jeudi 14 mai 2015

Réponses de Jacques Rancière

J'ai lu cette interview, et j'ai trouvé que beaucoup de passages m'exprimaient, mieux que je n'ai su le faire. Alors je le fais partager.
Je voudrais le partager surtout avec mes ami(e)s très gauche, dont les positions qu'ils disent "laïques" me semblent faire mauvaise route, se retrouver en toute bonne foi (sic) tout proches de mauvaises fréquentation, habités de la peur du religieux qui les mue eux-mêmes dans un posture religieuse (détention de Vérité, ostracisme, anathèmes et sacralisation).
Avec au fond l'idée d'une frustration de rêves inassouvis, identitaires dans un monde antérieur, dont on ne sait faire le deuil et qui aveugle aux changements d'aujourd'hui. Facteur puissant de négativité.
Sortir de ce cercle, changer de paradigme  penser une gauche actuelle. 
Je ne partage pas tout ce qui est dit par Roncière (j'ai surligné ce qui m'exprime le plus), mais je n'ai pas cru devoir isoler quelques phrases de leur contexte. 

Les idiots utiles du FN
L’Obs n°2630 – 02/04/2015 – pp.87-90
Entretien d’E.AESCHIMANN avec Jacques Rancière

Il y a trois mois, la France défilait au nom de la liberté d'expression et du vivre-ensemble. Les  dernières élections départementales ont été marquées par une nouvelle poussée du Front national. Comment analysez-vous la succession rapide de ces deux événements, qui paraissent contradictoires ?
Il n'est pas sûr qu'il y ait contradiction. Tout le monde, bien sûr, est d'accord pour condamner les attentats de janvier et se féliciter de la réaction populaire qui a suivi. Mais l'unanimité demandée autour de la « liberté d'expression » a entretenu une confusion. En effet, la liberté d'expression est un principe qui régit les rapports entre les individus et l'Etat en interdisant à ce dernier d'empêcher l'expression des opinions qui lui sont contraires. Or, ce qui a été bafoué le 7 janvier à « Charlie », c'est un tout autre principe : le principe qu'on ne tire pas sur quelqu'un parce qu'on n'aime pas ce qu'il dit, le principe qui règle la manière dont individus et groupes vivent ensemble et apprennent à se respecter mutuellement. Mais on ne s'est pas intéressé à cette dimension et on a choisi de se polariser sur le principe de la liberté d'expression. Ce faisant, on a ajouté un nouveau chapitre à la campagne qui, depuis des années, utilise les grandes valeurs universelles pour mieux disqualifier une partie de la population, en opposant les « bons Français », partisans de la République, de la laïcité ou de la liberté d'expression, aux immigrés, forcément communautaristes, islamistes, intolérants, sexistes et arriérés. On invoque souvent l'universalisme comme principe de vie en commun. Mais justement l'universalisme a été confisqué et manipulé. Transformé en signe distinctif d'un groupe, il sert à mettre en accusation une communauté précise, notamment à travers les campagnes frénétiques contre le voile. C'est ce dévoiement que le 11 janvier n'a pas pu mettre à distance. Les défilés ont réuni sans distinction ceux qui défendaient les principes d'une vie en commun et ceux qui exprimaient leurs sentiments xénophobes.

Voulez-vous dire que ceux qui défendent le modèle républicain laïque contribuent, malgré eux, à dégager le terrain au Front national?
On nous dit que le Front national s'est « dédiabolisé ». Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il a mis de côté les gens trop ouvertement racistes? Oui. Mais surtout que la différence même entre les idées du FN et les idées considérées comme respectables et appartenant à l'héritage républicain s'est évaporée. Depuis une vingtaine d'années, c'est de certains intellectuels, de la gauche dite « républicaine », que sont venus les arguments au service de la xénophobie ou du racisme. Le Front national n'a plus besoin de dire que les immigrés nous volent notre travail ou que ce sont des petits voyous. Il lui suffit de proclamer qu'ils ne sont pas laïques, qu'ils ne partagent pas nos valeurs, qu'ils sont communautaires... Les grandes valeurs universalistes - laïcité, règles communes pour tout le monde, égalité homme-femme - sont devenues l'instrument d'une distinction entre « nous », qui adhérons à ces valeurs, et « eux », qui n'y adhèrent pas. Le FN peut économiser ses arguments xénophobes : ils lui sont fournis par les « républicains » sous les apparences les plus honorables.

Si l'on vous suit, c'est le sens même de la laïcité qui aurait été perverti. Qu'est-ce que la laïcité représente pour vous?
Au XIXème, la laïcité a été pour les républicains l'outil politique permettant de libérer l'école de l'emprise que l'Église catholique faisait peser sur elle, en particulier depuis la loi Falloux, adoptée en 1850. La notion de laïcité désigne ainsi l'ensemble des mesures spécifiques prises pour détruire cette emprise. Or, à partir des années 1980, on a choisi d'en faire un grand principe universel. La laïcité avait été conçue pour régler les relations de l'État avec l'Église catholique. La grande manipulation a été de la transformer en une règle à laquelle tous les particuliers doivent obéir. Ce n'est plus à l'État d'être laïque, c'est aux individus. Et comment va-t-on repérer qu'une personne déroge au principe de laïcité? A ce qu'elle porte sur la tête... Quand j'étais enfant, le jour des communions solennelles, nous allions à l'école retrouver nos copains qui n'étaient pas catholiques, en portant nos brassards de communiants et en leur distribuant des images. Personne ne pensait que cela mettait en danger la laïcité. L'enjeu de la laïcité, alors, c'était le financement : à école publique, fonds publics; à école privée, fonds privés. Cette laïcité centrée sur les rapports entre école publique et école privée a été enterrée au profit d'une laïcité qui prétend régenter le comportement des individus et qui est utilisée pour stigmatiser une partie de la population à travers l'apparence physique de ses membres. Certains ont poussé le délire jusqu'à réclamer une loi interdisant le port du voile en présence d'un enfant.

Mais d'où viendrait cette volonté de stigmatiser ?
Il y a des causes diverses, certaines liées à la question palestinienne et aux formes d'intolérance réciproque qu'elle nourrit ici. Mais il y a aussi le « grand ressentiment de gauche », né des grands espoirs des années 1960-1970 puis de la liquidation de ces espoirs par le parti dit « socialiste » lorsqu'il est arrivé au pouvoir. Tous les idéaux républicains, socialistes, révolutionnaires, progressistes ont été retournés contre eux-mêmes. Ils sont devenus le contraire de ce qu'ils étaient censés être : non plus des armes de combat pour l'égalité, mais des armes de discrimination, de méfiance et de mépris à l'égard d'un peuple posé comme abruti ou arriéré. Faute de pouvoir combattre l'accroissement des inégalités, on les légitime en disqualifiant ceux qui en subissent les effets. Pensons à la façon dont la critique marxiste a été retournée pour alimenter une dénonciation de l'individu démocratique et du consommateur despotique - une dénonciation qui vise ceux qui ont le moins à consommer... Le retournement de l'universalisme républicain en une pensée réactionnaire, stigmatisant les plus pauvres, relève de la même logique.

N'est-il pas légitime de combattre le port du voile, dans lequel il n'est pas évident de voir un geste d'émancipation féminine?
La question est de savoir si l'école publique a pour mission d'émanciper les femmes. Dans ce cas, ne devrait-elle pas également émanciper les travailleurs et tous les dominés de la société française ? Il existe toutes sortes de sujétions - sociale, sexuelle, raciale. Le principe d'une idéologie réactive, c'est de cibler une forme particulière de soumission pour mieux confirmer les autres. Les mêmes qui dénonçaient le féminisme comme « communautaire » se sont ensuite découverts féministes pour justifier les lois anti-voile. Le statut des femmes dans le monde musulman est sûrement problématique, mais c'est d'abord aux intéressées de dégager ce qui est pour elles oppressif. Et, en général, c'est aux gens qui subissent l'oppression de lutter contre la soumission. On ne libère pas les gens par substitution.

Revenons au Front national. Vous avez souvent critiqué l'idée que le « peuple » serait raciste par nature. Pour vous, les immigrés sont moins victimes d'un racisme « d'en bas » que d'un racisme « d'en haut »: les contrôles au faciès de la police, la relégation dans des quartiers périphériques, la difficulté à trouver un logement ou un emploi lorsqu'on porte un nom d'origine étrangère gère. Mais, quand 25% des électeurs donnent leur suffrage à un parti qui veut geler la construction des mosquées, n'est-ce pas le signe que, malgré tout, des pulsions xénophobes travaillent la population française?
D'abord, ces poussées xénophobes dépassent largement l'électorat de l'extrême droite. Où est la différence entre un maire FN qui débaptise la rue du 19-Mars-1962 [Robert Ménard, à Béziers, NDLR], des élus UMP qui demandent qu'on enseigne les aspects positifs de la colonisation, Nicolas Sarkozy qui s'oppose aux menus sans porc dans les cantines scolaires ou des intellectuels dits « républicains » qui veulent exclure les jeunes filles voilées de l'université? Par ailleurs, il est trop simple de réduire le vote FN à l'expression d'idées racistes ou xénophobes. Avant d'être un moyen d'expression de sentiments populaires, le Front national est un effet structurel de la vie politique française telle qu'elle a été organisée par la constitution de la V République. En permettant à une petite minorité de gouverner au nom de la population, ce régime ouvre mécaniquement un espace au groupe politique capable de déclarer: « Nous, nous sommes en dehors de ce jeu-là. » Le Front national s'est installé à cette place après la décomposition du communisme et du gauchisme. Quant aux « sentiments profonds » des masses, qui les mesure? Je note seulement qu'il n'y a pas en France l'équivalent de Pegida, le mouvement allemand xénophobe. Et je ne crois pas au rapprochement, souvent fait, avec les années 1930. Je ne vois rien de comparable dans la France actuelle aux grandes milices d'extrême droite de l'entre-deux-guerres.

A vous écouter, il n'y aurait nul besoin de lutter contre le Front national...
Il faut lutter contre le système qui produit le Front national et donc aussi contre la tactique qui utilise la dénonciation du FN pour masquer la droitisation galopante des élites gouvernementales et de la classe intellectuelle.

L'hypothèse de son arrivée au pouvoir ne vous inquiète-t-elle pas?
Dès lors que j'analyse le Front national comme le fruit du déséquilibre propre de notre logique institutionnelle, mon hypothèse est plutôt celle d'une intégration au sein du système. Il existe déjà beaucoup de similitudes entre le FN et les forces présentes dans le système.

Si le FN venait au pouvoir, cela aurait des effets très concrets pour les plus faibles de la société française, c'est-à-dire les immigrés...
Oui, probablement. Mais je vois mal le FN organiser de grands départs massifs, de centaines de milliers ou de millions de personnes, pour les renvoyer « chez elles ». Le Front national, ce n'est pas les petits Blancs contre les immigrés. Son électorat s'étend dans tous les secteurs de la société, y compris chez les immigrés. Alors, bien sûr, il pourrait y avoir des actions symboliques, mais je ne crois pas qu'un gouvernement UMP-FN serait très différent d'un gouvernement UMP.

A l'approche du premier tour, Manuel Valls a reproché aux intellectuels français leur  « endormissement » : « Où sont les intellectuels, où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes et les femmes de culture qui doivent, eux aussi, monter au créneau, où est la gauche? » a-t-il lancé. Vous êtes-vous senti concerné ?
« Où est la gauche? » demandent les socialistes. La réponse est simple : elle est là où ils l'ont conduite, c'est-à-dire au néant. Le rôle historique du Parti socialiste a été de tuer la gauche. Mission accomplie. Manuel Valls se demande ce que font les intellectuels... Franchement, je ne vois pas très bien ce que des gens comme lui peuvent avoir à leur reprocher. On dénonce leur silence, mais la vérité, c'est que, depuis des décennies, certains intellectuels ont énormément parlé. Ils ont été starisés, sacralisés. Ils ont largement contribué aux campagnes haineuses sur le voile et la laïcité. Ils n'ont été que trop bavards. J'ajouterai que faire appel aux intellectuels, c'est faire appel à des gens assez crétins pour jouer le rôle de porte-parole de l'intelligence. Car on ne peut accepter un tel rôle, bien sûr, qu'en s'opposant à un peuple présenté comme composé d'abrutis et d'arriérés. Ce qui revient à perpétuer l'opposition entre ceux « qui savent » et ceux « qui ne savent pas », qu'il faudrait précisément briser si l'on veut lutter contre la société du mépris dont le Front national n'est qu'une expression particulière.

Il existe pourtant des intellectuels - dont vous-même - qui combattent cette droitisation de la pensée française. Vous ne croyez pas à la force de la parole de l'intellectuel?
Il ne faut pas attendre de quelques individualités qu'elles débloquent la situation. Le déblocage ne pourra venir que de mouvements démocratiques de masse, qui ne soient pas légitimés par la possession d'un privilège intellectuel.

Dans votre travail philosophique, vous montrez que, depuis Platon, la pensée politique occidentale a tendance à séparer les individus « qui savent » et ceux « qui ne savent pas ». D'un côté, il y aurait la classe éduquée, raisonnable, compétente et qui a pour vocation de gouverner ; de l'autre, la classe populaire, ignorante, victime de ses pulsions, dont le destin est d'être gouvernée. Est-ce que cette grille d'analyse s'applique à la situation actuelle?
Longtemps, les gouvernants ont justifié leur pouvoir en se parant de vertus réputées propres à la classe éclairée, comme la prudence, la modération, la sagesse... Les gouvernements actuels se prévalent d'une science, l'économie, dont ils ne feraient qu'appliquer des lois déclarées objectives et inéluctables - lois qui sont miraculeusement en accord avec les intérêts des classes dominantes. Or on a vu les désastres économiques et le chaos géopolitique produits depuis quarante ans par les détenteurs de la vieille sagesse des gouvernants et de la nouvelle science économique. La démonstration de l'incompétence des gens supposés compétents suscite simplement le mépris des gouvernés à l'égard des gouvernants qui les méprisent. La manifestation positive d'une compétence démocratique des supposés incompétents est tout autre chose.

Né en 1940,JACQUES RANCIÈRE a été l'élève d'Althusser avant de rompre avec le marxisme traditionnel au début des années 1970. Très influent à l'étranger, notamment aux États-Unis, il plaide pour l'égalité des individus et n'a cessé de dénoncer. l'idée qu'une élite détiendrait un savoir supérieur à celui du.« peuple ». Ses ouvrages les plus marquants sont « le Maître ignorant » (1987), le Partage du sensible » (2000) « la Haine de la démocratie » (2005) et «;le Spectateur émancipé » (2008).

mardi 10 février 2015

LA GAUCHE NE DOIT PLUS ABANDONNER LA LAICITE

Je me suis permis de commenter certaines parties du texte d’une motion thématique ainsi intitulée, présentée en vue du Congrès du Parti Socialiste (voir les lignes en majuscules dans le texte en question, plus bas).

Les intentions sont bonnes, mais au fond cela procède non d'une offensive qui développerait et renforcerait la laïcité vécue au quotidien, mais d'un repli sur soi, de facto communautaire, qui ouvre la porte mais le martinet à la main.

A l'instar de la GdG, de Marianchon et al., des preux chevaliers de la Laïcarde, il y a un désir d'antan, de bouffages de curés, de hussards de la République. Dérisoire, sans avenir, surtout contre-productif. Comme le souverainisme etc. Reishoffen !!!! C'est se tromper de guerre, de monde.

Mais une autre erreur, de fond là aussi.
En 1905, la République devait s'imposer à l'Eglise, enracinée, influente,dominante idéologiquement dans bien des régions, politiquement revancharde. Elle a fait des compromis et y est arrivée.
Aujourd'hui, la République peine à trouver le bon modus vivendi avec une partie de ses citoyens qui mettent en avant désormais des aspects identitaires longtemps refoulés, et qu'ils veulent pouvoir vivre en étant eux-mêmes au sein de la République. Cela pose quelques problèmes, mais mérite d'être résolu, car ils sont sous la pressions de forces terribles qui leur suggèrent que ce n'est pas possible, qu'il y a incompatibilité entre la laïcité et leur foi, et qu'il faut choisir (Dieu bien entendu). 
La situation est toute inverse. L'enjeu est : saura-t-on accueillir ? et non: comment se protéger. Il faut LES protéger, en leur donnant le sentiment d'être accueillis. Ce qui n'exclut en rien la FERMETÉ, si les uns et les autres ont l'ouverture nécessaire pour faire la part de l'essentiel, de l'inacceptable, de l'inhabituel mais compatible. Cela n'implique pas une négociation communautaire, d'ailleurs (pas d'Edit de Nantes!!!!) , mais de la discussion, des prises de décisions bien mesurées, de la concertation, dans la durée, un processus dans la durée, qui privilégie le consensus, qui identifie aussi les interlocuteurs: entre Républicains (il ne s’agit pas d’accommoder mais au contraire de neutraliser les intégristes de tout poils – qu’ils portent turban, kippa ou rosaire).
De même que tout racisme est condamnable, il faut traiter différemment le racisme du fort à l’opprimé, et celui du soumis au dominateur. De même, aller chercher aujourd’hui les recettes et réflexes des combats laïques contre l’Eglise du début XXème, c’est peut-être se faire plaisir, mais c’est se tromper de combat, de cible, d’armement.
Lien avec le texte de la contribution, reproduit en partie et commenté ci-dessous http://congres.parti-socialiste.fr/contributions/la-gauche-ne-doit-plus-abandonner-la-laicite 
La gauche n’est pas exempte de responsabilités. Trop souvent, faute de garantir l’égalité républicaine, elle a cédé à la tentation différentialiste : faute d’offrir à chaque citoyen l’accès à l’Ecole, au logement, à l’emploi, à la vie politique,  elle a laissé chacun se replier sur sa communauté d’origine, sur son quartier, sa religion. la véritable articulation entre tout cela est confuse. le recours à un reflexe communautaire – souvent tres present dans la culture d’origine alors que la notion de citoyenneté est totalement à acquérir, « non-naturelle » pour les nouveaux venus – prospere sur la carence de solutions citoyennes, accessibles et superieures. , On sent, aujourd’hui, plus que jamais, le risque de céder à un multiculturalisme soi-disant « tempéré », qui acterait notre renoncement collectif à être des égaux, pour orienter notre pays vers le modèle anglo-saxon. des termes fourre-tout, qui servent davantage d’epouvantails qu’ils n’affinent l’analyse – et donc empechent, derriere, de tracer des limites pertinentes et solides, sur lesquelles se battre. Ou autorisent ensuite des raccourcis néfastes. Nous refusons cette capitulation.
Nous refusons tout autant le dévoiement de la laïcité en arme d’intolérance et de stigmatisation. Assez des aigreurs zemmouriennes et des fantasmes de « grand remplacement » ! La droite et l’extrême-droite ont abîmé la laïcité, en la prenant pour prétexte à leur obsession identitaire. La manipulation de la laïcité par Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, qui a le premier parlé de « préfet musulman » et de discrimination positive, est une tartufferie. Tout comme l’est le mensonge sinistre de Marine Le Pen qui, entourée d’intégristes et de racistes, trahit la laïcité lorsqu’elle multiplie les diatribes anti-musulmans ou conteste aux femmes le droit de disposer de leur corps. La République doit se réapproprier le feu de la laïcité qui lui a été volé par ces usurpateurs. Et c’est à la gauche de porter ce flambeau, comme elle l’a fait historiquement.
Pour cela, nous souhaitons que la gauche, et en particulier les Socialistes, réaffirment plusieurs principes fondamentaux.
Avant tout, le PS doit recréer de la fierté laïque, réaffirmer que la laïcité est l’autre nom du bonheur français. Elle est partagée par l’écrasante majorité des citoyens, qui au quotidien vivent, travaillent, se marient ensemble dans une intégration presque unique au monde. La laïcité est le pilier central de cette fraternité et de cette tolérance : le rôle de la laïcité n’est pas d’exacerber les différences ni de les nier, mais de créer l’espace où elles se conjuguent. Surtout, le camp laïc, ce sont 65 millions de Français qui, chaque jour dans leur diversité de conscience, cultivent la paix civile et n’ont pas à subir les pressions ni encore moins les violences de quelques intégristes de toutes obédiences. Ces paroles sont belles et justes. Pleinement. Reste à les faire vivre. Par exemple des jeunes filles ou femmes, qui veulent s’épanouir et n’acceptent pas pressions ni violences, portant un voile qu’elles estiment nécessaire à leur pudeur, viennent militer pour ces valeurs. Bienvenues ou malaise ? La tonalité générale du texte sème le doute sur l’ouverture et l’accueil. A sa lecture, je doute qu’elles rejoignent. Problème, non ? Nous, pratiquants (SIC) de la laïcité venus de tous horizons, sommes la majorité sociale de la France, cela doit suffire à imposer le respect à ceux qui prétendent la mettre en cause. Ne nous laissons plus faire par ceux qui veulent nous diviser !
Il n’y a pas, dans notre pays, de guerre de civilisations qui opposerait les religions, une en particulier l’Islam, à la démocratie. Il y a une lutte, totale, où se confrontent la République et les extrémistes qui veulent sa chute.
Pour préserver notre bonheur collectif, il faut assumer la fermeté laïque. Etre fermes, cela signifie condamner toute exaction commise contre les croyants mais aussi au nom des religions. C’est refuser la poussée des revendications communautaires, dans les services publics mais aussi dans les entreprises ou l’espace public. C’est en finir avec les petits accommodements politiciens qui visent à financer de façon détournée les lieux de cultes ou les établissements scolaires. OK, mais alors on fait quoi ? Les lieux de culte sont insuffisants faute de presence historique de l’islam. les fidèles, tres largement issus des couches (les plus) modestes ne peuvent y pourvoir. la liberte de culte, c’est aussi trouver une solution a l’impossibilite observée de pratiquer . Financement étranger ? c’est pire que le mal, car ce ne sont pas les candidats au financement qui manquent, ce sont les conditions ideologiques qui vont avec – et qui constituent le vrai danger, ce qui est justement dénoncé plus haut. Donc ici on va vite en besogne, on jette le bébé avec l’eau du bain. bien sur il y a eu des negligences et du coulage, et un manque de suivi. Remettre à plat des pratiques, pas procéder par oukazes dogmatiques. C’est refuser que certains de nos concitoyens s’enferment (1), ou soient enfermés malgré eux (2) , dans des « communautés », réduits à leur pratique religieuse, mis en demeure d’être des religieux « modérés » (3) au lieu d’être simplement considérés comme des français. collision de realités fort différentes, amalgamées ici du seul fait qu’elles sont frappées de rejet. Pour (1), qu’on m’explique comment on peut refuser a quiconque telle ou telle pratique de vie, dès lors qu’il se conforme aux lois. la démarche doit être inverse, a savoir que quiconque doit se voir offrir la possibilité de ne pas s’enfermer s’il ne le souhaite pas (on retrouve ici la proposition (2)), et de se voir protége dans ce choix. La nuance n’est pas mince !! Mais (2), suppose autre chose. La contrainte.Implicitement, de la communauté sous toutes ses modalités – famille, entourage, traditions, etc. Là encore, il ne s’agit pas de « refuser » mais d’aider au non-enfermement, créer les conditions aux individus qui leur permettent de vivre selon leur liberté. Mais la rhétoriqueimplicite de la phrase est autre, Elle insinue fortement qu’il n’y aurait d’attitude  communautaire que « malgré soi », forcée, imposée de l’extérieur à des esprits dominés. (1) n’est que faux-semblant de (2). C’est porter un jugement moral sur des millions d’individus, des milliards de par le monde .C’est amalgamer le niveau du politique (OUI, la République ne connaît que les citoyens), et celui de la vie personnelle et de la liberté qui y est attachée.Quant à (3), ça n’a rien à voir, c’est là pour faire joli, on l’a entendu dire sans avoir bien compris, ça fait fausse fenêtre. On me montrera le fondement du rapport.   C’est refuser le déferlement des propos racistes qui les visent actuellement.
La fermeté laïque c’est surtout affirmer que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais le lieu où peut s’épanouir une totale liberté de conscience : les textes fondamentaux de notre pays garantissent autant le droit de croire que de ne pas croire. Il faut dire sans frémir : dans la République, on peut tout aussi librement pratiquer les religions que les critiquer.
Enfin, le Parti socialiste doit porter une nouvelle ambition laïque, en particulier pour l’Ecole. Lorsque la laïcité est attaquée, l’Ecole doit plus que jamais être la première priorité de la République. De nombreuses initiatives ont été prises depuis 2012 par le Gouvernement et méritent d’être saluées. Mais la situation est grave comme en témoignent les nombreux incidents dans les établissements au moment du drame de Charlie Hebdo, et plus massivement encore les 150 000 décrocheurs rejetés par le système chaque année. L’inégalité scolaire frappe si largement et si durement nos enfants qu’elle transcende les questions de religion, d’origine ethnique, de zones urbaines ou rurales. L’Ecole ne peut régler tous les problèmes de la société, a fortiori si la société ne règle pas les problèmes de l’Ecole. C’est autour de sa refondation que doit se faire l’unité nationale.
Face à la situation de notre pays, nous demandons un « plan d’urgence laïque », dont les premières propositions sont :
1- Commander un audit national sur l’ensemble des financements publics en faveur des cultes, et y mettre un terme, y compris lorsque ces activités sont présentées comme « culturelles » La cause est donc entendue, sans nuance. On voit clairement les conséquences, et qui va étré affecté. Si c’est pas claquer la porte – campé certes sur le grand cheval des principes, et au nom de l’égalité -à une partie des citoyens, qu’on me le démontre
2- Revenir sur la loi Carle de 2009 obligeant les communes à financer la scolarité des élèves dans les établissements privés confessionnels situés dans d’autres communes (Art. L.442-5-1 et L.442-5-2 du code de l’éducation).
3- Permettre, par la loi, aux entreprises et structures de droit privé de faire respecter la neutralité religieuse en leur sein
4- Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non- confessionnels  Au passage, qui pour porter cette parole ? Réprésentatif de qui ? Mandaté par qui ?
5- Demander aux élus de ne plus s’exprimer, es qualités, lors des offices religieux auxquels ils sont amenés à participer.
6- Faire entrer l’ensemble des territoires de la République, y compris l’Alsace-Moselle et les outre-mers, dans le champ d’application de la loi de 1905, et supprimer dès avant cela le délit de blasphème.
Pas de plus grande urgence !! Voilà qui promet de belles batailles, un beau merdier, des hostilités là où tout est calme. Il y a eu un procès pour blasphème récemment ? Quelqu’un pour soulever la question ? Ceux qui s’y sont risqué s’y sont brûlé les doigts et n’y reviendront pas de sitôt ! Trop Français, cette volonté d’uniformiser quand aucun réel péril d’actualité n’y contraint.
7- Tenir l’engagement présidentiel n°46 en intégrant la loi de 1905 dans la Constitution

Louis Pasteur écrivait : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue: le mot «enthousiasme» - du grec en-theo, Dieu intérieur. » Nous voulons que la gauche porte, pour la France, un nouvel enthousiasme laïque. On avait bien senti dans le texte (voir notamment le 4 ci-dessus, ou « pratiquants de la laïcité » plus haut) que la laicite est ici érigée en dogme concurrent, à l’instar des religions – ce que la loi de 1905 ne fait pas.

dimanche 1 février 2015

Après Charlie





Depuis le 7 janvier, devant l'urgence à réagir, mais aussi à clarifier, à discuter certaines réactions qui m'ont semblé incomplètes, ou mal informées, ou discutables, j'ai surtout écrit sur Facebook (chercher joelbertrand@hotmail.com) en réponse, ou pour signaler des textes qui me paraissaient intéressants.
On s'est étonné que rien ne soit paru sur ce blog (vous seriez quelques un(e)s à me lire !!!). J'ai donc rassemblé ici ce que j'ai pu retrouver, épars. S'y dessine je crois comment je perçois la situation, et l'action à mener.

8JAN
Un petit florilège pour yeux embués. Rire aux larmes. Rire comme hommage à la vie. Merci à ceux qui sont tombés, et respect.



9JAN
Je ne suis pas Charlie, de Marcel SEL
http://blog.marcelsel.com/2015/01/07/je-ne-suis-pas-charlie/

Mon ami Qudus a diffusé ce texte. Je m'y suis beaucoup retrouvé. Pas dans tout, mais beaucoup. Je n'ai pas écrit ‪#‎JeSuisCharlie. Mais j'ai posté des dessins qui m'ont paru pertinents pour parler du meilleur de l'esprit "bête et méchant". Hommage et reconnaissance. Je ne me suis toujours pas remis de la fois où Paul VI disait "Moi je crois mais je ne pratique pas". Ca doit faire 30ans, mais chaque fois que j'y repense je me marre. Au fait, peu de reprises de ce petit florilège de dessins. Je n'ai pas écrit #JeSuisCharlie, cette formule me gêne, comme tous les ‪#‎Je Suis... du reste. Je n'ai pas besoin d'"être" l'Autre pour en être solidaire, pour partager ses peines, ses rêves ou ses combats. Pour nouer alliance, approfondir une relation, aimer même. C'est même justement parce que je ne "suis" pas l'Autre que je respecte ses différences, que je le reconnais tel qu'il est. Qu'il me nourrit, justement, de ce qu'il n'est pas Moi.

11JAN
Lettre ouverte au monde musulman, de Abdennour Bidar
http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html

Ben oui, beau texte, vaste chantier, dont nous sommes spectateurs. Ce qui ne veut pas dire passivité. Aux Musulmans eux-mêmes de répondre à ces questions, à nous, autres, de faciliter les bonnes dynamiques (celles qui concourent au vivre ensemble). Quelles voies cela empruntera-t-il ? Quel temps ? D'ici là, alliances autour de valeurs essentielles et communes ou similaires, compatibles; trouver des terrains communs; soutenir les forces vives - surtout ne pas jeter les indécis dans les bras des extrémistes par des incompréhensions et malentendus. Un gros effort à faire : comprendre, connaître, c'est à dire aussi considérer et reconnaître, respecter, quitte à critiquer sévèrement, en connaissance de cause.

 13JAN
Why did the world ignore Boko Haram attacks ?
http://www.theguardian.com/world/2015/jan/12/-sp-boko-haram-attacks-nigeria-baga-ignored-media

The millions in the streets of France were also protesting against Boko Haram, against AQMI, against Daesh, against Al Kaeda if anything like that is still there, etc. It was an answer to all terrorisms (be them "Moslem" or not) who want to suppress freedom (of expression here, of listening to music, of playing football, or laughing, ... there). I trust a day will come when in Lagos also, in the whole of Sahel up to East Africa, people will rise in protest, will unite against our common enemy, whatever the way (marching the streets is our custom in such cases, there could be many others to express anger and determination). Let us rise in protest, let us unite - and not only sit, pray and ask what is the government doing? what is the West doing? what are the Muslims doing? what is anybody but me doing?

Post by Qudus Onikeku : 6 African president were present in Paris, one of them sighted crying like an idiot, his country Benin is just two hours by road to nigeria. Where 2000 people reported dead, he shed no tears, he paid no visit and made no match. What a wonderful world. ‪#‎Baga ‪#‎Massacre is where 21st century humanity died. Hypocrisy is when our liberty of expression, weighs more than our humanity.

Had he gone to Nigeria, wouldn't he have been alone marching, abi ?

14JAN
Pour ceux qui, comme moi, n'ont pas eu leur exemplaire, un petit échantillon du Charlie Revival. Comme on aime, grinçant et solidaire, autodérision et attention au monde. On peut se moquer de tout, et même de soi. Du rire salutaire, et aux pisse-vinaigre, reprenez-en une gorgée bien déployée.




16JAN
Dans quelles conditions l'islam autorise-t-il la représentation du Prophète ?
http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/15/dans-quelles-conditions-l-islam-autorise-t-il-la-representation-du-prophete_4557365_4355770.html














Très intéressant, toujours bon de comprendre. Ya besoin d'être éclairés, pour tous.

 Le « musulman modéré », une version actualisée du « bon nègre »
http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html?_reload=1421430904816

Réaction à l'article du Monde intitulé : "Le 'musulman modéré', version actualisée du 'bon nègre' ". Désolé, mais pas bon cet article. C'est pas ce qui va dans le sens de la lutte à mener. Pour faire court : très significativement, il parle des "cathos" (qu'il définit de façon intéressante). Mais parler de Catholiques pour ceux qui sans pratiquer baptisent leurs enfants et se feront enterrer religieusement, c'est pas une injure. Ainsi peut-on parler de Musulmans dans les mêmes conditions sans "accoler" ou "singulariser".
En fait, la symétrie, sur laquelle repose la démonstration, ne tient pas. A "cathos", tel qu'il le définit, correspondrait "barbus", et non Musulmans qui correspond alors à Catholiques. Athée tranquille, que je le veuille ou non j'ai grandi en milieu chrétien J'ai vécu beaucoup en Afrique, notamment en pays d'Islam. J'y étais vu comme chrétien, ça allait de soi ,je ne me suis pas senti offensé ou accolé pour autant, tranquille dans mes convictions - sans me priver d'expliquer quand cela valait la peine. En fait, l'auteur ici parle plus de lui, et de sa relation qui semble complexe voire difficile à la culture religieuse dont il est issu, que de la question politique qu'il aborde. L'heure est à rassembler, dépasser des querelles (bon nègre) et faire face au présent.

17JAN
On Charlie Hebdo: A letter to my British friends
http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-tonneau/110115/charlie-hebdo-letter-my-british-friends

I didn't address much my English speaking friends during the last few days. My comments and reactions about what happened in France -which have so many links with what is happening daily in the world, and especially in Nigeria and East Africa - were more targeted to my fellow citizens. I was asked sometimes for translation. Rather, read this paper, I think it explains very well the situation here, what that newpspaper Charlie Hebdo represents here in France, what is our specificity and our point of view.
I do not agree 100% with what is said, but with most of it. There is fire on the mountain, sang Asa ( Asa Official).Joining forces need a big amount of mutual understanding.

18JAN
Manifestations à Zinder: 4 morts et 45 blessés, le Centre culturel français incendié
http://www.itele.fr/monde/video/manifestations-a-zinder-4-morts-et-45-blesses-le-centre-culturel-francais-incendie-107992

Manifs au Niger et dans le monde musulman. Des morts, pour une caricature qu'en plus je trouve assez sympa. Gouffre d'incompréhension. Je lis beaucoup de réactions ici qu'on pourrait résumer : "Sauvages", "Bandes de cons". FAUX, d'abord, bien sûr. Mais surtout TRES DANGEREUX. Rejeter ainsi, c'est se priver de comprendre, et surtout de convaincre. Eriger des murailles au lieu de jeter des ponts, renvoyer au lieu de rapprocher. On ne terrassera le djihadisme que si on rassemble, si on l'isole, si on convainc de sa nocivité, pas si on lui livre des troupes. C'est là-bas on s'en fout ? Mais ceux qui manifestent à Dakar, Niamey, ailleurs, leurs pères, frères, cousins, sont parmi nous, par milliers. Dans nos écoles aussi. Comprendre n'est pas se compromettre, c'est se donner les moyens de vaincre.

Sur une citation de Romain Gary

Très juste cette page de Romain Gary. Mais de là à la faire partager ... Combien de temps, de siècles, et surtout de luttes, a-t-il fallu aux institutions, aux pouvoirs, pour l'admettre, et cesser la répression ?? Nous jouissons d'une histoire de combats pour la reconnaissance de cette liberté, cette histoire-là n'est pas tellement partagée. Ne serait-ce pas justement notre impératif devoir de convaincre de sa pertinence ?

"(…) Seuls le manque de respect, L’ironie, la moquerie, la provocation même, peuvent mettre les valeurs à l’épreuve, les décrasser et dégager celles qui méritent d’être respectées. Une telle attitude (...) est pour moi incompatible avec toute adhésion politique à part entière. La vraie valeur n’a jamais rien à craindre de ces mises à l’épreuve par le sarcasme et la parodie, par le défi et par l’acide, et toute personnalité politique qui a de la stature et de l’authenticité sort indemne de ces agressions. La vraie morale n’a rien à redouter de la pornographie– Pas plus que les hommes politiques, qui ne sont pas des faux-monnayeurs, de Charlie hebdo, du Canard Enchaîné, de Daumier ou de Jean Yanne. Bien au contraire : s’ils sont vrais cette mise à l’épreuve par l’acide leur est toujours favorable. La dignité n’est pas quelque chose qui interdit l’irrespect et elle a au contraire besoin de cette acide pour révéler son authenticité."
Romain Gary in "La Nuit sera Calme", 1974

 19JAN
Defending ourselves agains atrocities, by Jibrin Ibrahim
http://blogs.premiumtimesng.com/?p=166595

Pour aller au-delà de l'horreur qui nous saisit, et comprendre mieux tenants et aboutissants du phénomène Boko Haram au nord Nigeria, cet article de mon ami Jibrin Ibrahim, que je salue ici, et que je remercie de nous éclairer. Nous sommes ensemble, contre les mêmes immondes. 20JAN
Le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe en intégralité













Tiens, pour ceux qui ne l'auraient pas écouté, le discours de François Hollande à l'Institut du Monde Arabe. Je le reprends de La Marseillaise, qui le rend accessible en intégralité. Que cela soit la position officielle de mon pays me plaît. On peut discutailler, se démarquer ici et là, mais l'essentiel est solide. Reste à mettre en œuvre. http://www.lamarseillaise.fr/flux-rss-la-marseillaise/a-la-une/35083-le-discours-de-francois-hollande-a-l-institut-du-monde-arabe-en-integralite
Et puisque j'y suis, pour ceux qui préfèrent lire, la version écrite: http://www.elysee.fr/chronologie/#e8342,2015-01-15,ouverture-du-forum-renouveaux-du-monde-arabe-l-institut-du-monde-arabe


21JAN
Entendu sur France Culture il y a plusieurs heures - ma mémoire des chiffres peut être approximative, mais l'ordre d'idées importe. En France, 85% des personnes interrogées partagent l'idée que l'homme actuel descend d'espèces anciennes disparues. On en est à moins de 60% aux Etats-Unis. Sondage dans le corps enseignant, toutes disciplines confondues. A la question "l'homme est-il le produit d'une évolution ?", Oui à 95% en France, 53% en Roumanie, 35% au Sénégal. Une fois l'étonnement passé, il ne s'agit pas de s'indigner, encore moins de stigmatiser, mais de prendre conscience qu'il faut faire avec une réalité (non pas l'accepter, mais la prendre en compte, le temps qu'elle change, ou qu'une action cohérente menée la fasse évoluer).

Humanity Against The Narcissists Of Death By Wole Soyinka
http://saharareporters.com/2015/01/13/humanity-against-narcissists-death-wole-soyinka#.VLW0TLNgBjw.linkedin

Que de lectures ! Voici un magnifique texte de Wole Soyinka (il l'a pas volé, son Nobel). Pour lui, face aux "narcissists of death" - fachistes fascinés par l'image de leur propre puissance mortifère - on ne peut que Mobiliser ou périr ("Mobilize, or perish!"). Bon slogan, le seul qui vaille. Mobiliser, largement, toutes les forces qui ne se reconnaissent pas dans la haine de l'autre et de la vie.

 23JAN
Niger: une lettre de Jean-Pierre Olivier de Sardan (anthropologue IRD, APAD)
http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-couture/200115/niger-une-lettre-de-jean-pierre-olivier-de-sardan-anthropologue-ird-apad

Une très intéressante analyse des manifestations au Niger, par Pierre-Oliver de Sardan.

 27JAN
First lady Michelle Obama shakes hands with Saudi king. So?
http://edition.cnn.com/2015/01/27/politics/michelle-obama-shakes-hands-saudi-king/index.html

@Joachim Buwembo said : I remember a major diplomatic crisis that erupted between Iran and Zimbabwe because a visiting Iranian delegation was served dinner when there were women seated at the same table, including the lady foreign affairs minister. The Iranians refused to eat and left the country abruptly.

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So they left ? Good for them. As much as I respect the uses and ways of a religion, I have my owns and live by them, especially when I am at home and even when I visit others. I remember meeting a traditional ruler, actually the Kabaka, at the Uganda Embassy in Kampala. I did not flex my knee nor lie on the floor, but saluted him as respectfully as I can. Same; as a non-believer, I do not kneel at Church nor cross, but I stand, bareheaded, as this is our way to show respect. If anyone takes offence, too bad, because there is nothing offensive in my behaviour. The offence would come if I were imposed to behave diofferently. What Michele Obama did needs to be commended. The right way to interact in an intgercultural situation.
  
 
 
 










lundi 13 octobre 2014

Exilés, réfugiés, migrants, quelles différences ?

Complément à l'article MIGRATOIRES, posté antérieurement

J’assistais tantôt à une conférence sur le thème de la frontière. On m’avait proposé de venir pour une table ronde, sur l’éventualité d’une « communauté exilique ». Déjà le titre : perplexe, une vague idée de ce dont il pouvait s’agir. Des interventions d’universitaires, assauts de brillance, de mots qui rebondissent, abscons souvent, name dropping en pagaille, Derrida, Deleuze, beaucoup dont j’ignore tout, et « je renvoie les lecteurs de Hannah Arendt à … ». J’ai eu de la chance, je ne me suis pas fait renvoyer.

Mon malaise majeur néanmoins est venu de ce qui m’a semblé une confusion de termes, exilé, immigrant, clandestin, réfugié, etc. chez ces littéraires qui m’ont semblé oublier l’injonction de Mallarmé (plusieurs fois cité) : « donner un sens plus pur aux mots de la tribu ». Mallarmé s’adressait il est vrai aux poètes.
Mais est-ce bien clair pour moi aussi ? D’autant que les mots ont une épaisseur, une histoire, et que certaines acceptions renvoient à différents niveaux de réalité. Essayons, dans la perspective d’une réflexion pour une politique migratoire. Etat des lieux.

Pour moi un exilé c’est celui qui ne peut rentrer dans son propre pays car il y perdrait sa liberté, voire sa vie, il y encourt arrestation, nommément. J’ai envie de prendre comme exemple, puisqu’il est mort voilà très peu, Jean-Claude Duvallier, l’ancien dictateur d’Haïti – parce que parmi les exilés, il n’y a pas que des gentils. Ils trouvent un pays d’accueil, y obtiennent le statut de réfugié (attention à l’ambiguïté des mots), ils ne peuvent rentrer chez eux. C’est le cas des grandes figures de l’exil, dans le passé comme au présent. Trotsky, de nombreux Chiliens à la chute d’Allende, les ressortissants de l’Est aux temps soviétiques. Souvent des personnalités, des responsables, individualisés. A donner des exemples, on voit aussi des cas où l’exil est volontaire, résultant d’une impossibilité ressentie à vivre chez soi, sous un régime oppressant. Hugo. En général, l’enfermement viendrait au retour. On rentre, parfois avec honneur, quand la situation se renverse.

Le réfugié relève d’un autre profil. Il est en masse. Il fuit, avec quantité d’autres, une situation où il estime courir un danger, être sous la menace. Il se sauve. Sa fuite l’emmène le plus souvent dans un pays voisin (parfois même dans son propre pays, en cas de conflit interne).
La réponse apportée au phénomène est la création de camps, sous l’égide le plus souvent des Nations Unies, qui ont un Haut Commissariat (UNHCR) qui s’y consacre. Ils ont établi le camp de Dadaab au nord Kenya, près de la frontière, qui rassemble près d’un demi-million de Somaliens à ce jour. A certains égards, on est proche de la crise humanitaire, résultant d’un cataclysme. De vastes mouvements de populations, installées à l’abri, pour des durées imprévisibles.
C’est dans un second temps que le réfugié redevient individu. Quand, à titre individuel, et pour une petite minorité seulement, ils déposent des demandes d’asile auprès d’autres pays. Cette partie sort du camp, on dirait par le haut, et partage avec les exilés le statut de réfugié quand ils sont acceptés par un pays d’accueil. Les autres attendent, le retour comme horizon, la fin du conflit, le changement ou l’évolution du régime, que cesse ce qui les a fait fuir. Le camp s’autonomise, échappe au contrôle des autorités du pays d’accueil et de l’ONU, s’enkyste. Ce sont les réfugiés hutus  dans l’est RDCongo, les camps de Somaliens au Kenya, noyautés par les Shebabs. Ce sont les camps des Palestiniens au Liban, depuis 1946. Rares sont les exemples d’intégration dans le pays d’accueil.  Combien de temps cela a-t-il pris, en France, pour les Républicains réfugiés de la guerre d’Espagne ?

Et puis il y a les migrants – émigrés d’un côté, immigrés de l’autre, souvent en danger au milieu. Dans leur cas, pas de péril grave ou immédiat, mais une impérieuse nécessité ressentie, désir d’ailleurs où tout est possible quand ici est bouché, que les rêves y sont étroits (« Là-bas » de J.J.Goldman dit tout à ce sujet), pression du groupe, phénomène du cadet, etc. Impérieuse nécessité, qui peut aller jusqu’au rien à perdre, risquer tout, « no future », jusqu’à sa vie. Si leur nombre fait masse, leur migration relève de la décision individuelle.
Qu’advient-il d’eux ? Certains immigrent légalement, sont dotés d’un titre de séjour, permettant le travail. Tout se passe bien jusqu’au renouvellement, qui se fait ou pas. D’autres arrivent avec un visa touristique, obtenu très normalement ou par acrobatie, et plongent dans la clandestinité à son expiration. D’autres enfin entrent illégalement, par toutes sortes de chemins, grâce à toutes sortes de fricoteurs et aigrefins.
C’est alors la galère de la clandestinité, la précarité et l’exploitation tous azimuts. On s’impose aux « frères » qui accueillent, on s’expose sans défense à la rapacité de patrons peu regardants et des mêmes « frères » qui prêtent leurs papiers quand on parvient à trouver un travail. En attendant le bout du tunnel, une régularisation hypothétique de moins en moins probable. Ou l’arrestation et l’expulsion.
Certains sont demandeurs d’asile. Ils se déclarent dans le pays d’arrivée, bâtissent un dossier souvent bancal en invoquant une raison plausible. Peu finissent par se voir décerner le statut ô combien envié de réfugié, au bout de mois d’instruction de dossiers qui auront créé parfois des situations irréversibles (un travail stable, une relation affective pas toujours blanche, un enfant né. Ils auront eu un répit, à l’abri de l’expulsion pour un temps. Comment faire le tri, séparer le « bon » menacé du « méchant » migrant économique. D’autant que tenter sa chance ailleurs n’a rien d’infâmant.
Après tout, ils n’ont rien de différent, ces migrants économiques, de tous ceux qui autour de voilà 100 ans quittaient leur village, leur pauvre famille, attirés par les pôles urbains et industriels. Exode rural. A ceci près que cela se passait alors dans les frontières de l’Etat-nation, issu des Révolutions du XIXe. C’est mon grand-père qui a quitté le Champsaur pour aller faire le cheminot à Grenoble. Et que cela se passe aujourd’hui à travers des frontières. Comme mon autre grand-père qui a quitté le Piémont pour venir à Aix. Il s’agit aujourd’hui des frontières issues de la décolonisation qui apparaît alors comme un marché de dupes, frontières  que ces migrants ignorent – révélant au passage leur réalité d’exclusion. Ils savent, aux, que nous sommes globalisés.
Au passage, ces migrants peuvent eux aussi souffrir du sentiment d’exil – même si rien ne les empêche de rentrer – vivre dans la douleur l’éloignement, le déchirement entre deux cultures ou univers. Ce sont des exilés affectivement, non statutairement.

Pour autant, que faire dès lors, car il convient là aussi de traiter avec générosité et justice, mais aussi rigueur une situation qui dérape et sape notre « vivre-ensemble », expression à la mode. Si mes distinctions sont fondées, il faut les faire vivre. Dans le cadre d’une politique du « Accueillir largement, expulser résolument », cela exigerait une redéfinition du statut de réfugié, ou tout au moins de son mode d’attribution (clarification des critères, modalités du dépôt de la demande, rapidité de la décision – moins de deux mois, ça existe, je l’ai rencontré). Le flou actuel le met en danger, propice par effets pervers à l’injustice et aux abus. Là encore, la générosité, la vraie solidarité vont avec de la rigueur.


Remarque subsidiaire, pas encore approfondie, exploratoire : faut-il que les problèmes de migration relèvent de la justice ? Ne conviendrait-il pas de décriminaliser (est-on criminel quand on se met en situation irrégulière ?), de décharger les tribunaux ? Des juridictions spécialisées – comme on a les prud’hommes pour le travail, ou les tribunaux de commerce – pourraient être envisagées, où pourquoi pas inclure jurés populaires, acteurs sociaux, représentants d’immigrés. Mais à manier avec des pincettes. Comme l’idée d’un grand ministère des Migrations/Intégration/etc., qui sortirait la question de l’Intérieur dont l’approche est fatalement policière. Même si l’expérience sarkozyste a montré la possible dangerosité de la chose.