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dimanche 3 octobre 2021

Faut-il désespérer de l'Afrique ? (Faux-semblants et vrais ressorts) / Should we despair of Africa ? (Deceitful appearances and real mechanisms)

 For English, see below

Ce texte résulte de longues observations sur le Continent, dans des circonstances parfois exceptionnelles, de lectures et d'échanges, de réflexions, mais aussi et surtout il s'est nourri de l'intelligence collective développée au sein du Groupe Initiative Afrique dont il reprend et quelque peu prolonge les analyses.
Je ne saurais le signer seul.

Faut-il désespérer de l’Afrique ?

Faux-semblants et vrais ressorts

« Que faire en Afrique ? «  « Que faire pour l’Afrique ? » « Que faire avec l’Afrique ? » « Que faire pour notre Afrique ? » . Ca s’agite, ça s’interroge de tous les côtés, de sommets en rapports, de conférences en déclarations et engagements, privés, publics, Africains et Internationaux, sans compter les revirements stratégiques. Vraiment, ça ne va pas, et chacun s’en inquiète. Pour autant, ça tourne en rond, depuis des décennies : trop de corruption, absence de démocratie, de sens moral, mauvaise gouvernance, … ou alors domination néocoloniale, pillage des ressources, sujétion des esprits, dirigeants vendus, … Et que dit-on ? « C’est l’Afrique, que voulez-vous ! » Cela a toutes sortes de relents. On se résigne, on en appelle à la vertu, au sens de l’intérêt général, du service public, on recherche les hommes intègres. Sans jamais se demander réellement pourquoi. Ou si on s’est posé les bonnes questions. On n’avance pas, alors que l’Afrique bouge.

Et si on s’était dispensé de faire une véritable analyse des formations sociales du continent, en continuant à croire, voyant le soleil se lever à l’Est, qu’il tourne autour de la Terre ?

En effet, on pense traiter, en Afrique notamment, avec des Etats modernes, dotées d’administrations et de législations, tout entiers orientés en principe vers le bien commun décidé par les majorités, et où les abus sont sanctionnés ! Bref l’Etat wébérien, essentialisé, idéalisé. Comme il se doit, quoi. Pourtant rien ne colle. Et de déplorer que l’intérêt général cède le pas aux intérêts particuliers. Que les élections pour représenter les majorités soient trafiquées. Que les institutions ne semblent pas servir les missions qui sont les leurs. Que les détournements soient impunis. Que les plus beaux des projets de développement tournent en eau de boudin ou s’évaporent, malgré tous les verrous, précautions et chicanes érigées. On ne sait plus à quel saint, ou gradé, se vouer ! Mais ne prend-on pas des vessies pour des lanternes ?

Depuis des lustres on prend pour argent comptant les formes institutionnelles en place (et les Africains ont été maîtres pour revêtir leur système des formes les plus diverses empruntées au Nord, selon qu’il plaisait à ces derniers), alors que le fonctionnement du système, sous ces formes empruntées et revisitées, est souvent tout autre. Longtemps les uns et les autres se sont satisfaits de ce marché de dupes, de ces faux-semblants qui, en s’en tenant à des apparences acceptables, politiquement correctes, convenaient aux “valeurs universelles” de la communauté internationale, à l’idéologie développementaliste dominante chez les bailleurs, aux schémas anti-impérialistes dominants dans l’intelligentsia africaine.

Donc, selon quels ressorts ces sociétés fonctionnent-elles, au-delà des faux-semblants et des masques, des déguisements empruntés pour donner le change ? Quel Etat (car il en est plusieurs, n’en déplaise à l’idéologie libérale) est au service de ces ressorts, pour en assurer l’efficacité et la reproduction ?

Comme dans l'exercice classique des sessions de formation, il faut sortir du cadre pour trancher le casse-tête.

Beaucoup de sociétés issues des Indépendances, donc de la colonisation, sont fondamentalement régies par un système qu’on pourrait, pour simplifier, nommer celui de la rente prédatrice. L’accumulation de richesse ne résulte pas de la valorisation d’un capital, mais de la captation permise par la position acquise dans les rouages de l’appareil étatique ou dans l’accès aux rapports avec celui-ci. Le carburant du système étant d’abord les produits bruts d’exportation, puis tous les revenus que la détention d’un pouvoir officiel peut générer, y compris l’aide étrangère si on sait s’y prendre.

On le voit, ce système n’a rien à voir avec celui connu sous le nom de capitalisme. Il n’en a que les oripeaux, quelques formes empruntées. Mais cette apparence – et le nom – aveuglent.

Ce système s’est progressivement perverti en se systématisant, et est à bien des égards à bout de souffle. L’appétit croissant des bénéficiaires, leur concurrence exacerbée, la lassitude des populations que n’atteint plus le ruissellement de jadis et laissées désormais à l’abandon, l’arrivée de cohortes de jeunes qui ne voient pas d’avenir et, bien connectés, en supportent de moins en moins l’injustice, tout cela le menace.

A bien des égards, l’aide internationale – qui traite avec les Etats, avec CES Etats -a permis à ce système, cahin-caha, de perdurer. En tout cas, bien davantage dans les pays francophones, gardés sous perfusion.

Mais il y a plus.

Dans les marges du système – il en a de larges, puisque toute une partie de la vie économique et sociale, dite informelle, qui occupe une majorité de la population, n’est pas ou beaucoup moins dans l’aire de la prédation – est apparue une autre dynamique, celle d’un secteur entrepreneurial privé, fondé sur l’innovation et la technologie, la transformation et la valorisation de produits locaux, pour un marché local ou régional. Certaines de ces entreprises, récemment ou, peu nombreuses, depuis plus longtemps, ont pris de véritables dimensions. Parfois sans besoin de grand capital de départ, parfois en saisissant une opportunité conjoncturelle (le ciment pour Dangote quand le Nigeria construisait à tout va), parfois en convertissant une accumulation prédatrice antérieure.

Pour le moment, ce secteur économique privé se développe, le plus souvent, à l’écart des institutions, sans leur appui, voire en butte aux obstacles qu’elles lui dressent, aux extorsions qu’elles lui font subir, aux règlementations avec lesquelles elles l’étouffent. Car pour la Rente, pour les Prédateurs, l’entreprise privée est à la fois menace et proie. Cette dynamique, quoique ralentie, entravée, s’impose progressivement. Davantage dans les pays anglophones, où l’écroulement des Etats et de la monnaie, dans les années 90, a laissé plus d’espace au mouvement tandis que la résistance des Etats et la stabilité du CFA a largement préservé la capacité de nuisance de ceux-ci dans les pays francophones.

Cette dynamique est loin d’avoir gagné la partie. Pour qu’elle se développe, atteigne une taille critique et devienne hégémonique, elle aura besoin de changements d’orientations politiques, d’un renouvellement des pratiques et des règlementations qui favorise son essor au lieu de le brider. En fait d’un autre Etat, à construire. Le mouvement est en cours, qui semble inéluctable. Mais encore bien fragile.

Si cette analyse est juste – à savoir que nous assistons à une phase où un système de rente prédatrice qui a trouvé ses limites compte tenu de la vague démographique et des mouvements citoyens est en concurrence avec un système dont la locomotive serait l’initiative économique privée, une économie privilégiant la valorisation sur place des productions locales pour un marché régional – alors ne faut-il pas que chacun, en Afrique, dans la communauté internationale, en tire toutes les conséquences ? En reconsidérant tout selon cette nouvelle perspective.

Ainsi des engagements d’aide pris par le dernier G7. Ou des remises de dettes. Cela servira-t-il encore à faire de l’acharnement thérapeutique en nourrissant la rente par perfusion, malgré toutes les précautions prises ? Ou cela, la leçon tirée, sera-t-il injecté dans l’économie réelle, productive, génératrice de valeur ajoutée et créatrice d’emploi, en détournant les flux de tout ce qui est institutionnel, des circuits d’évaporation.

Sans plus interférer directement avec la politique africaine – ce sera aux Africains à déterminer les modalités du changement de leurs sociétés, avec tempêtes peut être, tangage et secousses, comme il le feront –, il est temps d’accompagner et de faciliter un mouvement en cours, de fluidifier son éclosion.

Les avenues pour ce faire sont nombreuses :

• Encourager toutes les réformes de structure susceptibles de faciliter la transformation locale et les échanges régionaux (régulation du commerce international, politique monétaire, législations intérieures, règlementations régionales, sanction des prédations).

• Financer des investissements orientés vers le développement des économies locales : voies de communication entre lieux de production et de transformation, et non plus à l’export, accès aux nouvelles technologies, à l’énergie, outre l’éducation et la santé.

• Aider en finançant non plus (seulement) les Etats et les institutions, mais les entreprises : prêts, participation au capital, pépinières d’entreprises, etc. y compris les micro-entreprises, les artisans et les auto-entrepreneurs.

• De l’assistance technique, oui, mais pas dans les administrations pour définir des politiques publiques : dans les entreprises privées, en personnels d’encadrement et en conseil, ou en finançant des consultants et de l’expertise, en réponse aux besoins des entrepreneurs.

• Soutenir les initiatives de la société civile qui s’emploient à surveiller la dépense publique et à lutter contre la corruption.

Pour autant, il ne s'agit pas de béatifier le privé, qui a aussi de nombreux travers. Son arrivée en position de leadership ne sera pas l'avènement du paradis sur terre. Il n'en sera pas nécessairement fini de la corruption, quoi que peut-être sous d'autres formes (rappelons nous les scandales qui ont émaillé la 3ème république en France, pendant justement la période de la bourgeoisie d'affaires triomphante). Il n'est pas dit du tout que les travailleurs aient une vie plus facile. Qu'en attendant que les régulations s'imposent avec efficacité, il n'y ait pas de fortes turbulences.

Bien entendu, il y a besoin d'un Etat "...pour que le secteur privé fonctionne bien." Mais de quel Etat ? Certainement pas du type de ceux, encore nombreux en Afrique, si on veut généraliser, qui sont largement des machineries d’extraction et de répartition de la rente dont bien des mécanismes briment, étouffent, empêchent d’éclore les initiatives privées, les entrepreneurs économiques locaux, petits ou gros.

Toute la pression doit être mise, en interne comme en externe, pour que les systèmes étatiques en place cessent d’être nuisibles à l’éclosion et au renforcement des initiatives économiques privées. Que soient levées les entraves, que changent les pratiques d’extorsion, que les entrepreneurs et investisseurs soient sécurisés.Ceux-ci, pour se développer, pour mettre en place l’activité de valorisation et d’échange des produits locaux, ont besoin d’un Etat REFORMé, REFONDÉ qui soit à son service, qui cesse de nuire pour au contraire faciliter, créer les conditions favorables à son activité, réguler aussi, positivement. Qui dans un premier temps écoute le cri « Laissez-nous entreprendre ! », et bien vite entende« Aidez-nous à entreprendre ! ». Cris qui s’adressent aussi bien aux dirigeants locaux, qu’aux institutions d’aide qui se veulent bienveillantes.

Tout ce qui peut, d’une manière ou d’une autre, accoucher de telles évolutions est bon à prendre. Envoyer des signaux forts aux forces économiques productives, à la jeunesse, montrer qu’il y a un avenir et qu’il est entre leurs mains, voilà qui combattrait vigoureusement la désespérance, la perte de repères, l’influence vénéneuse des propagateurs de haine et de mort. C’est parmi les populations que la guerre contre le terrorisme se gagnera, par la restauration de la confiance en l’avenir, en des autorités renouvelées, en des institutions au service des populations au travail. Quand bien même il y aurait de la déperdition, elle sera incommensurablement moindre qu’actuellement, et elle aura mis du carburant dans les circuits économiques.

Passons vite à autre chose, le temps presse, pour que s’ouvrent de nouvelles perspectives d’avenir.

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Should we despair of Africa?

Deceitful appearances and real mechanisms 

“What to do in Africa? “What to do for Africa?” “What to do with Africa?” “What to do for our Africa?”. From summits to reports, from conferences to declarations and commitments, private, public, African, and International, everyone is questioning. Indeed, there is something wrong, and everyone is worried about it. However, things have been going in circles for decades: deep-rooted corruption, lack of democracy and moral sense, poor governance, etc. or neo-colonial domination, plundering of resources, the subjection of minds, sold-out leaders, … And what do we say? “It’s Africa, mind you!” This carries all kinds of innuendoes. We resign ourselves, we appeal to virtue, to a sense of the general interest, of public service, we seek men of integrity, without ever really asking why or whether we asked the right questions. We are not progressing, while Africa is moving.

What if we are dispensed with a real analysis of the social formations of the continent, continuing to believe, seeing the sun rising in the East, that it revolves around the Earth?

Indeed, particularly in Africa, it is thought that we are dealing with modern States, with administrations and legislations, entirely oriented in principle towards the general interest decided by majorities, and where abuses are punished! In short, the Weberian State, essentialized and idealized. As it should be. Yet nothing is working. And one deplores the fact that the general interest gives way to the special interests. That the elections to represent the majorities are rigged. That the institutions do not seem to serve the missions that are theirs. That the misappropriations go unpunished. That the most beautiful development projects turn into pudding water or evaporate, despite all the locks, precautions and chicanes erected. One no longer knows what to do, to which saint to pray, or which officer to trust! But don’t we confuse a sow’s ear with a silk purse?

For ages, the institutional forms in place have been taken for granted (and Africans have been masters to clothe their system of the most diverse forms borrowed from the global North, according to the liking of the latter), while the functioning of the system, in these borrowed and revisited forms, is often quite different. For a long time, both sides were satisfied with this market of deceptions, these false appearances, while sticking to acceptable, politically correct appearances, suited the “universal values” of the international community, the dominant developmental ideology amongst donors, the dominant anti-imperialist schemes in the African intelligentsia.

So, according to which mechanisms do these societies operate, beyond pretences and masks, disguises borrowed to make it look good? Which State (because there are several types, with all due respect to the liberal ideology) is at the service of these mechanisms, to ensure their effectiveness and its reproduction?

As quite often said in a classic game, you have to think out of the box to solve the puzzle.

Many societies resulting from Independence, hence from colonization, are fundamentally governed by a system that could, to simplify, be called the predatory rent. The accumulation of wealth does not result from the capital valuation but from the opportunities given to acquire income by one’s position in the state apparatus or by one’s access to it. The fuel in the system is first the gross exports, and then all the revenues that official power can generate, including foreign aid if one knows how to navigate it.

As we can see, this system has nothing to do with the system known as capitalism. It has only the oriskins, some borrowed forms, but this appearance – and the name – blinds.

This system got gradually perverted by systematising itself and is now in many ways completely exhausted. The growing appetite of the beneficiaries, their exacerbated competition, the weariness of the populations, which no longer benefit the trickle-down process and feels abandoned, the arrival of cohorts of young people who do not see a future and, well-connected, resent more and more injustice, all this threatens it.

In many ways, international aid – which deals with States, with THESE States – has allowed this system, cahin-caha, to continue. In any case, much more in French-speaking countries, kept on a drip.

But there is more.

In the margins of the system – it has broad ones, since a very large part of the economy and social life, called « informal » occupies a majority of the population, and it is not or much less in the area of predation – another dynamic has appeared, a private entrepreneurial sector, based on innovation and technology, processing and upgrading local products, for a local or regional market. Some of these companies, recently or in fewcases, for a longer time, have taken on real dimensions. Sometimes without a large starting capital, sometimes by seizing a conjunctural opportunity ( for instance, the cement for Dangote when Nigeria was developing at all costs), sometimes by converting an earlier predatory accumulation.

For the time being, this private economic sector is developing, more often than not, away from the institutions, without their support, or even facing the obstacles that they put up against it, the extortions they inflict on it, the regulations with which they stifle it. Because for the Rent, for the Predators, private enterprise is both a threat and a prey.This dynamic, although slowed down, hindered, is gradually prevailing. More so in the English-speaking countries, where the collapse of the States and the currency in the 1990s left more room for the movement, while the resistance of the States and the stability of the CFA Franc largely preserved the nuisance capacity of the latter in the French-speaking countries.

This new dynamic is far from having won the game. For it to develop, reach a critical size and become hegemonic, it will require changes in policy strategies, a renewal of practices and regulations that promote its growth rather than curb it. In fact, to rebuild the State. The movement is ongoing, which seems inevitable. But still very fragile.

If this analysis is correct – i.e., we are witnessing a phase in which a predatory rent system that has realised its limits given the demographic wave and citizen movements is competing with a system of which the locomotive would be the private economic sector, an economy favouring the on-the-spot exploitation of local production for a regional market – so shouldn't everyone in Africa, in the international community, take full advantage of this? By reconsidering everything from this new perspective.

For instance, aid commitments made by the last G7. Or debt forgiveness. Will these big monies still serve to make therapeutic obstinacy by feeding the rent by drips, despite all the precautions taken? Or, the lesson learnt, will it be injected into the real, productive, value-added and job-creating economy, diverting the flows from all that is institutional, from the evaporation circuits.

Without further direct interference with African politics – it will be up to Africans to determine the modalities of change in their societies, with storms perhaps, pitching and shaking, as they will do – it is time to accompany and facilitate an ongoing movement, to fluidify its blooming.

There are several ways to do this:

• Encourage all structural reforms likely to facilitate local transformation and regional trade (international trade regulations, monetary policy, domestic legislation, regional regulations, and sanctions against predation).

• Finance investments aimed at the development of local economies: smooth communication routes between production and processing sites, and no longer for exports, access to new technologies, energy, in addition to education and health.

• Assist by financing not only States and institutions, but also enterprises: loans, equity participation, business incubators, etc. including micro-enterprises, craftsmen and sole proprietorships.

• Technical assistance, yes, not in government offices to define public policies: but in private companies, as management and advisory staff, or by funding consultancies and expertise, in response to the needs and requests of entrepreneurs.

• Support civil society initiatives that monitor public spending and fight corruption.

However, it is not a question of beatifying the private sector, which also has many flaws. Its arrival in a leadership position will not be the advent of paradise on earth. There will not necessarily be an end to corruption, though perhaps in other forms (let us recall the scandals that punctuated the Third Republic in France, during precisely the period of the triumphant business bourgeoisie). It does not mean that workers will have an easier life, nor that until regulations are effectively enforced, there will be no severe turbulence.

Of course, there is a need for a state "...for the private sector to function well." But which state? Certainly not of the type, still numerous in Africa, if one wants to generalize, which are at large, pieces of machinery of extraction and distribution of the rent of which many mechanisms curtail, suffocate, prevent to hatch private initiatives, local economic entrepreneurs, be them large or small.

All pressure must be put, both internally and externally, to ensure that the existing state systems cease to be harmful to the outbreak of and strengthening of private economic initiatives. That barriers are removed, that extortion practices change, that entrepreneurs and investors are secured

To develop, to set up the activity of valorization and exchange of local products, they dearly need a REFORMED, OVERHAULED State, which would be at their service, which would cease to harm, but on the contrary would facilitate, create the favourable conditions to its activity, regulate as well, positively. Which at first would listen to the cry "Let us do it!" and soon hears "Help us do it!”.Cries addressed to local leaders, as well as to aid institutions that want to be benevolent.

Anything which can, in one way or another, facilitate such evolutions is good to take on board. To send strong signals to the productive economic forces, to the youth, to show that there is a future and that it is in their hands; it would vigorously fight the despair, the loss of reference, the poisonous influence of the propagators of hate and death. It is among the populations that the war against terrorism will be won, by the restoration of confidence in the future, in renewed authorities, in institutions at the service of the productive populations. Even if there is pilferage and loss, it will be immeasurably less than it is now, and it will have put fuel into the economic circuits.

Let us move quickly to something else, time is ticking, to open up new perspectives for the future.



jeudi 11 juin 2020

"ABANDON DU FRANC CFA EN FAVEUR DE L'ECO. QUEL EST L'OBJECTIF DE CETTE REFORME? QUELLES CONSÉQUENCES POUR L'AFRIQUE?"


Une contribution au débat organisé en collaboration avec la
Fondation Gabriel Péri. 
Vendredi 12 juin 2020.

Pour parler monnaie, le préalable de l’analyse politique

Mon point de vue est le suivant : et si depuis des lustres, nous nous étions dispensés dispensées de faire une réelle analyse des formations sociales qui prévalent en Afrique, et avions continué à croire, voyant le soleil se lever à l’Est, qu’il tourne autour de la Terre ? Et si nous prenions toujours pour argent comptant les formes institutionnelles en place (et les Africains ont été maîtres pour revêtir leur système des formes les plus diverses empruntées au Nord, selon qu’il plaisait à ces derniers), alors que le fonctionnement du système, sous ces formes empruntées et revisitées, est tout autre.
En effet, la communauté internationale, pour ne parler que d’elle, traite, en Afrique notamment, avec des Etats modernes, dotées d’administrations et de législations, tout entiers orientés vers le bien général décidé par les majorités, et où les abus sont sanctionnés. Et de déplorer que l’intérêt général cède le pas aux intérêts particuliers. Que les élections pour représenter les majorités soient trafiquées. Que les institutions ne semblent pas servir les missions qui sont les leurs. Que les détournements soient impunis, sauf s’il faut se débarrasser de gêneurs. Que les plus beaux des projets de développement en grande partie tournent en eau de boudin ou s’évaporent, malgré tous les verrous, précautions et chicanes érigées. On ne sait plus à quel saint se vouer.
Longtemps les uns et les autres se sont satisfaits de ce marché de dupes, qui, en s’en tenant à des apparences acceptables, politiquement correctes, convenaient à l’idéologie développementaliste dominante chez les bailleurs, ou à la dénonciation du capitalisme et de la néo-colonisation.
Or, la réalité est toute autre, derrière les faux-semblants, et n’a rien de capitaliste, ni de socialiste d’ailleurs. Pour simplifier …
Les sociétés issues des Indépendances, donc de la colonisation, sont fondamentalement régies par un système qu’on pourrait, pour simplifier, nommer celui de la rente prédatrice. L’accumulation de richesse ne résulte pas de la valorisation d’un capital, mais de la captation permise par la position acquise dans les rouages de l’appareil étatique ou dans l’accès aux rapports avec celui-ci. Le carburant du système étant d’abord les produits bruts d’exportation, puis tous les revenus que la détention d’un pouvoir officiel peut générer, y compris l’aide étrangère si on sait s’y prendre.
Ce système est à bien des égards à bout de souffle. L’appétit croissant des bénéficiaires, leur concurrence exacerbée, la lassitude des populations que n’atteint plus le ruissellement de jadis et laissées désormais à l’abandon, l’arrivée de cohortes de jeunes qui ne voient pas d’avenir, tout cela le menace.

Le rôle du CFA

La plupart des voisins, essentiellement non francophones (sauf la Guinée de Sekou Touré), auxquels la puissance coloniale n’a pas laissé d’autre choix, ont opté pour la monnaie nationale. Après une brève période se stabilité politique et de sagesse financière, avec l’arrivée des coups d’Etat militaires, l’incertitude, la hâte de s’enrichir, le prélèvement de la rente s’est exacerbé : fin de la convertibilité (permettant aux happy few accédant aux devises de faire d’extraordinaires culbutes), hyperinflation, dévissage des monnaies, écroulement économique, sur le mode République de Weimar. En Ouganda, par exemple, les prix avaient tellement augmenté qu’on en est arrivé, en 1978 ou début 79 je crois, à ne plus défaire les liasses des plus gros billets pour payer.Je suis même allé au marché acheter trois carottes et deux salades avec des paquets de liasses dont on n’ôtait même plus la ficelle. Le Ghana, le Zaïre, le Nigéria dans une moindre mesure, très récemment le Zimbabwe ont connu la même chose. Même le sage Kenya a vu la valeur de sa monnaie s’éroder considérablement au fil des ans. De profonds bouleversements sociaux et culturels (dans les mentalités) s’en sont suivi, le FMI et l’ajustement structurel sont passés par là, et certains de ces pays, après avoir touché le fond, ont retrouvé un dynamisme parfois enviable.
Il en est allé différemment pour la plupart des pays francophones.
Dans ces formations sociales basées sur la rente, c'est à dire sur le contrôle de la ressource et de sa redistribution par les cercles qui détiennent le pouvoir politique, le système CFA s'est révélé particulièrement adapté.
Il assure aux bénéficiaires une stabilité appréciable. Une monnaie forte, au taux de change garanti, maintient le pouvoir d'achat en produits importés et un prix bas payé aux producteurs locaux. Elle décourage la valorisation sur place et l'investissement productif et donc l'émergence d'un entrepreneuriat qui réclamerait d'autres règles. Elle favorise le tête à tête avec les sociétés internationales, générateur de ressources rentières à l'import comme à l'export. Sa convertibilité permet la consommation et les placements à l'étranger au détriment du réinvestissement sur place (mais pour quelles entreprises, puisque leur développement est délibérément entravé? Et puis est-ce bien raisonnable de garder l’argent au pays ?). On peut poursuivre.
En bref le CFA dans sa pratique permet (a permis?) un fonctionnement pépère du système rentier. C'est la Caisse d'épargne plutôt que la Bourse. Et une telle assurance a un coût, comme toute assurance. Une certaine dépendance à l'égard d'un tiers à qui on a confié la responsabilité de faire respecter les règles de base du système.
On peut comprendre que des décideurs, voire des couches sociales, ne soient pas prêtes à renoncer à un dispositif qui, quoique s'érodant, leur a permis de tenir vaille que vaille tandis que bien des voisins passaient par des phases de chaos. Même si ces mêmes voisins aujourd'hui semblent mieux s'en sortir.

Un système contesté, une transition en gestation

Les contradictions du système rentier se sont au fil du temps exacerbées. Les appétits ont grandi bien plus rapidement que la ressource (quand celle-ci n’a pas diminué), il a fallu écarter des bénéficiaires, ou les réduire à se fournir aux-mêmes (l’auto-rémunération de quiconque a une parcelle de pouvoir), certaines sources se sont taries ou plus difficiles à capter (l’aide internationale accumule les contrôles et les précautions, ça pourrit la vie), les scandales se multiplient, l’opinion gronde, localement et internationalement, la contestation monte, notamment contre la corruption, dans un contexte de péril fondamentaliste.
Bref, c’est la crise.
En bonne dialectique, quand un système s’effondre sous ses contradictions, de nouvelles dynamiques éclosent, se structurent, font apparaître de nouveaux possibles, une autre forme d’organisation. Longtemps, l’activité privée de transformation est restée artisanale, reléguée et enfermée dans l’informel. Avec de grandes disparités selon les pays, et d’importance, des entrepreneurs sont apparus, dont quelques-uns ont bâti d’immenses fortunes et des empires commerciaux et industriels. Certes, à l’origine de ces fortunes se trouvent parfois des opportunités causées par la gestion de régimes rentiers (ainsi le ciment pour Dangote pendant le boom pétrolier au Nigéria), ou une accumulation primitive rentière, réinvestie ensuite dans l’économie productive (les familles Kenyatta et Moi au Kenya ?). N’empêche, ils participent d’un changement de paradigme, et d’un passage à un autre type de logique économique et de profit. D’autant que, derrière ces quelques exemples anciens et visibles a émergé une forêt d’initiatives, de jeunes entrepreneurs, à la faveur d’une foultitude de raisons : élévation du niveau d’éducation, changements technologiques, opportunité d’innovations, sentiment d’exclusion d’un système où il n’y aurait rien à gagner, marché de nouvelles classes moyennes, etc. Avec la conscience de pouvoir, en agissant sur place, en valorisant production et savoir-faire locaux, créer de la richesse, ne plus la laisser partir à l’extérieur, réussir au pays, donner de l’emploi et des perspectives d’avenir, en particulier aux jeunes.
C’est donc tout un système alternatif qui se déploie, et qui essaie de se frayer un chemin, en dehors de celui qui est en place, de la rente prédatrice. Mais qui est en butte à ce dernier. Car il y a antagonisme.
En effet, le développement d’un secteur privé local, d’initiatives de valorisation sur place des produits, est systématiquement entravé, étouffé par un système de la rente qui le vit comme une menace. Et ce de multiples manières, à tous les niveaux. On peut faire état de quelques uns. Il y a les tracasseries diverses et variées des agents de l’Etat, la petite corruption qui s’appuie sur le fouillis des réglementations pour pressurer. Des réglementations et normes justement qui, sous prétexte de conformité à des standarts « développés », pénalisent et rendent vulnérable. Une fiscalité écrasante. L’absence d’accès au crédit. La pauvreté des infrastructures nécessaires aux échanges régionaux et la création de marchés à cette échelle dont les entreprises nouvelles ont besoin, les limites des Etats n’étant pas suffisantes pour les nouvelles entreprises. La libre circulation à travers ces espaces. Il y a enfin, et pour en revenir au sujet, le besoin d’une monnaie qui serve le développement de cette nouvelle économie.
Dans un tel contexte, la question du CFA/ECO n'est donc bien que secondairement monétaire. Elle n’est pas technique, mais essentiellement politique.

Quelle monnaie pour servir quel système socio-économique ?

On a vu quelle société, quel type de modèle socio-économique le CFA actuel sert, ou à qui il facilite la vie, à qui il la rend difficile. Un CFA réformé, devenu ECO, servirait quel modèle de société ? qui en tirerait bénéfice et pour quoi faire ? qui perdrait au change ? C’est le questionnement qu’il faut traiter d’abord, avant que les économistes ne soient appelés pour trouver l’outil monétaire adéquat qui facilitera la mise en œuvre des réponses.
Deux critères majeurs me semblent déterminants pour lire les évolutions qui se dessinent depuis fin décembre dernier et entrevoir des réponse à cette question : le taux fixe de convertibilité, et la garantie de celle-ci.
Le système rentier en place, pour se perpétuer dans son être, a besoin d’un taux fixe, arrimé à une monnaie forte, en l’espère l’Euro, et de pouvoir exporter les revenus accumulés, pour acheter des biens ou les mettre à l’abri. Cela dût-il paralyser l’économie locale. Au contraire, les entrepreneurs sont victimes de cette monnaie qui les empêche d’être compétitifs face aux produit importés, bloque leur développement régional, l’accès aux marchés les plus importants et aux investissements.
La première voie correspond exactement aux desiderata du Président Ouattara, entérinés par Macron, qu’il a exprimés au nom des autres dirigeants de l’UEMOA, et dont on a pu considérer qu’il s’agissait d’un hold-up du processus engagé par la CEDEAO pour la création d’une monnaie unique de toute la zone. On serait donc dans un schéma de perpétuation du système actuel. On reste dans l’entre soi des francophones. Tout changer pour que rien ne change, sauf peut-être quelques symboles.
Mais ce n’est peut-être pas si simple. Dès le surlendemain, le gouvernement du Ghana – un des poids lourds de la région – annonçait sa volonté de rejoindre l’ECO créé par le groupe UEMOA, tout en déclarant comme allant de soi que cette démarche s’inscrivait pleinement dans le processus de monnaie régionale engagé par la CEDEAO, mentionnant notamment la flexibilité comme un fait acquis. On serait donc, et rien de surprenant à cela de la part du Ghana, dans l’autre voie, celle d’une politique économique favorisant production locale et valorisation des produits.
Il semble donc que rien ne soit joué, et qu’une partie de billard, à plusieurs bandes, est peut-être engagée. Sera-ce un affrontement entre les Anciens et les Modernes, la citadelle du pré-carré contre l’ouverture de l’espace ouest-africain et au-delà ? Est-on dans un processus négocié en coulisse, l’ECO « Ouattara » étant une première étape qui, une fois en place, pourra évoluer pour introduire, avec l’entrée du Ghana, accompagné d’autres pays non-CFA, la flexibilité du taux de change d’un ECO adossé à un panier de monnaies – la France dans ce cas retirant sa garantie de convertibilité ?
Dans ce cas, étant donné que le mastodonte, le Nigéria, ne remplit pas les critères de convergence requis pour rejoindre le nouvel ECO (ce dont personne ne veut, ni lui, qui ne l’accepterait qu’en position de dominant, ni les autres qui le redoutent comme la peste), assisterait-on à une recomposition stratégique de la zone CEDEAO ? Avec un regroupement, pour faire équilibre au géant, de tous les autres pays autour d’une monnaie unique ? Et dont le Ghana se positionnerait d’ores et déjà en leader ?
La France, d’ailleurs, y serait-elle si hostile ? Le jeu est très ouvert.
Au final, si l’Afrique est bel et bien en transition, empêtrée dans un système moribond, en gestation d’un renouvellement profond, qui devra s’accompagner de mutations politiques, ce sera aux Africains de bâtir leur devenir.

mercredi 19 février 2020

SUITE de « La guerre au Sahel ne peut être gagnée par une force occidentale »

Serge Michailof* m'a fait l'amitié et l'honneur de cette réponse à mon article précédent :

Cher Joël
Chers collègues et amis
Cher Joël ton mel et surtout l'article de ton blog mettent le doigt sur plusieurs faiblesses de notre papier du Monde (« La guerre au Sahel ne peut être gagnée par une force occidentale ») que je reconnais bien volontiers et dont nous étions conscients. Le problème est toujours que les contraintes d'un tel papier qui doit tenir en 6500 signes permettent rarement d'aller au fond des choses ce qui est évidemment regrettable.
En gros tu nous fait part de deux principales critiques:
1) Nos propositions n'ont aucune accroche politique et restent donc incantatoires. Elles ne précisent aucunement le type d'alliance politique qui permettrait au Sahel leur mise en œuvre concrète. Sur ce plan tu as parfaitement raison et à la réflexion nous aurions dû couper un peu notre papier pour à la fois respecter la contrainte des 6500 signes et pouvoir développer en quelques lignes l'argumentation que tu explicite dans ton blog et qui peut se résumer en une réponse à la question:  quelles forces politiques et quel type d'alliance pour mettre en œuvre la politique que nous suggérons ? Sur ce plan je trouve que les paragraphes que tu développes dans ton blog sont excellents et résument bien ce que nous aurions dû ajouter à notre papier pour "l'accrocher" à une réalité politique concrète.
2) Notre phrase sur la possibilité technique de nettoyer les écuries d'Augias et de construire ou reconstruire en quelques années le cœur régalien d'un appareil d’État fonctionnel te semblent également incantatoires. Là je voudrais te dire que je ne partage pas ton scepticisme et que je m'appuie pour cela sur mon expérience de 12 ans de consultation sur ces questions dans les géographies les plus difficiles et auprès des pays les plus déstructurés de la planète. Je ne dis pas que c'est facile. Je dis simplement que c'est possible. Deux anciens Premier ministres avec lesquels j'ai longuement travaillé sur cette question pourront d'ailleurs en attester : Tertius Zongo  du Burkina et Matata Mapon de RDC que je me permets de mettre en copie.
Au plan technique je voudrais ici te renvoyer à une note que j'avais rédigée sur cette question et qui a été publiée par la fondation FERDI sous le titre "Le défi du renforcement des institutions publiques sahéliennes"qui explique comment il est techniquement possible dans des délais raisonnables de transformer des institutions gangrénées par le népotisme et la corruption en institutions relativement efficaces, ceci bien sur pour peu que les conditions politiques le permettent.
Je mets cette note en pièce jointe.
Je reste à ta disposition pour échanger sur ces questions qui me semblent aujourd'hui très importantes si l'on veut éviter une poursuite de la dérive actuelle au Sahel.
Bien amicalement
Serge

Et pour poursuivre l'échange : 


Bien cher Serge
Je te remercie infiniment des remarques et commentaires que tu as faits sur ma réaction à votre article paru dans Le Monde intitulé « La guerre au Sahel ne peut être gagnée par une force occidentale ». Je me réjouis très fort de voir à quel point nos réflexions convergent, et voudrais simplement ici, comme tu m’y invites, ainsi que tous nos collègues, poursuivre l’échange.

L’enjeu politique

Nous sommes d’accord, je crois : l’enjeu, dans la situation actuelle – et depuis fort longtemps, même si on l’a trop oublié, négligé ou occulté – est éminemment politique, au sens le plus profond, à savoir celui d’un changement de système, de paradigme, de mode de fonctionnement – et accessoirement de personnel. Basculement de la rente prédatrice à l’initiative privée. Changement de locomotive, de type de moteur, de carburant, voire de pilote ou au moins de mode de conduite. Peu importe le vocabulaire, je pense qu’on se rejoint. Ainsi que sur l’idée – que vous énonciez pour l’aspect sécuritaire, mais qui vaut tout autant ici – que cette mutation, seuls les Africains peuvent (doivent ?) la faire, à la façon qu’ils auront trouvée, certainement de façon différenciée selon les contextes et l’histoire de chacun.
J’aurais simplement une minime réserve quand tu parles des « types d’alliance politiques … pour mettre en œuvre la politique que nous suggérons ». Je ne te fais aucun procès d’intention, bien évidemment, mais le passé est si lourd qu’il convient de clarifier. Nous sommes ici, les uns et les autres, dans des positionnements différents : nos collègues et ami(e)s Africain(e)s qui sont les acteurs de ces bouleversements, qui sont parties prenantes, qui pour le coup entrent en alliances, définissent des stratégies, interviennent ou pas, selon ; et nous, extérieurs à ces sociétés mais pas indifférents loin de là, citoyens de pays, de puissances qui à maints titres peuvent peser sur les situations africaines. Pas acteurs directs, donc pas amenés à nous impliquer dans des « alliances politiques » (au sens d’intervenir, de s’ingérer, comme cela a pu se faire) pour les raisons que l’on a dites, nous pouvons d’une part énoncer nos réflexions, partager analyses, préoccupations, suggestions avec nos amis africains qui en feront ce qu’ils voudront, et d’autre part, citoyens, éclairer nos gouvernements et nos opinions publiques pour orienter leurs modes d’intervention, réviser leurs stratégies, agir avec ce qui nous paraît être discernement et efficacité, déterminer à qui apporter aide et donner des moyens d’action (une autre façon d’entendre « alliance »). J’y reviendrai.

« Nettoyer les écuries d’Augias » est-il possible ?

Je dois m’être fait mal comprendre si tu m’as trouvé négatif sur la possibilité « de construire ou reconstruire en quelques années le cœur régalien d'un appareil d’État fonctionnel ». Je le crois possible, je le souhaite de tout cœur, et existent, comme tu le dis, des forces susceptibles de le faire. La question, on vient de le souligner, est bien moins technique que politique. Et il ne faut pas, sauf à faire du « wishful thinking », se cacher les difficultés et obstacles. Les principaux que je vois :
1. Pour le moment, les dynamiques nouvelles s’expriment dans le champ économique, avec les efforts des petits entrepreneurs qui tentent d’émerger malgré les obstacles, développant des stratégies de ruse et d’évitement. C’est parcellaire et peu cohérent. On voit peu de convergences, de structuration autour de revendications ou d’apparition de mouvements. Pas de traduction, apparemment, en termes politiques de ces dynamiques. Ou alors éclatées, dispersées. Isolées.
L’exemple le plus en pointe que je connaisse est au Mali, est au Mali, avec le mouvement qui mobilise les jeunes contre la corruption, l’action du patronat pour susciter des réformes économiques favorables à l’entreprise, la dénonciation de la prédation comme antagoniste de la création d’emploi et d’avenir des jeunes. Et pas seulement comme dénonciation morale. Cependant,  Coulou l’a dit lui-même - et cela a été relayé dans la presse – si le PR et le PM veulent agir dans ce sens, ils sont isolés, n’ont pas vraiment d’équipes derrière eux pour mener pleinement le changement.
Donc le nécessaire investissement du champ politique par les forces du changement est loin d’être abouti. Il y faut certainement le temps. Peut-être les voies de cristallisation des dynamiques nous échappent-elles. Peut-être les Africains trouveront-ils d’autres voies que nos schémas classiques. A eux de jouer.
2. Dans un article de 1988, récemment ressorti, Vaclav Havel soulignait que « Les agitations, les grèves, les révoltes des années 80 n'ont pu déboucher sur une action méthodique, efficace, qu'à partir du moment où les intellectuels ont apporté une conception globale au mouvement, mis sur pied une stratégie d'ensemble. » Cela, à mon sens, fait cruellement défaut. Et risque d’être durable.
L’intelligentsia africaine est encore largement engluée dans l’anti-impérialisme et le néo-colonialisme, biberonnée aux théories de Samir Amin et autres, pensant l’antagonisme essentiellement Nord-Sud sans s’intéresser aux contradictions internes des sociétés sinon sous le prisme des « valets des Blancs ». Même les études, de plus en plus nombreuses et pertinentes, sur la corruption dépassent peu son approche abstraite et sa dénonciation morale pour s’intéresser à son aspect systémique, sa caractéristique propre intrinsèquement liée à un mode spécifique d’organisation sociale, antagonique du développement économique local et de la transformation endogène.
Personne pour théoriser la nécessaire libération de l’initiative privée et sa prise des commandes de la société. Même le débat sur le CFA et son remplacement par l’ECO l’a montré, qui a mis l’accent plus sur la dénonciation post-coloniale que sur la promotion d’un nouvel ordre économique, avec une monnaie non plus au service des rentiers mais des entrepreneurs. Mais peut-être verra-t-on à Lomé des avancées en ce sens.
Alors qui pour forger cette « stratégie d’ensemble », cette « conception globale » capable d’ouvrir des perspectives, de mobiliser, d’entraîner le changement ? Qui pour élaborer une vision d’avenir nouvelle et exaltante ? D’autant que – et c’est pour moi une immense tristesse – les mots de démocratie, de liberté ont été tellement galvaudés par des mascarades que nous avons soutenues que les valeurs qu’ils représentent en sont largement dévalués. Aux Africains d’inventer leur discours, d’imaginer le « software » de ce changement en cours, de proposer un modèle libre et démocratique qui leur aille. Mais il faut faire vite.
Car, et c’est selon moi le grand danger, une telle  « stratégie d’ensemble », appuyée sur une « conception globale » existent déjà, du côté de l’extrémisme religieux – et pas seulement islamiste. Une idéologie largement diffusée, qui se nourrit du pourrissement du système rentier et de l’absence d’alternative crédible et de perspectives claires. Qui pourrait très bien s’emparer de la thématique de l’initiative privée locale et rallier les entrepreneurs. N’oublions pas que la révolution khomeiniste s’est faite sur l’alliance du fondamentalisme des mollahs avec le Bazar.
3. Enfin, il y a le poids de la « communauté internationale », plus particulièrement des pays du Nord et des institutions internationales, des bailleurs, etc.
Faute d’avoir produit l’analyse de la situation, des dynamiques et des forces en présence – à nous peut-être d’argumenter et de promouvoir la nôtre – tous ces acteurs agissent sans cohérence et assez désemparés. Les financements continuent à alimenter la rente et se perdent dans les méandres de l’inefficacité. Les mesures pour y pallier aboutissent à faire d’une demande de projet une usine à gaz qui récompense la forme au détriment du fond, et de fait verrouille l’innovant. Les réglementations générales imposées ne tiennent aucun compte des contextes spécifiques. Les concurrences entre puissances ouvrent la voie à des accords qui hypothèquent l’avenir avec des dirigeants sensibles à l’intérêt pas toujours général.
Autant de facteurs qui, de fait et sans forcément visée particulière, freinent les dynamiques d’émergence et d’affirmation des forces nouvelles.

Alors « Que faire ? » (Lénine)

Avant tout, et il faut le répéter, ce seront les Africains qui FERONT. A leur façon, comme ils voudront. Pour autant, les amis extérieurs – et quand même parties prenantes  - peuvent aider au changement et donner les moyens pour contribuer à le faire advenir. De plusieurs façons.
1. D’abord, et un groupe comme le GIAf peut y contribuer largement, sur le plan des idées et de l’information. Faire avancer la réflexion, enrichir le débat, diffuser des analyses. Faire connaître les bonnes pratiques – et les mauvaises -, les initiatives, les progrès enregistrés ici ou là. Faire évoluer les représentations, gagner la bataille des idées. Pour l’instant, les dynamiques à l’œuvre n’ont pas de façon perceptible investi ce champ, pourtant essentiel – si on veut être gramscien – dans un changement social d’envergue. Cela vaut pour diffuser l’information, sensibiliser, susciter réactions et engagements en Afrique. Cela vaut pour convaincre responsables gouvernementaux et des organismes internationaux, responsables économiques et financiers qu’il est temps de réviser leur approche et stratégies.
2. Sans s’ingérer politiquement, tous ces acteurs extérieurs peuvent trouver des moyens d’orienter, de presser, pour que soient levés des obstacles à l’initiative économique privée locale, pour que le développement de celle-ci soit facilité, etc. Cela auprès des gouvernements africains (amélioration des législations, encouragement de la transparence et de la lutte contre la corruption prédatrice, entraves aux flux de capitaux « mal acquis », etc.), ou auprès des instances internationales (adaptation des règles de libre-échange, révisions des accords internationaux, protection des industries naissantes, etc.).
3. Un autre levier très important concerne l’Aide Publique au Développement, tant bi- que multilatérale. J’ai naguère, dans un papier intitulé « L’APD dans l’impasse », suggéré la révision de celle-ci et sa réorientation dans le sens d’un appui délibéré, sinon exclusif, aux nouvelles dynamiques. Cesser de faire de l’APD la perfusion de la rente à l’agonie, en faire un outil puissant de développement de l’initiative privée. A titre d’illustration, je reprends les quelques voies suggérées :
·                     Encourager toutes les réformes de structure susceptibles de faciliter la transformation locale et les échanges régionaux (régulation du commerce international, politique monétaire, législations intérieures, réglementations régionales, sanction des prédations).
·                     Financer des investissements orientés vers le développement des économies locales : voies de communication entre lieux de production et de transformation, et non plus à l’export, accès aux nouvelles technologies, à l’énergie, outre l’éducation et la santé.
·                     Aider en finançant non plus (seulement) les Etats et les institutions, mais les entreprises : prêts, participation au capital, pépinières d’entreprises, etc. 
·                     De l’assistance technique, oui, mais pas dans les administrations pour définir des politiques publiques : dans les entreprises privées, en personnels d’encadrement et en conseil, ou en finançant des consultants et de l’expertise, en réponse aux besoins des entrepreneurs. 
Ces suggestions (les spécialistes en jugeront et auront de meilleures idées) pour indiquer ce qui pourrait ainsi donner une forte impulsion au changement en cours, montrer le pari d’une nouvelle voie.
Mais il faut faire vite, et frapper fort. Pour convaincre les populations qu’une voie nouvelle s’ouvre, il ne faut pas jouer petit braquet.
C’était le sens, par exemple, d’un projet malheureusement non abouti auquel j’ai réfléchi avec le CNPM, visant à créer des emplois pour la jeunesse, tout en suscitant modernisation et dynamisation des acteurs économiques. L’entrée n’en était pas la formation de jeunes (une institution sclérosée en prend quelques dizaines, pendant quelques mois, et les lâche dans la nature avec un pécule), mais via un détour par l’appui aux maîtres-formateurs, par la dynamisation du secteur dit informel (ou de sa partie en appétence de changement), qui constitue jusqu’à 80% des emplois. Sa modernisation, son adaptation aux réalités du jour, son intégration dans une économie locale globalisée (les entreprises émergentes ont besoin d’un environnement  de productions et de services pour se développer), s’accompagneront d’un développement de l’apprentissage, lui-même rénové.
Ca ressemble à des emplois aidés ? Il y a de la déperdition possible ? Certes. Mais si les mêmes sommes partent dans la population, donnent du pouvoir d’achat en même temps que s’accroît la qualification, si la jeunesse y trouve des perspectives, est-ce plus un drame que si ces sommes sont détournées en haut lieu ?
Enfin, et pour en revenir à la sécurité, qui est à l’origine de notre échange, et en se référant cette fois à Mao, le jour où les populations accorderont leur confiance à une autorité porteuse de ces dynamiques, auront un espoir en des perspectives d’avenir, les djihadistes  seront comme des poissons hors de l’eau. Mais dans le cas contraire …

*Serge Michailof : Consultant, ancien professeur à Sciences Po, chercheur à l'IRIS, ancien directeur de la Banque mondiale et ancien directeur des opération de l'AFD, il a publié récemment "Africanistan". Je l'ai connu aussi lorsqu'il était rue Monsieur, au Cabinet de la Ministre de la Coopération.

mercredi 29 janvier 2020

« La guerre au Sahel ne peut être gagnée par une force occidentale »


Réaction à un bel article paru dans Le Monde 

Dans un grand jourmal du soir, d’éminents membres du GIAf, pour lesquels j’ai le plus grand respect, s’appuyant sur les idées énoncées par un autre membre dans un article précédent publié dans le même média, énoncent une parole forte dans leur titre que j’ai repris ici.
Je souscris des deux mains à l’argumentaire qui est déroulé, et à l’idée essentielle mais ô combien disruptive ! qui y est développée, à savoir que seuls les Africains peuvent résoudre la crise majeure qu’ils vivent, et qu’il est impératif de leur donner les moyens de le faire.

N'empêche, s'ils parlent d'or, on reste sur sa faim avec ce texte qui, au final, reste très largement incantatoire. En effet l'essentiel de leur conclusion tient dans cette phrase : "Cette sécurité suppose la construction du cœur de l’appareil d’Etat que constitue le système régalien de ces pays. C’est possible dans des délais raisonnables. "
Je la dis incantatoire car, fort juste, et pleine de bonnes intentions, elle soulève immédiatement une foule de questions, qui mènent à autant d’impasses.
En effet il n'y avait donc pas de coeur ? Pas de système régalien ? Et qui va (re)construire ? S'il suffisait de moraliser, de mettre de l'ordre (« nettoyer les Ecuries d'Augias »), pourquoi cela n’est-il pas advenu ? Et depuis longtemps ? Les adjurations morales n’y suffiront pas, ni la recherche (par qui ?) des hommes intègres. On s’y est épuisé des décennies durant.

Je crois qu’ici il ne faut pas se dispenser de faire l’analyse des formations sociales et cesser de croire, voyant le soleil se lever à l’Est, qu’il tourne autour de la Terre.
Depuis des lustres on prend pour argent comptant les formes institutionnelles en place (et les Africains ont été maîtres pour revêtir leur système des formes les plus diverses empruntées au Nord, selon qu’il plaisait à ces derniers), alors que le fonctionnement du système, sous ces formes empruntées et revisitées, est souvent tout autre. Longtemps les uns et les autres se sont satisfaits de ce marché de dupes, qui, en s’en tenant à des apparences acceptables, politiquement correctes, convenait à la communauté internationale qui y trouvait son compte, et à l’idéologie développementaliste dominante chez les bailleurs.
Un cœur d’appareil d’Etat en bonne et due forme peut n’être qu’un leurre si on ne se demande pas quel mode d’enrichissement il sert à générer.
Nous assistons à une phase où un système de rente prédatrice - l’accumulation de richesse n’y résulte pas de la valorisation d’un capital, mais de la captation de ressources permise par la position acquise dans les rouages de l’appareil étatique ou dans l’accès aux rapports avec celui-ci. – est à bout de souffle car il a trouvé ses limites compte tenu de la vague démographique et des mouvements citoyens.
Il est remis en question par une autre dynamique, celle d’un secteur entrepreneurial privé, fondé sur l’innovation et la technologie, la transformation et la valorisation de produits locaux, pour un marché local ou régional. Ce nouveau système, .apparu dans les marges de l’ancien qui ralentit et entrave son développement, s’impose progressivement. L’initiative économique privée, qui en est la locomotive, apparaît comme seul en mesure de relever les défis majeurs auxquels l’Afrique doit faire face, tels créer en nombre des emplois pour les jeunes, et offrir des perspectives d’avenir aux populations.
Ce qui, pour notre propos, revient à poser la question : s’il faut donner les moyens de construire le cœur d’un appareil d’Etat, à qui les donner, et pour construire quel appareil d’Etat, au service de quelle politique, et donc au service de qui ? au service du fonctionnement de quel modèle socio-économique ? Les profiteurs de la rente moribonde ou les nouvelles forces vives économiques ?

Car bien entendu, il y a besoin d'un Etat "...pour que le secteur privé fonctionne bien." Mais certainement pas du type de ceux dont bien des mécanismes briment, étouffent, empêchent d’éclore les initiatives privées des entrepreneurs économiques locaux, petits ou gros. Ceux-ci, pour se développer, pour mettre en place l’activité de valorisation et d’échange des produits locaux, ont besoin d’un Etat REFORMé, qui soit à son service, qui cesse de nuire pour au contraire faciliter, créer les conditions favorables à son activité, réguler aussi, positivement.
Dès lors, on peut sortir de l’incantation, et identifier les forces vives qui ont intérêt à la disparition des Ecuries d’Augias, et pas seulement pour des motifs moraux. Parce qu’elles ont à y gagner. Dès lors, on peut donner les moyens à ces dynamiques endogènes de se développer, de proposer des perspectives, de changer les règles, de changer éventuellement le personnel dirigeant s’il entrave. Et seuls les acteurs africains peuvent être porteurs de ces dynamiques. Les forces occidentales ne pouvant, elles, qu’accompagner le mouvement - ou sinon continuer de fait à l’entraver, à lui nuire.

En tout état de cause, le Sahel comme l’Afrique est en mutation, en transition. L’enjeu est de savoir si l’ordre nouveau dont accouchera la crise sera libre et démocratique, ou théocratique et liberticide.

jeudi 26 décembre 2019

Le CFA est mort, vive l'ECO !!! Premier pas ou poudre aux yeux ?

Note publiée sur ma page FaceBook le 21 décembre 2019 :
(suivie par des messages postés par Jibrin Ibrahim, auxquels j'ai essayé de répondre longuement)


Annonce historique aujourd'hui, par les présidents Ouattara et Macron, à Abidjan : la fin du CFA.
Une annonce, dont les circonstances pourraient déjà prêter à commentaires, avec des changements profonds, qu'il ne faut pas sous-estimer.
  Changement du nom, 
d'abord, chargé de relents coloniaux. Tout un symbole, mais que du symbole.
  La fin de l'obligation de loger les réserves de change auprès de la Banque de France. Un grand moteur à fantasmes, aux effets réels très relatifs. Elles iront se loger ailleurs, la belle affaire. Mais là aussi, le symbole était puissant, on le dégonfle. Tant mieux.
  Enfin, il n'y aura plus de représentants français au sein des instances de la BCEAO, la Banque Centrale. Là encore, symbole fort. Effet réel ? Qu'y faisaient-ils vraiment ? Mettaient-ils les autres représentants vraiment sous intimidation ? Fin de cette surveillance mal vécue, surtout mal supportée dans l'opinion, sujette à critiques, à polémiques, à distorsions. Bonne chose encore.


Mais on s'arrête là. A la surface. A l'écorce, peut-être devenue un peu moisie ou fanée. De la cosmétique, dirait-on en anglais. Du ravalement de façade.
Car le cœur du système est intact : la parité fixe avec l'Euro demeure, ainsi que la garantie de convertibilité (toujours assurée par le Banque de France, qui pour le coup prend des risques).
Qu'est-ce à dire ? Que "Business as usual".


  La valeur de l'ECO, arrimée à une monnaie très forte, va continuer à étouffer toute tentative de valorisation sur place des produits locaux, concurrencés par des produits importés à bas prix. On reste dans l'économie de rente, l'exportation de produits bruts, au lieu de favoriser la transformation sur place, l'émergence d'acteurs économiques locaux, d'initiatives novatrices qui développent un marché local, régional, créateur d'emplois et de richesse.
  Par ailleurs, la convertibilité assurée, à un taux très avantageux, permettra la poursuite de l'exportation de capitaux, par les entreprises étrangères certes (qui rapatrient l'argent gagné - parfois grâce aussi à leur bonne insertion dans les rouages locaux) mais aussi par les élites locales bénéficiaires de le rente, fort prédatrices, qui exportent facilement leurs gains plus ou moins avouables sans le réinvestir sur place (mais investir dans quoi puisque le système tue l'entreprise ?).
Donc, tout change pour que rien ne change, au fond.


Cerise sur le gâteau : en faisant une OPA, quasi un hold-up, sur l'ECO, le nom de ce qui devait prochainement devenir la monnaie commune de toute la CEDEAO, on divise la région, on crée un front contre le géant objet de toutes les terreurs, le Nigéria, en rassemblant le bon vieux pré-carré, qu'on espère voir rejoint par les autres pays petits ou moyens de la région, appelés à s'unir contre l'ogre voisin. Et cela sous les encouragements de la France, voire avec les garanties données par elle.
  Somme toute, ce n'est rien d'autre que la politique française menée depuis 1960 dans la région, celle de Foccard et du Quai d'Orsay de la Vème qui n'ont eu de cesse d'espérer faire éclater le Nigéria, ou l'isoler. Tant il est vrai qu'il suffirait que le géant le veuille pour ne faire qu'une bouchée de tous ses petits voisins.


Alors que penser ? Assiste-t-on à un premier pas, prudent (et il faut de la prudence en ces matières) vers une évolution plus profonde, vers ce basculement devenu impératif, et je crois inéluctable, d'un système de rente prédatrice à l'agonie vers une organisation socio-économique titrée par l'initiative privée, l'activité économique de transformation et de mise en valeur, de constitution et de conquête de grands marchés locaux animés par des entrepreneurs africains - qui aurait besoin d'une monnaie commune à son service, favorisant, grâce à un protectionnisme intelligent, l'économie locale ?


C'est pas gagné, mais on peut l'espérer, car la perpétuation du statu quo moribond, fût-ce sous de nouveaux atours, serait gage d'un avenir bien sombre.



*********

Un très vieil et grand ami nigérian, ancien prof de ScPO à Ahmadu Bello University, Zaria, a aussi réagi à cette annonce.
Voici ses posts sur FaceBook :




Why France Kidnapped West Africa’s Eco Currency
Jibrin Ibrahim,
Deepening Democracy, Daily Trust, 27th December 2019
Last Saturday, France, through the instrumentality of their most faithful poodle in West Africa, Alasane Ouattara kidnapped the West African currency that was to be launched next year for the 15 countries in the region. In a press conference in Abidjan, Presidents Macron and Ouattara announced that the 8 West African countries using the CFA Franc currency would adopt the Eco as their new currency next year. The announcement was done the day ECOWAS was meeting for a final adoption of Eco, also decided for 2020. The French move breaks up the 30-year struggle by ECOWAS to establish a regional currency to promote trade and development. What France has done is that it takes over the responsibility of establishing and even printing the new currency and presents the other countries in the region with a fait accompli. France is also keeping the new currency attached to the Euro and therefore aligning it with its colonial interest as it has always done with the CFA.
This means that the other seven West African countries can only join on conditions established by France. The implication is that Nigeria is essentially kept out of the currency because the country will not accept the conditionalities established by France.
The long delay in establishing the Eco has been caused by the inability of the 15 ECOWAS countries to meet the convergence criteria they set for themselves. These are that the inflation rate of less than 5 percent is maintained. The budget deficit is not more than 3 percent of GDP and that each country has enough foreign reserves to cover at least 3 months of imports. The problem now is after failing to meet these conditions over the past two decades, the eight countries have now adopted the currency without meeting them. This means economics has been set aside for political reasons. There are three political factors that motivated the French decision to take over the baby ECOWAS has had great difficulty in delivering.

The first reason is that over the past five years, a successful campaign has been on-going castigating the CFA Franc as the instrument through which France maintains total control over the economic affairs of its colonies – the argument being economic decolonization never occurred. The Francophone countries have to keep 50 percent of the foreign reserves permanently with the French treasury and they cannot make international transactions without going through Paris. There were demonstrations that French board members in the West African (French) Central Bank must be removed, which is the reason that France has finally agreed that it will not have direct representatives in the Eco Central Bank. What France is trying to do now is to argue that the “colonial” CFA Franc established is now dead and the Eco is a new currency that is not French controlled. It’s the biggest lie of the year.

The second political reason is related to recent developments on the war on terror in the Sahel. It will be recalled that on 11 January 2013, French warplanes attacked jihadist convoys that were advancing on Bamako, Mali’s capital. The jihadists were already in control of two thirds of Malian territory having successfully defeated and evicted the Malian army from northern Mali. Initially, the three jihadist groups involved, namely Al Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM), its offshoot The Movement for the Oneness of Jihad (MUJAO by its French acronym) and Ansar Dine were confident that they would takeover Bamako but the French stopped them. I visited Mali shortly after and France was super popular in Mali and ordinary people were flying the French flags in their houses and cars.
Over the past few years however, France became very unpopular in the Sahel because of widespread belief that they were pretending to fight the jihadists in public but supporting them in secret. People are saying with their vast array of drones, planes and satellite cover, how are convoys of hundreds of terrorists able to drive over hundreds of kilometres and attack soldiers without warning from the French. These attacks have been happening with increasing regularity and devastating effect. President Macron has been very angry that Sahelians were criticizing his country and ordered the Presidents of the five Sahelian countries to report to Pau in southern France to be told off for not convincing their citizens that France was a good friend. The meeting which was to hold this December has been postponed to January following the killing of 71 soldiers in Niger by the jihadists. France is therefore using the Eco currency launch as a public relations gimmick to rebuild its battered image.

The third political motive for the Eco move is to ensure that Nigeria is permanently kept out of the currency. As Professor Ibrahim Gambari has always said, France has always defined itself as the main power block in Africa and so has always seen Nigeria’s self-definition as an African power as a threat to its interests. It is therefore surprising that Nigeria, which is the main target of this French action has been quiet about what is going on. Meanwhile, the French are trying to woo Ghana to join Eco so as to completely isolate Nigeria. The fact that Nigeria has closed its borders with its three Francophone neighbours also created conditions to push the Francophone countries to join this plot against Nigeria. In this tenth year of the battle against Boko Haram in which France is a major player with troops, planes and drones on the ground, understanding the French role in West Africa is very important and my hope is that we have a strong working group following the issues.
France is seeking to break up the 30-year struggle by ECOWAS to establish a regional currency to promote trade and development. It has taken over the establishment and printing of the ECOWAS Eco currency. France is also keeping the new currency attached to the Euro and therefore aligning it with its colonial interest as it has always done with the CFA. This means that the other seven West African countries can only join on conditions established by France. The intention is to keep out Nigeria.

Les 8 pays CFA ne peuvent être une avant-garde pour l'intégration monétaire en Afrique de l'Ouest alors qu'ils ne représentent que 21 % du PIB de l'Afrique de l'Ouest et 32 % de la population de la région. Le Nigéria à lui seul représente environ 65 % du PIB de la CEDEAO et 52 % de sa population. Je ne vois pas pourquoi l'un des sept pays non CFA (à part, peut-être, le Cap-Vert) voudrait rejoindre une union monétaire dans laquelle sa monnaie est liée à l'euro alors que leurs relations de commerce et d'investissement ne sont pas concentrées dans les pays de l'UE . La France, les pays CFA et leurs partisans dans les médias font passer ce projet de Macron-Ouattara Eco pour une voie vers l'union monétaire de la CEDEAO avec la connaissance que la plupart des pays non-CFA de la CEDEAO n'auront pas leur acte ensemble pour répondre aux critères de convergence posés par l'Institut monétaire de l'Afrique de l'Ouest de la CEDEAO. Avec cette soi-disant réforme, la France et les dirigeants CFA espèrent apaiser la résistance populaire aux arrangements de la CFA, et, comme l'a récemment noté l'économiste du développement sénégalais, Ndongo Samba Sylla, la France continuera à contrôler le système monétaire des pays CFA bien que sous différents arrangements. C ' est un sabot dans la roue de l'intégration de la CEDEAO.
Dr Yusuf Bangura

A quoi j'ai voulu répondre, très longuement, non pour lui faire la leçon - je n'ai pas cette outrecuidance - mais pour exprimer et mettre en ordre mes idées sur le fond, car en rester à un échange polémique du type "C'est pas Macron, c'est Ouattara !" ou, plus élaboré : "C'est pas la France, c'est les crocodiles Africains qui veulent préserver la rente" aurait fait pauvre débat.

Cher Jibrin Ibrahim.
Comme tu le sais, je suis largement d'accord avec ton analyse - je l'ai d'ailleurs exprimé dès le 22 décembre - mais je crois que tu te trompes de cible. Comme dans un roman d'Agatha Christie, le (principal) coupable n'est pas forcément le suspect le plus évident.


Si on y réfléchit bien, quel intérêt la France a-t-elle à s'embarquer dans cette galère ? Ses plus importants échanges économiques, et de loin, se font avec des pays hors zone CFA, le Nigeria en premier lieu. Le soutien diplomatique que ses liens "privilégiés" avec certains pays Africains peuvent lui apporter ne pèsent pas lourd en regard. Ce que pouvaient rapporter les réserves en devises déposées était peanuts par rapport à notre budget. En revanche, nous voilà exposés à un risque majeur. La garantie donnée à la convertibilité du futur ECO, sans aucune contrepartie (ni présence au conseil d'administration, ni dépôt de garantie en devises) peut se révéler une folie si d'aucuns trouvent que l'occasion est trop belle - tant que ça dure - d'exporter massivement ses avoirs à un taux favorable, et ce sera le contribuable français qui devrait payer ça. Je ne vois pas où est l'intérêt de la France dans tout cela.
Si, la France a un intérêt vital à la stabilité de l'ensemble de la région. Moins pour des raisons économiques que de sécurité. L'Afrique, dans son entier, mais spécialement l'Afrique de l'Ouest, n'est pas notre arrière-cour, elle est part de nous-mêmes. Nos populations sont mêlées. Des ressortissants du Sahel, du Golfe de Guinée sont déjà chez nous, en nombre. Beaucoup sont déjà citoyens, ou leurs enfants le sont. Or, je ne te le rappellerai pas, cette zone géographique est en proie à des affrontements majeurs, et des mouvements de l'islamisme politique radical tentent depuis plusieurs années d'y prendre le pouvoir. Qu'ils y réussissent serait un grand malheur pour des populations amies (en témoignent les réactions des populations maliennes qui ont vécu de nombreux mois sous ce joug, jusqu'à ce qu'elles en soient libérées) mais aussi un grand danger pour nos propres pays en Europe, et pour nos démocraties, tant la perméabilité aux attaques terroristes, physiques et idéologiques, serait accrue.
Ainsi, le CFA est apparu, non sans raison, comme une survivance d'un ordre colonial révolu, et comme un ferment d'un sentiment anti-Français qui se répand de plus en plus. Qu'il puisse y avoir de quoi l'alimenter, je ne le nie pas. Qu'il soit amplifié et orchestré - et puisse objectivement servir les desseins de la subversion terroriste n'est pas niable non plus.
D'où certainement une démarche pour dégonfler cette hostilité, pour enlever toute prise à une accusation de colonialisme déguisé ou rémanent, qui semble avoir été la préoccupation du gouvernement français dans cette affaire. A en croire les discours d'accompagnement. Cela a-t-il été fait de façon judicieuse, pertinemment, après avoir bien mesuré le sens des décisions et engagements pris, c'est une autre histoire, à mon sens. 
Parce que voilà que Macron (pour désigner de ce nom la tête de Turc) se voit accusé de tous les maux, du pire néo-colonialisme. Et qu'au lieu d'étouffer l'incendie, il aurait jeté de l'huile sur le feu. Dans quel intérêt ?


C'est là qu'il faut regarder les autres personnages de l'histoire. Et se demander à qui profite le crime.


D'abord, les mesures annoncées correspondent exactement aux prises de positions, depuis longtemps, et répétées encore tout récemment, de Ouattara, tandis qu'à Paris les discussions se poursuivaient sur la conduite à tenir, et la politique à adopter. C'était (c'est ??) loin d'être tranché, et loin de ce qui a été annoncé.


Ensuite, il faut examiner ce qu'est, ou ce qu'est devenu, le CFA.
A partir des années suivant les Indépendances s'est mis en place un système socio-économique qui, sous des travestissements divers, allant du pseudo-libéralisme au marxisme-béninisme pur et dur, avaient (et ont encore beaucoup) comme caractéristique commune l'utilisation des positions acquises dans les institutions et leurs rouages pour générer des ressources privées, à des degrés et titres divers, licites et illicites. Ce que J.-F. Médard a nommé néo-patrimonialisme. On peut aussi parler de rente prédatrice dans ce contexte où fonctions, postes, lois, règlements, etc. ne valent qu'autant qu'ils permettent de générer un revenu privé, directement ou indirectement. Ce n'est pas un capital que l'on investit et fait travailler, c'est la capacité à mettre à profit 
un positionnement que l'on a su conquérir et conserver.

Quelle monnaie pour servir ce système ? Deux cas se sont distingués.


Premier cas, les Anglophones (à qui le colonisateur d'ailleurs n'a pas laissé d'autre choix) et un certain nombre de Francophones, aux motivations anti-impérialistes ou pan-africanistes, pour qui souveraineté allait avec indépendance monétaire, se sont dotés d'une monnaie nationale
Après quelques années de gestion vertueuse, ou du moins raisonnable, le système de la rente s'étant mis en place et s'emballant, avec de plus en plus de capitaux exportés, des appétits exacerbés, les déséquilibres sont devenus énormes, fin de la convertibilité (sauf pour les bien placés), marché noir des devises, hyperinflation, valeur de la monnaie réduite à presque rien, économie et Etat en lambeaux. J'ai vécu ces processus au Nigeria, en Ouganda, on les a observés au Ghana, au Zaïre, en Guinée Conakry, dans une moindre mesure ailleurs. Ajustement structurel drastique, mise sous tutelle du FMI, etc. Quinze à vingt ans après, certains ont bien rebondi.

L'autre cas de figure : certains pays ont préféré, à l'ivresse de la jeune indépendance, une sage tutelle bienveillante. Au banco rapide, le revenu régulier. A la Bourse, la Caisse d'Epargne. Ils ont pris une assurance, pour les prémunir des aléas. Comme pour toute assurance, il y avait une police à payer. En l'occurrence, un dépôt de garantie, en devises, et une surveillance de l'assureur, présent dans les organes de décision. Et finalement, ça fait quasi 60 ans que ça dure. La rente est prélevée, exportée en grande quantité, les élites jouissent de produits importés à des conditions favorables. Ce n'est pas flamboyant, mais régulier, et sur la durée on s'y retrouve. Qu'importe si cela a toujours - et on s'y est employé - tué la transformation locale, l'émergence d'une valorisation et de marché locaux : la rente se prélève mieux en exportant et important, et mieux vaut ne pas réinvestir sur place. L'assureur - la France - n'y voit aucun inconvénient, sinon que du feu. Les entreprises étrangères rapatrient leurs bénéfices, les bénéficiaires de la rente leurs gains, tout roule. Même si le système est usé jusqu'à la corde, rendu exsangue par la rente, qui paupérise les populations, détruit le service public, vide l'Etat de sa légitimité, au bord de l'écroulement.
Le processus de régionalisation, les dynamiques de transformation locales pour des marchés à dimension régionale, la valorisation sur place des produits, pour une consommation sur ces marchés se prêtent peu à l'extraction de la rente. D'autant que celle-ci se prélève dans les limites des frontières nationales, pour les élites d'un pays. Dans le supra-national, dans une CEDEAO unifiée qui va bénéficier ? Comment cela va-t-il se répartir ? L'intégration régionale est donc une menace. La monnaie régionale est une menace, surtout si elle est conçue pour promouvoir une politique économique novatrice, favorable aux producteurs, aux entrepreneurs, aux initiatives économiques locales.
Car à ce jeu là, ces pays endormis sur leur système de rente ne pèsent pas lourd face aux voisins qui sont bien plus avancés, où les entreprises privées sont nombreuses, les banques dynamiques, la ressource humaine qualifiée et surtout rompue à une culture de l'entreprise. En particulier le géant, l'ogre voisin, qui à lui seul pèse plus que tous les petits réunis. Et dont, le voudrait-il, il pourrait ne faire qu'une bouchée.


Le sentiment de cette menace n'est pas nouveau, il date des Indépendances elles-mêmes. Il est à l'origine du pacte conclu à cette occasion, dont le système CFA - tu me surveilles, mais tu me laisses faire mon petit business - n'est qu'un volet. L'autre étant : on fait allégeance, mais tu nous protèges contre le grand voisin, tu empêches qu'il nous bouffe tout crus. C'est là une des clés, je crois, de cette relation si étrange - surtout vue de l'extérieur - connue ou dénoncée sous le nom de Françafrique, et qui aussi, comme beaucoup de pactes a pu dériver ou nourrir affairisme, copinage, ou même confusion des rôles.


La dynamique créée au niveau de la CEDEAO depuis quelques années, qui s'est accélérée récemment, avec la perspective de la création d'une monnaie commune, caractérisée par une flexibilité, dans la perspective d'une politique économique favorisant les acteurs économiques locaux, a dû être très mal vécue par les groupes dirigeants au pouvoir aux intérêts liés intrinsèquement, voire exclusivement, au système de la rente. Elle détruisait leur gagne-pain, les laissait sans protection. Leur monde allait s'écrouler. Comment s'en sortir ?
La vieille garde s'est-elle réunie (mais il ne reste plus beaucoup d'anciens dans le club, et certains semblent se laisser tenter par les sirènes) ? Est-ce Ouattara lui-même, en vieux routier, qui a trouvé la solution, classique au demeurant : faire que tout change pour que rien ne change, faire de l'attaque la meilleure des défenses. On fait une OPA sur l'ECO, un hold-up qui court-circuite le processus CEDEAO, qui conserve TOUT l'essentiel du CFA en changeant les apparences. Y compris, et c'est inespéré (suis-je le seul à ne pas comprendre comment on a pu engager la France aussi aveuglément, dangereusement ?) la garantie de convertibilité de l'ECO à son taux actuel. En ce sens Ouattara a fait mieux qu'Houphouët : la garantie sans contrepartie, le blanc-seing.
Et au passage on reconstitue le pacte originel des Indépendances : en fondant une monnaie sur les bases UEMOA, garantie par la France, on constitue un bloc à l'écart du Nigéria, voire contre lui, ou au moins en l'isolant. Si le Ghana rejoint cette coalition, à la bonne heure. Si non, tant pis et il sera isolé aussi, sauf à se mettre sous dépendance nigériane. Le (bon) tour est joué.


Franchement, quel est l'intérêt de la France dans cette affaire ?
Qu'a-t-elle à gagner à soutenir cette coalition, contre un de ses principaux partenaires économiques africains de surcroît ? Alors même qu'il apparaît de plus en plus évident que le système qu'elle promeut est au bord du coma, responsable du marasme politique et économique qui bouche toute perspective aux populations, incapable de créer des emplois et des espoirs qui ouvriraient l'horizon.
On a beaucoup dit que Laurent Gbagbo, dit Le Boulanger, était maître pour rouler les gens dans la farine. Serait-ce une caractéristique partagée par son grand ennemi et successeur à la tête de la Côte d'Ivoire ?
Macron, qu'on se plaît à vilipender dans cette affaire, à présenter comme son instigateur, n'en aurait-il pas été victime ? Tout à son souci de faire disparaître les traces visibles de la présence de la France dans le système CFA, n'aurait-il rien vu venir ? Ne se serait-il pas fait manipuler ?
On préférerait presque le penser.


Ou espérer que, ce geste accordé à la vieille garde pour la satisfaire, cela ne présage qu'une suite, ne soit qu'un premier pas vers d'autres évolutions, ...


Mais après tout, AVANT TOUT, cela pourrait dépendre aussi de ce que les Africains eux-mêmes en feront, des rapports de force qu'ils pourront créer, des combats qu'ils pourront mener, dans les pays pour déterminer les politiques, au niveau régional en ayant choisi les représentants qui fassent avancer dans le sens souhaité.
CAR AU FINAL, Jibo, taper ainsi contre Macron, contre la France, ne signifie-t-il pas que l'on sous-estime complètement la capacité d'action des Africains ? Pire, que l'on désespère qu'ils puissent jamais en avoir une ?
(FIN, ou discussion à poursuivre)