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mardi 10 février 2015

LA GAUCHE NE DOIT PLUS ABANDONNER LA LAICITE

Je me suis permis de commenter certaines parties du texte d’une motion thématique ainsi intitulée, présentée en vue du Congrès du Parti Socialiste (voir les lignes en majuscules dans le texte en question, plus bas).

Les intentions sont bonnes, mais au fond cela procède non d'une offensive qui développerait et renforcerait la laïcité vécue au quotidien, mais d'un repli sur soi, de facto communautaire, qui ouvre la porte mais le martinet à la main.

A l'instar de la GdG, de Marianchon et al., des preux chevaliers de la Laïcarde, il y a un désir d'antan, de bouffages de curés, de hussards de la République. Dérisoire, sans avenir, surtout contre-productif. Comme le souverainisme etc. Reishoffen !!!! C'est se tromper de guerre, de monde.

Mais une autre erreur, de fond là aussi.
En 1905, la République devait s'imposer à l'Eglise, enracinée, influente,dominante idéologiquement dans bien des régions, politiquement revancharde. Elle a fait des compromis et y est arrivée.
Aujourd'hui, la République peine à trouver le bon modus vivendi avec une partie de ses citoyens qui mettent en avant désormais des aspects identitaires longtemps refoulés, et qu'ils veulent pouvoir vivre en étant eux-mêmes au sein de la République. Cela pose quelques problèmes, mais mérite d'être résolu, car ils sont sous la pressions de forces terribles qui leur suggèrent que ce n'est pas possible, qu'il y a incompatibilité entre la laïcité et leur foi, et qu'il faut choisir (Dieu bien entendu). 
La situation est toute inverse. L'enjeu est : saura-t-on accueillir ? et non: comment se protéger. Il faut LES protéger, en leur donnant le sentiment d'être accueillis. Ce qui n'exclut en rien la FERMETÉ, si les uns et les autres ont l'ouverture nécessaire pour faire la part de l'essentiel, de l'inacceptable, de l'inhabituel mais compatible. Cela n'implique pas une négociation communautaire, d'ailleurs (pas d'Edit de Nantes!!!!) , mais de la discussion, des prises de décisions bien mesurées, de la concertation, dans la durée, un processus dans la durée, qui privilégie le consensus, qui identifie aussi les interlocuteurs: entre Républicains (il ne s’agit pas d’accommoder mais au contraire de neutraliser les intégristes de tout poils – qu’ils portent turban, kippa ou rosaire).
De même que tout racisme est condamnable, il faut traiter différemment le racisme du fort à l’opprimé, et celui du soumis au dominateur. De même, aller chercher aujourd’hui les recettes et réflexes des combats laïques contre l’Eglise du début XXème, c’est peut-être se faire plaisir, mais c’est se tromper de combat, de cible, d’armement.
Lien avec le texte de la contribution, reproduit en partie et commenté ci-dessous http://congres.parti-socialiste.fr/contributions/la-gauche-ne-doit-plus-abandonner-la-laicite 
La gauche n’est pas exempte de responsabilités. Trop souvent, faute de garantir l’égalité républicaine, elle a cédé à la tentation différentialiste : faute d’offrir à chaque citoyen l’accès à l’Ecole, au logement, à l’emploi, à la vie politique,  elle a laissé chacun se replier sur sa communauté d’origine, sur son quartier, sa religion. la véritable articulation entre tout cela est confuse. le recours à un reflexe communautaire – souvent tres present dans la culture d’origine alors que la notion de citoyenneté est totalement à acquérir, « non-naturelle » pour les nouveaux venus – prospere sur la carence de solutions citoyennes, accessibles et superieures. , On sent, aujourd’hui, plus que jamais, le risque de céder à un multiculturalisme soi-disant « tempéré », qui acterait notre renoncement collectif à être des égaux, pour orienter notre pays vers le modèle anglo-saxon. des termes fourre-tout, qui servent davantage d’epouvantails qu’ils n’affinent l’analyse – et donc empechent, derriere, de tracer des limites pertinentes et solides, sur lesquelles se battre. Ou autorisent ensuite des raccourcis néfastes. Nous refusons cette capitulation.
Nous refusons tout autant le dévoiement de la laïcité en arme d’intolérance et de stigmatisation. Assez des aigreurs zemmouriennes et des fantasmes de « grand remplacement » ! La droite et l’extrême-droite ont abîmé la laïcité, en la prenant pour prétexte à leur obsession identitaire. La manipulation de la laïcité par Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, qui a le premier parlé de « préfet musulman » et de discrimination positive, est une tartufferie. Tout comme l’est le mensonge sinistre de Marine Le Pen qui, entourée d’intégristes et de racistes, trahit la laïcité lorsqu’elle multiplie les diatribes anti-musulmans ou conteste aux femmes le droit de disposer de leur corps. La République doit se réapproprier le feu de la laïcité qui lui a été volé par ces usurpateurs. Et c’est à la gauche de porter ce flambeau, comme elle l’a fait historiquement.
Pour cela, nous souhaitons que la gauche, et en particulier les Socialistes, réaffirment plusieurs principes fondamentaux.
Avant tout, le PS doit recréer de la fierté laïque, réaffirmer que la laïcité est l’autre nom du bonheur français. Elle est partagée par l’écrasante majorité des citoyens, qui au quotidien vivent, travaillent, se marient ensemble dans une intégration presque unique au monde. La laïcité est le pilier central de cette fraternité et de cette tolérance : le rôle de la laïcité n’est pas d’exacerber les différences ni de les nier, mais de créer l’espace où elles se conjuguent. Surtout, le camp laïc, ce sont 65 millions de Français qui, chaque jour dans leur diversité de conscience, cultivent la paix civile et n’ont pas à subir les pressions ni encore moins les violences de quelques intégristes de toutes obédiences. Ces paroles sont belles et justes. Pleinement. Reste à les faire vivre. Par exemple des jeunes filles ou femmes, qui veulent s’épanouir et n’acceptent pas pressions ni violences, portant un voile qu’elles estiment nécessaire à leur pudeur, viennent militer pour ces valeurs. Bienvenues ou malaise ? La tonalité générale du texte sème le doute sur l’ouverture et l’accueil. A sa lecture, je doute qu’elles rejoignent. Problème, non ? Nous, pratiquants (SIC) de la laïcité venus de tous horizons, sommes la majorité sociale de la France, cela doit suffire à imposer le respect à ceux qui prétendent la mettre en cause. Ne nous laissons plus faire par ceux qui veulent nous diviser !
Il n’y a pas, dans notre pays, de guerre de civilisations qui opposerait les religions, une en particulier l’Islam, à la démocratie. Il y a une lutte, totale, où se confrontent la République et les extrémistes qui veulent sa chute.
Pour préserver notre bonheur collectif, il faut assumer la fermeté laïque. Etre fermes, cela signifie condamner toute exaction commise contre les croyants mais aussi au nom des religions. C’est refuser la poussée des revendications communautaires, dans les services publics mais aussi dans les entreprises ou l’espace public. C’est en finir avec les petits accommodements politiciens qui visent à financer de façon détournée les lieux de cultes ou les établissements scolaires. OK, mais alors on fait quoi ? Les lieux de culte sont insuffisants faute de presence historique de l’islam. les fidèles, tres largement issus des couches (les plus) modestes ne peuvent y pourvoir. la liberte de culte, c’est aussi trouver une solution a l’impossibilite observée de pratiquer . Financement étranger ? c’est pire que le mal, car ce ne sont pas les candidats au financement qui manquent, ce sont les conditions ideologiques qui vont avec – et qui constituent le vrai danger, ce qui est justement dénoncé plus haut. Donc ici on va vite en besogne, on jette le bébé avec l’eau du bain. bien sur il y a eu des negligences et du coulage, et un manque de suivi. Remettre à plat des pratiques, pas procéder par oukazes dogmatiques. C’est refuser que certains de nos concitoyens s’enferment (1), ou soient enfermés malgré eux (2) , dans des « communautés », réduits à leur pratique religieuse, mis en demeure d’être des religieux « modérés » (3) au lieu d’être simplement considérés comme des français. collision de realités fort différentes, amalgamées ici du seul fait qu’elles sont frappées de rejet. Pour (1), qu’on m’explique comment on peut refuser a quiconque telle ou telle pratique de vie, dès lors qu’il se conforme aux lois. la démarche doit être inverse, a savoir que quiconque doit se voir offrir la possibilité de ne pas s’enfermer s’il ne le souhaite pas (on retrouve ici la proposition (2)), et de se voir protége dans ce choix. La nuance n’est pas mince !! Mais (2), suppose autre chose. La contrainte.Implicitement, de la communauté sous toutes ses modalités – famille, entourage, traditions, etc. Là encore, il ne s’agit pas de « refuser » mais d’aider au non-enfermement, créer les conditions aux individus qui leur permettent de vivre selon leur liberté. Mais la rhétoriqueimplicite de la phrase est autre, Elle insinue fortement qu’il n’y aurait d’attitude  communautaire que « malgré soi », forcée, imposée de l’extérieur à des esprits dominés. (1) n’est que faux-semblant de (2). C’est porter un jugement moral sur des millions d’individus, des milliards de par le monde .C’est amalgamer le niveau du politique (OUI, la République ne connaît que les citoyens), et celui de la vie personnelle et de la liberté qui y est attachée.Quant à (3), ça n’a rien à voir, c’est là pour faire joli, on l’a entendu dire sans avoir bien compris, ça fait fausse fenêtre. On me montrera le fondement du rapport.   C’est refuser le déferlement des propos racistes qui les visent actuellement.
La fermeté laïque c’est surtout affirmer que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais le lieu où peut s’épanouir une totale liberté de conscience : les textes fondamentaux de notre pays garantissent autant le droit de croire que de ne pas croire. Il faut dire sans frémir : dans la République, on peut tout aussi librement pratiquer les religions que les critiquer.
Enfin, le Parti socialiste doit porter une nouvelle ambition laïque, en particulier pour l’Ecole. Lorsque la laïcité est attaquée, l’Ecole doit plus que jamais être la première priorité de la République. De nombreuses initiatives ont été prises depuis 2012 par le Gouvernement et méritent d’être saluées. Mais la situation est grave comme en témoignent les nombreux incidents dans les établissements au moment du drame de Charlie Hebdo, et plus massivement encore les 150 000 décrocheurs rejetés par le système chaque année. L’inégalité scolaire frappe si largement et si durement nos enfants qu’elle transcende les questions de religion, d’origine ethnique, de zones urbaines ou rurales. L’Ecole ne peut régler tous les problèmes de la société, a fortiori si la société ne règle pas les problèmes de l’Ecole. C’est autour de sa refondation que doit se faire l’unité nationale.
Face à la situation de notre pays, nous demandons un « plan d’urgence laïque », dont les premières propositions sont :
1- Commander un audit national sur l’ensemble des financements publics en faveur des cultes, et y mettre un terme, y compris lorsque ces activités sont présentées comme « culturelles » La cause est donc entendue, sans nuance. On voit clairement les conséquences, et qui va étré affecté. Si c’est pas claquer la porte – campé certes sur le grand cheval des principes, et au nom de l’égalité -à une partie des citoyens, qu’on me le démontre
2- Revenir sur la loi Carle de 2009 obligeant les communes à financer la scolarité des élèves dans les établissements privés confessionnels situés dans d’autres communes (Art. L.442-5-1 et L.442-5-2 du code de l’éducation).
3- Permettre, par la loi, aux entreprises et structures de droit privé de faire respecter la neutralité religieuse en leur sein
4- Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non- confessionnels  Au passage, qui pour porter cette parole ? Réprésentatif de qui ? Mandaté par qui ?
5- Demander aux élus de ne plus s’exprimer, es qualités, lors des offices religieux auxquels ils sont amenés à participer.
6- Faire entrer l’ensemble des territoires de la République, y compris l’Alsace-Moselle et les outre-mers, dans le champ d’application de la loi de 1905, et supprimer dès avant cela le délit de blasphème.
Pas de plus grande urgence !! Voilà qui promet de belles batailles, un beau merdier, des hostilités là où tout est calme. Il y a eu un procès pour blasphème récemment ? Quelqu’un pour soulever la question ? Ceux qui s’y sont risqué s’y sont brûlé les doigts et n’y reviendront pas de sitôt ! Trop Français, cette volonté d’uniformiser quand aucun réel péril d’actualité n’y contraint.
7- Tenir l’engagement présidentiel n°46 en intégrant la loi de 1905 dans la Constitution

Louis Pasteur écrivait : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue: le mot «enthousiasme» - du grec en-theo, Dieu intérieur. » Nous voulons que la gauche porte, pour la France, un nouvel enthousiasme laïque. On avait bien senti dans le texte (voir notamment le 4 ci-dessus, ou « pratiquants de la laïcité » plus haut) que la laicite est ici érigée en dogme concurrent, à l’instar des religions – ce que la loi de 1905 ne fait pas.

dimanche 1 février 2015

Après Charlie





Depuis le 7 janvier, devant l'urgence à réagir, mais aussi à clarifier, à discuter certaines réactions qui m'ont semblé incomplètes, ou mal informées, ou discutables, j'ai surtout écrit sur Facebook (chercher joelbertrand@hotmail.com) en réponse, ou pour signaler des textes qui me paraissaient intéressants.
On s'est étonné que rien ne soit paru sur ce blog (vous seriez quelques un(e)s à me lire !!!). J'ai donc rassemblé ici ce que j'ai pu retrouver, épars. S'y dessine je crois comment je perçois la situation, et l'action à mener.

8JAN
Un petit florilège pour yeux embués. Rire aux larmes. Rire comme hommage à la vie. Merci à ceux qui sont tombés, et respect.



9JAN
Je ne suis pas Charlie, de Marcel SEL
http://blog.marcelsel.com/2015/01/07/je-ne-suis-pas-charlie/

Mon ami Qudus a diffusé ce texte. Je m'y suis beaucoup retrouvé. Pas dans tout, mais beaucoup. Je n'ai pas écrit ‪#‎JeSuisCharlie. Mais j'ai posté des dessins qui m'ont paru pertinents pour parler du meilleur de l'esprit "bête et méchant". Hommage et reconnaissance. Je ne me suis toujours pas remis de la fois où Paul VI disait "Moi je crois mais je ne pratique pas". Ca doit faire 30ans, mais chaque fois que j'y repense je me marre. Au fait, peu de reprises de ce petit florilège de dessins. Je n'ai pas écrit #JeSuisCharlie, cette formule me gêne, comme tous les ‪#‎Je Suis... du reste. Je n'ai pas besoin d'"être" l'Autre pour en être solidaire, pour partager ses peines, ses rêves ou ses combats. Pour nouer alliance, approfondir une relation, aimer même. C'est même justement parce que je ne "suis" pas l'Autre que je respecte ses différences, que je le reconnais tel qu'il est. Qu'il me nourrit, justement, de ce qu'il n'est pas Moi.

11JAN
Lettre ouverte au monde musulman, de Abdennour Bidar
http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html

Ben oui, beau texte, vaste chantier, dont nous sommes spectateurs. Ce qui ne veut pas dire passivité. Aux Musulmans eux-mêmes de répondre à ces questions, à nous, autres, de faciliter les bonnes dynamiques (celles qui concourent au vivre ensemble). Quelles voies cela empruntera-t-il ? Quel temps ? D'ici là, alliances autour de valeurs essentielles et communes ou similaires, compatibles; trouver des terrains communs; soutenir les forces vives - surtout ne pas jeter les indécis dans les bras des extrémistes par des incompréhensions et malentendus. Un gros effort à faire : comprendre, connaître, c'est à dire aussi considérer et reconnaître, respecter, quitte à critiquer sévèrement, en connaissance de cause.

 13JAN
Why did the world ignore Boko Haram attacks ?
http://www.theguardian.com/world/2015/jan/12/-sp-boko-haram-attacks-nigeria-baga-ignored-media

The millions in the streets of France were also protesting against Boko Haram, against AQMI, against Daesh, against Al Kaeda if anything like that is still there, etc. It was an answer to all terrorisms (be them "Moslem" or not) who want to suppress freedom (of expression here, of listening to music, of playing football, or laughing, ... there). I trust a day will come when in Lagos also, in the whole of Sahel up to East Africa, people will rise in protest, will unite against our common enemy, whatever the way (marching the streets is our custom in such cases, there could be many others to express anger and determination). Let us rise in protest, let us unite - and not only sit, pray and ask what is the government doing? what is the West doing? what are the Muslims doing? what is anybody but me doing?

Post by Qudus Onikeku : 6 African president were present in Paris, one of them sighted crying like an idiot, his country Benin is just two hours by road to nigeria. Where 2000 people reported dead, he shed no tears, he paid no visit and made no match. What a wonderful world. ‪#‎Baga ‪#‎Massacre is where 21st century humanity died. Hypocrisy is when our liberty of expression, weighs more than our humanity.

Had he gone to Nigeria, wouldn't he have been alone marching, abi ?

14JAN
Pour ceux qui, comme moi, n'ont pas eu leur exemplaire, un petit échantillon du Charlie Revival. Comme on aime, grinçant et solidaire, autodérision et attention au monde. On peut se moquer de tout, et même de soi. Du rire salutaire, et aux pisse-vinaigre, reprenez-en une gorgée bien déployée.




16JAN
Dans quelles conditions l'islam autorise-t-il la représentation du Prophète ?
http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/15/dans-quelles-conditions-l-islam-autorise-t-il-la-representation-du-prophete_4557365_4355770.html














Très intéressant, toujours bon de comprendre. Ya besoin d'être éclairés, pour tous.

 Le « musulman modéré », une version actualisée du « bon nègre »
http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html?_reload=1421430904816

Réaction à l'article du Monde intitulé : "Le 'musulman modéré', version actualisée du 'bon nègre' ". Désolé, mais pas bon cet article. C'est pas ce qui va dans le sens de la lutte à mener. Pour faire court : très significativement, il parle des "cathos" (qu'il définit de façon intéressante). Mais parler de Catholiques pour ceux qui sans pratiquer baptisent leurs enfants et se feront enterrer religieusement, c'est pas une injure. Ainsi peut-on parler de Musulmans dans les mêmes conditions sans "accoler" ou "singulariser".
En fait, la symétrie, sur laquelle repose la démonstration, ne tient pas. A "cathos", tel qu'il le définit, correspondrait "barbus", et non Musulmans qui correspond alors à Catholiques. Athée tranquille, que je le veuille ou non j'ai grandi en milieu chrétien J'ai vécu beaucoup en Afrique, notamment en pays d'Islam. J'y étais vu comme chrétien, ça allait de soi ,je ne me suis pas senti offensé ou accolé pour autant, tranquille dans mes convictions - sans me priver d'expliquer quand cela valait la peine. En fait, l'auteur ici parle plus de lui, et de sa relation qui semble complexe voire difficile à la culture religieuse dont il est issu, que de la question politique qu'il aborde. L'heure est à rassembler, dépasser des querelles (bon nègre) et faire face au présent.

17JAN
On Charlie Hebdo: A letter to my British friends
http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-tonneau/110115/charlie-hebdo-letter-my-british-friends

I didn't address much my English speaking friends during the last few days. My comments and reactions about what happened in France -which have so many links with what is happening daily in the world, and especially in Nigeria and East Africa - were more targeted to my fellow citizens. I was asked sometimes for translation. Rather, read this paper, I think it explains very well the situation here, what that newpspaper Charlie Hebdo represents here in France, what is our specificity and our point of view.
I do not agree 100% with what is said, but with most of it. There is fire on the mountain, sang Asa ( Asa Official).Joining forces need a big amount of mutual understanding.

18JAN
Manifestations à Zinder: 4 morts et 45 blessés, le Centre culturel français incendié
http://www.itele.fr/monde/video/manifestations-a-zinder-4-morts-et-45-blesses-le-centre-culturel-francais-incendie-107992

Manifs au Niger et dans le monde musulman. Des morts, pour une caricature qu'en plus je trouve assez sympa. Gouffre d'incompréhension. Je lis beaucoup de réactions ici qu'on pourrait résumer : "Sauvages", "Bandes de cons". FAUX, d'abord, bien sûr. Mais surtout TRES DANGEREUX. Rejeter ainsi, c'est se priver de comprendre, et surtout de convaincre. Eriger des murailles au lieu de jeter des ponts, renvoyer au lieu de rapprocher. On ne terrassera le djihadisme que si on rassemble, si on l'isole, si on convainc de sa nocivité, pas si on lui livre des troupes. C'est là-bas on s'en fout ? Mais ceux qui manifestent à Dakar, Niamey, ailleurs, leurs pères, frères, cousins, sont parmi nous, par milliers. Dans nos écoles aussi. Comprendre n'est pas se compromettre, c'est se donner les moyens de vaincre.

Sur une citation de Romain Gary

Très juste cette page de Romain Gary. Mais de là à la faire partager ... Combien de temps, de siècles, et surtout de luttes, a-t-il fallu aux institutions, aux pouvoirs, pour l'admettre, et cesser la répression ?? Nous jouissons d'une histoire de combats pour la reconnaissance de cette liberté, cette histoire-là n'est pas tellement partagée. Ne serait-ce pas justement notre impératif devoir de convaincre de sa pertinence ?

"(…) Seuls le manque de respect, L’ironie, la moquerie, la provocation même, peuvent mettre les valeurs à l’épreuve, les décrasser et dégager celles qui méritent d’être respectées. Une telle attitude (...) est pour moi incompatible avec toute adhésion politique à part entière. La vraie valeur n’a jamais rien à craindre de ces mises à l’épreuve par le sarcasme et la parodie, par le défi et par l’acide, et toute personnalité politique qui a de la stature et de l’authenticité sort indemne de ces agressions. La vraie morale n’a rien à redouter de la pornographie– Pas plus que les hommes politiques, qui ne sont pas des faux-monnayeurs, de Charlie hebdo, du Canard Enchaîné, de Daumier ou de Jean Yanne. Bien au contraire : s’ils sont vrais cette mise à l’épreuve par l’acide leur est toujours favorable. La dignité n’est pas quelque chose qui interdit l’irrespect et elle a au contraire besoin de cette acide pour révéler son authenticité."
Romain Gary in "La Nuit sera Calme", 1974

 19JAN
Defending ourselves agains atrocities, by Jibrin Ibrahim
http://blogs.premiumtimesng.com/?p=166595

Pour aller au-delà de l'horreur qui nous saisit, et comprendre mieux tenants et aboutissants du phénomène Boko Haram au nord Nigeria, cet article de mon ami Jibrin Ibrahim, que je salue ici, et que je remercie de nous éclairer. Nous sommes ensemble, contre les mêmes immondes. 20JAN
Le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe en intégralité













Tiens, pour ceux qui ne l'auraient pas écouté, le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe. Je le reprends de La Marseillaise, qui le rend accessible en intégralité. Que cela soit la position officielle de mon pays me plaît. On peut discutailler, se démarquer ici et là, mais l'essentiel est solide. Reste à mettre en œuvre. http://www.lamarseillaise.fr/flux-rss-la-marseillaise/a-la-une/35083-le-discours-de-francois-hollande-a-l-institut-du-monde-arabe-en-integralite
Et puisque j'y suis, pour ceux qui préfèrent lire, la version écrite: http://www.elysee.fr/chronologie/#e8342,2015-01-15,ouverture-du-forum-renouveaux-du-monde-arabe-l-institut-du-monde-arabe


21JAN
Entendu sur France Culture il y a plusieurs heures - ma mémoire des chiffres peut être approximative, mais l'ordre d'idées importe. En France, 85% des personnes interrogées partagent l'idée que l'homme actuel descend d'espèces anciennes disparues. On en est à moins de 60% aux Etats-Unis. Sondage dans le corps enseignant, toutes disciplines confondues. A la question "l'homme est-il le produit d'une évolution ?", Oui à 95% en France, 53% en Roumanie, 35% au Sénégal. Une fois l'étonnement passé, il ne s'agit pas de s'indigner, encore moins de stigmatiser, mais de prendre conscience qu'il faut faire avec une réalité (non pas l'accepter, mais la prendre en compte, le temps qu'elle change, ou qu'une action cohérente menée la fasse évoluer).

Humanity Against The Narcissists Of Death By Wole Soyinka
http://saharareporters.com/2015/01/13/humanity-against-narcissists-death-wole-soyinka#.VLW0TLNgBjw.linkedin

Que de lectures ! Voici un magnifique texte de Wole Soyinka (il l'a pas volé, son Nobel). Pour lui, face aux "narcissists of death" - fachistes fascinés par l'image de leur propre puissance mortifère - on ne peut que Mobiliser ou périr ("Mobilize, or perish!"). Bon slogan, le seul qui vaille. Mobiliser, largement, toutes les forces qui ne se reconnaissent pas dans la haine de l'autre et de la vie.

 23JAN
Niger: une lettre de Jean-Pierre Olivier de Sardan (anthropologue IRD, APAD)
http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-couture/200115/niger-une-lettre-de-jean-pierre-olivier-de-sardan-anthropologue-ird-apad

Une très intéressante analyse des manifestations au Niger, par Pierre-Oliver de Sardan.

 27JAN
First lady Michelle Obama shakes hands with Saudi king. So?
http://edition.cnn.com/2015/01/27/politics/michelle-obama-shakes-hands-saudi-king/index.html

@Joachim Buwembo said : I remember a major diplomatic crisis that erupted between Iran and Zimbabwe because a visiting Iranian delegation was served dinner when there were women seated at the same table, including the lady foreign affairs minister. The Iranians refused to eat and left the country abruptly.

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So they left ? Good for them. As much as I respect the uses and ways of a religion, I have my owns and live by them, especially when I am at home and even when I visit others. I remember meeting a traditional ruler, actually the Kabaka, at the Uganda Embassy in Kampala. I did not flex my knee nor lie on the floor, but saluted him as respectfully as I can. Same; as a non-believer, I do not kneel at Church nor cross, but I stand, bareheaded, as this is our way to show respect. If anyone takes offence, too bad, because there is nothing offensive in my behaviour. The offence would come if I were imposed to behave diofferently. What Michele Obama did needs to be commended. The right way to interact in an intgercultural situation.
  
 
 
 










dimanche 29 juin 2014

Ramadan 2014

Je veux ici saluer et encourager tous mes amis, et au-delà tous les Musulmans de par le monde, qui aujourd’hui – et parfois depuis hier, comme en Côte d’ivoire -, entament le mois de Ramadan. Un mois de jeûne, de restrictions de plaisirs, mais surtout, si j’ai bien compris, de recueillement, d’examen de conscience, pour se rendre soi-même et le monde meilleur. Que ce mois leur soit bénéfique.
Mais ce moment ne concerne pas seulement les Croyants, comme il conviendrait. Dans le tourbillon qui agite le monde musulman, et qui propage ses effets bien au-delà, Ramadan est un enjeu de taille, marqué souvent à rebours de son sens par une recrudescence des affrontements et des horreurs. Au point de fausser la vision, et de troubler les images comme les esprits.

L’essentiel à ne pas perdre de vue, c’est que nous assistons d’abord et surtout à une guerre de religion au sein de l’Islam, à un affrontement entre Musulmans. Dont l’immense majorité des victimes d’ailleurs sont des Musulmans – ce qu’on oublie souvent. Affrontement complexe, à plusieurs niveaux, aux multiples imbrications. Affrontement  entre monarchies sunnites du Golfe qui se disputent l’influence en finançant ça et là conflits armés et mouvements terroristes. Affrontement entre ces fondamentalistes là et leurs homologues chiites, pour la suprématie sur le monde musulman. Je passe sur ce qui oppose tous ces partisans de théocraties aux Etats autoritaires peu ou prou laïques, héritiers d’Atta Turk ou du nassérisme.  De quoi s’y perdre, j’en conviens.
Mais raison de plus, j’y reviens, pour garder à l’esprit l’essentiel. Tous ceux-là, autant qu’ils sont, si ennemis qu’ils paraissent, ont deux choses en commun. Tous sont littéralistes, fondamentalistes, des partisans du retour à la lettre  du Livre, à l’Islam des origines (en y rajoutant fantasmes et obsessions, rigueurs et interdits – une religion de la Loi, qui pourchasse le plaisir et la vie, mortifère). Tous s’en prennent aux Autres, incroyants, Chrétiens, mais aussi en Orient Bouddhistes et alia, en invoquant des menaces contre leur identité, la lutte contre un quelconque Satan, mais surtout, dans leur conflit interne, pour se donner des gages de meilleur défenseur de la Foi, sur le mode « plus Musulman que moi tu meurs ». Ce combat extérieur, qui ne nous affecte que trop !, est somme toute relativement marginal.

Car tous ont pour ennemi principal non pas les non-Musulmans, mais l’autre Islam. Celui qui est accueil et célébration de la vie, adaptation et insertion dans le monde, spiritualité et affaire de conscience, ancré souvent dans une tradition culturelle de grande richesse que les fondamentalistes font tout pour extirper. Un Islam qui se réclame du texte, à interpréter dans la vie d’aujourd’hui, et non de la lettre, figée, de ses Ecritures. Un Islam de l’ouverture et de la liberté de conscience, confiant dans son identité et tolérant, dialoguant. Un Islam que j’ai maintes fois rencontré, que je respecte et dont j’apprécie de nombreux aspects – et surtout bien des pratiquants. Un Islam qui n’a pas de problème de compatibilité avec la République et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, dont il peut s’approprier et défendre les valeurs.
Un Islam qui a aussi du mal à se définir et à s’affirmer, à se proclamer clairement, après des siècles de littéralisme dominant, de traditions pesantes, d’oppression coloniale aussi qui l’a réduit à la défensive, en butte qu’il est à la guerre à outrance que lui mènent les conservateurs fondamentalistes qui se sentent menacés dans leur pouvoir et veulent garder, ou reprendre, leur ascendant sur la Oumma, la communauté des Croyants.

En fait, l’immense majorité des Musulmans aspire à la paix, à la liberté, à la jouissance de ce que ce monde – par ailleurs bien difficile souvent, avec tant d’inégalités et d’injustices – peut offrir, dans le respect des valeurs et de la morale que chacun choisit. Dans le pluralisme pourvu que chacun puisse vivre son identité, ou se la bricoler dans les changements qui font son vécu.
Si elle y aspire, cette immense majorité n’y est pas encore acquise car tout cela est en changement, en construction, les cadres conceptuels et religieux ne sont pas encore diffusés et légitimés. Des pans entiers de cette majorité peuvent se laisser attirer par le discours radical des fondamentalistes, qui parlent haut et fort, vocifèrent, tandis que la parole d’un Islam de paix (je l’appellerai ainsi) se fait peu ou pas entendre, dans et hors de la communauté musulmane.

Pourquoi ce silence, ou cette sourdine ? Plusieurs causes peuvent être invoquées.
Je soulignerai notamment le manque de moyens. Les lettrés, les religieux, les faiseurs d’opinion tenants de cet Islam de paix ne bénéficient pas des ressources dont sont arrosés prédicateurs, mouvements et associations dites caritatives (salafistes et autres obédiences de tout poil) par les puissances du Golfe, pour ne citer qu’elles. Ils ne bénéficient pas non plus d’une exposition sur les médias de grande diffusion, qui ne tendent leurs micros et ne prêtent leurs écrans qu’aux extrémistes dont ils font ainsi (inconsciemment ?) le jeu en renforçant jour après jour l’idée d’un conflit inter-religions, et une image d’un Islam uniformément liberticide, hostile et violent.
Il y a aussi le terrorisme idéologique, quand toute parole prônant l’évolution, ou la modération, se trouve traitée d’impie et se trouve sommée de se justifier dans une logique de conformité à la lettre qui n’est justement pas la sienne. Quand toute condamnation ferme et totale de certaines pratiques est accusée d’être (et parfois vécue comme) une trahison de l’Islam en lui-même. On a connu ça, quand d’aucuns ne pouvaient  condamner les crimes de Staline sans devenir ennemis de la classe ouvrière. Ces accusations a priori – doublées d’une solidarité mal pensée – font effet de bâillon. Renforcé, autant que de besoin, par le terrorisme pur et simple, qui attente aux personnes, parfois à leur vie, qui portent publiquement la parole d’un Islam de paix, qui condamnent fortement les errements et les crimes commis au nom de l’Islam. L’assassinat, tout dernièrement d’un imam modéré à Mombasa en est un exemple parmi tant d’autres.

Dès lors, en ce début de Ramadan, il faut savoir ce qui se passe et comment se situer.  L’ennemi n’est pas l’Islam. Il est ceux qui, au sein de l’Islam – mais aussi ailleurs, sous d’autres références religieuses ou idéologiques – prônent le renfermement identitaire, la haine de l’Autre, la Loi comme interdit et non protection des libertés, la morale comme répression ou expiation et non comme régulation du vivre ensemble. Ceux qui au final ont des pulsions mortifères (à l’instar des fascistes espagnols qui criaient « Viva la muerte ! »), au lieu de célébrer le bonheur de vivre ensemble (« les roses (…) la vie (…) la lumière et le vent » comme Aragon le fait dire à Manouchian, au moment de mourir exécuté par les Nazis).

Il faut savoir nouer des alliances, aider les tenants d’un Islam de paix dans leur combat contre les rétrogrades. Ce combat, eux seuls peuvent le mener, mais ils ont besoin d’appui, d’assistance – dans la forme qu’ils souhaiteront – pour rassembler la masse des Croyants qui ne demande qu’à être rassurée dans sa foi et dans son aspiration à vivre. C’est leur affaire, sur le plan religieux, mais c’est notre affaire à nous tous aussi car la prolifération de la peste brune, ou vert foncé, parmi nos populations, ne peut qu’affecter sérieusement notre vivre ensemble. Il faut qu’ils s’expriment, haut et clair, à l’égard des leurs, et des Autres, sur ce qu’est leur religion – et condamner fermement et sans relâche ce qui lui est contraire mais qui s’en réclame. Il faut que leur parole soit relayée, diffusée, quel l’on entende une autre parole sur l’Islam que celle des terroristes et fondamentalistes. Les médias ont un grand rôle à jouer, d’information et non plus de sensation. Il faut donner à voir l’image de l’Islam de paix, tel qu’il est partout, tranquille et laborieux, mais aussi donner à voir son hostilité à ceux qui l’attaquent, son combat contre les extrémismes. Il faut progressivement changer la perception de l’Islam chez les Autres, faire comprendre sa complexité, renforcer les alliances autour des valeurs communes de paix et de liberté.


Puisse ce mois de Ramadan permettre de progresser dans ces voies.

mardi 23 avril 2013

Mesure et proportion


La tension que produit le marasme actuel engendre d’étonnants excès, des emballements. Tel événement provoque des émotions énormes, des réactions et même des conséquences disproportionnées, parfois sans commune mesure avec les faits. Deux exemples, Cahuzac et Boston.
Cahuzac. Il a fraudé le fisc. Il a dissimulé sur un compte à l’étranger 600 000 euros depuis de nombreuses années, provenant semble-t-il de versements faits par des entreprises pharmaceutiques au propriétaire de clinique qu’il était. Pour autant que le montant et l’origine des fonds soient avérés, ou de cet ordre, y a-t-il de quoi envoyer au bûcher ? Entendons nous bien, frauder le fisc est répréhensible, et doit être sanctionné. Il est normal que toute la lumière soit faite sur l’étendue de la fraude, et que le contrevenant soit sanctionné. Cela dit, avec 600 000, on n’a pas un très grand appartement à Paris. Ce n’est pas une bien grande fortune, à l’aune des revenus mensuels d’un footeux, des primes de gens de la finance, de certaines dissimulations récemment apparues ou d’autres très légales réductions d’impôts par niches fiscales ou gestion optimisée. Par ailleurs, a priori, ce n’est pas de l’argent public qui a été détourné, même si cela en dit certainement long sur les pratiques de l’industrie pharmaceutique ou médicale, mais qui en doutait encore ? et quel pourcentage de praticiens se sont laissés séduire par les sirènes de laboratoires, en liquide ou en nature, congrès tropicaux et autres. Mais il fallait déclarer, car c’est une obligation citoyenne. Cependant qui n’a pas – pour peu qu’il en ait eu l’occasion – (été tenté de) frauder dans son existence, omis de déclarer un bien ou un revenu, minimiser une valeur ou la dissimuler lors d’une succession, travaillé ou employé au noir, que sais-je encore ? A entendre le concert des offusqués vertueux contre le fraudeur, en ces temps de catho revival, j’ai beaucoup pensé à qui jette la première pierre.
Certes, et on est bien d’accord, la question n’est pas là. Mais ailleurs, double. Elle est d’abord que Cahuzac n’est pas un citoyen lambda, et que quand on se mêle de vouloir être élu, et encore plus d’assumer des charges officielles importantes dans la République, il y a des choses qu’on ne peut se permettre. Quand on planque du pognon quelque part, on n’accepte pas d’être nommé ministre du Budget, Mais aussi, on ne se laisse pas élire président de la commission des finances de l’Assemblée par la majorité précédente – choses qui a peu été soulignée par une droite qui accuse d’aveuglement et insinue la complicité. Le tout même si dans l’exercice de ses fonctions on fait preuve d’une grande rigueur et si on traque avec zèle le fraudeur. Nul n’a encore remis en cause la compétence et l’efficacité de Cahuzac, sauf à lui reprocher sa rigueur. Certes Napoléon avait chargé Vidocq de diriger sa police, mais chacun connaissait ses antécédents, et ce n’était pas la logique de la nomination de notre dissimulateur.
Car la deuxième question, c’est la déloyauté. Avec ce qui n’est somme toute qu’une minable affaire de fraude fiscale, mais un mensonge invraisemblable, inouï, Cahuzac a plombé toute une politique, jeté le discrédit, rendu inaudible une parole, dédouané des turpitudes autrement sérieuses. Il a floué tous ceux qui ont porté la gauche au pouvoir, et qui mettent leurs espoirs en elle, tout taraudés qu’ils sont par le doute. Tout ça pour 666 fois moins que l’argent du contribuable qui a été donné à Tapie, 83 fois moins que ce que le fils Kadhafi dit avoir été donné par papa à Sarko, 6,6 fois moins que le liquide sorti du compte suisse de Bettancourt pour ses œuvres. 
Cela ne disculpe pas pour autant ce salaud de Cahuzac qui nous a mis dans une telle merde. Son invraisemblable comportement est impardonnable. Mais il faut garder à l’esprit les proportions, et dénoncer les réalités de l’évasion fiscale, des optimisations – légales – largement abusives.
L’attentat de Boston. Trois morts, 160 blessés, des gens en plein loisir. C’est horrible. Mais trois morts. Bien moins que beaucoup d’attentats qui quotidiennement, ici ou là, font bien davantage de victimes. Il est très vite apparu que cela était bien artisanal, relevant davantage d’une initiative relativement isolée que d’une organisation lourde. Enfin, la police a fait son boulot, elle a été efficace, elle a mobilisé les grands moyens et a rapidement retrouvés les (présumés) coupables, qui en plus ne s’étaient pas montrés particulièrement malins. C’est grave, horrible. Mais au final cela reste un événement de basse intensité, l’acte d’un (de deux) de ces individus isolés mais très dangereux, dont la radicalisation soudaine et secrète à un moment les amène à passer au crime au nom et dans le sillage d’une mouvance djihadiste contre laquelle on n’a pas fini de lutter et de se prémunir. Somme toute quelque chose qui, au fil des ans, devient assez ordinaire.
Certes, cela s’est passé sur le territoire américain. Ils n’y sont pas encore accoutumé – c’est la deuxième fois, après plusieurs des tentatives entravées à temps, si l’on excepte bien entendu les tueries à l'arme à feu par  fous, qui leur sont familiers – et ça leur fait drôle, l’émotion est grande, on le comprend. Que cela ait eu lieu au cours d’un loisir populaire accentue la réaction. Mais quel événement, depuis une semaine ! Les grands titres, du direct à n’en plus finir, une place énorme. Disproportionnée. Une dimension de sacrilège, s’être attaqué au marathon, s’être attaqué aux maîtres du monde. Mais on le comprend, il y avait de l’image en direct, la police locale a organisé du grandiose : la ville entière paralysée, les réseaux sociaux mobilisés. La planète à l’écoute, live.

Nous informe-t-on ? Ou nous épate-t-on de tout ce qui peut faire spectacle ?
Les chaînes d’information en continue, et dans leur sillage l’ensemble de la presse, s’emploient à monter en épingle – battre comme œuf en neige – tout ce qui peut donner lieu à du sensationnel, toute image forte disponible, tout ce qui peut susciter l’émotion, indépendamment du poids de l’événement, de son importance réelle. Du slogan de Paris Match, il ne reste plus que « le choc des photos ». Nous sommes immergés dans un bain de sophisme, où la réalité a disparu au profit de la seule représentation.
J’attends des journalistes qu’ils m’éclairent, pas qu’ils m’éblouissent. Qu’ils m’aident à remettre, dans la marée des news, les choses en perspective, dans leur contexte, leur environnement. Qu’ils m’aident à leur donner leur juste mesure, la dimension de la substance sous l’écume de l’appréhension immédiate. A comprendre le sens.  Au lieu de quoi, ils vont à contre-sens.
Nos valeurs, celles de la gauche, ont tout à perdre de cette dérive loin de la raison.
Mesure et proportion, je propose ce slogan.

samedi 29 septembre 2012

Les Shebab dans l’est africain : tumeur et métastases (1) la tumeur


Un an après l’enlèvement d’une Française, les Shebab sont chassés de Kismaayo.


Triste anniversaire
Voilà un an demain qu’un groupe armé venu de Somalie enlevait la française Marie Dedieu, dans l’archipel de Lamu. Elle devait mourir moins d’un mois après, faute des soins que son cancer à un stade avancé exigeait. Une semaine auparavant, c’était une anglaise qui avait été enlevée, selon un scénario identique, après que son mari qui avait tenté de résister eut été abattu. Judith Tebutt a été libérée en mars 2012, contre versement d’une forte rançon.
Le procès d’un membre du personnel de l’hôtel de Kiwayu où avait eu lieu le kidnapping, accusé de complicité, a fait ressortir le rôle de riches Somalis du coin, pour fournir la logistique des raids effectués par des équipages locaux. Une telle opération pouvait se révéler lucrative en rétrocédant les otages pour une poignée de milliers de dollars aux Shebab qui contrôlaient la partie sud du pays. Eux pouvaient s’en servir dans leur visée terroriste, et les négocier à fort prix.
Ces deux attaques à partir de la Somalie contre des touristes étrangers ont provoqué, au mois d’octobre suivant, l’invasion par le Kenya de la bande frontalière pour nettoyer la zone et faire cesser ces attaques désastreuses pour l’économie touristique, et la sécurité du pays.
Où en est-on de cette branche du conflit qui s’étend du Sahel à l’Afrique de l’Est ?
Elle ne manque pas d’actualité : les forces kényanes, avec celles de l’Union Africaine (AMISOM) ont pris ce vendredi 28 septembre la ville de Kismaayo, la dernière place tenue par les Shebab.

La prise de Kismaayo
Cette victoire met fin au contrôle du sud de la Somalie par cette mouvance fondamentaliste et terroriste liée à Al-Qaida,.
Les Shebab en avaient pris le contrôle en 2007 lors qu’ils avaient débandé les Tribunaux Islamiques  – une organisation fondamentaliste du même tonneau - qui y exerçaient leur pouvoir.
Elle est l’aboutissement d’un processus de reconquête qui aura duré un an.
Les forces de l’AMISOM (African union Mission in SOMalia), avaient été dépêchées sur place en 2007 par l’Union Africaine pour soutenir le gouvernement de transition somalien (TFG) qui ne contrôlait quasi rien d’un pays en situation d'anarchie, éclaté entre divers pouvoirs et mouvances, dont la plus virulente était les Shebab. Ceux-ci avaient pour objectif l’établissement d’un Etat islamique, et une stratégie de terrorisme régional. L’AMISOM a reçu mandat des Nations Unies l’année suivante. Composées essentiellement de soldats ougandais et burundais, soutenues par Djibouti et la Sierra Leone, ses forces étaient confinées dans certains secteurs de la capitale, Mogadiscio. Elles tentaient d’œuvrer de concert avec les faibles troupes du gouvernement du TFG.
Ce n’est qu’en août 2011 que la situation a commencé à évoluer, quand les Shebab ont abandonné la plupart de leurs positions dans Mogadiscio. Tout en y conservant de fait des bastions, qui ont encore un moment gelé la situation.
Cependant, l’intervention kényane dans le sud où les Shebab avaient établi l'essentiel de leur pouvoir, avec Kismaayo comme centre stratégique, a provoqué un affaiblissement de leurs positions.
L’AMISOM s’est trouvée renforcée, puisque les forces terrestres kényanes sont venues rejoindre les soldats ougandais et burundais sous un même commandement opérationnel – tandis que le Kenya conservait autonomes ses moyens aériens et navals engagés dans l’opération. De nombreuses réunions de concertation ont eu lieu à Nairobi et Addis-Abeba pour coordonner les activités.
A partir de janvier 2012, l’AMISOM à partir de Mogadiscio a pu progressivement desserrer l’étau et reprendre, avec la Somali National Army, bras armé duTFG, le contrôle de zones de plus en plus grandes du pays, vers le sud, tandis que les Kenyans progressaient en sens inverse.
Un pas décisif a été effectué en juin dernier avec la prise d’Afhadow, dont les Shebab avaient fait un de leurs grands centres militaires. La route de Kismaayo, le port capitale du sud de la Somalie, était désormais ouverte, d’autant que des bâtiments de la marine kényane avaient pris position en face de la ville et commencé le 23 août à bombarder les défenses militaires et les zones où les dirigeants shebab étaient supposés résider.
La progression s’est faite lentement, avec la prise de bourgs en chemin, Miido le 31 août, Biibi et Harbole le 5 septembre.
La prise de Kismaayo semble avoir été le résultat d’une ruse. Alors que tout laissait croire à une offensive imminente, appuyée par l’aviation, des troupes terrestres de l’AMISOM massées autour de la ville, ce sont des troupes kényanes, acheminées par un navire de guerre récemment acquis, qui ont débarqué nuitamment dans le port et facilité la prise de contrôle de la ville, apparemment sans se voir opposer de grande résistance.
Sans Kismaayo, les Shebab ne disposent plus d’aucune localité d’importance, d’accès à la mer, de voies d’approvisionnement ni de positions fortes. Le Sud Somalien n’est plus sous leur contrôle.

Une victoire africaine
Il est intéressant de noter ce développement, qui marque la défaite d’une branche importante, et certainement la plus anciennement implantée, de la nébuleuse fondamentaliste et terroriste, liée à Al-Qaida, qui se déploie en Afrique d’est en ouest et dont les autres relais d’importance sont Boko Haram au nord Nigeria, Aqmi et des filiales au Sahel. Une bonne nouvelle là où il y en a peu.
Intéressant aussi que ceci ait été le résultat d’une intervention concertée des Africains eux-mêmes, fort peu appuyés par la communauté internationale. Que l’AMISOM soit financée, même largement, par l’ONU ne change rien à l’affaire. Il est en général de bon ton de considérer avec condescendance l’inefficacité de l’Union Africaine, et des pays du continent. De se désoler de leur incapacité à gérer leurs conflits. De tenir pour évidence leur absence de moyens, et leur inaptitude à les utiliser. Quand les Kenyans sont intervenus en Somalie, nombre d’observateurs ont souri, et prédit que les farouches guerriers somaliens n’en feraient qu’une bouchée. Et l’AMISOM a fait longtemps ricaner. Il y a certainement une leçon à tirer, et il conviendrait de rendre justice.
Intéressant enfin que, ceci qui précède expliquant peut-être cela, on n’en entende si peu parler dans nos médias, tout au plus des articles relégués dans la rubrique Monde. Pour spécialistes avertis. DESOLANT
Cependant, si les Shabab ont perdu le sud de la Somalie, le problème reste grave : leur influence dans la région, et la capacité de nuisance de leurs réseaux sont toujours là.