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mardi 10 février 2015

LA GAUCHE NE DOIT PLUS ABANDONNER LA LAICITE

Je me suis permis de commenter certaines parties du texte d’une motion thématique ainsi intitulée, présentée en vue du Congrès du Parti Socialiste (voir les lignes en majuscules dans le texte en question, plus bas).

Les intentions sont bonnes, mais au fond cela procède non d'une offensive qui développerait et renforcerait la laïcité vécue au quotidien, mais d'un repli sur soi, de facto communautaire, qui ouvre la porte mais le martinet à la main.

A l'instar de la GdG, de Marianchon et al., des preux chevaliers de la Laïcarde, il y a un désir d'antan, de bouffages de curés, de hussards de la République. Dérisoire, sans avenir, surtout contre-productif. Comme le souverainisme etc. Reishoffen !!!! C'est se tromper de guerre, de monde.

Mais une autre erreur, de fond là aussi.
En 1905, la République devait s'imposer à l'Eglise, enracinée, influente,dominante idéologiquement dans bien des régions, politiquement revancharde. Elle a fait des compromis et y est arrivée.
Aujourd'hui, la République peine à trouver le bon modus vivendi avec une partie de ses citoyens qui mettent en avant désormais des aspects identitaires longtemps refoulés, et qu'ils veulent pouvoir vivre en étant eux-mêmes au sein de la République. Cela pose quelques problèmes, mais mérite d'être résolu, car ils sont sous la pressions de forces terribles qui leur suggèrent que ce n'est pas possible, qu'il y a incompatibilité entre la laïcité et leur foi, et qu'il faut choisir (Dieu bien entendu). 
La situation est toute inverse. L'enjeu est : saura-t-on accueillir ? et non: comment se protéger. Il faut LES protéger, en leur donnant le sentiment d'être accueillis. Ce qui n'exclut en rien la FERMETÉ, si les uns et les autres ont l'ouverture nécessaire pour faire la part de l'essentiel, de l'inacceptable, de l'inhabituel mais compatible. Cela n'implique pas une négociation communautaire, d'ailleurs (pas d'Edit de Nantes!!!!) , mais de la discussion, des prises de décisions bien mesurées, de la concertation, dans la durée, un processus dans la durée, qui privilégie le consensus, qui identifie aussi les interlocuteurs: entre Républicains (il ne s’agit pas d’accommoder mais au contraire de neutraliser les intégristes de tout poils – qu’ils portent turban, kippa ou rosaire).
De même que tout racisme est condamnable, il faut traiter différemment le racisme du fort à l’opprimé, et celui du soumis au dominateur. De même, aller chercher aujourd’hui les recettes et réflexes des combats laïques contre l’Eglise du début XXème, c’est peut-être se faire plaisir, mais c’est se tromper de combat, de cible, d’armement.
Lien avec le texte de la contribution, reproduit en partie et commenté ci-dessous http://congres.parti-socialiste.fr/contributions/la-gauche-ne-doit-plus-abandonner-la-laicite 
La gauche n’est pas exempte de responsabilités. Trop souvent, faute de garantir l’égalité républicaine, elle a cédé à la tentation différentialiste : faute d’offrir à chaque citoyen l’accès à l’Ecole, au logement, à l’emploi, à la vie politique,  elle a laissé chacun se replier sur sa communauté d’origine, sur son quartier, sa religion. la véritable articulation entre tout cela est confuse. le recours à un reflexe communautaire – souvent tres present dans la culture d’origine alors que la notion de citoyenneté est totalement à acquérir, « non-naturelle » pour les nouveaux venus – prospere sur la carence de solutions citoyennes, accessibles et superieures. , On sent, aujourd’hui, plus que jamais, le risque de céder à un multiculturalisme soi-disant « tempéré », qui acterait notre renoncement collectif à être des égaux, pour orienter notre pays vers le modèle anglo-saxon. des termes fourre-tout, qui servent davantage d’epouvantails qu’ils n’affinent l’analyse – et donc empechent, derriere, de tracer des limites pertinentes et solides, sur lesquelles se battre. Ou autorisent ensuite des raccourcis néfastes. Nous refusons cette capitulation.
Nous refusons tout autant le dévoiement de la laïcité en arme d’intolérance et de stigmatisation. Assez des aigreurs zemmouriennes et des fantasmes de « grand remplacement » ! La droite et l’extrême-droite ont abîmé la laïcité, en la prenant pour prétexte à leur obsession identitaire. La manipulation de la laïcité par Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, qui a le premier parlé de « préfet musulman » et de discrimination positive, est une tartufferie. Tout comme l’est le mensonge sinistre de Marine Le Pen qui, entourée d’intégristes et de racistes, trahit la laïcité lorsqu’elle multiplie les diatribes anti-musulmans ou conteste aux femmes le droit de disposer de leur corps. La République doit se réapproprier le feu de la laïcité qui lui a été volé par ces usurpateurs. Et c’est à la gauche de porter ce flambeau, comme elle l’a fait historiquement.
Pour cela, nous souhaitons que la gauche, et en particulier les Socialistes, réaffirment plusieurs principes fondamentaux.
Avant tout, le PS doit recréer de la fierté laïque, réaffirmer que la laïcité est l’autre nom du bonheur français. Elle est partagée par l’écrasante majorité des citoyens, qui au quotidien vivent, travaillent, se marient ensemble dans une intégration presque unique au monde. La laïcité est le pilier central de cette fraternité et de cette tolérance : le rôle de la laïcité n’est pas d’exacerber les différences ni de les nier, mais de créer l’espace où elles se conjuguent. Surtout, le camp laïc, ce sont 65 millions de Français qui, chaque jour dans leur diversité de conscience, cultivent la paix civile et n’ont pas à subir les pressions ni encore moins les violences de quelques intégristes de toutes obédiences. Ces paroles sont belles et justes. Pleinement. Reste à les faire vivre. Par exemple des jeunes filles ou femmes, qui veulent s’épanouir et n’acceptent pas pressions ni violences, portant un voile qu’elles estiment nécessaire à leur pudeur, viennent militer pour ces valeurs. Bienvenues ou malaise ? La tonalité générale du texte sème le doute sur l’ouverture et l’accueil. A sa lecture, je doute qu’elles rejoignent. Problème, non ? Nous, pratiquants (SIC) de la laïcité venus de tous horizons, sommes la majorité sociale de la France, cela doit suffire à imposer le respect à ceux qui prétendent la mettre en cause. Ne nous laissons plus faire par ceux qui veulent nous diviser !
Il n’y a pas, dans notre pays, de guerre de civilisations qui opposerait les religions, une en particulier l’Islam, à la démocratie. Il y a une lutte, totale, où se confrontent la République et les extrémistes qui veulent sa chute.
Pour préserver notre bonheur collectif, il faut assumer la fermeté laïque. Etre fermes, cela signifie condamner toute exaction commise contre les croyants mais aussi au nom des religions. C’est refuser la poussée des revendications communautaires, dans les services publics mais aussi dans les entreprises ou l’espace public. C’est en finir avec les petits accommodements politiciens qui visent à financer de façon détournée les lieux de cultes ou les établissements scolaires. OK, mais alors on fait quoi ? Les lieux de culte sont insuffisants faute de presence historique de l’islam. les fidèles, tres largement issus des couches (les plus) modestes ne peuvent y pourvoir. la liberte de culte, c’est aussi trouver une solution a l’impossibilite observée de pratiquer . Financement étranger ? c’est pire que le mal, car ce ne sont pas les candidats au financement qui manquent, ce sont les conditions ideologiques qui vont avec – et qui constituent le vrai danger, ce qui est justement dénoncé plus haut. Donc ici on va vite en besogne, on jette le bébé avec l’eau du bain. bien sur il y a eu des negligences et du coulage, et un manque de suivi. Remettre à plat des pratiques, pas procéder par oukazes dogmatiques. C’est refuser que certains de nos concitoyens s’enferment (1), ou soient enfermés malgré eux (2) , dans des « communautés », réduits à leur pratique religieuse, mis en demeure d’être des religieux « modérés » (3) au lieu d’être simplement considérés comme des français. collision de realités fort différentes, amalgamées ici du seul fait qu’elles sont frappées de rejet. Pour (1), qu’on m’explique comment on peut refuser a quiconque telle ou telle pratique de vie, dès lors qu’il se conforme aux lois. la démarche doit être inverse, a savoir que quiconque doit se voir offrir la possibilité de ne pas s’enfermer s’il ne le souhaite pas (on retrouve ici la proposition (2)), et de se voir protége dans ce choix. La nuance n’est pas mince !! Mais (2), suppose autre chose. La contrainte.Implicitement, de la communauté sous toutes ses modalités – famille, entourage, traditions, etc. Là encore, il ne s’agit pas de « refuser » mais d’aider au non-enfermement, créer les conditions aux individus qui leur permettent de vivre selon leur liberté. Mais la rhétoriqueimplicite de la phrase est autre, Elle insinue fortement qu’il n’y aurait d’attitude  communautaire que « malgré soi », forcée, imposée de l’extérieur à des esprits dominés. (1) n’est que faux-semblant de (2). C’est porter un jugement moral sur des millions d’individus, des milliards de par le monde .C’est amalgamer le niveau du politique (OUI, la République ne connaît que les citoyens), et celui de la vie personnelle et de la liberté qui y est attachée.Quant à (3), ça n’a rien à voir, c’est là pour faire joli, on l’a entendu dire sans avoir bien compris, ça fait fausse fenêtre. On me montrera le fondement du rapport.   C’est refuser le déferlement des propos racistes qui les visent actuellement.
La fermeté laïque c’est surtout affirmer que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais le lieu où peut s’épanouir une totale liberté de conscience : les textes fondamentaux de notre pays garantissent autant le droit de croire que de ne pas croire. Il faut dire sans frémir : dans la République, on peut tout aussi librement pratiquer les religions que les critiquer.
Enfin, le Parti socialiste doit porter une nouvelle ambition laïque, en particulier pour l’Ecole. Lorsque la laïcité est attaquée, l’Ecole doit plus que jamais être la première priorité de la République. De nombreuses initiatives ont été prises depuis 2012 par le Gouvernement et méritent d’être saluées. Mais la situation est grave comme en témoignent les nombreux incidents dans les établissements au moment du drame de Charlie Hebdo, et plus massivement encore les 150 000 décrocheurs rejetés par le système chaque année. L’inégalité scolaire frappe si largement et si durement nos enfants qu’elle transcende les questions de religion, d’origine ethnique, de zones urbaines ou rurales. L’Ecole ne peut régler tous les problèmes de la société, a fortiori si la société ne règle pas les problèmes de l’Ecole. C’est autour de sa refondation que doit se faire l’unité nationale.
Face à la situation de notre pays, nous demandons un « plan d’urgence laïque », dont les premières propositions sont :
1- Commander un audit national sur l’ensemble des financements publics en faveur des cultes, et y mettre un terme, y compris lorsque ces activités sont présentées comme « culturelles » La cause est donc entendue, sans nuance. On voit clairement les conséquences, et qui va étré affecté. Si c’est pas claquer la porte – campé certes sur le grand cheval des principes, et au nom de l’égalité -à une partie des citoyens, qu’on me le démontre
2- Revenir sur la loi Carle de 2009 obligeant les communes à financer la scolarité des élèves dans les établissements privés confessionnels situés dans d’autres communes (Art. L.442-5-1 et L.442-5-2 du code de l’éducation).
3- Permettre, par la loi, aux entreprises et structures de droit privé de faire respecter la neutralité religieuse en leur sein
4- Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non- confessionnels  Au passage, qui pour porter cette parole ? Réprésentatif de qui ? Mandaté par qui ?
5- Demander aux élus de ne plus s’exprimer, es qualités, lors des offices religieux auxquels ils sont amenés à participer.
6- Faire entrer l’ensemble des territoires de la République, y compris l’Alsace-Moselle et les outre-mers, dans le champ d’application de la loi de 1905, et supprimer dès avant cela le délit de blasphème.
Pas de plus grande urgence !! Voilà qui promet de belles batailles, un beau merdier, des hostilités là où tout est calme. Il y a eu un procès pour blasphème récemment ? Quelqu’un pour soulever la question ? Ceux qui s’y sont risqué s’y sont brûlé les doigts et n’y reviendront pas de sitôt ! Trop Français, cette volonté d’uniformiser quand aucun réel péril d’actualité n’y contraint.
7- Tenir l’engagement présidentiel n°46 en intégrant la loi de 1905 dans la Constitution

Louis Pasteur écrivait : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue: le mot «enthousiasme» - du grec en-theo, Dieu intérieur. » Nous voulons que la gauche porte, pour la France, un nouvel enthousiasme laïque. On avait bien senti dans le texte (voir notamment le 4 ci-dessus, ou « pratiquants de la laïcité » plus haut) que la laicite est ici érigée en dogme concurrent, à l’instar des religions – ce que la loi de 1905 ne fait pas.

dimanche 29 juin 2014

Ramadan 2014

Je veux ici saluer et encourager tous mes amis, et au-delà tous les Musulmans de par le monde, qui aujourd’hui – et parfois depuis hier, comme en Côte d’ivoire -, entament le mois de Ramadan. Un mois de jeûne, de restrictions de plaisirs, mais surtout, si j’ai bien compris, de recueillement, d’examen de conscience, pour se rendre soi-même et le monde meilleur. Que ce mois leur soit bénéfique.
Mais ce moment ne concerne pas seulement les Croyants, comme il conviendrait. Dans le tourbillon qui agite le monde musulman, et qui propage ses effets bien au-delà, Ramadan est un enjeu de taille, marqué souvent à rebours de son sens par une recrudescence des affrontements et des horreurs. Au point de fausser la vision, et de troubler les images comme les esprits.

L’essentiel à ne pas perdre de vue, c’est que nous assistons d’abord et surtout à une guerre de religion au sein de l’Islam, à un affrontement entre Musulmans. Dont l’immense majorité des victimes d’ailleurs sont des Musulmans – ce qu’on oublie souvent. Affrontement complexe, à plusieurs niveaux, aux multiples imbrications. Affrontement  entre monarchies sunnites du Golfe qui se disputent l’influence en finançant ça et là conflits armés et mouvements terroristes. Affrontement entre ces fondamentalistes là et leurs homologues chiites, pour la suprématie sur le monde musulman. Je passe sur ce qui oppose tous ces partisans de théocraties aux Etats autoritaires peu ou prou laïques, héritiers d’Atta Turk ou du nassérisme.  De quoi s’y perdre, j’en conviens.
Mais raison de plus, j’y reviens, pour garder à l’esprit l’essentiel. Tous ceux-là, autant qu’ils sont, si ennemis qu’ils paraissent, ont deux choses en commun. Tous sont littéralistes, fondamentalistes, des partisans du retour à la lettre  du Livre, à l’Islam des origines (en y rajoutant fantasmes et obsessions, rigueurs et interdits – une religion de la Loi, qui pourchasse le plaisir et la vie, mortifère). Tous s’en prennent aux Autres, incroyants, Chrétiens, mais aussi en Orient Bouddhistes et alia, en invoquant des menaces contre leur identité, la lutte contre un quelconque Satan, mais surtout, dans leur conflit interne, pour se donner des gages de meilleur défenseur de la Foi, sur le mode « plus Musulman que moi tu meurs ». Ce combat extérieur, qui ne nous affecte que trop !, est somme toute relativement marginal.

Car tous ont pour ennemi principal non pas les non-Musulmans, mais l’autre Islam. Celui qui est accueil et célébration de la vie, adaptation et insertion dans le monde, spiritualité et affaire de conscience, ancré souvent dans une tradition culturelle de grande richesse que les fondamentalistes font tout pour extirper. Un Islam qui se réclame du texte, à interpréter dans la vie d’aujourd’hui, et non de la lettre, figée, de ses Ecritures. Un Islam de l’ouverture et de la liberté de conscience, confiant dans son identité et tolérant, dialoguant. Un Islam que j’ai maintes fois rencontré, que je respecte et dont j’apprécie de nombreux aspects – et surtout bien des pratiquants. Un Islam qui n’a pas de problème de compatibilité avec la République et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, dont il peut s’approprier et défendre les valeurs.
Un Islam qui a aussi du mal à se définir et à s’affirmer, à se proclamer clairement, après des siècles de littéralisme dominant, de traditions pesantes, d’oppression coloniale aussi qui l’a réduit à la défensive, en butte qu’il est à la guerre à outrance que lui mènent les conservateurs fondamentalistes qui se sentent menacés dans leur pouvoir et veulent garder, ou reprendre, leur ascendant sur la Oumma, la communauté des Croyants.

En fait, l’immense majorité des Musulmans aspire à la paix, à la liberté, à la jouissance de ce que ce monde – par ailleurs bien difficile souvent, avec tant d’inégalités et d’injustices – peut offrir, dans le respect des valeurs et de la morale que chacun choisit. Dans le pluralisme pourvu que chacun puisse vivre son identité, ou se la bricoler dans les changements qui font son vécu.
Si elle y aspire, cette immense majorité n’y est pas encore acquise car tout cela est en changement, en construction, les cadres conceptuels et religieux ne sont pas encore diffusés et légitimés. Des pans entiers de cette majorité peuvent se laisser attirer par le discours radical des fondamentalistes, qui parlent haut et fort, vocifèrent, tandis que la parole d’un Islam de paix (je l’appellerai ainsi) se fait peu ou pas entendre, dans et hors de la communauté musulmane.

Pourquoi ce silence, ou cette sourdine ? Plusieurs causes peuvent être invoquées.
Je soulignerai notamment le manque de moyens. Les lettrés, les religieux, les faiseurs d’opinion tenants de cet Islam de paix ne bénéficient pas des ressources dont sont arrosés prédicateurs, mouvements et associations dites caritatives (salafistes et autres obédiences de tout poil) par les puissances du Golfe, pour ne citer qu’elles. Ils ne bénéficient pas non plus d’une exposition sur les médias de grande diffusion, qui ne tendent leurs micros et ne prêtent leurs écrans qu’aux extrémistes dont ils font ainsi (inconsciemment ?) le jeu en renforçant jour après jour l’idée d’un conflit inter-religions, et une image d’un Islam uniformément liberticide, hostile et violent.
Il y a aussi le terrorisme idéologique, quand toute parole prônant l’évolution, ou la modération, se trouve traitée d’impie et se trouve sommée de se justifier dans une logique de conformité à la lettre qui n’est justement pas la sienne. Quand toute condamnation ferme et totale de certaines pratiques est accusée d’être (et parfois vécue comme) une trahison de l’Islam en lui-même. On a connu ça, quand d’aucuns ne pouvaient  condamner les crimes de Staline sans devenir ennemis de la classe ouvrière. Ces accusations a priori – doublées d’une solidarité mal pensée – font effet de bâillon. Renforcé, autant que de besoin, par le terrorisme pur et simple, qui attente aux personnes, parfois à leur vie, qui portent publiquement la parole d’un Islam de paix, qui condamnent fortement les errements et les crimes commis au nom de l’Islam. L’assassinat, tout dernièrement d’un imam modéré à Mombasa en est un exemple parmi tant d’autres.

Dès lors, en ce début de Ramadan, il faut savoir ce qui se passe et comment se situer.  L’ennemi n’est pas l’Islam. Il est ceux qui, au sein de l’Islam – mais aussi ailleurs, sous d’autres références religieuses ou idéologiques – prônent le renfermement identitaire, la haine de l’Autre, la Loi comme interdit et non protection des libertés, la morale comme répression ou expiation et non comme régulation du vivre ensemble. Ceux qui au final ont des pulsions mortifères (à l’instar des fascistes espagnols qui criaient « Viva la muerte ! »), au lieu de célébrer le bonheur de vivre ensemble (« les roses (…) la vie (…) la lumière et le vent » comme Aragon le fait dire à Manouchian, au moment de mourir exécuté par les Nazis).

Il faut savoir nouer des alliances, aider les tenants d’un Islam de paix dans leur combat contre les rétrogrades. Ce combat, eux seuls peuvent le mener, mais ils ont besoin d’appui, d’assistance – dans la forme qu’ils souhaiteront – pour rassembler la masse des Croyants qui ne demande qu’à être rassurée dans sa foi et dans son aspiration à vivre. C’est leur affaire, sur le plan religieux, mais c’est notre affaire à nous tous aussi car la prolifération de la peste brune, ou vert foncé, parmi nos populations, ne peut qu’affecter sérieusement notre vivre ensemble. Il faut qu’ils s’expriment, haut et clair, à l’égard des leurs, et des Autres, sur ce qu’est leur religion – et condamner fermement et sans relâche ce qui lui est contraire mais qui s’en réclame. Il faut que leur parole soit relayée, diffusée, quel l’on entende une autre parole sur l’Islam que celle des terroristes et fondamentalistes. Les médias ont un grand rôle à jouer, d’information et non plus de sensation. Il faut donner à voir l’image de l’Islam de paix, tel qu’il est partout, tranquille et laborieux, mais aussi donner à voir son hostilité à ceux qui l’attaquent, son combat contre les extrémismes. Il faut progressivement changer la perception de l’Islam chez les Autres, faire comprendre sa complexité, renforcer les alliances autour des valeurs communes de paix et de liberté.


Puisse ce mois de Ramadan permettre de progresser dans ces voies.

mercredi 8 janvier 2014

Centrafrique, partir, vite


En réaction à l'article du Monde du 08JAN2014

"En Centrafrique, le président Djotodia est sur le départ"


La nasse se referme.

Il fallait intervenir pour faire cesser les massacres. On l’a fait. Mais l'apparition des anti-balaka a changé toute la donne. Dès lors il fallait se retirer au plus vite pour laisser les Africains trouver une solution, y compris politique.

Car la crise est autrement plus profonde, et il ne suffit pas de jouer les belles âmes. Bien sûr Djotodia est un seigneur de guerre abruti, incapable. Mais on a soutenu Bozizé pendant des années, qui a su mobiliser une partie de son pays contre lui, Et qui surtout a su dresser les communautés de Centrafrique les unes contre les autres.

Le résultat est là. Nous ne sommes certainement pas les mieux placés pour régler ça au fond.
 Expulsons l'incapable, même avec le soutien de tous les présidents de la région, et nous voilà redevenus - aux yeux de tous - et la France impérialiste, qui fait et défait les rois. 
Et comme il est infiniment improbable que les choses tournent très bien …
Que les populations de Bangui et du Sud, à la faveur de l’arrivée d’un président qui leur paraîtrait plus favorable, et avant même qu’il prenne contrôle de quoi que ce soit, s’en prennent aux populations musulmanes et se vengent de ce que la Séléka leur a fait subir – ce qui est déjà largement entamé – et nous voilà tenus pour responsables, aux yeux des populations musulmanes africaines. Que tout cela parte en quenouille et qu’il faille renoncer une fois le chaos installé, nous voilà non seulement tenus pour responsables, mais en plus décrédibilisés. Toute cette affaire est un merdier.

Au fait, ça dérange qui si la Centrafrique éclate ? Ce pays n'a jamais existé. Le rebut du découpage des 60s, Ce qui est resté quand les territoires coloniaux se sont constitués en Etats. Même son nom l'indique. Oubangui-Chari au sein de l’A.E.F. – deux rivières, dont l’une fait sa frontière au sud, et dont elle ne possède de l’autre que le haut bassin, l’essentiel faisant partie du Tchad – devenue République Centrafricaine aux indépendances. Un nom qui sonne creux. Comme dit l’autre, si le centre est partout, la circonférence n’est nulle part. Et fait le plus notable depuis a été de produire un Bokassa.

Est-il impératif POUR NOUS d'en pérenniser l'existence ? En a-t-on seulement les moyens ? Certes non. On pouvait essayer d’empêcher de nuire une bande de pillards massacreurs, On ne peut remettre sur pied un pays délabré et tout entier à feu et à sang, aux populations dressées les unes contre les autres. La Centrafrique s'est effondrée. Ce n'est pas à nous de reconstruire sur ses ruines, à l'identique ou autrement.


C'est le rôle des Africains. Si le pays doit être mis sous tutelle, que les voisins s'entendent pour le faire, le Tchad, les pays de la sous-région. L’Union Africaine a montré en Somalie qu’elle pouvait obtenir des résultats. 

mardi 15 octobre 2013

Férions la Fête du Mouton

Aujourd’hui , les Musulmans du monde célèbrent leur fête religieuse la plus importante de l’année, celle qui commémore le sacrifice d’Abraham. C'est-à-dire le jour où le premier des prophètes, prêt à sacrifier son fils à son dieu, a vu sa main arrêtée et s’est fait dire que le sacrifice d’un mouton aurait la même valeur, symbolique, d’allégeance.
Ce geste, cet événement, marque pour les trois religions du Livre l’origine de l’Alliance scellée avec le Dieu unique. C’est le fondement du monothéisme, le début reconnu par Israélites, Chrétiens et Musulmans, de ce qui fait l’essence de leur foi.
Quand la question se posera, un jour, de reconnaître symboliquement la diversité des cultes en France, et d’accorder symboliquement un jour férié à la seconde des religions du pays, Idd el Kebir pourra être la célébration la plus consensuelle, celle où pourront se retrouver aussi les autres cultes et églises monothéistes, dans la célébration de leur origine commune, de ce qui les rassemble.
Même les incroyants pourront s’y associer en voyant aussi dans le progrès certain que constitue le renoncement au sacrifice humain le symbole du passage de la barbarie à l’humanité.
Donc voilà une fête qui, en accordant une reconnaissance plénière à une partie substantielle de la population, peut servir à manifester l’intégration de celle-ci, à la faire mieux connaître, et à rappeler l’unité de racines là où trop souvent sont mises en exergue les divisions.
On dira qu’il y a assez de jours fériés comme ça, et qu’il ne faut pas en rajouter. Cela fait sens.
On peut alors imaginer de retirer de la liste une des fêtes catholiques, finalement plutôt nombreuses. 
Je propose de banaliser le 15 août, l’Assomption.  En pleines vacances, ce jour passe inaperçu, sinon comme signal de l’approche du retour au boulot. Cela n’affecterait pas les droits acquis du loisir, comme les grands ponts du printemps. La dimension religieuse de cette fête échappe à la plupart, hormis les Catholiques très pratiquants, qui pourront d’ailleurs toujours révérer la Vierge ce jour là, même si les autres travaillent (ou sont en congé). Enfin, c’est celle des fêtes religieuses qui est la plus clivante, liée à un des dogmes les moins admis et des plus récents.

Mais ce n’est que suggestion de mécréant, laïque, qui reconnaît cependant au fait religieux une importance de taille dans le tissus social, et qui considère qu'accorder de la considération à ceux qui y prêtent foi est une composante essentielle de la laïcité.

vendredi 5 octobre 2012

En invoquant le blasphème, c'est la liberté qui est visée


Sous ce titre, dans l'édition du Monde d'aujourd'hui, une très intéressante contribution de Rachid Azzouz, Mazarine Pingeot, Philippe-Gabriel Steg, Mohamed Ulad et Isabelle Wekstein, dont je retiens quelques extraits.
Après avoir évoqué des cas où la question du blasphème est au coeur de l'actualité (projection au sol de versets à Toulouse, demande de l'OCI de reconnaître le blasphème dans le droit international, revalorisation de la prime contre Rushdie) ...


(...)  Il apparaît clairement que, derrière le blasphème, c'est la liberté religieuse qui est en jeu.
Ce qui se joue au travers de ces phénomènes simultanés est une double guerre. La première est une guerre menée au sein du monde arabo-musulman par des minorités financées par les forces les plus rétrogrades de l'islam wahhabite et chiite pour imposer par la force des dictatures théocratiques islamistes à une majorité souvent indifférente et une minorité démocrate mais apeurée. La seconde est une guerre d'intimidation menée par les mêmes contre l'Occident et sa liberté de pensée et d'expression, guerre qui se joue ici.
Dans ce double conflit, toute politique d'apaisement ou de compromis avec le terrorisme, que ce soit celui de la pensée ou celui des bombes, n'est pas seulement une capitulation inutile, c'est un coup de poignard dans le dos des démocrates et des libéraux du monde arabo-musulman. (..)



Je voudrais  réagir à leur évocation de la majorité musulmane "démocrate mais apeurée". Ce dernier mot est-il juste ? Intimidée certes, piégée - figure classique - entre la prise de distance, qui lui vaut l'accusation d'être contre l'Islam de la part des extrémistes, et le silence - qui la rend de fait complice et favorise dans la société l'amalgame et la peur de l'Islam, perçu en bloc. 
Il est grand temps que les Musulmans modérés, démocrates, éclairés, normaux –peu importe l’appellation : les héritiers de ce que des siècles d’Islam ont produit de meilleur -  s'expriment  fort et clair sur quelques points cruciaux, prennent nettement position. Et que les médias relaient haut et fort cette expression.
Au moins trois points. 
D'abord, une nation ou communauté n'est pas responsable des agissements d'un de ses membres, ou d'une minorité en son sein. Les Musulmans en sont victimes, mais les réactions à "L'innocence...." procèdent de cette même attitude. 
Ensuite, la loi ne saurait considérer comme crime ou délit un fait de nature religieuse (blasphème, apostasie, ...). Avancée de la Révolution, le combat d'idées se mène par les idées. 
Enfin, le sacré pour soi ne l'est pas forcément pour les autres. On peut le regretter, mais on doit l'accepter.

lundi 23 juillet 2012

How to worship the Nigerian god

Excellent, ce texte de John Elnathan, publié le 12 juillet dans DAILY TIMES, un journal nigérian. Caustique, décapant, mais si vrai. Si vous voulez comprendre l'importance du religieux dans le quotidien de quasi tout le monde là-bas. Comment ca fonctionne. Ca prête à sourire, mais il y a quelque chose à saisir là dedans, dans cette religiosité sans spiritualité, dans cette foi sans transcendance, dans cette piété sans morale, qui me reste mystérieuse et qui structure l'intégration de tant de gens dans la modernité.

The Nigerian god is one. It may have many different manifestations, but it is essentially different sides of the same coin. Sometimes, adherents of the different sides may fight and kill each other. But Nigerians essentially follow the Nigerian god.
This article is for all those who want to become better worshippers. If you are a new or prospective convert, God will bless you for choosing the Nigerian god. This is just how you must worship him.
First, you must understand that being a worshipper has nothing to do with character, good works or righteousness. So the fact that you choose to open every meeting with multiple prayers does not mean that you intend to do what is right. The opening prayer is important. Nothing can work without it. If you are gathered to discuss how to inflate contracts, begin with an opening prayer or two. If you are gathered to discuss how to rig elections, begin with a prayer. The Nigerian god appreciates communication.
When you sneak away from your wife to call your girlfriend in the bathroom, and she asks if you will come this weekend, you must say—in addition to “Yes”—“By God’s grace” or “God willing”. It doesn’t matter the language you use. Just add it. The Nigerian god likes to be consulted before you do anything, including a trip to Obudu to see your lover.
When worshipping the Nigerian god, be loud. No, the Nigerian god is not hard of hearing. It is just that he appreciates your loud fervour, like he appreciates loud raucous music. The Nigerian god doesn’t care if you have neighbours and neither should you. When you are worshipping in your house, make sure the neighbours can’t sleep. Use loud speakers even if you are only two in the building. Anyone who complains must be evil. God will judge such a person.
Attribute everything to the Nigerian god. So, if you diverted funds from public projects and are able to afford that Phantom, when people say you have a nice car, say, “Na God”. If someone asks what the secret of all your wealth is, say, “God has been good to me”. By this you mean the Nigerian god who gave you the uncommon wisdom to re-appropriate public funds.
Consult the Nigerian god when you don’t feel like working. The Nigerian god understands that we live in a harsh climate where it is hard to do any real work. So, if you have no clue how to be in charge and things start collapsing, ask people to pray to God and ask for his intervention.
The Nigerian god loves elections and politics. When you have bribed people to get the Party nomination, used thugs to steal and stuff ballot boxes, intimidated people into either sitting at home or voting for you, lied about everything from your assets to your age, and you eventually, (through God’s grace), win the elections, you must begin by declaring that your success is the wish of God and that the other candidate should accept this will of God. It is not your fault whom the Nigerian god chooses to reward with political success. How can mere mortals complain?
The Nigerian god does not tolerate disrespect. If someone insults your religion, you must look for anyone like them and kill them. Doesn’t matter what you use—sticks, machetes, grenade launchers, IED’s, AK47’s.
The Nigerian god performs signs and wonders. He does everything from cure HIV to High BP. And the Nigerian god is creative: he can teach a person who was born blind the difference between blue and green when the man of god asks, and he can teach a person born deaf instant English. As a worshipper you must let him deliver you because every case of sickness is caused by evil demons and not infections. Every case of barrenness is caused by witches and has no scientific explanation. So instead of hospital, visit agents of the Nigerian god. But the Nigerian god does not cure corruption. Do not attempt to mock him.
If you worship the Nigerian god, you are under no obligation to be nice or kind to people who are not worshippers. They deserve no courtesy.
The Nigerian god is also online. As a worshipper, you are not obliged to be good or decent on Facebook or twitter all week except on Friday and Sunday, both of which the Nigerian god marks as holy. So you may forward obscene photos, insult people, forward lewd jokes on all days except the holy days. On those holy days, whichever applies to you, put up statuses saying how much you are crazy about God.
These days, the Nigerian god also permits tweets and Facebook updates like: "Now in Church" or "This guy in front of me needs to stop dozing" when performing acts of worship.
In all, the Nigerian god is very kind and accommodating. He gives glory and riches and private jets. And if you worship him well, he will immensely bless your hustle.

lundi 3 octobre 2011

LAMU : archipel paisible et menaces somaliennes, hier et aujourd’hui

En 1994, j’avais écrit un article à la suite d’une émeute qui avait embrasé le cœur de la ville de Lamu. Quelques extraits, reproduits ici, retrouvent une actualité avec les événements récents : l’enlèvement sur Manda Island de Mme Dedieu, celui il y a trois semaines à Kiwayu d’une Britannique, après que son mari eut été tué – le tout par des terroristes islamistes et/ou bandits venus par mer de Somalie.
L’article a été publié dans le numéro 170 d’Afrique Contemporaine



Vue de Lamu, depuis la mer
 

Il est des lieux que l'on dirait hors de l'histoire. Lamu en est un. Dans cet ensemble d'îles situé à quelques encablures de la côte de l'océan Indien, près de 300 km au nord de Mombasa, à moins de 100 de la pointe sud de la Somalie, le temps semble s'être retrouvé. Les boutres à voile latine se croisent en arabesque sur le chenal tandis que les ânes disputent seuls l'espace aux piétons qui déambulent dans les ruelles étroites où il faut s'effacer pour se croiser en échangeant des salaam. On y retrouve, intacts, grandeur nature et en couleur, les clichés jaunis de Zanzibar au début du siècle.
C'est pourtant dans ce paradis perdu que l'émeute a éclaté soudain dans l'après-midi du 6 août 1993, que l'incendie a pris en plusieurs lieux et détruit une bonne dizaine de maisons sur le front de mer. Sous la nonchalance ambiante au parfum de passé, se sont cristallisés des tensions, des antagonismes peu différents de ceux qui œuvrent dans les plus trépidantes capitales africaines modernes.

PRESENTATION DE LAMU
Lamu fait partie de ce chapelet d'îles qui s'égrène jusqu'aux Comores, Mombasa, Pemba, Zanzibar, où a éclos et fleuri, depuis le IXème siècle au moins, la culture swahili. Toutes proches souvent du continent africain, à n'en être parfois qu'à un jet de pierre, elle marquent par ces bras de mer qu'elles n'en font pas tout à fait partie, et que leur horizon sinon leur cœur est au-delà de l'Océan, en Arabie, dans le Golfe persique ou même en Inde, là où depuis toujours les vents de la mousson alternativement chaque année poussent les voiles de leurs boutres et ramènent à la saison suivante hommes, marchandises, croyances et rêves lointains.

La rue principale de Lamu
 La culture swahili, née de ce contact, est essentiellement métissée, comme le sont les hommes. On y voyage beaucoup, on parcourt le monde, on a des liens familiaux tout le long de la Côte. Il est aussi de bon ton d'avoir le teint plus clair, et de pouvoir se prévaloir d'origines et de parenté en Arabie ou dans les Emirats.
Lamu, qui aligne le long de ruelles étroites de cossues maisons de pierre plus que bicentenaires, groupées autour du Fort construit par le sultan d'Oman, la puissance longtemps tutélaire, est la dernière des villes-ports qui se soient succédées pour dominer l'archipel, florissante des échanges transocéaniques. On y faisait commerce des produits ramenés jusqu'à la Côte par les hommes d'affaire swahili qui savaient s'aventurer dans le continent et lier contact avec ses populations : ivoire, cornes de rhinocéros, esclaves, notamment. On exportait aussi quelques produits agricoles de l'arrière-pays, que cultivaient les gens du cru, les Giryama. Sans oublier le bois de mangrove, ces troncs de 5 à 6 mètres imputrescibles qui placés côte à côte font les plafonds des belles demeures, à Lamu comme sur la côte iranienne du Golfe, où ce sont les seuls bois de construction, et que chargent encore de lourds boutres aux flancs gonflés.
L'Islam est arrivé très tôt dans l'archipel, amené lui aussi par le kaskazi, l'alizé qui souffle du Nord : on a découvert des vestiges de mosquée remontant au Xème siècle. Il est une partie intrinsèque, constitutive, de la culture swahili. La mosquée de Rihyada, qui fut fondée par Habib Saleh, un sharif d'une lignée apparentée au Prophète, reste un lieu de prière et un grand centre éducatif où on vient de toute l'Afrique de l'Est, et parfois au-delà, recueillir l'enseignement des Masharifu Jamalileyl [i]. Le Maulidi draine depuis le Tchad des pèlerins qui viennent à Lamu célébrer la naissance de Mahomet.
La colonisation mais surtout l'indépendance ont très sensiblement modifié le tropisme de Lamu en déplaçant le centre de gravité du monde vers l'intérieur des terres, à Nairobi. Là étaient désormais la puissance et le pouvoir. Les flux d'échanges transocéaniques à la voile latine sont devenus marginaux, même s'ils continuent à apporter quelque richesse à l'île. Le commerce côtier par mer a cessé, et c'est désormais par la route, à travers ce continent qu'ils ont toujours perçu comme étranger, que les Lamusiens rejoignent les autres Swahili des villes qui s'égrènent au long de la Côte.

(A l’époque aussi, des faits divers étaient imputables aux Somaliens. Mais ils étaient terrestres, et n’ont concernés que les populations locales – pas les touristes européens.)

La piste qui relie Lamu à Malindi, et au-delà à Mombasa, est donc de la plus haute importance. Depuis que les liaisons maritimes sont tombées en désuétude, puisque les navires n'ont pas pris la succession des gros boutres, elle constitue le seul lien avec le reste du monde swahili, outre l'avion, commode mais hors de portée de la plupart.
Cependant cette route, désormais non inondable après d'importants travaux dans l'estuaire de la Tana River, traverse un autre univers, depuis longtemps à peine contrôlé.
Dès l'époque des indépendances, cette zone de savane aride a été revendiquée par la Somalie puisque peuplée de pasteurs semi-nomades apparentés aux tribus somaliennes. Pendant longtemps, ce pays a soutenu plus ou moins directement l'activité de groupes mi-guerilla mi-bandits qui entretenaient l'insécurité dans toute la province nord-est du Kenya.
A cause de l'anarchie consécutive à la guerre civile qui a ravagé le pays voisin et suite à la débandade des forces armées, les armes ont pullulé dans la région et les exactions se sont multipliées. Proies faciles, les bus faisant deux fois dans chaque sens la liaison quotidienne entre Malindi et Lamu se sont fait prendre à plusieurs reprises en embuscade par des bandits de grands chemins, en traversant Lango la Simba, une forêt déserte et propice à ce genre d'attaques. Le phénomène n'était pas nouveau. A plusieurs reprises les années passées, une fois tous les ans ou plus, les mêmes bus s'étaient fait arrêter, les passagers détrousser. En juillet 1993, ce sont plusieurs attaques consécutives qui ont eu lieu. Dont l'une, le 26, s'était soldée par la mort d'un des passagers, une femme de Lamu, tandis que cinq autres étaient blessés par balles, dont le chauffeur qui avait réussi à forcer le barrage.
Cette attaque, d'autres encore, ont mis la ville en émoi; l'apparente impunité dont jouissaient les bandits, leur audace grandissante, l'apparente apathie des forces de sécurité ont jeté la suspicion et le trouble. Les commentaires, les rumeurs se sont mis à courir, sur l'indifférence du gouvernement, peu préoccupé puisqu'il ne s'agissait donc que de gens de la côte, ou pis sur sa possible complicité : le commandant en chef des armées n'est-il pas un Somali ? quoi d'étonnant du coup que les forces de l'ordre n'interviennent pas ?

Shela, sur l'île de Lamu - le début de la plage devant l'hôtel PEPONI.
Au-delà du bras de mer, l'île de Manda avec, tout à sa pointe à droite, le Ras Kitau où a été enlevée Mme Dedieu.

[i]  cf.Ali DJALIM "Les arabisants, le cheikh et le Prince aux Comores" in René OTAYEK (dir.) Le radicalisme islamique au sud du Sahara - Karthala-MSHA, Paris, 1993.

lundi 17 janvier 2011

Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse

C'est d'Abd el Malik, à propos du vivre ensemble et de l'image de l'Islam, regrettant qu'on ne voie que les extrémismes et les crises, sans percevoir ce qui se passe au jour le jour, dans l'immense majorité modérée.
Joli, non ? Même si ce n'est pas de lui, mais un proverbe immémorial, il fallait le dire.

Il a dit plus, au gars qu'il avait en face :
" Vous savez quoi de l'Islam ? Moi je viens d'un quartier, un quartier difficile. La communauté musulmane, les Musulmans, c'est beaucoup plus complexe que ce que vous dites.
On est pris en otages par certaines personnes, une minorité. Et vous, vous faites la promo de ça ! Vous savez très bien qu'un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse, et ces gens-là, ils sont spectaculaires, ils font beaucoup de bruit. Ils prônent une vision totalement décalée de l'Islam, qui n'est pas l'Islam.

Abd al Malik - Photo : BFC

Pourquoi vous ne parlez pas, à un moment donné, des gens positifs, des gens qui font avancer les choses, qui comprennent que la spiritualité de l'Islam, ce n'est pas quelque chose de l'ordre du privé, mais de l'ordre de l'intime. et qu'on a besoin de ces valeurs républicaines, laïques, démocratiques , pour garantir le fait qu'on soit juif, chrétien, boudhiste ou musulman, qu'on puisse vivre ensemble.Il y a énormément de musulmans qui sont dans une démarche comme ça.
Aujourd'hui, il y a beaucoup de peur, les gens surfent sur la peur. Aussi, à un moment donné, il faut qu'on sorte des peurs.
Pou r moi, il y a un défi essentiel qu'on doit tous relever aujourd'hui, qui est relever le défi du VIVRE ENSEMBLE. La France d'aujourd'hui n'est pas la France d'hier.
Aujourd'hui, la diversté n'est pas une tare, c'est un cadeau.
On doit trouver ce qui nous rassemble. Pourquoi toujours chercher ce qui nous sépare ? C'est là le problème."

Il aurait pu s'adresser à l'ensemble des médias.
Quel défi que de faire entendre la poussée des feuilles, de faire sentir la croissance des troncs !
Mais aussi, il faut que ceux-là dont ils parlent, lui par exemple, les autres, se fassent entendre, se prononcent haut et clair.
Que ne s'emparent-ils du vent comment le font les filaos, les pins, les chênes ?

lundi 27 décembre 2010

La mosquée bleue

Le voyage retour de Nairobi, au tarif le plus bas, prévoyait une escale de huit heures à Istanbul. Jamais allé en Turquie, connais pas, que des a priori, un peu des préjugés. L’occasion de découvrir, vite fait.
L’avion avait décollé vers les deux heures du mat, après trois heures ou plus de contrôles et sudokus ; atterri sur le coup de huit heures, après le somptueux survol de la vallée du Nil. Pas frais, plutôt naze, mais à moi Byzance, Constantinople, Istanbul, la Sublime Porte.
Les embouteillages de la ville sont légendaires, mais le métro qui démarre de l’aéroport, plus le tramway en correspondance, qui permet en plus de découvrir les aspects divers de la ville, et vous voilà en rien de temps au centre historique, au cœur ottoman, Sultanhamet.
Onze heures étaient passées, à déambuler entre les ifs, les oliviers des placettes, les restes du cirque romain, l’obélisque piquée aux Egyptiens dès les premiers siècles. Le moment d’aller visiter la mosquée bleue, qui pointait déjà depuis longtemps ses fins minarets dans le bleu du ciel.
Il y avait encore le temps d’une bonne visite, avant qu’elle ne devienne inaccessible à l’heure de la prière.
Je m’insère dans la file des touristes, moyenne, le temps de lire les instructions, les bons usages à respecter, et c’est déjà ce portique, qui court le long d’un côté, où on vous munit d’un sac plastique pour y mettre vos chaussures, avant d’entrer par la porte des infidèles.
Un immense volume, où le regard se perd dans le vaste dôme, si haut, se prolonge encore sous les coupoles du pourtour. Des filins descendent des cieux pour suspendre, très bas, de grands luminaires circulaires. Leurs lampes dorent à  peine la lumière bleutée que les vitraux diffusent, tempérant l’ardeur du soleil au dehors. Chance est laissée à une certaine pénombre, propre au recueillement. Un tapis profond absorbe les pas, et l’œil se perd dans ses motifs à l’infini. L’espace est rompu par un édifice carré à colonnes, décentré, pour les dignitaires d’avant, je comprends.
Et puis une barrière de bois tourné délimite l’étendue. L’en-deçà où déambulent les visiteurs, où crépitent les appareils photos, où bruit un mélange de voix et de langues multiples, où une foule progresse, brownienne, en visite, tête en l’air ou plongée dans des guides, doigts pointés et yeux derrière les viseurs, rattachant parfois maladroitement le pagne donné à l’entrée pour dissimuler des jambes trop nues. Et au-delà, plus grand, l’espace réservé aux fidèles, qui sont quelques uns à peine, répartis mais en fait alignés, prosternés en cours de prière, ou assis les genoux repliés, dans la méditation, ou le repos, qui suit. Certains repartent, d’autres arrivent, déposent leur sac plastique aux chaussures avant de choisir une place, et debout, mains ouvertes, entament l’oraison. Silence, mouvements rares et feutrés, sérénité et recueillement.
Je suis le mouvement, mais reviens en arrière, cherche à découvrir un angle de vue derrière un pilier. Le brouhaha à peine étouffé me pèse. Tandis que la fatigue de la nuit me tombe dessus, j’ai envie de m’imprégner du lieu, de cette paix observable derrière la barrière.
J’avise, sur le côté, dans la partie accessible, sous une de ces petites coupoles du pourtour, à l’écart de la foule, un pied de colonne d’où on peut embrasser l’ensemble du sanctuaire. Comme je l’ai vu faire dans des mosquées de Lamu, je m’assois sur le tapis moelleux, mon sac et celui des chaussures posé à côté, adossé au mur, jambes repliées sous moi, et je m’abime dans la contemplation de l’architecture, dans le spectacle des orants.
Le passage de quelqu’un a dû me réveiller.
Le silence régnait, ou le bruit ouaté de déplacements discrets, de mouvements respectueux. La foule avait disparu, le groupe de fidèles s’était étoffé, c’était l’heure de la prière.
On avait d’ailleurs déplacé la barrière de bois, désormais sans utilité, et je me retrouvais assis, contre mon pilier, dans la délimitation intérieure. Un peu mal à l’aise. Incongru, déplacé, celui qui ne devrait pas, un rien blasphématoire.
Des employés sont passés et repassés, qui pour ranger dans un placard au fond de la niche le fil d’un aspirateur qu’il enroulait autour de son coude, une femme qui a encore déplacé légèrement la barrière, en hélant en sourdine son collègue. L’air de rien, je guette le regard réprobateur, ou le froncement de sourcil. Rien.
Etais-je invisible ? En tout cas indifférent, insignifiant, normal, sans encombre. On avait bien dû se rendre compte, cet individu endormi, dans la partie public en visite. On aurait pu me réveiller, pour m’aviser aimablement que l’heure était arrivée de sortir, que c’était désormais réservé aux Musulmans. Mais non.
Ils étaient de plus en plus nombreux à arriver, et à s’aligner là-bas, plus loin, pour commencer la prière, s’aidant des motifs arabesques de l’épais tapis. Cette succession bien réglée de gestes et de postures, qui m’est à présent familière pour l’avoir vue tant de fois, par les portes des mosquées de Lamu, dans les petits oratoires le long des rues et des routes du nord Nigeria, à la maison même, avec des amis en visite. Chacun débutant à son moment, les uns se courbent quand d’autres se relèvent, l’un se passe les mains sur le visage quand l’autre devant a le front au sol, tandis que plus loin on s’est déjà assis sur ses talons, comme je le suis moi-même au bas de mon pilier, à contempler cette chorégraphie décalée, où la même longue phrase gestuelle se répète en canon. Le tout dans le silence des paroles tues, dans les fors intérieurs.
Des femmes étaient venues, en groupe, s’installer bien plus près de moi, loin en arrière des hommes, elles avaient posées au pied du gros pilier leurs sacs à mains, emplettes et chaussures, et s’étaient alignées, avec leurs fichus noués sur la tête, des pardessus recouvrant leurs blouses de paysannes en plein mois de juillet. D’où pouvaient-elles venir ? D’un village d’Anatolie, et en visite dans la ville, pour prier dans la mosquée de leur grande histoire ? Ou d’une banlieue d’Istanbul où la modernité les avait fixées, et en balade aujourd’hui au centre ville ? Elles étaient joyeuses, l’œil rieur, les sourires échangés, avant de se mettre pieusement à prier.

Je suis resté ainsi longtemps, à m’imbiber de cette sérénité bleutée, à parcourir les courbes lumineuses, à suivre les calmes mouvements retenus, à écouter les interstices du silence, à me laisser pénétrer par la profondeur de l’immuable. Conscient du privilège de ce moment jubilatoire.
Puis j’ai rassemblé mes affaires, me suis levé et dirigé vers la sortie, j’ai remis mes chaussures. Le flot des touristes était là, je m’y suis fondu.
photos Geneviève Bertrand

lundi 20 décembre 2010

Laïcité menacée de hold-up

Ces jours-ci, c’était le 105ème anniversaire de la loi de 1905, celle sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Au moment même où la notion de laïcité devient un enjeu majeur, en tout cas le contenu qu’on lui donne.
Le 16 décembre aux Matins, sur France Culture, Olivier Bobineau expliquait qu’on pouvait distinguer quatre grandes conceptions de la laïcité, qui prennent toutes racine dans la loi, qui sans être contradictoires induisent des pratiques fort divergentes – et dont tout Français est peu ou prou habité. Il les a définies comme :
La laïcité d’opposition : l’Etat doit s’opposer à tout affichage public, dans les rues, de toute croyance ; elle s’attaque à la visibilité du religieux dans l’espace public. C’est la laïcité du contexte historique de 1905, où il s’agissait de lutter contre l’Eglise et son pouvoir, celle où on bouffe du curé, c’est moi qui ajoute.
La laïcité de neutralisation : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Article 2, alinéa 1.
La laïcité de composition : toutefois  - article 2 alinéa 2 - peuvent être inscrites au budget les dépenses relatives aux services d’aumôneries. Donc, on permet aux croyants de pratiquer leur religion dans des lieux publics mais fermés (internats, écoles, hôpitaux, armée, prisons, etc.).
La laïcité de proposition : la République assure la liberté de conscience, elle garantit le libre exercice des cultes, sous réserve de trouble à l’ordre public. C’est l’article 1 de la loi.
Actualité brûlante !
La droite dure, et Marine Le Pen s’est mise dans ce sillage, est en train de s’emparer de la notion de la laïcité, pour en faire un outil de xénophobie, de repli identitaire et d’incitation à la haine de l’étranger, assimilé à l’Islam.
Elle réinvestit la laïcité d’opposition, bien ancrée dans les consciences, qui a eu son heure de gloire quand il s’agissait de lutter contre le pouvoir du goupillon. Cette fois, on bouffe de l’imam, du voile et de la mosquée. On attaque toute visibilité du culte musulman, au nom de l’opposition à un affichage public. On orchestre la peur, les fantasmes, pour les instrumentaliser en haine, en rejet de l’autre. Et ce, fallacieusement, au nom d’une conception dévoyée des valeurs républicaines.
Il faut, d’urgence, sauver la « laïcité » des griffes de ce détournement.
Il faut lui opposer une laïcité ouverte, la seule véritablement républicaine, qui garantit la liberté et la fraternité.
Pour cela, on ne peut faire l’économie d’un discours sur l’Islam. Un discours empathique et franc, ouvert et rigoureux, serein et sans complaisance.
Il faut désamorcer les peurs, les craintes fabriquées de toutes pièces à partir d’a priori, de préjugés, de méconnaissances surtout. Qui a vécu en pays d’Islam (au pluriel) sait combien ce qui se véhicule dans l’air du temps est loin de la réalité.
Il faut relativiser, remettre en perspective, expliquer.
Il faut que nos compatriotes musulmans modérés s’expriment, et qu’ils puissent devenir audibles.
Car si la visibilité de l’identité musulmane est inévitable, indispensable, légitime, sauf à exiger des musulmans qu’ils la dissimulent comme une tare honteuse, elle a besoin, pour être largement acceptée, de davantage de lisibilité. La société dans son ensemble a besoin de mieux comprendre et se comprendre.

dimanche 12 décembre 2010

Tout est dans "cette manière"

« Celui qui aime les femmes de cette manière les aime par amour divin.
Mais celui qui ne les aime qu’à cause de l’attraction naturelle se prive de cette contemplation. L’acte sexuel sera pour lui une forme sans esprit.
Il demeure imperceptible à celui qui s’approche de son épouse ou d’une femme quelconque pour sa seule volupté, sans connaître l’objet de son désir.
Cet homme est aussi ignorant vis à vis de lui-même qu’il le serait à l’égard d’un étranger auquel il ne se serait jamais découvert. »
Encore un passage entendu aux Nouveaux chemins de la connaissance, cette fois tiré du Traité de l’Amour de d’Ibn Al'Arabi – mystique andalou du début du XIIIème. Cité dans Trésors dévoilés : Anthologie de l’Islam spirituel, de Leili Anvar.

mardi 5 octobre 2010

Retour en arrière, pour prendre acte

Voilà quelques temps, dans un de ses Lundis du Nouvel Obs, Delfeil de Ton réagissait à tout le bruissement autour de la question de la burqua, de l’interdiction du port du voile, et tout ça.
Je veux en conserver ici un extrait, tant il me paraît profond.

«  La dignité de la femme ! Est-ce à dire que la femme portant le voile est atteinte dans sa dignité? Est-ce à dire que les millions de femmes de par le monde qui se voilent sont atteintes dans leur dignité ? Que des peuples entiers sont indignes ?
(…)
La vérité c'est que nous avons du mal à supporter le voisinage de ces femmes voilées, que les voir nous trouble, que nous avons des pulsions de rejet. Nous voudrions qu'elles n'existent pas, ou alors loin, très loin. Elles attentent à notre tranquillité d'esprit.
Ces mouvements d'humeur se contrôlent, il faut bien que nous les contrôlions puisque notre environnement social a beaucoup changé ces derniers temps, sans doute trop rapidement pour la plupart d'entre nous, mais il faut bien faire avec les gens qui sont là, tels qu'ils sont, ou alors il est inutile d'attendre d'eux qu'ils portent le moindre intérêt à ces notions dont nous nous gargarisons, de liberté, d'égalité, de fraternité.
Dans l'espoir d'être compris : il est souhaitable, bien évidemment, que toutes les femmes se libèrent ou soient libérées de pratiques archaïques ou outrancières, et il est infiniment respectable de vouloir les en libérer, mais ce n'est pas en lâchant sur elles les flics, suivis des juges, qu'il y aurait la moindre chance de voir cet heureux jour arriver. »
D. D. T.

En quelques phrases il a tout dit.
Certains des papiers que je pourrai faire ne diront pas autre chose au fond, broderont sur le thème.