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mercredi 9 janvier 2013

Mariage pour tous : le débat

Mon article précédent a eu les honneurs de la première page du site LE PLUS, du Nouvel Observateur, et a suscité beaucoup de discussions, parfois animées. Je reprends ici certaines contributions, avec mes réponses.


DEBAT

GD a posté le 8-01-2013 à 10:27
M. Sallonges écrit " Est-il pire d'avoir des parents homosexuels que des parents alcooliques, en querelles perpétuelles, ultra possessifs, ou surprotecteurs...."
C'est le type même d'argument spécieux, car il présuppose que les parents homosexuels ne sont, quant à eux, jamais alcooliques, ne se querellent jamais, ne sont jamais ultra possessifs ou surprotecteurs !
 
Ne croyez vous pas que l'addiction à l'alcool peut concerner tous les parents quelle que soit leur orientation sexuelle ?Ou bien pensez-vous que les parents homosexuels ne se disputent jamais ?
Tout à fait d'accord avec vous, mais vous faites erreur de logique, tout cela peut se cumuler, Comme dans "Les deux orphelines", alcoolo, tubarde et paralytique. Il doit y avoir, parmi les homosexuels, à peu près la même proportion de connards que dans le reste de la population. 
Bref, des gens comme les autres. Alors justement pourquoi faire une différence, et les exclure de ce dont bénéficient les autres ?
J'ai presque l'impression que nous sommes d'accord !

GD a posté le 8-01-2013 à 17:11
NON. M. Sollonges, nous ne sommes pas d'accord. C'est vous qui faites une erreur de logique. Vous commencez par comparer des couples homosexuels avec des couples hétérosexuels " alcooliques, querelleurs, etc.."et donc présupposer que les couples homosexuels ne sont pas atteints par ces défauts, puis vous me dites ensuite que cela peut "se cumuler" ce dont je suis d'accord.
Mais alors pourquoi avez vous fondé votre argumentation sur une comparaison différentialiste entre les couples selon leur orientation sexuelle. ? Il faut choisir: vous ne pouvez pas dire une chose et son contraire !!!!
Où avez-vous vu comparaison ? On me dit : parents homosexuels = facteur de risque pour le développement d'un enfant (ce qui reste à prouver). Admettons. Je dis : il y a d'autres facteurs de risque - et j'en énumère quelques uns - qui existent au sein de couples hétérosexuels (ce qui ne veut pas dire qu'ils en ont l'exclusivité). Facteurs de risque qui peuvent ou non provoquer des effets négatifs. Facteurs de risque qui peuvent se cumuler. Comme dans ".Les deux orphelines", on peut être pauvre, tuberculeux et paralytique. 
Mais reprenons le raisonnement pas à pas. Le risque 1 (homo) est il absolument plus important que les autres ? 
Il n'y a pas de comparaison : je suis persuadé que les couples sont très similaires, justement. Pour le meilleur et pour le pire. Kif kif, pas de différence.

EBr a posté le 8-01-2013 à 01:24
Pour vous la faire plus court, sur le plan juridique, le texte est encore moins boucle que celui sur les 75%. Quand on a affaire a des amateurs, ils le sont dans tous les domaines. En ne participant pas a la demande de révision de ce projet le 13, vous vous en ferez le complice.
C'est une manif de juristes ?

EB a posté le 8-01-2013 à 14:29
sympa la censure, mais j'imagine que vous avez eu le temps de lire, vous avez des réponses ? Ou vous êtes comme les autres, le contenu du texte vous indiffère ?
Censure? où ça ? Ironie, peut-être, mais pas bien méchante. 
Car enfin, mobilise-t-on les masses pour un contenu de texte mal rédigé ?
Accordez-moi cela : la vraie raison est ailleurs. Mais on la dissimule sous des justifications autres, comme autant de faux-nez. Juridique chez vous. Le manque de maman chez un autre (touchant, au demeurant). Le risque de se faire moquer dans la cour de récréation (je l'ai entendu). Le sort des enfants (je ne le prends pas à la légère, cela mérite longs développements, pas la place).
Les réactions sont hyperboliques : les bases de la famille sont mises en péril, la mariage est menacé ! Un tel excès est un symptôme que du vif est touché, mais lequel ?
Une anecdote : dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, la cliente d'un hôtel s'était offusquée qu'une serveuse - noire - ayant échappé un plateau avait plongé ses bras dans la piscine pour l'y récupérer, et exigeait que l'eau soit entièrement renouvelée.
Que l'Autre s'y soit mouillé souillait l'ensemble.
Comparaison ne vaut pas raison, mais j'y vois un lien. Comme si les tenants d'un mariage traditionnel, qui l'investissent ( et c'est leur droit le plus absolu) de hautes valeurs, voyaient leur propre mariage - soit eux-mêmes - souillé du fait que des gens dont ils réprouvent le comportement puissent y avoir accès aussi. Un sanctuaire tomberait. Malédiction.
NB : il ne s'agit que du contrat civil nommé mariage (peut-être l'identité de vocabulaire induit-elle cette crispation).

YK a posté le 8-01-2013 à 12:50
L'affectivité ne concerne pas la loi dites vous. OK, alors pourquoi les gens se marient ?
Pas pour faire des enfants, on n'a pas besoin de se marier pour ça.
Pour les avantages sur les impots ? Il y a des solutions plus efficaces de faire baisser son taux d'imposition.
Que reste-t-il ?
Etes vous marié d'ailleurs ? Si oui, pourquoi ?
@Yuri Ko : Votre contribution me touche, justement parce que c'est au coeur de ce qui me semble fausser le débat. Dans la vie, le niveau juridique et le niveau intime ne se confondent pas. Quand on achète ou possède une maison, qu'on y soit viscéralement attaché ou que ce soit par pure spéculation ou recherche de revenu, cela ne change rien à l'affaire au regard de la loi. Mêmes droits, mêmes obligations.
Dans le cas du mariage, pour son aspect civil, j'entends, il n'y a pas d'exigence d'amour.
On peut d'ailleurs s'aimer, vivre ensemble, et ne pas se marier. Notre président l'a longtemps fait, et poursuit.
Le mariage (civil) donne un statut au couple, Le fait d'être marié ou non change le positionnement des individus dans le corps social, de façon concrète et pratique. Cela a des implications vis à vis du groupe - qu'il convient de réguler par la loi.
Ce que les individus peuvent y mettre d'affectif, d'intime, relève de la personne, Ca les regarde, et relève de leur liberté. L'autorité publique, si elle est laïque et républicaine, n'a pas à s'en mêler.
Il en va très différemment du mariage religieux qui lui est- justement - religieux, qui vise à donner un caractère sacré à l'union, etc. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. On pourrait en causer longuement.
Vos dernières questions ?
Marié ? oui, ça fera 40 ans cette année, tout va bien merci. Et alors ?
Pourquoi ? Cela relève justement du personnel, que je n'ai pas à étaler, non par dissimulation, mais par civilité (j’ai hésité sur ce terme, ayant écarté discrétion, pudeur, décence). Mai son peut en parler, si vous le souhaitez, sur mon blog – lien à la fin de l’article.
YK a posté le 9-01-2013 à 13:36
Si la loi se fiche de connaitre les élans intimes des gens lorsqu'ils se marient, pourquoi exigent-elles la fidélité entre les époux alors ? De quoi se mêlent-elle ?
Vous vous rendez compte qu'à travers votre discours la seule chose qui ressort c'est que vous présupposez qu'un couple homosexuel n'est pas capable de remplir les mêmes devoirs qu'un couple hétérosexuel ?
Du point de vue d'un homosexuel, c'est ça l'homophobie, considérer qu'il n'a pas les capacités et/ou l'intelligence de se comporter de la même façon qu'un hétérosexuel.
Je sais vous n'êtes pas homophobe ! Mais vous tenez un discours qui fondamentalement, parce qu'il infériorise les homos, est homophobe.
Au fait ma dernière question était purement rhétorique, je ne pensais pas que vous me répondriez, et je comprends tout à fait votre refus de répondre.
Je vous réponds encore une fois, au risque de vous surprendre.
Pourquoi est-il question de fidélité dans ce que dit le maire? Je me le demande en effet, et pense que c’est une survivance. Cela me semble inutile, au moins depuis  la reconnaissance possible des enfants hors mariage. L’histoire du mariage, les enjeux de pouvoir  entre l’Etat et l’Eglise, en diraient long.
Ce qui n’empêche pas que la fidélité puisse être une valeur, grande même, mais qui relève du privé, de la sphère personnelle, sauf si un des époux voit dans la rupture d’un tel engagement une raison valable pour demander le divorce – raison qui peut être reconnue, au même titre que la violence ou autre. L’exemple me semble typique de notre propos.
En revanche j e ne comprends pas la suite de votre propos. Ciel ! qu’avez-vous pu voir «  à travers (mon) discours » ? Où présupposerai-je alors que depuis hier dans ce débat, depuis avant sur mon blog, je défends l’idée que je ne vois justement aucune différence entre les couples homos et hétéros, kif kif, pareil, disais-je. Pour le meilleur et pour le pire.
Qu’avez-vous cru voir? Sur la fidélité ? a priori pas de différence. Elle est, dirait Descartes, également partagée. Un peu, beaucoup, passionnément … quels que soient les couples, hétéros ou homos, non ?
Alors vous parlez du point de vue de l’homosexuel : il n’y a pas là victimisation, hypersensibilité ? Cela peut se comprendre, mai s justement, il est temps de venir à la sérénité.

MD a posté le 8-01-2013 à 18:53
Vous avez une vision très fermé du problème. Le projet de loi ne vise pas à ouvrir,... Vous dîtes ! Mais vous oubliez que le mariage est une institution qui régit toute l'organisation de notre société et des filiations. Que cette institution est fondée sur les principes naturels que même un enfant comprend, à savoir qu'il faut un homme et une femme pour fonder une famille et concevoir des enfants. C'est comme ça et on n'y peut rien, enfin tant que dame nature en a décidé ainsi.
Que 2 hommes ou 2 femmes décident de vivre ensemble, pas de problème ! Pour cela il existe le PACS (certainement à améliorer : conjoint survivant). Mais pour ce qui est de l'adoption, la PMA voire la GPA, et toutes les dérives qui en découleront (l'eugénisme par exemple), cela paraît extrêmement dangereux voire totalement suicidaire pour notre civilisation et l'histoire en est témoin.
Autre chose, la PMA n'est pas un droit pour les couples hétéros, tel qu'on veut bien le laisser croire ! La PMA est la dernière étape d'un parcours médical long et éprouvant. Et la PMA utilisera le "matériel" des couples en priorité. D'ailleurs, beaucoup de couples hétéros et lorsque les tentatives de PMA échouent avec leur "matériel", renoncent à faire appel à des dons.
Enfin, heureusement pour nous tous, que tout le monde ne pense pas comme vous, et que beaucoup de gens ont encore les pieds sur terre...
http://www.clicsondages.fr/2013/01/mariage-pour-tous-etes-vous-pour-ou-contre
"il faut un homme et une femme pour fonder une famille et concevoir des enfants". 
Sur la seconde partie de la phrase, je n'en disconviens pas, et je parle d'expérience.
Mais questions. Lorsque les enfants élevés par un couple n'ont pas été conçus par ce couple, est-ce une famille ? Lorsque les enfants ont été conçus par un seul des membres du couple, avec une autre personne, connue ou inconnue, est-ce une famille ? 
Vous répondrez, comme tout le monde aujourd'hui : OUI .
Alors pourquoi refuser à tels couples ce qu'on reconnaît à d'autres, au prétexte que leur composition est différente ?
Et puis rappelons-nous la réponse de César à Marius qui demande "mais alors qui c'est le père ?", lorsqu'il vient réclamer l'enfant qu'il a fait à Fanny : "Le père, c'est celui qui aime". (Cela vaut aussi pour la mère, bien entendu).
Pour ce qui est de PMA, GPA ou autre, ce que vous en dites, bien entendu, prête à réfléchir, et vaut pur les homos comme pour les hétérosexuels. J'aimais bien la position qui consistait à renvoyer ces prises de décisions à une grande loi à venir prochainement, et largement nécessaire, sur la famille et la filiation, qui concernerait au même titre tout un chacun..
Pour le moment, avec le mariage pour tous, l'idée est seulement : mêmes droits et devoirs pour tous les couples, quelle que soit leur composition. Simple.

DED a posté le 8-01-2013 à 17:18
Le problème Pierre + c'est que le mariage a changé ! Que vous ne vouliez ni le concevoir, ni le voir pose un sérieux problème quant à votre entendement et à votre capacité à aborder la réalité ! Bref rappel historique : 1804, maintien de la sécularisation du mariage civil dans le code civil ; 1884 : divorce pour faute avec une très forte résistance de l'Eglise ; 1912 : instauration de l'action en reconnaissance de paternité; 1966 : suppression du régime matrimonial de la dot ; 1970 : fin de la puissance paternelle au profit de l'autorité parentale ; 1975 : divorce par consentement mutuel ; de 1978 à 1993 : différentes lois sont votées et instaurent une égalité des droits et des devoirs entre époux et vis-à-vis des enfants ; 2005 : suppression de toute différence juridique dans les modes d'établissement des filiations avec la suppression des termes "légitime" et "naturel"). Le mariage civil est cadre juridique qui évolue avec son temps. Et il est temps que cessent les dernières discriminations à l'encontre des homosexuels !!! Le cœur du mariage ce n'est plus la présomption de paternité, c'est le couple ! Aujourd'hui se marier c'est faire couple ! Ouvrir le mariage aux couples de même sexe c'est permettre l'égale dignité de tous les couples !
Remise en perspective que je ne pouvais qu’approuver.

VD a posté le 9-01-2013 à 01:08
On dénonce "ces méchants hétéros qui veulent pourrir la vie des homos, mais pourquoi, ils ne sont pas touchés" Eh bien si ! le déni, cela suffit ! 

les homos veulent une reconnaissance et des droits civils du mariage, c'est compréhensible.

union homosexuelle et sécurisation des enfants DEJA en famille homosexuelle ne posent pas vraiment de problème, qui propose de les enlever à leur mère ou père ?

MAIS les millions de couples mariés, pour qui le mariage a un sens précis (pas un CDD, exclusif, et avec complémentarité des sexes) existent et ont le droit AUSSI de ne pas être déreconnus et de ne pas voir le sens de leur union dénaturée. 
de même l'adoption EXTERNE (dont la pénurie d'adoptables en limitera les effets), comme la PMA/GPA priverait DELIBEREMENT des enfants de père ou mère - leur condamnation morale est absolue

on est symbole/principe contre symbole, pourquoi plus de 20 millions de couples devraient renoncer au symbole de la complémentarité des sexes et à priver des enfants de père et de mère ? ils sont aussi légitimes qu'une poignée de communautaristes tenants de la théorie des genres 

vous pouvez être en désaccord, mais nier LEURS convictions vous aveugle A force de les nier, vous n'arrivez même pas à concevoir qu'ils se lévent vent debout contre CE projet. l'UMP, pour qui je n'ai pas voté, n'y est pour rien !

quant à l'équivalence :
mariage =

- affirmation symbolique de l'unicité de l'humanité, complémentaire
- couple prolongeable par ses enfants, sans intervention externe (hors maladie)
- présence des deux sexes dans le couple parental, permettant l'identification

union homosexuelle =
- rejet symbolique de l'autre sexe (la moitié de l'humanité), organique, on est "entre soi"
- enfants ontologiquement impossibles, il faut l'intervention de tiers , et non une assistance médicale (l'homosexualité n'est pas une maladie que je sache)
- couple carencé, peut être aimant aussi, mais carencé et potentiellement perturbant (expliquer à un petit garçon que non, "ses mamans" ne supportent pas les hommes, mais lui c'est pas pareil, ou à une petite fille que même si la norme parentale, c'est deux femmes ensemble- l'exemple est plus prégnant qu'un discours ... bref)

tout ceci est bien entendu schématique (1500 mots), je n'entends dénier de valeur humaine à personne , mais au delà de tout jugement de valeur 
- les réalités sont DIFFERENTES, et méritent un traitement différent
- l'intérêt de l'enfant devrait primer
- et quelques milliers d'homosexuels peuvent légitimement réclamer la reconnaissance pour eux mais non la dénier à des millions de couples mariés


@Vieux Dino
Je vous remercie sincèrement beaucoup de vos contributions, tant elles me semblent jeter un éclairage sur le débat.
J’écrivais hier, en réponse à un interlocuteur : « Un tel excès est un symptôme que du vif est touché, mais lequel ? ». Vous situez assez précisément, je crois, le lieu de la blessure.
Vous ressentez le fait que des couples homos se voient mariés comme dénaturant le sens de votre propre union. Car pour vous (et c’est votre droit absolu) le mariage est investi de valeurs, de symboles, qui touchent à votre identité même – et qui ne se retrouvent pas, bien au contraire à vos yeux, dans un couple homo.
Mais parle-t-on de la même chose ? Dans le mariage pour tous, le mot mariage désigne une union civile, un statut juridique impliquant droits et devoirs au sein de la société républicaine qui est la vôtre. Le contenu de sens, la profondeur de l’engagement pris, sa dimension spirituelle ne sont pas niés, ils ne relèvent tout simplement pas de la loi mais des convictions et des fois des individus – dont certains, nombreux, souhaitent voir leur engagement sanctifié dans un lieu de culte. Pas de problème à cela.
Mais vous m’accorderez aussi que d’autres, déjà, mettent dans le mariage depuis toujours d’autres visées et valeurs. Les mariages d’argent ne sont pas des phénomènes nouveaux, et je pense avec vous qu’ils sont aussi éloignés de vos valeurs et symboles que le mariage d’un couple gai. Moins ? Vous me direz.
Ce serait donc question de sémantique, de valeur accordée à un mot. J’ai chez moi un plat qui m’a été ramené du Maroc. Un ami musulman m’a fait remarquer un jour que l’inscription qui l’orne porte le nom d’Allah, et que je devrais donc pas m’en servir pour présenter de la nourriture, mais seulement d’ornement. Je l’ai attentivement écouté. Il sacralisait un objet, il mettait valeurs et symboles (c’est son droit, c’est sa foi) dans ce qui pour moi fait partie de la vaisselle. Je continue à me servir du plat, peut-être ne l’utiliserai-je pas le jour où il reviendra dîner. Ce n’est pas du renoncement, mais de la courtoisie.
Cette anecdote pour dire que le mot mariage recouvre des réalités bien différentes, parfois sacrées. On touche là à une autre question, fort d’actualité aussi. Dans une société de liberté laïque, ce qui est sacré pour certains ne l’est pas pour d’autres, et il faut trouver la bonne mesure pour le vivre ensemble – sachant que rien n’est sacré au regard de la loi qui ne connaît que le licite ou l’illicite. Le modus vivendi avec certains aspects de l’islam est au cœur du sujet.
Peut-être faut-il cependant change de mot, laisser à « mariage »sa dimension d’engagement spirituel (pas nécessairement religieux) et parler d’ « union » pour le contrat civil. C’est ce qu’implique la position que je développais dans mon blog (lien dans l’article). Mais le maire ne célébrerait plus AUCUN mariage, mais seulement des unions.
Peut-être, je veux bien l’admettre, le fait que certains milieux homos s’arcboutent sur le « mariage », au-delà de la revendication (que je crois légitime, et vous aussi dites-vous) d’égalité des droits et devoirs des couples, voire (pour moi) la reconnaissance de «  l’égale dignité de tous les couples » relève-t-il aussi d’une sursymbolisation plutôt irrationnelle, à lier certainement à un besoin de reconnaissance trop longtemps refusé – et qui peut donc s’exprimer sur des modes excessifs. C’est un vaste sujet, qui mérite amples débats. Là aussi ya du vif.
Au final, peut-être faudrait-il revenir à des considérations plus rationnelles, et ne pas s’enfermer sur des questions de mots. Le mariage pour tous ne nie pas la valeur et la symbolique que chacun peut accorder à cette vénérable institution qui a beaucoup évolué et évoluera encore.
Votre identité est respectable et restera intacte, à côté d’autres identités d’égale dignité.


lundi 7 janvier 2013

Mariage pour tous : pourquoi manifester ?


Cette affaire est quand même bien mal emmanchée (no pun intended). On s’enferre dans des débats sans fin. C’est pourtant simple.

Le mariage reconnaît à un couple un certain nombre de droits et de devoirs, en matière de patrimoine, en matière de filiation, que l’enfant soit conçu ou adopté. Avec la loi à venir, Il ne s’agit pas d’AUTORISER un couple dont les deux membres sont de même sexe à avoir ces droits et devoirs mais de CESSER DE LEUR REFUSER ces droits.

Pourquoi ce refus, par essence discriminatoire ? Des traditions parfois millénaires, des arguments théologiques ou moraux hautement respectables dans la logique de certaines fois qui doivent être respectées : voilà sur quoi on s'appuie. Mais la République n’a pas à en connaître, et refuser au nom de ces principes.

Rassurons largement, ça peut mériter la peine d’être dit : les hétérosexuels pourront continuer à se marier entre eux ! personne ne sera contraint à convoler avec une personne de son sexe ! Les instances religieuses ne seront pas obligées de célébrer de tels mariages ( à chaque religion son débat interne, qu’ils s’en débrouillent ! ). Much ado for nothing. Pronostiquons : cela ne concernera qu’un nombre limité de couples – l’expérience du PACS l’atteste. Pas de quoi bouleverser la société, où ces couples d’ailleurs sont déjà là, existent, de fait, mais fragilisés. Et élèvent déjà souvent des enfants, dont le sort est aussi fragilisé par le statut de leurs parents de fait.
REFUSER la reconnaissance du mariage à tous, c’est en fait, au fond des choses, vouloir imposer un modèle moral, condamner un mode de vie : ce n’est en dernière analyse que de l’homophobie.

Comme on s’en défend, on parle des dangers pour les enfants, dans la formation de leur personnalité et leur insertion sociale. Aucune étude sérieuse n’a montré, ni sur la durée en France, ni dans d’autres pays, qu’il y a péril à être élevé par des parents homosexuels. On n’en devient pas pédé ou gouine pour autant, semble-t-il aussi, s’il faut rassurer encore.
On dit qu’il faut, pour un développement harmonieux, avoir un père et une mère – au passage, il est stupide de supprimer ces termes. Concédons, admettons, dans un grand esprit d’ouverture, que c’est souvent un avantage au départ que de grandir au sein d’une famille aimante, présente, à l’aise, bref heureuse. Certes, mais sont-elles toutes comme ça, les familles ? Qui peut me jurer qu’il est pire d’avoir des parents homosexuels qu’alcooliques, en querelles perpétuelles, absents ou ultrapossessifs, humiliants ou surprotecteurs, que sais-je encore. Ca n’existe pas ? à moi Jules Renard, Mauriac, la littérature en est pleine. Alors, si vraiment handicap il y a pour l’enfant, il n’est a priori pas plus grave que bien d’autres causes de souffrances et de perturbations vécues entre un papa et une maman. L’argument du bien de l’enfant ne tient pas, ou alors vaut pour tout couple : qui prône un permis .d'élever ?

Alors pourquoi manifester ? Pour clamer qu’il faut persévérer à refuser des droits à des individus de notre société au prétexte qu’ils ont une conduite non illicite que l’on réprouve ? Pour se prêter à une instrumentalisation politique qui clive la société et rebat les cartes de la droite ? Je ne vois rien d’autre, ou alors dites-moi.

C’était ma petite contribution au mauvais débat actuel, ma position restant celle précédemment (voir rubrique Mariage).

lundi 28 mai 2012

Mariage et union, encore un effort pour être républicain

« Je propose, au lieu d’ouvrir le mariage, de le supprimer ou plutôt de le confondre avec le PACS en un contrat universel ouvert à davantage de possibilités ». Cette phrase trouvée dans un compte-rendu de  Le contrat universel : au-delà du mariage gay, de Lionel LABOSSE (1), correspond tellement à des idées qui me trottaient depuis très longtemps dans la tête (j’ai des témoins) que, sans avoir lu l’ouvrage, je voudrais avancer quelques arguments dans le même sens.

Car l’enjeu me semble moins celui du mariage gay, qui agite le monde, que le questionnement du mariage lui-même et son dépassement dans les sociétés contemporaines, au crible de la laïcité.

Dissocier union et sexualité


De fait, le mariage implique la relation sexuelle entre ceux qu’il unit. Il la permet, pour les religions qui l’interdisent en dehors de ce lien. Il la restreint, dès lors que toute relation sexuelle autre est cause reconnue de rupture du mariage. Il la transcende, pour certains, dans la proclamation d’un amour  réciproque.

Mais la société républicaine, et laïque, a-t-elle à connaître de la vie sexuelle des individus, et encore plus à la régir ? La formule prononcée par l’officier d’état-civil qui procède à un mariage mentionne l’obligation de fidélité, et de vivre sous un même toit. Est-ce bien nécessaire ?

L’évolution des mœurs a largement libéralisé le sexe avant, pendant  et après mariage. Ce qui très largement n’est même plus considéré comme une infidélité n’est invoqué, de fait, comme raison de divorce que lorsqu’il y a volonté de divorce. C'est-à-dire de mettre fin à une union qui n’est plus désirée, voulue. Où l’un au moins ne se sent plus heureux. Une relation sexuelle hors mariage peut être une raison valable – et légalement reconnue – de divorcer, ce n’est plus (cela n’a jamais vraiment été) une cause suffisante.

Dans une république laïque, la loi n’a pas à considérer qui couche avec qui. Ni même à préconiser ce qui est bon ou pas en la matière. J’entends entre gens majeurs et consentants, bien entendu. La fidélité au sens traditionnel, l’exclusivité de la relation sexuelle avec le conjoint, relève de l’engagement individuel, du libre choix fait entre deux personnes, et dont les éventuels manquements se gèrent entre elles, selon les accommodements ou non qu’elles auront décidé. D’ailleurs, la fidélité aujourd’hui, dans la pratique, a un tout autre contenu, s’accommode d’écarts, de coups de canifs, d’arrangements dans un vaste éventail qui va jusqu’au modus vivendi de Sartre et Beauvoir. La fidélité, l’exclusivité à l’ancienne se justifiait surtout comme liée à la succession : avoir l’assurance que la progéniture avait bien été conçue par Monsieur, et que seraient exclus de l’héritage ce qu’il aurait pu concevoir à droite ou à gauche. L’évolution de la législation sur ce point, l’extension des familles recomposées, la reconnaissance de paternité, ont changé la donne et donné à la fidélité un sens plus profond, plus spirituel, plus authentique. Mais aussi la lient au domaine strictement privé, au même titre que le religieux. J’y vois un progrès certain.

Inversement, pourquoi deux personnes, qui voudraient partager leur vie et leur destin,  devraient-elles copuler ? Leur union ne pourrait-elle être reconnue que si elles sont sensées coucher ensemble – et exclusivement ?  Là encore c’est intrinsèque au mariage, susceptible d’être dissous, notamment par l’Eglise, s’il y a non-consommation.  Même chose pour les autres religions du Livre. Mais la république doit-elle considérer cet aspect ?

Fidélité et solidarité


Ce qui regarde la société laïque, c’est le libre choix d’individus de se lier, de s’engager à une solidarité complète, réciproque et à l’égard de la progéniture commune ou de chacun. De fait ce qui constitue les droits et devoirs qui lient aujourd’hui des époux dans le cadre du mariage. Dans leur totalité, y compris ce qui relève de la filiation, et peut-être même au-delà.

Dès lors ce contrat instituerait une solidarité qui règlerait toutes les implications sociales de l’union de ces individus, laissant la fidélité, et la sexualité, relever de leur choix privé. S’ils veulent se jurer fidélité éternelle, se promettre de ne jamais connaître quiconque autre charnellement – sublime engagement – ils ont toute latitude de le faire, Et de le proclamer urbi et orbi dans une cérémonie qui leur sied. S’ils veulent sanctifier cet engagement sous les auspices d’une religion et de ses rites, liberté complète. Que cette religion reconnaisse ou non la légitimité de ce couple (dans le cas où il serait de même sexe par exemple) est l’affaire de cette religion et de ses fidèles, pas de la république.

Car on l’a déjà compris, cette union basée sur la solidarité n’a plus à considérer le sexe des individus qui la contractent. La question n’a plus d’objet. La préférence sexuelle est reconnue pleinement comme il se doit en république, c'est-à-dire par l’indifférence.

Au-delà, cette union peut reconnaître le lien de solidarité de vie entre deux personnes qui n’ont aucune relation d’ordre sexuel mais partagent leur vie. Par exemple deux frères, ou un frère et une sœur. Rappelons nous, au moment de l’institution du PACS, cette possibilité avait été abordée, mais rejetée. Trop décoiffant, car PACS et sexe n’avaient pas été clairement dissociés. Mais c’était injuste. J’ai à l’esprit le cas d’un frère et d’une sœur restés célibataires, qui habitaient ensemble la maison familiale après le départ du reste de la fratrie. Le décès des parents aurait pu les chasser du bien familial, il n’en a rien été. Mais à la mort de la sœur, le frère s’est retrouvé à la rue, très âgé. Une union  protègerait le dernier vivant.

Si ces situations, souvent plutôt rurales, sont devenues moins nombreuses, faut-il pour autant les exclure, voire les décourager ?

Deux et plus


Conséquence aussi : rien ne justifie que l’union ne concerne que deux individus. Rien ne devrait interdire qu’elle unisse plusieurs individus pleinement consentants, j’avancerais jusqu’à cinq.

Certes, notre conception de la famille repose – et certainement reposera très longtemps encore, on peut même le souhaiter -  sur le couple formé de deux individus, partageant si possible de l’amour. Notons que cette dernière caractéristique est historiquement assez neuve. Notons aussi que ce n’est que très récemment que l’on commence à admettre que ledit couple peut aussi bien être formé d’individus de même sexe. Comme quoi tout ce qui semble évidence, allant de soi, est aussi historique et change avec le temps.

Si le couple amoureux est immensément majoritaire dans notre société et notre culture commune, s’il faut peut-être veiller à ce qu’il le reste, doit-il pour autant s’ériger en norme exclusive, et interdire toute autre forme d’union ?

Il n’est secret pour personne que cet impératif de couple n’a jamais empêché les liaisons, passagères ou non, stériles ou comblée d’enfants. La conséquence ? L’impératif du choix et de l’abandon, la vie dans le secret et dans la honte, le déchirement souvent, le drame parfois. Notre conception, très largement partagée, de la relation amoureuse sur le mode de l’avoir et de la possession (« Je suis à toi », « Tu m’appartiens ») implique l’exclusivité du sentiment amoureux, et de la relation sexuelle.. Comme si on ne pouvait aimer plusieurs fois, ou que consécutivement. Comme si tout amour n’était pas unique, différent, et qu’un individu ne pouvait jouer que sur un seul registre. Comme si le cœur était un gâteau qui ne pouvait que se partager, une énergie non renouvelable. La littérature du monde nous montre qu’il n’en est rien. Mais admettons cette conception largement partagée de l’exclusivité. Là encore la loi doit-elle en faire une norme ? S’immiscer pour interdire là où seule la sphère privée est concernée ?

On est d’ailleurs en pleine ambiguïté. Dès lors que l’adultère n’est plus un délit puni par la loi, que faire des liaisons hors mariages, qui ont des implications sociales en termes de biens et de personnes, les enfants notamment. La possibilité de reconnaissance de paternité  a ouvert une brèche dans la norme du couple. Pourquoi ne pas en tirer les conséquences ?

D’autres cultures, d’ores et déjà très représentées parmi nos citoyens, admettent que la famille puisse être multiple : polygame. C’est un sujet on ne peut plus sensible, clivant, qui suscite dès le mot prononcé des réactions passionnelles, irrationnelles. Pour avoir vécu en pays d’Islam très longtemps, pour avoir connu des tas de gens, écouté des tas d’amis, je me suis rendu compte que la question mérite nuances, mises en perspectives, appréhension des situations en contextes. Non pour approuver, mais pour ne pas se contenter de diaboliser. Considérer les faits, la vérité des relations sociales, sans généraliser hâtivement, au nom de principes brandis qui dissimulent mal des a priori douteux. Une seule question : quelle est la femme la mieux protégée de la seconde épouse d’un homme aimant et juste, ou de la maîtresse plus ou moins secrète d’un bourgeois XIXème, fût-il aussi  juste et attentionné ? Je vous renvoie là encore à notre littérature. Une anecdote : j’ai même connu une féministe qui avait choisi de devenir seconde épouse d’un homme intelligent pour garder une liberté que son célibat dans une société très machiste l’empêchait de goûter. Paradoxe.

Alors ouvrir l’union à plus que deux individus est-il antiféministe ? Du tout, dès lors que l’union associe des individus majeurs pleinement consentants – l’évolution de notre société permet aujourd’hui de penser que chacun peut se soustraire à des pressions, à des unions forcées. Et il est du ressort de la république d’aider ceux qui subiraient ces pressions. Dès lors aussi  qu’elle ne permet pas seulement la polygamie, mais toutes les associations d’individus : polyandrie, plusieurs individus de même sexe, deux couples, etc. Une femme peut ne pas vouloir choisir entre deux hommes, et ceux-ci s’accommoder parfaitement de ce partage. Un homme, ou une femme, peut souhaiter avoir une liaison forte avec quelqu’un du même sexe tout en ayant par ailleurs une famille classique dont le conjoint accepterait pleinement cette situation. Là encore, qu’il y ait relation sexuelle ou pas entre tous ou partie des membres de l’union n’est pas pertinent. Et s’il y a, elle ne peut être que librement consentie. Toute relation sexuelle forcée, au sein d’une union ou au dehors, doit être punie. Comme au sein d’un couple d’aujourd’hui, d’ailleurs. Là est le progrès, le gain de liberté : non dans la forme de l’union mais dans les principes éminents du consentement et de la liberté.

Je parlais de deux couples. Une anecdote encore. Enfant, j’avais pour voisins, qui habitaient ensemble, deux couples. Deux frères et leurs épouses, plus l’enfant d’un des couples, l’autre ne pouvant en avoir. L’un des maris naviguait au long cours, et était absent la plupart du temps. L’autre, à la marseillaise, était très peu à la maison.  Les deux femmes vivaient ensemble, couple classique, l’une l’autre grande, maigre, menait la barque, l’autre, petite boulotte rigolote suivait en  mettant la gaité. Si la petite était la mère biologique, c’est la grande qui assurait l’essentiel de l’éducation de l’enfant commun, de fait .Le destin a voulu que chacun vive vieux, quand l’enfant était largement majeure. Que les maris meurent d’abord, les femmes peu l’une après l’autre, que la dernière en vie ait pu rester dans l’appartement qui désormais appartenait à la fille. Mais qu’en serait-il allé s’il en avait été différemment ? Un contrat d’union aurait sécurisé chacun, alors que les deux mariages distincts rendaient cet équilibre précaire. Une union à quatre donc, où la morale était sauve, chacun avec sa chacune. On dira que cette situation est peu commune. Ca sent sa méditerranée, avec un parfum d’antan. Mais est-ce si sûr ? Même rare, pourquoi empêcher ? Sans encourager de tels cas de figure, ouvrir le champ de ce possible peut aussi rencontrer l’adhésion d’individus qui n’y pensaient même pas, tant l’absence de statut légal le rendaient impensable.

J’ai parlé de limiter à cinq membres la taille d’une union. Car il faut limiter. Une union reste un statut privé, une affaire d’individus, pas de groupes L’extension indéfinie tournerait à l’association, où à la secte. Pourquoi cinq ? comme ça, Pour ne pas en rester à deux couples, pour élargir les possibles, sans aller au n’importe quoi. Ou parce que les doigts de la main, s’il faut trouver un symbole.

Conclusion


Il s’agirait donc d’instituer une union universelle, dont les individus qui la contracteraient jouiraient des mêmes droits et devoirs à l’égard l’un à l’égard de l’autre ou des autres et de la société que ce qui existe actuellement entre deux individus mariés.

Un même individu ne pourrait participer à une seule union à la fois, même s’il pourrait à titre individuel être tenu par les conséquences civiles ou financières d’une union qu’il aurait contractée précédemment et dont il serait sorti.

Le mariage serait dès lors un des cas de figure de cette union, pour ceux qui souhaiteraient compléter cette union d’un engagement mutuel. Engagement qui pourrait ou non être pris devant les autorités civiles, pourquoi pas ? Et bien entendu liberté totale est conservé à quiconque souhaiterait sanctifier leur union auprès d’une Eglise ou d’une religion quelconque, ou d’une cérémonie non religieuse qui mettrait du rituel et de la solennité dans une vie qui en manque souvent.

On peut d’ailleurs imaginer qu’une union – ou une extension de l’union – soit célébrée par un officier d’état-civil, et non à la va-vite et presque furtivement chez un notaire ou un homme de loi.

Objections


J’entends de là les rares lecteurs qui n’ont pas encore fui horrifiés aiguiser d’innombrables objections. Abordons-en quelques-unes.

Une façon détournée d’accepter la polygamie ?


L’union ne serait-elle pas le cheval de Troie de la polygamie musulmane ? celle qui provoque tant de crispations, de passions échevelées, de fantasmes, car la polygamie consécutive, celle qui oblige à l’abandon d’une ou d’un pour passer à l’autre, tout en gardant souvent des liens forts – amicaux, financiers, liés à l‘éducation des enfants – est plus que fréquente. Elle contraint au choix, aux déchirements, à la cessation de la relation sexuelle, au conflit. Nous vivons de fait une situation, dans bien des cas, de polygamie ou polyandrie contrariée. Les règles sociales poussent au drame en contraignant à la stricte bigamie. Ou alors on s’accommode de solutions bancales, de bonheurs gâchés ou recouverts par le mensonge et l’hypocrisie. Le coming out tardif d’un de nos anciens présidents a ouvert une brèche, il convient de la formaliser.

Revenons aux musulmans, nos compatriotes, ou ceux qui vivent parmi nous. L’évolution des mœurs, des modèles sociaux, en particuliers les avancées vers l’égalité entre hommes et femmes font que leur immense majorité a intégré le couple comme l’idéal de vie commune. Garçons comme filles, en fait. Le véritable frein à la polygamie traditionnelle, ce n’est pas l’interdiction, c’est l’évolution des idées, l’émancipation, les valeurs de liberté et d’égalité. Il y a certes encore des polygames, résiduels, encore nombreux cependant, en particulier dans les populations récemment immigrées, originaires de régions souvent rurales et traditionnelles On a une épouse ici et l’autre ou les autres au pays. Ou on a plusieurs épouses ici, l’une officielle, les autres sans statut, vulnérables, répudiables ou abandonnables à merci, sans protection aucune. Voire avec un statut de mères isolées, qui permet de bénéficier de prestations que les épouses n’ont pas. La loi actuelle n’empêche pas la polygamie, elle rend simplement la vie compliquée et difficile et finit par pénaliser qui elle est censée protéger. Ou créer des situations d’aubaine et d’injustice. La solution n’est pas dans l’interdiction, mais dans la conviction, la diffusion des valeurs. Et le respect des règlements, dans leur esprit aussi.

Les enfants


Autre objection, les enfants, puisque l’union donne les mêmes droits et devoirs que le mariage actuel. Qu’adviendrait-il de l’équilibre d’enfants nés ou adoptés, élevés dans une union à la composition complexe ou selon certains bizarre ? Je m’en tiendrai là à ce qui est mon intime conviction que dès lors qu’un enfant bénéficie d’attention, de reconnaissance et d’amour dans un environnement serein, il a des chances de s’épanouir en un adulte équilibré. Admettons que c’est plus facile dans le cadre d’une famille constituée par un couple de sexe opposé. Mais combien d’enfants d’hétérosexuels souffrent de manquer de l’un ou l’autre de ces ingrédients ?

Les abus


Bien entendu, il pourra y en avoir, et d’ordres très divers, moins inhérents à l’union elle-même qu’à des détournements, qu’il conviendra de prévenir. Par exemple les unions de complaisance, pour des histoires d’intérêt ou pour faciliter l’installation sur le territoire. Cela existe déjà actuellement avec les mariages blancs et le PACS actuel. Comment faire la part des choses entre le légitime désir de deux (ou plusieurs) personnes d’unir leurs destins, et les fraudes de tous ordres ? Plusieurs moyens sont possibles, pour ces questions délicates. Cela ne relève pas en fait de l’union, mais des politiques de contrôle migratoire. Et des dispositions peuvent être trouvées qui concilient rigueur, liberté et justice. On peut ne pas lier automatiquement l’autorisation de séjour à la conclusion d’une union, la soumettre à des critères. On peut la conditionner au régime sous lequel l’union est souscrite : si elle implique la communauté des biens, celui qui la souscrit aura réfléchi à deux fois.

 Plutôt donc que débattre sur l’opportunité d’ouvrir le mariage aux homosexuels, il est préférable de reconsidérer le mariage, d’en écarter ce qui relève encore du religieux et de la conscience individuelle pour réserver cette dimension – éminemment respectable - à la sphère privée, et de s’en tenir à ce qui concerne le fonctionnement social. Bref, de faire encore un effort pour être républicain.
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[1] contribution au Monde du 18 mai intitulée « Un contrat universel à plusieurs plutôt qu’un mariage à deux, fût-il gay »