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dimanche 9 juin 2019

KENYA BY TRAIN (4) MIGRANTS

Au départ de Nairobi, je me retrouvais esquiché, sur la place centrale de la banquette, entre une dame d'un côté, qui avait esquissé un sourire en réponse à mon salut, et de l'autre une grande barbe longue, avec toque brodée et long caftan brun. Ça n'allait pas être la joie, me suis-je dit, heureusement que j'ai un bon bouquin. Et puis la conversation s'est nouée avec mon voisin.
Ce n'était pas un Swahili pieux ou extrémiste de la Côte, comme je l'avais supposé d'abord. Il était originaire du Nord du Kenya, de ces régions continentales proches de la frontière somalienne. Mais en fait Hollandais, en visite ou Kenya pour retourner au village, régler quelques problèmes de famille. Européen donc, comme vous et moi, ou en tout cas comme beaucoup de ceux qui me liront.
La conversation était bien partie.
En fait, il était arrivé en Hollande avec ses parents quand il avait 7 ou 8 ans, avait grandi, étudié s'était marié et travaillait là-bas, avait acquis la nationalité. Ça marchait bien pour lui, il se sentait très bien.
Il m'a raconté qu'à leur arrivée, quand il était bien petit donc, on les avait installés dans un village de la campagne hollandaise. C'est là qu'il avait grandi, et il y avait été heureux. En fait, m'a-t-il dit, c'est une politique délibérée du gouvernement que d'établir les immigrants dans de petites agglomérations, de les disperser, d'éviter qu'ils ne se retrouvent en groupes de même origine. On organise pour eux des formations, linguistiques d'abord (personne n'arrive en parlant le flamand, il n'y a pas cette façon de se débarrasser en se disant de toute façon ils parlent déjà français), mais aussi sur le pays et sur la vie quotidienne, pour faciliter leur adaptation. De la formation professionnelle aussi. De fait, les nouveaux arrivants sont forcés de se mêler à la population, de partager les façons de faire, de se fondre dans le nouvel environnement. Il en avait gardé globalement un fort bon souvenir, et, en tant qu'ancien, en tant que citoyen de son nouveau pays, recommandait fortement cette approche qui ne l'avait pas déculturé, mais qui lui avait permis, à lui et sa famille, de s'établir et de s'insérer pleinement, l'espace d'une génération et demie. Je ne me souviens plus exactement de sa profession, mais c'était quelque chose comme cadre dans le privé.
Sans chercher à imiter les autres (nous sommes bien entendu meilleurs que les Bataves, et on va pas les copier quand même !), cette conversation m'a fait réfléchir. Une grosse partie des problèmes dits de banlieues que nous rencontrons en France ne vient-il pas du fait qu'on a fait justement le contraire, en dépit du bon sens ?
Faute de contrôler les flux, les arrivées, faute surtout d'une réelle politique migratoire digne de ce nom, et des moyens nécessaires à sa mise en oeuvre, on a des années durant laissé faire, se contenant du spontané. Et spontanément, les arrivants cherchent à se rapprocher de leurs congénères, membres de leur famille qui souvent les hébergent à l'arrivée, ou du village, amis, connaissances. C'est à eux qu'est laissé le soin de leur expliquer le B.A.BA de la vie ici, qu'ils ont maîtrisé à leur façon. Eux qui vont les aider à trouver du boulot, eux à proximité desquels ils vont s'établir. Le ghetto se crée, se renforce, s'enkyste en se développant. Et développe ses effets dans les générations.
L'action d'appui des associations - très méritantes - n'est pas systématisé, structuré, mais se fait au hasard des démarches volontaires des uns ou des autres. En fait, l'accompagnement de l'installation en France ne se fait pas, ou très imparfaitement - malgré le pognon de dingue qui est dépensé, argent public, dons aux associations, énergie des volontaires. Pour parler de ce que je connais, combien de jeunes venus d'Afrique sub-saharienne, notamment de la région de Kayes mais pas seulement, arrivent sans savoir lire ni écrire, et en sont au même point des années après, tout en ayant développé des stratégies intelligentes et rusées pour prendre le métro, se débrouiller dans la jungle de nos villes, trouver moyen de travailler et d'envoyer de l'argent au pays qui réclame. La situation est encore pire pour les femmes venues rejoindre les maris dans le cadre du regroupement familial. Quand ceux-ci les laissent sortir et avoir un peu d'autonomie, leur réseau relationnel se limite le plus souvent au cercle des compatriotes, qui les enferme dans la reproduction des façons de faire qui leur sont familières, avec peu d'ouverture sur les possibilités offertes par leur nouvel environnement. La mise des enfants à l'école élargit peut-être ce carcan, mais pas au point de les mettre à même de jouer tout le rôle qui pourrait être le leur, et dont elles seraient très capables, pour accompagner la scolarisation de leur progéniture. Certes, on va m'objecter le nombre des initiatives associatives qui existent. Elles sont réelles. Mais loin du compte, sans inscription dans des parcours structurés, aux objectifs établis.
Pendant ce temps, nombre de villages dépérissent, se vident d'habitants, les écoles ferment, avec les commerces et les services publics. Les églises aussi. Y installer, le temps au moins d'un accompagnement réfléchi et structuré, des familles ou individus dont la situation a été régularisée, et qui sont donc voués à s'installer parmi nous, avec l'encadrement correspondant, donnerait aussi de l'oxygène à ces bourgs où le malaise social se révèle au fil des élections.
Il faut penser et organiser, avec un grand volontarisme, l'accueil des migrants, se donner les moyens d'en faire ce qu'ils ont vocation à être, un atout pour notre pays. Ce qui suppose de rompre des dynamiques néfastes, qui tendent à ghettoïser, à communautariser, à freiner ou empêcher pour les arrivants leur intégration dans la vie sociale, leur appropriation des codes, usages et façons de faire, leur contribution originale à l'évolution de notre société. Ce qui suppose aussi le contrôle des flux migratoires, l'accueil généreux allant avec l'expulsion résolue quand on ne remplit pas les conditions requises au séjour, ou qu'on a enfreint les règles de l'entrée sur le territoire.
A ce titre, ma note "Accueillir largement, expulser résolument" me semble toujours pertinente, y compris avec la proposition de créer une grande administration chargée de mettre en oeuvre les dispositif d'accueil et d'insertion.

jeudi 27 juin 2013

Réfugiés dans le monde, remise en perspective

Tombé sur un document intéressant dans le Guardian* du 20 juin cette carte des réfugiés de par le monde. Elle remet bien les choses en perspective, détruit pas mal d’idées reçues, et réserve de grandes surprises.




   Qui sait que la Colombie compte le plus de réfugiés, et de loin au monde ? Déplacés intérieurs, certes, mais déplacés quand même.
   La Chine accueille largement plus de réfugiés qu’on ne la fuit. 
   Les Etats-Unis et le Canada attirent peu – ou reçoivent peu, autant ou moins que la France dirait-on. Et ya un petit point qui dit qu’au moins un certain nombre de US Citizens (à peu près autant que de Laotiens, de Yéménites, de Vénézuéliens ou de Marocains ) ont cherché refuge à l’étranger ! Perplexité.
   Même après avoir vu le chiffre, je n’imagine pas ce que peut-être un camp, comme celui de Dabaad, au Kenya, près de la frontière somalienne, où s’entassent  500 000 déplacés.  Y a-t-il même encore autant d’habitants à Mogadiscio ? Cela me semble insensé. J’en avais entendu parler, de Dabaad  (il y a des Somali à Lamu), mais j’étais loin d’imaginer cette taille. 500 000 ! Plus que des métropoles régionales françaises, de gens sans ressources et sans activités dépendants de l’aide.  Comment les organisations internationales gèrent-elles une population pareille ? Comment les terroristes shebabs ne s’y trouveraient pas comme poissons dans l’eau ? Pourquoi l’ONU n’a-t-il pas plutôt éclaté cette masse en plusieurs entités davantage contrôlables ?
   Qui eût dit que l’Irak et la Syrie recueillaient un nombre finalement substantiel de réfugiés étrangers ? Ils viennent d’où ? Des Irakiens réfugiés de longtemps et pris au piège en Syrie. Des Syriens pour qui l’Irak, finalement, est plus sûr que chez eux ?
   A ce propos, encore plus étonnant est le tableau qui va avec :



   On m’aurait demandé les 10 pays d’accueil du plus grand nombre de réfugiés, j’aurais presque eu tout faux. Comme quoi, le Top 10 des destinations des déplacés ne se superpose pas avec celles du Club Med : le Pakistan et l’Iran en tête !! Certes, l’Afghanistan s’y déverse de part et d’autre … mais vous le saviez ? On m’aurait dit l’Iran grande terre d’asile, j’aurais fait un contresens sur ce dernier mot.
   Autre surprise, la 3ème place de l’Allemagne.  Pas de voisin en guerre. Pas de lien historique avec des pays du Sud troublés. Comme le dit la légende de l’article. « Avec une population de 590 000 réfugiés, l’Allemagne laisse la France (218 000) et l’Angleterre (150 000) loin derrière. » Etonnant. Des réfugiés qui viennent d’où ? de partout ? J’ai mauvais esprit : les Allemands, mine de rien, n’attireraient-ils pas, parmi les réfugiés, les plus qualifiés, les mieux formés, les forces vives, pour renforcer leur démographie déclinante ?
   Un que je ne m’attendais pas à trouver là, bon 4ème, c’est le Kenya – Somalie oblige (cf.supra). Un demi-million dans un seul camp, ça vous booste dans le classement.
   La fin est tout aussi déroutante. Aucun des grands pays  au droitdelhommisme incantatoire. Absents les USA, le Royaume Uni ; absente la France aussi, quoiqu’on en ait. Mais la Chine, et voici qui nous en rabat. Car on se rend compte ici que le phénomène des réfugiés – considéré quantitativement – est d’abord un problème de proximité, de voisinage de conflit. Pas de grandeur d’âme. Et ce sont presque toujours des pays fort pauvres (Tchad, Ethiopie) qui en supportent le fardeau.
   Tiens un dernier point, sur la liste des pays dont la population fuit. Petite dernière, mais quand même 10ème au monde, et  avec 285 000 réfugiés, l’Erythrée d’Afeworki. Pour à peine plus de 6,2M d’habitants au total , ce n’est pas mal !


 * Eh non, je ne suis pas devenu un lecteur assidu de la bonne presse britannique. Le journal avait été laissé sur mon siège TGV. Bonne pioche.