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lundi 16 octobre 2017

La Légende de Yambo

J'avais écrit ça après ma vaine tentative de le rencontrer, en décembre 2013.
Et voilà qu'il n'est plus. Reste ... 

Publié par Le Point Afrique le 31 mai 2018 ( lien) )

LA LEGENDE DE YAMBO

Le ruban de bitume file vers le nord, devant nous, qui resterons là presque deux jours, à regarder passer camions et voitures. Non loin, l’embranchement en a laissé partir d’autres, vers Mopti, ou vers le pays dogon et le Burkina. Assis sous l’ombre éparse d’acacias, dans des fauteuils 60s, bas, tout de fils plastiques tendus, nous attendons. La théière chauffe sur ses braises. Amis, connaissances passent, s’arrêtent, discutent. Chacun, en sirotant son verre de thé, a son histoire sur Ouologuem, qui habite à quelque cinquante mètres de là.

Dans les années 60
Son prix Renaudot en 1968 lui avait valu la notoriété, mais aussi l’hostilité sourde de l’intelligentsia africaine d’après les Indépendances, dont Le Devoir de Violence sapait les bases idéologiques. La polémique sur ses plagiats, après la plainte de Graham Green, l’a atteint en plein vol. Crash, acharnement, lynchage. Il a disparu.

On me dit qu’il vit seul, avec sa femme malienne et les enfants qu’il a eus d’elle. Déjà grands. Il sort peu, mais quand même tous les jours. Surtout pour aller sur la tombe de sa mère. T’inquiète, il va venir, tu pourras le voir.

Sévaré, à quelques kilomètres de Mopti l’antique. Le bourg prolifère à partir du carrefour, boutiques et maisons basses sans cachet, décor de Far West. Là est sa villa, derrière un portail bien rouillé.

Le lycée de Bandiagara, la capitale des Dogons, porte son nom. Il aurait refusé, d’abord, mais un camarade serait venu lui dire « Si tu ne veux pas qu’il porte ton nom, ils n’ont qu’à lui donner le mien ! – Va donner ton nom chez toi, pas ici ! » C’était un Bosso, un parent de plaisanterie des Dogon. On peut tout se dire entre parents de plaisanterie. Il a fallu accepter.

J’avais déjà, quatre mois auparavant, dépêché une ambassade, un ami qui allait à un mariage à Mopti, et que j’avais chargé de préparer le terrain d’une rencontre, d’un entretien, « to pay my respects », l’expression serait à prendre au pied de la lettre par cet angliciste distingué. Cela n’avait rien donné, malgré l’entremise de l’épouse, qui avait fait bon accueil. Il ne veut voir personne, parler à personne d’étranger, surtout pas de Blanc. Par hasard, un autre ami de Bamako, à qui je parlais de ma déconvenue, me dit que son frère, qui habite Sévaré, connaît bien Ouologuem, que celui-ci lui rend souvent visite, qu’il m’aiderait à le rencontrer. Je décide d’y aller.

On me dit qu’il est très pieux, qu’il jeûne tous les jours, sauf les jours de fête, qu’il passe son temps en prières, toujours plongé dans les livres saints.

Les voitures passent, les camions, vers le Nord. Un convoi de 5 ou 6 semi-remorques, chargés de gros conteneurs blancs immaculés, frappés du sigle UN. Tiens, ils s’installent ceux-là ! Ils sont venus pour rester !

On me dit que quand il est revenu il était obèse, difforme, qu’il pouvait à peine marcher. On me dit qu’il est revenu enchaîné et que c’est moi qui ai soigné les blessures causées par les liens. On me dit que c’est son père qui est allé le chercher à Bamako, et l’a ramené au village, au cœur du pays dogon. On me dit que pendant des mois, des années, il l’a soigné, avec la médecine traditionnelle, l’a forcé à marcher et marcher encore, 5 km par jour, on me dit, du côté de Bandiagara, jusqu’à ce qu’il retrouve son corps, et sa tête. Qu’il se reconstruise, qu’il puisse vivre à nouveau. Au moins une partie de sa tête.

On me dit que quand il sort et vient te voir, dans ses amples vêtements d’étoffe dogon tissée main, armé d’un long bâton, il est toujours ronchon, exigeant. Demande un service, veut que ta femme lui serve ceci ou cela, critique toujours quelque chose, ce qui est moderne, dans la maison. Et gare si tu ne t’exécutes pas ! Il peut se fâcher et ne plus revenir pendant des mois. Mais comment refuser à ce grand aîné ? Il commande le respect.

Je lui avais fait passer mon travail sur Le Devoir de Violence. J’y reprends les plagiats de Greene et de Schwarz-Bart, plus un autre passage repris de Another Country, de Baldwin, que j’avais découvert par hasard. J’y analyse la structure du roman comme le parcours de la littérature universelle, en tout cas occidentale, du récit mythique à l’épopée, puis au roman, pour aboutir au théâtre symbolique, ou de l’absurde. J’y montrais comment les « plagiats » réécrivent les textes, les déconstruisent pour en faire ressortir la vérité, qu’ils ne sont pas copie mais lecture et re-création. J’avais intitulé mon travail L’Intertextualité dans « Le Devoir de Violence », comme on disait en ces temps de sémiotique.

Il y a deux fous dans ce quartier de Sévaré. L’un, jeune et nu sauf d’un pantalon en lambeaux, va et vient le long de la route, fouille ou fourrage ça et là avec un bâton, sous notre regard indifférent, tout au long du jour. Il ne s’approchera pas pour le thé, on ne lui en proposera pas non plus. L’autre est plus âgé, vêtu strictement en veston élimé, une serviette noire sous le bras, look instit rigoureux. Il suivra précisément, les deux jours, le rituel qu’on m’avait décrit d’avance. Il arrive à 11h précises, salue de loin ceux qui sommes assis autour du thé et va sous un certain arbre à peu de distance. Il pose sa serviette, balaie un petit espace, s’y plante debout, tourné vers la route, coudes au corps, mains ouvertes paumes vers le ciel. Il prie. Puis ramasse sa serviette et repart. Quotidiennement.
On me dit de Ouologuem qu’il a mauvais caractère. Souvent il frappe de son bâton. Mais il est intéressant, on me dit. Souvent dans ses conversations on ne s’aperçoit même pas qu’il est fou.

Mon guide, le frère de mon ami, qui a conseillé cette approche (on s’assoit à proximité, et on attend sa sortie pour l’aborder) est allé aux nouvelles. Il ne se sentirait pas très bien, il est en prière, pas sûr qu’il sorte de sitôt. On va manger un tiep dans un maquis proche, avant de reprendre notre attente.

On me dit que sa mère avait de l’influence sur lui. La seule, peut-être. Qu’il lui obéissait et suivait ses conseils. Quand elle est morte, il est resté près d’elle, et a refusé qu’on emmène le corps, plusieurs jours durant. Il voulait l’enterrer là. Il a fallu le subterfuge de son meilleur ami, qui l’a attiré à l’écart au prétexte de lui dire quelque chose, pour qu’on puisse retirer le cadavre et l’ensevelir. Il en veut depuis à mort à son ami. Et très souvent il va sur la tombe de sa mère, où il s’est fait construire un petit abri. Il n’est pas rare qu’il y passe la nuit.

On me dit qu’il ne veut plus entendre parler de son roman. Qu’il renie son œuvre. Il dit même que ce n’est pas moi qui ai écrit ça. Rejet d’un monde, d’une époque, d’un lui. Reconstruction autour d’une identité dogon, de la tradition, de l’authenticité. Enfermement protecteur.

On m’a dit qu’il est toujours invité aux Rencontres Etonnants Voyageurs, à Bamako. Il serait venu une fois, aurait rôdé dans les allées du Festival, et s’en serait retourné, sans parler, sans participer. Tout peut se lire, dans ce geste.

A une époque où la doxa négro- et pan-africaine imposait l’immanence d’une âme noire, et la vision d’une Afrique idéale que serait venue corrompre et détruire un extérieur colonisant, Ouologuem a dit des sociétés africaines de classes, où des aristocraties imposaient leur domination et exploitaient des masses qui travaillaient pour elles, souvent esclaves. En bref, des sociétés comme les autres. Humaines, trop humaines. 

Ouologuem a dit que ces aristocraties avaient réussi à sortir souvent presque indemnes de la colonisation, se jouant parfois du colonisateur, et, s’étant refait une virginité, se retrouvaient avec un pouvoir intact de manipulation dans les nouveaux jeunes Etats d’après 1960. Ainsi les victimes sont moins les Africains que, en Afrique comme ailleurs et toujours, la « négraille », et celle-ci, aurait dit Jean Genêt, n’a pas forcément de couleur.

C’était prendre à contre-pied toute l’intelligentsia noire d’alors, invalider tout leur discours, leur ôter leur gagne-pain. On m’a dit, à Bamako, la haine qu’avait exprimé pour Ouologuem la veuve d’un des plus grands romanciers africains de l’époque, qui n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer le traître et le vendu. Des années après, des paroles toujours assassines. Ouologuem avait été si seul alors, à tenir un discours contre cette bien-pensance. Seul, fors peut-être Kourouma, et son Soleil des Indépendances ; et Kourouma avait dû se taire pendant 20 ans avant de republier. Un discours dont on mesure aujourd’hui toute la pertinence, mais inaudible alors.

Depuis, j’ai retrouvé plusieurs autres reprises, dans Le Devoir de Violence. Internet aide bien. Du Maupassant, plusieurs. Du Flaubert. D’autres encore, de la Genèse aux Mille et Une Nuits, en passant pas des contes de Toscane. Plusieurs autres passages du roman ne peuvent pas ne pas avoir été empruntés : certaines tournures, certains détails le crient. Mais je n’ai pu identifier les origines. Internet a du bon, mais est impuissant, par exemple, lors qu’il s’agit de passages traduits. Il faudrait lancer un appel aux lecteurs polyglottes pour repérer les textes où Ouologuem est allé butiner. Car dès lors, Le Devoir de Violence devient le roman où on parle de l’Afrique dans ce qu’elle a de plus spécifique avec des matériaux de la littérature mondiale. Tour de force, défi inouï, et pied-de-nez à Senghor !

Sous les neems, l'attente, à quelques mètres du portail rouillé de sa maison
Il faut relire Le Devoir de Violence. 50 ans après, quelle analyse, quelle clairvoyance ! Ouologuem, le premier des justes, pour paraphraser le titre de Schwarz-Bart où il est allé puiser. On y parle même d’un Islam radicalisé, manipulé par des puissants qui appellent au djihad pour conserver leur pouvoir dans une société en mutation qui pourrait leur échapper. En 1968.

On me dit qu’il n’accepte, pour se soigner, que la pharmacopée traditionnelle. Qu’il n’a pas de téléphone, bien entendu, alors quand il a besoin il emprunte votre portable. On me dit qu’il demande souvent des rames de papier. C’est bien pour en faire quelque chose, non ?

Le jour commence à faiblir. Le thé jette ses derniers feux. Du bruit du côté du portail. Mon guide se lève d’un bond. Viens, c’est lui qui sort ! Je me lève aussi et suis, à quelque distance. Le portail s’est entrouvert et une grande silhouette brune, aux cheveux blancs, un bâton à la main, s’engage dans l’entrebâillement. Il m’aperçoit, et esquisse un mouvement de retrait, disparaît. Je m’arrête net. Mon guide est déjà là-bas, avec d’autres de notre groupe, et ceux qui sortaient de la maison. Ouologuem revient sur le seuil, ça discute. Je ne bouge pas et attends qu’on m’invite à m’approcher. On est venu me rejoindre. Présentations. L’un des grands jeunes gens est fils de Ouologuem. Avec des amis. On parle, je leur explique ce que je suis venu faire, le motif de ma démarche. Je leur montre la copie de mon travail sur Le Devoir de Violence. Ils feuillettent, tandis que je surveille du coin de l’œil ce qui se passe vers le portail. Comme par hasard, ils tombent sur le passage où est citée la scène d’amour torride entre Tambira et Kassoumi, reprise de Baldwin. Ils se montrent le texte, avec des coups de coudes, et gloussent. « C’est lui qui a écrit ça ? Quand on pense à tous les reproches qu’il nous fait, maintenant, à propos de rien du tout ! » Sait-il que son père a écrit sous pseudo un roman érotique, Les Mille et une Bibles du Sexe ? Entre temps la discussion vers le portail s’était achevée. Ouologuem était rentré, il avait renoncé à sa promenade – et refusé de me voir.

Je reviendrai le lendemain matin, pour attendre encore une hypothétique sortie. On me dit, au bout d’un moment, qu’il est très occupé à lire, et à dessiner des constellations. Il aura compris, ou on l’aura informé, que je fais encore le pied de grue, et ne sortira pas. Mieux vaut laisser à son univers cette intelligence foudroyée.


mardi 10 février 2015

LA GAUCHE NE DOIT PLUS ABANDONNER LA LAICITE

Je me suis permis de commenter certaines parties du texte d’une motion thématique ainsi intitulée, présentée en vue du Congrès du Parti Socialiste (voir les lignes en majuscules dans le texte en question, plus bas).

Les intentions sont bonnes, mais au fond cela procède non d'une offensive qui développerait et renforcerait la laïcité vécue au quotidien, mais d'un repli sur soi, de facto communautaire, qui ouvre la porte mais le martinet à la main.

A l'instar de la GdG, de Marianchon et al., des preux chevaliers de la Laïcarde, il y a un désir d'antan, de bouffages de curés, de hussards de la République. Dérisoire, sans avenir, surtout contre-productif. Comme le souverainisme etc. Reishoffen !!!! C'est se tromper de guerre, de monde.

Mais une autre erreur, de fond là aussi.
En 1905, la République devait s'imposer à l'Eglise, enracinée, influente,dominante idéologiquement dans bien des régions, politiquement revancharde. Elle a fait des compromis et y est arrivée.
Aujourd'hui, la République peine à trouver le bon modus vivendi avec une partie de ses citoyens qui mettent en avant désormais des aspects identitaires longtemps refoulés, et qu'ils veulent pouvoir vivre en étant eux-mêmes au sein de la République. Cela pose quelques problèmes, mais mérite d'être résolu, car ils sont sous la pressions de forces terribles qui leur suggèrent que ce n'est pas possible, qu'il y a incompatibilité entre la laïcité et leur foi, et qu'il faut choisir (Dieu bien entendu). 
La situation est toute inverse. L'enjeu est : saura-t-on accueillir ? et non: comment se protéger. Il faut LES protéger, en leur donnant le sentiment d'être accueillis. Ce qui n'exclut en rien la FERMETÉ, si les uns et les autres ont l'ouverture nécessaire pour faire la part de l'essentiel, de l'inacceptable, de l'inhabituel mais compatible. Cela n'implique pas une négociation communautaire, d'ailleurs (pas d'Edit de Nantes!!!!) , mais de la discussion, des prises de décisions bien mesurées, de la concertation, dans la durée, un processus dans la durée, qui privilégie le consensus, qui identifie aussi les interlocuteurs: entre Républicains (il ne s’agit pas d’accommoder mais au contraire de neutraliser les intégristes de tout poils – qu’ils portent turban, kippa ou rosaire).
De même que tout racisme est condamnable, il faut traiter différemment le racisme du fort à l’opprimé, et celui du soumis au dominateur. De même, aller chercher aujourd’hui les recettes et réflexes des combats laïques contre l’Eglise du début XXème, c’est peut-être se faire plaisir, mais c’est se tromper de combat, de cible, d’armement.
Lien avec le texte de la contribution, reproduit en partie et commenté ci-dessous http://congres.parti-socialiste.fr/contributions/la-gauche-ne-doit-plus-abandonner-la-laicite 
La gauche n’est pas exempte de responsabilités. Trop souvent, faute de garantir l’égalité républicaine, elle a cédé à la tentation différentialiste : faute d’offrir à chaque citoyen l’accès à l’Ecole, au logement, à l’emploi, à la vie politique,  elle a laissé chacun se replier sur sa communauté d’origine, sur son quartier, sa religion. la véritable articulation entre tout cela est confuse. le recours à un reflexe communautaire – souvent tres present dans la culture d’origine alors que la notion de citoyenneté est totalement à acquérir, « non-naturelle » pour les nouveaux venus – prospere sur la carence de solutions citoyennes, accessibles et superieures. , On sent, aujourd’hui, plus que jamais, le risque de céder à un multiculturalisme soi-disant « tempéré », qui acterait notre renoncement collectif à être des égaux, pour orienter notre pays vers le modèle anglo-saxon. des termes fourre-tout, qui servent davantage d’epouvantails qu’ils n’affinent l’analyse – et donc empechent, derriere, de tracer des limites pertinentes et solides, sur lesquelles se battre. Ou autorisent ensuite des raccourcis néfastes. Nous refusons cette capitulation.
Nous refusons tout autant le dévoiement de la laïcité en arme d’intolérance et de stigmatisation. Assez des aigreurs zemmouriennes et des fantasmes de « grand remplacement » ! La droite et l’extrême-droite ont abîmé la laïcité, en la prenant pour prétexte à leur obsession identitaire. La manipulation de la laïcité par Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, qui a le premier parlé de « préfet musulman » et de discrimination positive, est une tartufferie. Tout comme l’est le mensonge sinistre de Marine Le Pen qui, entourée d’intégristes et de racistes, trahit la laïcité lorsqu’elle multiplie les diatribes anti-musulmans ou conteste aux femmes le droit de disposer de leur corps. La République doit se réapproprier le feu de la laïcité qui lui a été volé par ces usurpateurs. Et c’est à la gauche de porter ce flambeau, comme elle l’a fait historiquement.
Pour cela, nous souhaitons que la gauche, et en particulier les Socialistes, réaffirment plusieurs principes fondamentaux.
Avant tout, le PS doit recréer de la fierté laïque, réaffirmer que la laïcité est l’autre nom du bonheur français. Elle est partagée par l’écrasante majorité des citoyens, qui au quotidien vivent, travaillent, se marient ensemble dans une intégration presque unique au monde. La laïcité est le pilier central de cette fraternité et de cette tolérance : le rôle de la laïcité n’est pas d’exacerber les différences ni de les nier, mais de créer l’espace où elles se conjuguent. Surtout, le camp laïc, ce sont 65 millions de Français qui, chaque jour dans leur diversité de conscience, cultivent la paix civile et n’ont pas à subir les pressions ni encore moins les violences de quelques intégristes de toutes obédiences. Ces paroles sont belles et justes. Pleinement. Reste à les faire vivre. Par exemple des jeunes filles ou femmes, qui veulent s’épanouir et n’acceptent pas pressions ni violences, portant un voile qu’elles estiment nécessaire à leur pudeur, viennent militer pour ces valeurs. Bienvenues ou malaise ? La tonalité générale du texte sème le doute sur l’ouverture et l’accueil. A sa lecture, je doute qu’elles rejoignent. Problème, non ? Nous, pratiquants (SIC) de la laïcité venus de tous horizons, sommes la majorité sociale de la France, cela doit suffire à imposer le respect à ceux qui prétendent la mettre en cause. Ne nous laissons plus faire par ceux qui veulent nous diviser !
Il n’y a pas, dans notre pays, de guerre de civilisations qui opposerait les religions, une en particulier l’Islam, à la démocratie. Il y a une lutte, totale, où se confrontent la République et les extrémistes qui veulent sa chute.
Pour préserver notre bonheur collectif, il faut assumer la fermeté laïque. Etre fermes, cela signifie condamner toute exaction commise contre les croyants mais aussi au nom des religions. C’est refuser la poussée des revendications communautaires, dans les services publics mais aussi dans les entreprises ou l’espace public. C’est en finir avec les petits accommodements politiciens qui visent à financer de façon détournée les lieux de cultes ou les établissements scolaires. OK, mais alors on fait quoi ? Les lieux de culte sont insuffisants faute de presence historique de l’islam. les fidèles, tres largement issus des couches (les plus) modestes ne peuvent y pourvoir. la liberte de culte, c’est aussi trouver une solution a l’impossibilite observée de pratiquer . Financement étranger ? c’est pire que le mal, car ce ne sont pas les candidats au financement qui manquent, ce sont les conditions ideologiques qui vont avec – et qui constituent le vrai danger, ce qui est justement dénoncé plus haut. Donc ici on va vite en besogne, on jette le bébé avec l’eau du bain. bien sur il y a eu des negligences et du coulage, et un manque de suivi. Remettre à plat des pratiques, pas procéder par oukazes dogmatiques. C’est refuser que certains de nos concitoyens s’enferment (1), ou soient enfermés malgré eux (2) , dans des « communautés », réduits à leur pratique religieuse, mis en demeure d’être des religieux « modérés » (3) au lieu d’être simplement considérés comme des français. collision de realités fort différentes, amalgamées ici du seul fait qu’elles sont frappées de rejet. Pour (1), qu’on m’explique comment on peut refuser a quiconque telle ou telle pratique de vie, dès lors qu’il se conforme aux lois. la démarche doit être inverse, a savoir que quiconque doit se voir offrir la possibilité de ne pas s’enfermer s’il ne le souhaite pas (on retrouve ici la proposition (2)), et de se voir protége dans ce choix. La nuance n’est pas mince !! Mais (2), suppose autre chose. La contrainte.Implicitement, de la communauté sous toutes ses modalités – famille, entourage, traditions, etc. Là encore, il ne s’agit pas de « refuser » mais d’aider au non-enfermement, créer les conditions aux individus qui leur permettent de vivre selon leur liberté. Mais la rhétoriqueimplicite de la phrase est autre, Elle insinue fortement qu’il n’y aurait d’attitude  communautaire que « malgré soi », forcée, imposée de l’extérieur à des esprits dominés. (1) n’est que faux-semblant de (2). C’est porter un jugement moral sur des millions d’individus, des milliards de par le monde .C’est amalgamer le niveau du politique (OUI, la République ne connaît que les citoyens), et celui de la vie personnelle et de la liberté qui y est attachée.Quant à (3), ça n’a rien à voir, c’est là pour faire joli, on l’a entendu dire sans avoir bien compris, ça fait fausse fenêtre. On me montrera le fondement du rapport.   C’est refuser le déferlement des propos racistes qui les visent actuellement.
La fermeté laïque c’est surtout affirmer que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais le lieu où peut s’épanouir une totale liberté de conscience : les textes fondamentaux de notre pays garantissent autant le droit de croire que de ne pas croire. Il faut dire sans frémir : dans la République, on peut tout aussi librement pratiquer les religions que les critiquer.
Enfin, le Parti socialiste doit porter une nouvelle ambition laïque, en particulier pour l’Ecole. Lorsque la laïcité est attaquée, l’Ecole doit plus que jamais être la première priorité de la République. De nombreuses initiatives ont été prises depuis 2012 par le Gouvernement et méritent d’être saluées. Mais la situation est grave comme en témoignent les nombreux incidents dans les établissements au moment du drame de Charlie Hebdo, et plus massivement encore les 150 000 décrocheurs rejetés par le système chaque année. L’inégalité scolaire frappe si largement et si durement nos enfants qu’elle transcende les questions de religion, d’origine ethnique, de zones urbaines ou rurales. L’Ecole ne peut régler tous les problèmes de la société, a fortiori si la société ne règle pas les problèmes de l’Ecole. C’est autour de sa refondation que doit se faire l’unité nationale.
Face à la situation de notre pays, nous demandons un « plan d’urgence laïque », dont les premières propositions sont :
1- Commander un audit national sur l’ensemble des financements publics en faveur des cultes, et y mettre un terme, y compris lorsque ces activités sont présentées comme « culturelles » La cause est donc entendue, sans nuance. On voit clairement les conséquences, et qui va étré affecté. Si c’est pas claquer la porte – campé certes sur le grand cheval des principes, et au nom de l’égalité -à une partie des citoyens, qu’on me le démontre
2- Revenir sur la loi Carle de 2009 obligeant les communes à financer la scolarité des élèves dans les établissements privés confessionnels situés dans d’autres communes (Art. L.442-5-1 et L.442-5-2 du code de l’éducation).
3- Permettre, par la loi, aux entreprises et structures de droit privé de faire respecter la neutralité religieuse en leur sein
4- Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non- confessionnels  Au passage, qui pour porter cette parole ? Réprésentatif de qui ? Mandaté par qui ?
5- Demander aux élus de ne plus s’exprimer, es qualités, lors des offices religieux auxquels ils sont amenés à participer.
6- Faire entrer l’ensemble des territoires de la République, y compris l’Alsace-Moselle et les outre-mers, dans le champ d’application de la loi de 1905, et supprimer dès avant cela le délit de blasphème.
Pas de plus grande urgence !! Voilà qui promet de belles batailles, un beau merdier, des hostilités là où tout est calme. Il y a eu un procès pour blasphème récemment ? Quelqu’un pour soulever la question ? Ceux qui s’y sont risqué s’y sont brûlé les doigts et n’y reviendront pas de sitôt ! Trop Français, cette volonté d’uniformiser quand aucun réel péril d’actualité n’y contraint.
7- Tenir l’engagement présidentiel n°46 en intégrant la loi de 1905 dans la Constitution

Louis Pasteur écrivait : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue: le mot «enthousiasme» - du grec en-theo, Dieu intérieur. » Nous voulons que la gauche porte, pour la France, un nouvel enthousiasme laïque. On avait bien senti dans le texte (voir notamment le 4 ci-dessus, ou « pratiquants de la laïcité » plus haut) que la laicite est ici érigée en dogme concurrent, à l’instar des religions – ce que la loi de 1905 ne fait pas.

dimanche 1 février 2015

Après Charlie





Depuis le 7 janvier, devant l'urgence à réagir, mais aussi à clarifier, à discuter certaines réactions qui m'ont semblé incomplètes, ou mal informées, ou discutables, j'ai surtout écrit sur Facebook (chercher joelbertrand@hotmail.com) en réponse, ou pour signaler des textes qui me paraissaient intéressants.
On s'est étonné que rien ne soit paru sur ce blog (vous seriez quelques un(e)s à me lire !!!). J'ai donc rassemblé ici ce que j'ai pu retrouver, épars. S'y dessine je crois comment je perçois la situation, et l'action à mener.

8JAN
Un petit florilège pour yeux embués. Rire aux larmes. Rire comme hommage à la vie. Merci à ceux qui sont tombés, et respect.



9JAN
Je ne suis pas Charlie, de Marcel SEL
http://blog.marcelsel.com/2015/01/07/je-ne-suis-pas-charlie/

Mon ami Qudus a diffusé ce texte. Je m'y suis beaucoup retrouvé. Pas dans tout, mais beaucoup. Je n'ai pas écrit ‪#‎JeSuisCharlie. Mais j'ai posté des dessins qui m'ont paru pertinents pour parler du meilleur de l'esprit "bête et méchant". Hommage et reconnaissance. Je ne me suis toujours pas remis de la fois où Paul VI disait "Moi je crois mais je ne pratique pas". Ca doit faire 30ans, mais chaque fois que j'y repense je me marre. Au fait, peu de reprises de ce petit florilège de dessins. Je n'ai pas écrit #JeSuisCharlie, cette formule me gêne, comme tous les ‪#‎Je Suis... du reste. Je n'ai pas besoin d'"être" l'Autre pour en être solidaire, pour partager ses peines, ses rêves ou ses combats. Pour nouer alliance, approfondir une relation, aimer même. C'est même justement parce que je ne "suis" pas l'Autre que je respecte ses différences, que je le reconnais tel qu'il est. Qu'il me nourrit, justement, de ce qu'il n'est pas Moi.

11JAN
Lettre ouverte au monde musulman, de Abdennour Bidar
http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html

Ben oui, beau texte, vaste chantier, dont nous sommes spectateurs. Ce qui ne veut pas dire passivité. Aux Musulmans eux-mêmes de répondre à ces questions, à nous, autres, de faciliter les bonnes dynamiques (celles qui concourent au vivre ensemble). Quelles voies cela empruntera-t-il ? Quel temps ? D'ici là, alliances autour de valeurs essentielles et communes ou similaires, compatibles; trouver des terrains communs; soutenir les forces vives - surtout ne pas jeter les indécis dans les bras des extrémistes par des incompréhensions et malentendus. Un gros effort à faire : comprendre, connaître, c'est à dire aussi considérer et reconnaître, respecter, quitte à critiquer sévèrement, en connaissance de cause.

 13JAN
Why did the world ignore Boko Haram attacks ?
http://www.theguardian.com/world/2015/jan/12/-sp-boko-haram-attacks-nigeria-baga-ignored-media

The millions in the streets of France were also protesting against Boko Haram, against AQMI, against Daesh, against Al Kaeda if anything like that is still there, etc. It was an answer to all terrorisms (be them "Moslem" or not) who want to suppress freedom (of expression here, of listening to music, of playing football, or laughing, ... there). I trust a day will come when in Lagos also, in the whole of Sahel up to East Africa, people will rise in protest, will unite against our common enemy, whatever the way (marching the streets is our custom in such cases, there could be many others to express anger and determination). Let us rise in protest, let us unite - and not only sit, pray and ask what is the government doing? what is the West doing? what are the Muslims doing? what is anybody but me doing?

Post by Qudus Onikeku : 6 African president were present in Paris, one of them sighted crying like an idiot, his country Benin is just two hours by road to nigeria. Where 2000 people reported dead, he shed no tears, he paid no visit and made no match. What a wonderful world. ‪#‎Baga ‪#‎Massacre is where 21st century humanity died. Hypocrisy is when our liberty of expression, weighs more than our humanity.

Had he gone to Nigeria, wouldn't he have been alone marching, abi ?

14JAN
Pour ceux qui, comme moi, n'ont pas eu leur exemplaire, un petit échantillon du Charlie Revival. Comme on aime, grinçant et solidaire, autodérision et attention au monde. On peut se moquer de tout, et même de soi. Du rire salutaire, et aux pisse-vinaigre, reprenez-en une gorgée bien déployée.




16JAN
Dans quelles conditions l'islam autorise-t-il la représentation du Prophète ?
http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/15/dans-quelles-conditions-l-islam-autorise-t-il-la-representation-du-prophete_4557365_4355770.html














Très intéressant, toujours bon de comprendre. Ya besoin d'être éclairés, pour tous.

 Le « musulman modéré », une version actualisée du « bon nègre »
http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html?_reload=1421430904816

Réaction à l'article du Monde intitulé : "Le 'musulman modéré', version actualisée du 'bon nègre' ". Désolé, mais pas bon cet article. C'est pas ce qui va dans le sens de la lutte à mener. Pour faire court : très significativement, il parle des "cathos" (qu'il définit de façon intéressante). Mais parler de Catholiques pour ceux qui sans pratiquer baptisent leurs enfants et se feront enterrer religieusement, c'est pas une injure. Ainsi peut-on parler de Musulmans dans les mêmes conditions sans "accoler" ou "singulariser".
En fait, la symétrie, sur laquelle repose la démonstration, ne tient pas. A "cathos", tel qu'il le définit, correspondrait "barbus", et non Musulmans qui correspond alors à Catholiques. Athée tranquille, que je le veuille ou non j'ai grandi en milieu chrétien J'ai vécu beaucoup en Afrique, notamment en pays d'Islam. J'y étais vu comme chrétien, ça allait de soi ,je ne me suis pas senti offensé ou accolé pour autant, tranquille dans mes convictions - sans me priver d'expliquer quand cela valait la peine. En fait, l'auteur ici parle plus de lui, et de sa relation qui semble complexe voire difficile à la culture religieuse dont il est issu, que de la question politique qu'il aborde. L'heure est à rassembler, dépasser des querelles (bon nègre) et faire face au présent.

17JAN
On Charlie Hebdo: A letter to my British friends
http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-tonneau/110115/charlie-hebdo-letter-my-british-friends

I didn't address much my English speaking friends during the last few days. My comments and reactions about what happened in France -which have so many links with what is happening daily in the world, and especially in Nigeria and East Africa - were more targeted to my fellow citizens. I was asked sometimes for translation. Rather, read this paper, I think it explains very well the situation here, what that newpspaper Charlie Hebdo represents here in France, what is our specificity and our point of view.
I do not agree 100% with what is said, but with most of it. There is fire on the mountain, sang Asa ( Asa Official).Joining forces need a big amount of mutual understanding.

18JAN
Manifestations à Zinder: 4 morts et 45 blessés, le Centre culturel français incendié
http://www.itele.fr/monde/video/manifestations-a-zinder-4-morts-et-45-blesses-le-centre-culturel-francais-incendie-107992

Manifs au Niger et dans le monde musulman. Des morts, pour une caricature qu'en plus je trouve assez sympa. Gouffre d'incompréhension. Je lis beaucoup de réactions ici qu'on pourrait résumer : "Sauvages", "Bandes de cons". FAUX, d'abord, bien sûr. Mais surtout TRES DANGEREUX. Rejeter ainsi, c'est se priver de comprendre, et surtout de convaincre. Eriger des murailles au lieu de jeter des ponts, renvoyer au lieu de rapprocher. On ne terrassera le djihadisme que si on rassemble, si on l'isole, si on convainc de sa nocivité, pas si on lui livre des troupes. C'est là-bas on s'en fout ? Mais ceux qui manifestent à Dakar, Niamey, ailleurs, leurs pères, frères, cousins, sont parmi nous, par milliers. Dans nos écoles aussi. Comprendre n'est pas se compromettre, c'est se donner les moyens de vaincre.

Sur une citation de Romain Gary

Très juste cette page de Romain Gary. Mais de là à la faire partager ... Combien de temps, de siècles, et surtout de luttes, a-t-il fallu aux institutions, aux pouvoirs, pour l'admettre, et cesser la répression ?? Nous jouissons d'une histoire de combats pour la reconnaissance de cette liberté, cette histoire-là n'est pas tellement partagée. Ne serait-ce pas justement notre impératif devoir de convaincre de sa pertinence ?

"(…) Seuls le manque de respect, L’ironie, la moquerie, la provocation même, peuvent mettre les valeurs à l’épreuve, les décrasser et dégager celles qui méritent d’être respectées. Une telle attitude (...) est pour moi incompatible avec toute adhésion politique à part entière. La vraie valeur n’a jamais rien à craindre de ces mises à l’épreuve par le sarcasme et la parodie, par le défi et par l’acide, et toute personnalité politique qui a de la stature et de l’authenticité sort indemne de ces agressions. La vraie morale n’a rien à redouter de la pornographie– Pas plus que les hommes politiques, qui ne sont pas des faux-monnayeurs, de Charlie hebdo, du Canard Enchaîné, de Daumier ou de Jean Yanne. Bien au contraire : s’ils sont vrais cette mise à l’épreuve par l’acide leur est toujours favorable. La dignité n’est pas quelque chose qui interdit l’irrespect et elle a au contraire besoin de cette acide pour révéler son authenticité."
Romain Gary in "La Nuit sera Calme", 1974

 19JAN
Defending ourselves agains atrocities, by Jibrin Ibrahim
http://blogs.premiumtimesng.com/?p=166595

Pour aller au-delà de l'horreur qui nous saisit, et comprendre mieux tenants et aboutissants du phénomène Boko Haram au nord Nigeria, cet article de mon ami Jibrin Ibrahim, que je salue ici, et que je remercie de nous éclairer. Nous sommes ensemble, contre les mêmes immondes. 20JAN
Le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe en intégralité













Tiens, pour ceux qui ne l'auraient pas écouté, le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe. Je le reprends de La Marseillaise, qui le rend accessible en intégralité. Que cela soit la position officielle de mon pays me plaît. On peut discutailler, se démarquer ici et là, mais l'essentiel est solide. Reste à mettre en œuvre. http://www.lamarseillaise.fr/flux-rss-la-marseillaise/a-la-une/35083-le-discours-de-francois-hollande-a-l-institut-du-monde-arabe-en-integralite
Et puisque j'y suis, pour ceux qui préfèrent lire, la version écrite: http://www.elysee.fr/chronologie/#e8342,2015-01-15,ouverture-du-forum-renouveaux-du-monde-arabe-l-institut-du-monde-arabe


21JAN
Entendu sur France Culture il y a plusieurs heures - ma mémoire des chiffres peut être approximative, mais l'ordre d'idées importe. En France, 85% des personnes interrogées partagent l'idée que l'homme actuel descend d'espèces anciennes disparues. On en est à moins de 60% aux Etats-Unis. Sondage dans le corps enseignant, toutes disciplines confondues. A la question "l'homme est-il le produit d'une évolution ?", Oui à 95% en France, 53% en Roumanie, 35% au Sénégal. Une fois l'étonnement passé, il ne s'agit pas de s'indigner, encore moins de stigmatiser, mais de prendre conscience qu'il faut faire avec une réalité (non pas l'accepter, mais la prendre en compte, le temps qu'elle change, ou qu'une action cohérente menée la fasse évoluer).

Humanity Against The Narcissists Of Death By Wole Soyinka
http://saharareporters.com/2015/01/13/humanity-against-narcissists-death-wole-soyinka#.VLW0TLNgBjw.linkedin

Que de lectures ! Voici un magnifique texte de Wole Soyinka (il l'a pas volé, son Nobel). Pour lui, face aux "narcissists of death" - fachistes fascinés par l'image de leur propre puissance mortifère - on ne peut que Mobiliser ou périr ("Mobilize, or perish!"). Bon slogan, le seul qui vaille. Mobiliser, largement, toutes les forces qui ne se reconnaissent pas dans la haine de l'autre et de la vie.

 23JAN
Niger: une lettre de Jean-Pierre Olivier de Sardan (anthropologue IRD, APAD)
http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-couture/200115/niger-une-lettre-de-jean-pierre-olivier-de-sardan-anthropologue-ird-apad

Une très intéressante analyse des manifestations au Niger, par Pierre-Oliver de Sardan.

 27JAN
First lady Michelle Obama shakes hands with Saudi king. So?
http://edition.cnn.com/2015/01/27/politics/michelle-obama-shakes-hands-saudi-king/index.html

@Joachim Buwembo said : I remember a major diplomatic crisis that erupted between Iran and Zimbabwe because a visiting Iranian delegation was served dinner when there were women seated at the same table, including the lady foreign affairs minister. The Iranians refused to eat and left the country abruptly.

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So they left ? Good for them. As much as I respect the uses and ways of a religion, I have my owns and live by them, especially when I am at home and even when I visit others. I remember meeting a traditional ruler, actually the Kabaka, at the Uganda Embassy in Kampala. I did not flex my knee nor lie on the floor, but saluted him as respectfully as I can. Same; as a non-believer, I do not kneel at Church nor cross, but I stand, bareheaded, as this is our way to show respect. If anyone takes offence, too bad, because there is nothing offensive in my behaviour. The offence would come if I were imposed to behave diofferently. What Michele Obama did needs to be commended. The right way to interact in an intgercultural situation.
  
 
 
 










dimanche 29 juin 2014

Ramadan 2014

Je veux ici saluer et encourager tous mes amis, et au-delà tous les Musulmans de par le monde, qui aujourd’hui – et parfois depuis hier, comme en Côte d’ivoire -, entament le mois de Ramadan. Un mois de jeûne, de restrictions de plaisirs, mais surtout, si j’ai bien compris, de recueillement, d’examen de conscience, pour se rendre soi-même et le monde meilleur. Que ce mois leur soit bénéfique.
Mais ce moment ne concerne pas seulement les Croyants, comme il conviendrait. Dans le tourbillon qui agite le monde musulman, et qui propage ses effets bien au-delà, Ramadan est un enjeu de taille, marqué souvent à rebours de son sens par une recrudescence des affrontements et des horreurs. Au point de fausser la vision, et de troubler les images comme les esprits.

L’essentiel à ne pas perdre de vue, c’est que nous assistons d’abord et surtout à une guerre de religion au sein de l’Islam, à un affrontement entre Musulmans. Dont l’immense majorité des victimes d’ailleurs sont des Musulmans – ce qu’on oublie souvent. Affrontement complexe, à plusieurs niveaux, aux multiples imbrications. Affrontement  entre monarchies sunnites du Golfe qui se disputent l’influence en finançant ça et là conflits armés et mouvements terroristes. Affrontement entre ces fondamentalistes là et leurs homologues chiites, pour la suprématie sur le monde musulman. Je passe sur ce qui oppose tous ces partisans de théocraties aux Etats autoritaires peu ou prou laïques, héritiers d’Atta Turk ou du nassérisme.  De quoi s’y perdre, j’en conviens.
Mais raison de plus, j’y reviens, pour garder à l’esprit l’essentiel. Tous ceux-là, autant qu’ils sont, si ennemis qu’ils paraissent, ont deux choses en commun. Tous sont littéralistes, fondamentalistes, des partisans du retour à la lettre  du Livre, à l’Islam des origines (en y rajoutant fantasmes et obsessions, rigueurs et interdits – une religion de la Loi, qui pourchasse le plaisir et la vie, mortifère). Tous s’en prennent aux Autres, incroyants, Chrétiens, mais aussi en Orient Bouddhistes et alia, en invoquant des menaces contre leur identité, la lutte contre un quelconque Satan, mais surtout, dans leur conflit interne, pour se donner des gages de meilleur défenseur de la Foi, sur le mode « plus Musulman que moi tu meurs ». Ce combat extérieur, qui ne nous affecte que trop !, est somme toute relativement marginal.

Car tous ont pour ennemi principal non pas les non-Musulmans, mais l’autre Islam. Celui qui est accueil et célébration de la vie, adaptation et insertion dans le monde, spiritualité et affaire de conscience, ancré souvent dans une tradition culturelle de grande richesse que les fondamentalistes font tout pour extirper. Un Islam qui se réclame du texte, à interpréter dans la vie d’aujourd’hui, et non de la lettre, figée, de ses Ecritures. Un Islam de l’ouverture et de la liberté de conscience, confiant dans son identité et tolérant, dialoguant. Un Islam que j’ai maintes fois rencontré, que je respecte et dont j’apprécie de nombreux aspects – et surtout bien des pratiquants. Un Islam qui n’a pas de problème de compatibilité avec la République et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, dont il peut s’approprier et défendre les valeurs.
Un Islam qui a aussi du mal à se définir et à s’affirmer, à se proclamer clairement, après des siècles de littéralisme dominant, de traditions pesantes, d’oppression coloniale aussi qui l’a réduit à la défensive, en butte qu’il est à la guerre à outrance que lui mènent les conservateurs fondamentalistes qui se sentent menacés dans leur pouvoir et veulent garder, ou reprendre, leur ascendant sur la Oumma, la communauté des Croyants.

En fait, l’immense majorité des Musulmans aspire à la paix, à la liberté, à la jouissance de ce que ce monde – par ailleurs bien difficile souvent, avec tant d’inégalités et d’injustices – peut offrir, dans le respect des valeurs et de la morale que chacun choisit. Dans le pluralisme pourvu que chacun puisse vivre son identité, ou se la bricoler dans les changements qui font son vécu.
Si elle y aspire, cette immense majorité n’y est pas encore acquise car tout cela est en changement, en construction, les cadres conceptuels et religieux ne sont pas encore diffusés et légitimés. Des pans entiers de cette majorité peuvent se laisser attirer par le discours radical des fondamentalistes, qui parlent haut et fort, vocifèrent, tandis que la parole d’un Islam de paix (je l’appellerai ainsi) se fait peu ou pas entendre, dans et hors de la communauté musulmane.

Pourquoi ce silence, ou cette sourdine ? Plusieurs causes peuvent être invoquées.
Je soulignerai notamment le manque de moyens. Les lettrés, les religieux, les faiseurs d’opinion tenants de cet Islam de paix ne bénéficient pas des ressources dont sont arrosés prédicateurs, mouvements et associations dites caritatives (salafistes et autres obédiences de tout poil) par les puissances du Golfe, pour ne citer qu’elles. Ils ne bénéficient pas non plus d’une exposition sur les médias de grande diffusion, qui ne tendent leurs micros et ne prêtent leurs écrans qu’aux extrémistes dont ils font ainsi (inconsciemment ?) le jeu en renforçant jour après jour l’idée d’un conflit inter-religions, et une image d’un Islam uniformément liberticide, hostile et violent.
Il y a aussi le terrorisme idéologique, quand toute parole prônant l’évolution, ou la modération, se trouve traitée d’impie et se trouve sommée de se justifier dans une logique de conformité à la lettre qui n’est justement pas la sienne. Quand toute condamnation ferme et totale de certaines pratiques est accusée d’être (et parfois vécue comme) une trahison de l’Islam en lui-même. On a connu ça, quand d’aucuns ne pouvaient  condamner les crimes de Staline sans devenir ennemis de la classe ouvrière. Ces accusations a priori – doublées d’une solidarité mal pensée – font effet de bâillon. Renforcé, autant que de besoin, par le terrorisme pur et simple, qui attente aux personnes, parfois à leur vie, qui portent publiquement la parole d’un Islam de paix, qui condamnent fortement les errements et les crimes commis au nom de l’Islam. L’assassinat, tout dernièrement d’un imam modéré à Mombasa en est un exemple parmi tant d’autres.

Dès lors, en ce début de Ramadan, il faut savoir ce qui se passe et comment se situer.  L’ennemi n’est pas l’Islam. Il est ceux qui, au sein de l’Islam – mais aussi ailleurs, sous d’autres références religieuses ou idéologiques – prônent le renfermement identitaire, la haine de l’Autre, la Loi comme interdit et non protection des libertés, la morale comme répression ou expiation et non comme régulation du vivre ensemble. Ceux qui au final ont des pulsions mortifères (à l’instar des fascistes espagnols qui criaient « Viva la muerte ! »), au lieu de célébrer le bonheur de vivre ensemble (« les roses (…) la vie (…) la lumière et le vent » comme Aragon le fait dire à Manouchian, au moment de mourir exécuté par les Nazis).

Il faut savoir nouer des alliances, aider les tenants d’un Islam de paix dans leur combat contre les rétrogrades. Ce combat, eux seuls peuvent le mener, mais ils ont besoin d’appui, d’assistance – dans la forme qu’ils souhaiteront – pour rassembler la masse des Croyants qui ne demande qu’à être rassurée dans sa foi et dans son aspiration à vivre. C’est leur affaire, sur le plan religieux, mais c’est notre affaire à nous tous aussi car la prolifération de la peste brune, ou vert foncé, parmi nos populations, ne peut qu’affecter sérieusement notre vivre ensemble. Il faut qu’ils s’expriment, haut et clair, à l’égard des leurs, et des Autres, sur ce qu’est leur religion – et condamner fermement et sans relâche ce qui lui est contraire mais qui s’en réclame. Il faut que leur parole soit relayée, diffusée, quel l’on entende une autre parole sur l’Islam que celle des terroristes et fondamentalistes. Les médias ont un grand rôle à jouer, d’information et non plus de sensation. Il faut donner à voir l’image de l’Islam de paix, tel qu’il est partout, tranquille et laborieux, mais aussi donner à voir son hostilité à ceux qui l’attaquent, son combat contre les extrémismes. Il faut progressivement changer la perception de l’Islam chez les Autres, faire comprendre sa complexité, renforcer les alliances autour des valeurs communes de paix et de liberté.


Puisse ce mois de Ramadan permettre de progresser dans ces voies.

mercredi 9 janvier 2013

Mariage pour tous : le débat

Mon article précédent a eu les honneurs de la première page du site LE PLUS, du Nouvel Observateur, et a suscité beaucoup de discussions, parfois animées. Je reprends ici certaines contributions, avec mes réponses.


DEBAT

GD a posté le 8-01-2013 à 10:27
M. Sallonges écrit " Est-il pire d'avoir des parents homosexuels que des parents alcooliques, en querelles perpétuelles, ultra possessifs, ou surprotecteurs...."
C'est le type même d'argument spécieux, car il présuppose que les parents homosexuels ne sont, quant à eux, jamais alcooliques, ne se querellent jamais, ne sont jamais ultra possessifs ou surprotecteurs !
 
Ne croyez vous pas que l'addiction à l'alcool peut concerner tous les parents quelle que soit leur orientation sexuelle ?Ou bien pensez-vous que les parents homosexuels ne se disputent jamais ?
Tout à fait d'accord avec vous, mais vous faites erreur de logique, tout cela peut se cumuler, Comme dans "Les deux orphelines", alcoolo, tubarde et paralytique. Il doit y avoir, parmi les homosexuels, à peu près la même proportion de connards que dans le reste de la population. 
Bref, des gens comme les autres. Alors justement pourquoi faire une différence, et les exclure de ce dont bénéficient les autres ?
J'ai presque l'impression que nous sommes d'accord !

GD a posté le 8-01-2013 à 17:11
NON. M. Sollonges, nous ne sommes pas d'accord. C'est vous qui faites une erreur de logique. Vous commencez par comparer des couples homosexuels avec des couples hétérosexuels " alcooliques, querelleurs, etc.."et donc présupposer que les couples homosexuels ne sont pas atteints par ces défauts, puis vous me dites ensuite que cela peut "se cumuler" ce dont je suis d'accord.
Mais alors pourquoi avez vous fondé votre argumentation sur une comparaison différentialiste entre les couples selon leur orientation sexuelle. ? Il faut choisir: vous ne pouvez pas dire une chose et son contraire !!!!
Où avez-vous vu comparaison ? On me dit : parents homosexuels = facteur de risque pour le développement d'un enfant (ce qui reste à prouver). Admettons. Je dis : il y a d'autres facteurs de risque - et j'en énumère quelques uns - qui existent au sein de couples hétérosexuels (ce qui ne veut pas dire qu'ils en ont l'exclusivité). Facteurs de risque qui peuvent ou non provoquer des effets négatifs. Facteurs de risque qui peuvent se cumuler. Comme dans ".Les deux orphelines", on peut être pauvre, tuberculeux et paralytique. 
Mais reprenons le raisonnement pas à pas. Le risque 1 (homo) est il absolument plus important que les autres ? 
Il n'y a pas de comparaison : je suis persuadé que les couples sont très similaires, justement. Pour le meilleur et pour le pire. Kif kif, pas de différence.

EBr a posté le 8-01-2013 à 01:24
Pour vous la faire plus court, sur le plan juridique, le texte est encore moins boucle que celui sur les 75%. Quand on a affaire a des amateurs, ils le sont dans tous les domaines. En ne participant pas a la demande de révision de ce projet le 13, vous vous en ferez le complice.
C'est une manif de juristes ?

EB a posté le 8-01-2013 à 14:29
sympa la censure, mais j'imagine que vous avez eu le temps de lire, vous avez des réponses ? Ou vous êtes comme les autres, le contenu du texte vous indiffère ?
Censure? où ça ? Ironie, peut-être, mais pas bien méchante. 
Car enfin, mobilise-t-on les masses pour un contenu de texte mal rédigé ?
Accordez-moi cela : la vraie raison est ailleurs. Mais on la dissimule sous des justifications autres, comme autant de faux-nez. Juridique chez vous. Le manque de maman chez un autre (touchant, au demeurant). Le risque de se faire moquer dans la cour de récréation (je l'ai entendu). Le sort des enfants (je ne le prends pas à la légère, cela mérite longs développements, pas la place).
Les réactions sont hyperboliques : les bases de la famille sont mises en péril, la mariage est menacé ! Un tel excès est un symptôme que du vif est touché, mais lequel ?
Une anecdote : dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, la cliente d'un hôtel s'était offusquée qu'une serveuse - noire - ayant échappé un plateau avait plongé ses bras dans la piscine pour l'y récupérer, et exigeait que l'eau soit entièrement renouvelée.
Que l'Autre s'y soit mouillé souillait l'ensemble.
Comparaison ne vaut pas raison, mais j'y vois un lien. Comme si les tenants d'un mariage traditionnel, qui l'investissent ( et c'est leur droit le plus absolu) de hautes valeurs, voyaient leur propre mariage - soit eux-mêmes - souillé du fait que des gens dont ils réprouvent le comportement puissent y avoir accès aussi. Un sanctuaire tomberait. Malédiction.
NB : il ne s'agit que du contrat civil nommé mariage (peut-être l'identité de vocabulaire induit-elle cette crispation).

YK a posté le 8-01-2013 à 12:50
L'affectivité ne concerne pas la loi dites vous. OK, alors pourquoi les gens se marient ?
Pas pour faire des enfants, on n'a pas besoin de se marier pour ça.
Pour les avantages sur les impots ? Il y a des solutions plus efficaces de faire baisser son taux d'imposition.
Que reste-t-il ?
Etes vous marié d'ailleurs ? Si oui, pourquoi ?
@Yuri Ko : Votre contribution me touche, justement parce que c'est au coeur de ce qui me semble fausser le débat. Dans la vie, le niveau juridique et le niveau intime ne se confondent pas. Quand on achète ou possède une maison, qu'on y soit viscéralement attaché ou que ce soit par pure spéculation ou recherche de revenu, cela ne change rien à l'affaire au regard de la loi. Mêmes droits, mêmes obligations.
Dans le cas du mariage, pour son aspect civil, j'entends, il n'y a pas d'exigence d'amour.
On peut d'ailleurs s'aimer, vivre ensemble, et ne pas se marier. Notre président l'a longtemps fait, et poursuit.
Le mariage (civil) donne un statut au couple, Le fait d'être marié ou non change le positionnement des individus dans le corps social, de façon concrète et pratique. Cela a des implications vis à vis du groupe - qu'il convient de réguler par la loi.
Ce que les individus peuvent y mettre d'affectif, d'intime, relève de la personne, Ca les regarde, et relève de leur liberté. L'autorité publique, si elle est laïque et républicaine, n'a pas à s'en mêler.
Il en va très différemment du mariage religieux qui lui est- justement - religieux, qui vise à donner un caractère sacré à l'union, etc. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. On pourrait en causer longuement.
Vos dernières questions ?
Marié ? oui, ça fera 40 ans cette année, tout va bien merci. Et alors ?
Pourquoi ? Cela relève justement du personnel, que je n'ai pas à étaler, non par dissimulation, mais par civilité (j’ai hésité sur ce terme, ayant écarté discrétion, pudeur, décence). Mai son peut en parler, si vous le souhaitez, sur mon blog – lien à la fin de l’article.
YK a posté le 9-01-2013 à 13:36
Si la loi se fiche de connaitre les élans intimes des gens lorsqu'ils se marient, pourquoi exigent-elles la fidélité entre les époux alors ? De quoi se mêlent-elle ?
Vous vous rendez compte qu'à travers votre discours la seule chose qui ressort c'est que vous présupposez qu'un couple homosexuel n'est pas capable de remplir les mêmes devoirs qu'un couple hétérosexuel ?
Du point de vue d'un homosexuel, c'est ça l'homophobie, considérer qu'il n'a pas les capacités et/ou l'intelligence de se comporter de la même façon qu'un hétérosexuel.
Je sais vous n'êtes pas homophobe ! Mais vous tenez un discours qui fondamentalement, parce qu'il infériorise les homos, est homophobe.
Au fait ma dernière question était purement rhétorique, je ne pensais pas que vous me répondriez, et je comprends tout à fait votre refus de répondre.
Je vous réponds encore une fois, au risque de vous surprendre.
Pourquoi est-il question de fidélité dans ce que dit le maire? Je me le demande en effet, et pense que c’est une survivance. Cela me semble inutile, au moins depuis  la reconnaissance possible des enfants hors mariage. L’histoire du mariage, les enjeux de pouvoir  entre l’Etat et l’Eglise, en diraient long.
Ce qui n’empêche pas que la fidélité puisse être une valeur, grande même, mais qui relève du privé, de la sphère personnelle, sauf si un des époux voit dans la rupture d’un tel engagement une raison valable pour demander le divorce – raison qui peut être reconnue, au même titre que la violence ou autre. L’exemple me semble typique de notre propos.
En revanche j e ne comprends pas la suite de votre propos. Ciel ! qu’avez-vous pu voir «  à travers (mon) discours » ? Où présupposerai-je alors que depuis hier dans ce débat, depuis avant sur mon blog, je défends l’idée que je ne vois justement aucune différence entre les couples homos et hétéros, kif kif, pareil, disais-je. Pour le meilleur et pour le pire.
Qu’avez-vous cru voir? Sur la fidélité ? a priori pas de différence. Elle est, dirait Descartes, également partagée. Un peu, beaucoup, passionnément … quels que soient les couples, hétéros ou homos, non ?
Alors vous parlez du point de vue de l’homosexuel : il n’y a pas là victimisation, hypersensibilité ? Cela peut se comprendre, mai s justement, il est temps de venir à la sérénité.

MD a posté le 8-01-2013 à 18:53
Vous avez une vision très fermé du problème. Le projet de loi ne vise pas à ouvrir,... Vous dîtes ! Mais vous oubliez que le mariage est une institution qui régit toute l'organisation de notre société et des filiations. Que cette institution est fondée sur les principes naturels que même un enfant comprend, à savoir qu'il faut un homme et une femme pour fonder une famille et concevoir des enfants. C'est comme ça et on n'y peut rien, enfin tant que dame nature en a décidé ainsi.
Que 2 hommes ou 2 femmes décident de vivre ensemble, pas de problème ! Pour cela il existe le PACS (certainement à améliorer : conjoint survivant). Mais pour ce qui est de l'adoption, la PMA voire la GPA, et toutes les dérives qui en découleront (l'eugénisme par exemple), cela paraît extrêmement dangereux voire totalement suicidaire pour notre civilisation et l'histoire en est témoin.
Autre chose, la PMA n'est pas un droit pour les couples hétéros, tel qu'on veut bien le laisser croire ! La PMA est la dernière étape d'un parcours médical long et éprouvant. Et la PMA utilisera le "matériel" des couples en priorité. D'ailleurs, beaucoup de couples hétéros et lorsque les tentatives de PMA échouent avec leur "matériel", renoncent à faire appel à des dons.
Enfin, heureusement pour nous tous, que tout le monde ne pense pas comme vous, et que beaucoup de gens ont encore les pieds sur terre...
http://www.clicsondages.fr/2013/01/mariage-pour-tous-etes-vous-pour-ou-contre
"il faut un homme et une femme pour fonder une famille et concevoir des enfants". 
Sur la seconde partie de la phrase, je n'en disconviens pas, et je parle d'expérience.
Mais questions. Lorsque les enfants élevés par un couple n'ont pas été conçus par ce couple, est-ce une famille ? Lorsque les enfants ont été conçus par un seul des membres du couple, avec une autre personne, connue ou inconnue, est-ce une famille ? 
Vous répondrez, comme tout le monde aujourd'hui : OUI .
Alors pourquoi refuser à tels couples ce qu'on reconnaît à d'autres, au prétexte que leur composition est différente ?
Et puis rappelons-nous la réponse de César à Marius qui demande "mais alors qui c'est le père ?", lorsqu'il vient réclamer l'enfant qu'il a fait à Fanny : "Le père, c'est celui qui aime". (Cela vaut aussi pour la mère, bien entendu).
Pour ce qui est de PMA, GPA ou autre, ce que vous en dites, bien entendu, prête à réfléchir, et vaut pur les homos comme pour les hétérosexuels. J'aimais bien la position qui consistait à renvoyer ces prises de décisions à une grande loi à venir prochainement, et largement nécessaire, sur la famille et la filiation, qui concernerait au même titre tout un chacun..
Pour le moment, avec le mariage pour tous, l'idée est seulement : mêmes droits et devoirs pour tous les couples, quelle que soit leur composition. Simple.

DED a posté le 8-01-2013 à 17:18
Le problème Pierre + c'est que le mariage a changé ! Que vous ne vouliez ni le concevoir, ni le voir pose un sérieux problème quant à votre entendement et à votre capacité à aborder la réalité ! Bref rappel historique : 1804, maintien de la sécularisation du mariage civil dans le code civil ; 1884 : divorce pour faute avec une très forte résistance de l'Eglise ; 1912 : instauration de l'action en reconnaissance de paternité; 1966 : suppression du régime matrimonial de la dot ; 1970 : fin de la puissance paternelle au profit de l'autorité parentale ; 1975 : divorce par consentement mutuel ; de 1978 à 1993 : différentes lois sont votées et instaurent une égalité des droits et des devoirs entre époux et vis-à-vis des enfants ; 2005 : suppression de toute différence juridique dans les modes d'établissement des filiations avec la suppression des termes "légitime" et "naturel"). Le mariage civil est cadre juridique qui évolue avec son temps. Et il est temps que cessent les dernières discriminations à l'encontre des homosexuels !!! Le cœur du mariage ce n'est plus la présomption de paternité, c'est le couple ! Aujourd'hui se marier c'est faire couple ! Ouvrir le mariage aux couples de même sexe c'est permettre l'égale dignité de tous les couples !
Remise en perspective que je ne pouvais qu’approuver.

VD a posté le 9-01-2013 à 01:08
On dénonce "ces méchants hétéros qui veulent pourrir la vie des homos, mais pourquoi, ils ne sont pas touchés" Eh bien si ! le déni, cela suffit ! 

les homos veulent une reconnaissance et des droits civils du mariage, c'est compréhensible.

union homosexuelle et sécurisation des enfants DEJA en famille homosexuelle ne posent pas vraiment de problème, qui propose de les enlever à leur mère ou père ?

MAIS les millions de couples mariés, pour qui le mariage a un sens précis (pas un CDD, exclusif, et avec complémentarité des sexes) existent et ont le droit AUSSI de ne pas être déreconnus et de ne pas voir le sens de leur union dénaturée. 
de même l'adoption EXTERNE (dont la pénurie d'adoptables en limitera les effets), comme la PMA/GPA priverait DELIBEREMENT des enfants de père ou mère - leur condamnation morale est absolue

on est symbole/principe contre symbole, pourquoi plus de 20 millions de couples devraient renoncer au symbole de la complémentarité des sexes et à priver des enfants de père et de mère ? ils sont aussi légitimes qu'une poignée de communautaristes tenants de la théorie des genres 

vous pouvez être en désaccord, mais nier LEURS convictions vous aveugle A force de les nier, vous n'arrivez même pas à concevoir qu'ils se lévent vent debout contre CE projet. l'UMP, pour qui je n'ai pas voté, n'y est pour rien !

quant à l'équivalence :
mariage =

- affirmation symbolique de l'unicité de l'humanité, complémentaire
- couple prolongeable par ses enfants, sans intervention externe (hors maladie)
- présence des deux sexes dans le couple parental, permettant l'identification

union homosexuelle =
- rejet symbolique de l'autre sexe (la moitié de l'humanité), organique, on est "entre soi"
- enfants ontologiquement impossibles, il faut l'intervention de tiers , et non une assistance médicale (l'homosexualité n'est pas une maladie que je sache)
- couple carencé, peut être aimant aussi, mais carencé et potentiellement perturbant (expliquer à un petit garçon que non, "ses mamans" ne supportent pas les hommes, mais lui c'est pas pareil, ou à une petite fille que même si la norme parentale, c'est deux femmes ensemble- l'exemple est plus prégnant qu'un discours ... bref)

tout ceci est bien entendu schématique (1500 mots), je n'entends dénier de valeur humaine à personne , mais au delà de tout jugement de valeur 
- les réalités sont DIFFERENTES, et méritent un traitement différent
- l'intérêt de l'enfant devrait primer
- et quelques milliers d'homosexuels peuvent légitimement réclamer la reconnaissance pour eux mais non la dénier à des millions de couples mariés


@Vieux Dino
Je vous remercie sincèrement beaucoup de vos contributions, tant elles me semblent jeter un éclairage sur le débat.
J’écrivais hier, en réponse à un interlocuteur : « Un tel excès est un symptôme que du vif est touché, mais lequel ? ». Vous situez assez précisément, je crois, le lieu de la blessure.
Vous ressentez le fait que des couples homos se voient mariés comme dénaturant le sens de votre propre union. Car pour vous (et c’est votre droit absolu) le mariage est investi de valeurs, de symboles, qui touchent à votre identité même – et qui ne se retrouvent pas, bien au contraire à vos yeux, dans un couple homo.
Mais parle-t-on de la même chose ? Dans le mariage pour tous, le mot mariage désigne une union civile, un statut juridique impliquant droits et devoirs au sein de la société républicaine qui est la vôtre. Le contenu de sens, la profondeur de l’engagement pris, sa dimension spirituelle ne sont pas niés, ils ne relèvent tout simplement pas de la loi mais des convictions et des fois des individus – dont certains, nombreux, souhaitent voir leur engagement sanctifié dans un lieu de culte. Pas de problème à cela.
Mais vous m’accorderez aussi que d’autres, déjà, mettent dans le mariage depuis toujours d’autres visées et valeurs. Les mariages d’argent ne sont pas des phénomènes nouveaux, et je pense avec vous qu’ils sont aussi éloignés de vos valeurs et symboles que le mariage d’un couple gai. Moins ? Vous me direz.
Ce serait donc question de sémantique, de valeur accordée à un mot. J’ai chez moi un plat qui m’a été ramené du Maroc. Un ami musulman m’a fait remarquer un jour que l’inscription qui l’orne porte le nom d’Allah, et que je devrais donc pas m’en servir pour présenter de la nourriture, mais seulement d’ornement. Je l’ai attentivement écouté. Il sacralisait un objet, il mettait valeurs et symboles (c’est son droit, c’est sa foi) dans ce qui pour moi fait partie de la vaisselle. Je continue à me servir du plat, peut-être ne l’utiliserai-je pas le jour où il reviendra dîner. Ce n’est pas du renoncement, mais de la courtoisie.
Cette anecdote pour dire que le mot mariage recouvre des réalités bien différentes, parfois sacrées. On touche là à une autre question, fort d’actualité aussi. Dans une société de liberté laïque, ce qui est sacré pour certains ne l’est pas pour d’autres, et il faut trouver la bonne mesure pour le vivre ensemble – sachant que rien n’est sacré au regard de la loi qui ne connaît que le licite ou l’illicite. Le modus vivendi avec certains aspects de l’islam est au cœur du sujet.
Peut-être faut-il cependant change de mot, laisser à « mariage »sa dimension d’engagement spirituel (pas nécessairement religieux) et parler d’ « union » pour le contrat civil. C’est ce qu’implique la position que je développais dans mon blog (lien dans l’article). Mais le maire ne célébrerait plus AUCUN mariage, mais seulement des unions.
Peut-être, je veux bien l’admettre, le fait que certains milieux homos s’arcboutent sur le « mariage », au-delà de la revendication (que je crois légitime, et vous aussi dites-vous) d’égalité des droits et devoirs des couples, voire (pour moi) la reconnaissance de «  l’égale dignité de tous les couples » relève-t-il aussi d’une sursymbolisation plutôt irrationnelle, à lier certainement à un besoin de reconnaissance trop longtemps refusé – et qui peut donc s’exprimer sur des modes excessifs. C’est un vaste sujet, qui mérite amples débats. Là aussi ya du vif.
Au final, peut-être faudrait-il revenir à des considérations plus rationnelles, et ne pas s’enfermer sur des questions de mots. Le mariage pour tous ne nie pas la valeur et la symbolique que chacun peut accorder à cette vénérable institution qui a beaucoup évolué et évoluera encore.
Votre identité est respectable et restera intacte, à côté d’autres identités d’égale dignité.