Pour lui, face aux "narcissists of death" - fachistes fascinés par l'image de leur propre puissance mortifère - on ne peut que Mobiliser ou périr ("Mobilize, or perish!"). Bon slogan, le seul qui vaille. Mobiliser, largement, toutes les forces qui ne se reconnaissent pas dans la haine de l'autre et de la vie.

 23JAN
Niger: une lettre de Jean-Pierre Olivier de Sardan (anthropologue IRD, APAD)
http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-couture/200115/niger-une-lettre-de-jean-pierre-olivier-de-sardan-anthropologue-ird-apad

Une très intéressante analyse des manifestations au Niger, par Pierre-Oliver de Sardan.

 27JAN
First lady Michelle Obama shakes hands with Saudi king. So?
http://edition.cnn.com/2015/01/27/politics/michelle-obama-shakes-hands-saudi-king/index.html

@Joachim Buwembo said : I remember a major diplomatic crisis that erupted between Iran and Zimbabwe because a visiting Iranian delegation was served dinner when there were women seated at the same table, including the lady foreign affairs minister. The Iranians refused to eat and left the country abruptly.

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So they left ? Good for them. As much as I respect the uses and ways of a religion, I have my owns and live by them, especially when I am at home and even when I visit others. I remember meeting a traditional ruler, actually the Kabaka, at the Uganda Embassy in Kampala. I did not flex my knee nor lie on the floor, but saluted him as respectfully as I can. Same; as a non-believer, I do not kneel at Church nor cross, but I stand, bareheaded, as this is our way to show respect. If anyone takes offence, too bad, because there is nothing offensive in my behaviour. The offence would come if I were imposed to behave diofferently. What Michele Obama did needs to be commended. The right way to interact in an intgercultural situation.