mardi 26 avril 2022

REPARTIR A GAUCHE 4 : renouveler la démocratie

DES SOLUTIONS NOUVELLES, PAS DE FAUSSES LUNES

Il y a un besoin, chez chacun, de participer bien davantage aux délibérations, aux décisions qui concernent notre vie. La représentation politique existante, les rendez-vous de loin en loin, ne suffisent pas. Il faut améliorer l’implication, animer les débats. Reste à savoir comment.

Le référendum (d’initiative populaire ou pas)

C’est ce qui a la côte, l’étendard que l’on déploie, chez Le Pen comme chez Mélanchon, le parangon de ce qui rendrait la parole au peuple. Sauf à accepter le caractère démagogue de cette dernière affirmation, mieux vaudrait y regarder à deux fois. Et distinguer largement.

Le référendum Vème République

Il est prévu dans notre Constitution actuelle, et beaucoup ont eu lieu. Avec plus ou moins de bonheur.

Je ne suis pas juriste, encore moins constitutionnaliste, mais en gros … Le référendum est l’outil qui permet de soumettre au peuple souverain des décisions majeures, qui ont besoin de sa validation pour être légitimées.

Ainsi d’une révision de la Constitution, si celle-ci ne trouve pas une majorité des 2/3 des deux assemblées réunies pour l’approuver, ou si le Président juge l’importance si cruciale qu’il est besoin du recours au suffrage universel. Pour autant, la question posée aux électeurs doit être approuvée dans les mêmes termes par les deux chambres, et ne peut être que OUI ou NON.

De même en cas de traités internationaux, en particulier impliquant la souveraineté du pays.

Un instrument adapté … mais seulement quand la situation est simple

OUI ou NON tranchent. Ainsi par exemple lorsqu’il nous a été demandé d’approuver l’autonomie de la Nouvelle-Calédonie, ou l’entrée de la Grande-Bretagne et quelques autres pays dans la Communauté Economique Européenne. Au fil du temps d’ailleurs, la participation à, et donc l’engouement pour, ces exercices formels, obligatoires mais de peu d’enjeu, a décru. Idem pour la réduction du mandat présidentiel à 5 ans.

C’est autre chose quand l’enjeu est complexe. Ainsi du Traité de Maastricht où NON a rassemblé le refus total de l’Europe, mais aussi l’Europe oui mais pas comme ça, OK mais sans telle clause, et d’autres encore. Pire, le référendum de 2005 sur la possibilité d’une constitution européenne, sujet extrêmement complexe, difficilement compréhensible d’ailleurs, et où les positions se sont figées sur des points secondaires, voire surtout sur le soutien, ou non, au gouvernement – ce qui avait peu à voir. Quand il n’est pas simple, le recours au référendum à tend à devenir un plébiscite, un prétexte à relégitimer un pouvoir en place, ce qui est un total dévoiement. On a en mémoire le référendum sur la décentralisation, proposé par De Gaulle, et qu’il a perdu, non tant pour le projet qui pouvait être très fécond, mais par le désir de changement dans le pays.

Ainsi, lors des trois derniers mandats, les Présidents se sont bien gardés de soumettre des réformes au référendum, tant ils étaient conscients que les Français ne se prononceraient pas tant sur la question posée, que sur eux et leur politique.

Référendum ne dit pas démocratie : danger

Le référendum serait a priori démocratique. Car expression du Peuple. Et une candidate malheureuse de brandir le syllogisme : qui ne fait pas de référendum a peur du peuple, n’est pas un démocrate. C’est largement à nuancer.

On l’a dit, la référendum tourne vite (a tendance à tourner) au plébiscite. La question posée disparaît derrière un rejet de la politique d’ensemble de qui la pose. Ou au contraire il est fait appel, à travers une approbation, à une validation du pouvoir – possiblement pour vaincre un obstacle institutionnel à des pouvoirs désirés. Qui peut s’opposer, après, à qui a obtenu un aval populaire ?

Autre aspect : la démocratie n’est pas la dictature de la majorité. Un référendum, sans garde-fou, peut faire accepter des mesures discriminatoires, clivantes, à l’égard d’une partie de la population qui y perdrait ses droits légitimes défendus par la Constitution. Un référendum sur le voile islamique ? Sur la viande casher ou hallal ? Sur le mariage homosexuel ? Sur la longueur des jupes ?

On nous en annonce un sur la fin de vie – sujet profond. OUI ou NON à quoi va-t-on être appelés à répondre ? Sur des questions infiniment délicates, toutes en nuances et cas spécifiques, c’est le consensus le plus large qui est à rechercher, non le couperet référendaire. Ou alors pour enregistrer le consensus élaboré ? A quoi bon ?

Au final, le référendum, recommandé en soi, utilisé à tire-larigot, et non avec toutes les précautions nécessaires, est le joujou des démagogues. Il est chéri de ceux qui s’auto-proclament représenter le Peuple, entité mythique, indistincte, dont ils seraient l’expression contre les élites, les puissants, les riches. Ce sont généralement des individus, des leaders qui s’arrogent ce rôle, souvent avec un talent tribunicien – pas des dirigeants de mouvement populaires, même s’ils peuvent recueillir l’assentiment de foules et de masses d’électeurs. Quousque tandem, Catilina, …

Dynamiser l’initiative populaire

Le référendum ainsi nommé tombe sous les critiques de ce qui précède. Mais pas pour autant l’initiative populaire.

En effet, il serait utile que des citoyens partageant en nombre (à déterminer) une préoccupation, en fassent état collectivement (quelle que soit l’initiative de départ qui le suscite, et qui le mette en forme). C’est la bonne vieille pétition, qui pourrait retrouver une nouvelle jeunesse.

Une contrainte institutionnelle à traiter un sujet largement soutenu

Il serait bon qu’une telle initiative, si elle atteint le nombre dit, provoque obligatoirement, institutionnellement, une attention et un traitement de la question, sous une forme ou une autre – et pas un référendum national, par OUI ou NON. Ce peut être évidemment un débat parlementaire, avec obligation d’aboutir, de se prononcer (pas d’approuver). Mais il y a d’autres approches possibles – qui n’excluent pas le passage par le Parlement, in fine.

Les consultations citoyennes

La formule de l’essai qui a été fait à propos de l’environnement a des aspect séduisants : tirage au sort des membres, travail approfondi, auditions d’experts, recherche de consensus, élaboration de propositions concrètes. Elle a aussi montré ses limites. Etendue excessive du champ de réflexion, multitude des propositions, non hiérarchisées, flou voire malentendu sur leur devenir : qu’est-ce qui est contraignant pour l’exécutif, étant entendu que le Parlement reste maître de l’élaboration de la Loi.

N’empêche, la formule pourrait ête multipliée, en particulier sur des questions de société. Mais des questions plus ramassées, avec une restriction à 10 à 20 propositions, par exemple, hiérarchisées, distinguant le réglementaire et le légal.

Un produit d’une telle consultation qui continuerait à être controversé, ou qui aurait généré clivage plutôt que consensus, pourrait faire l’objet d’une consultation plus vaste.

Une consultation d’un échantillon de 2 à 3 millions de citoyens

Une idée, une proposition, dans l’idée de faire participer le grand nombre à la prise de décision, mais sans la solennité, la raideur, les embûches, et l’inévitable remise en cause du pouvoir qui va avec le référendum « classique ».

On en a les possibilités techniques.

On peut tirer au sort une quantité importante de citoyens – répartis sur le territoire – et leur demander de se prononcer sur un sujet en débat.

Pas forcément par OUI ou NON, d’ailleurs : le système vote au jugement majoritaire peut être ici bien plus fécond.

Vote électronique, manuel pour ceux qui préfèreraient, ouvert sur une semaine par exemple, ce ne serait pas un grand drame national, mais le sentiment de tous d’avoir été (ou pu être) consulté ne serait pas négligeable.

Les possibilités locales

Compte-tenu de tout cela, ces implications de citoyens peuvent aussi trouver des applications locales – pas besoin de la dramatisation nationale. Au niveau des communes, métropoles ou départements, régions. Selon les questions posées, les problèmes qui se posent.

Et à ce niveau peut être envisagé la possibilité de révocation d’élus, selon des procédures bien encadrées – ou pourquoi pas même une confirmation à mi-mandat ?
Ainsi, s'il s'agit du niveau national, si besoin était (demande de X% du corps électoral) pourrait-il être demandé au suffrage universel si, OUI ou NON, les citoyens souhaitent le départ du Président, un changement de gouvernement, ou la dissolution de l'Assemblée Nationale - un référendum qui alors répondrait bien à la question posée.

lundi 25 avril 2022

REPARTIR A GAUCHE 3 : les valeurs, pas la doxa

PREALABLE A UN REDEPART FECOND

 Qu’il faille reconstruire un mouvement politique à gauche, sur les ruines de l’existant, rassemblant toutes les sensibilités, une fois dissipées les impasses, blocages et archaïsmes fussent-ils somptueux, sur une base républicaine, sociale, écologique et réaliste, est un truisme. Tout un chacun à gauche le proclame.

Mais peu semblent avoir pris la mesure de la refondation nécessaire, d’une remise à plat complète, fondée sur une analyse d’une réalité nouvelle qui a muté par rapport aux situations qui ont fait les représentations et les imaginaires de la gauche depuis un siècle.

Non pas faire table rase, mais revenir aux racines, aux fondamentaux. Marx ne dit pas autre chose : lors qu’il propose des solutions, c’est à partir de l’analyse faite de la situation – et qui ne valent que par rapport à cette situation. Qui, si elle change, exige remise à plat et élaboration d’autres solutions. Hors tout dogmatisme, en élaguant tout ce qui est devenu obsolète, fût-il glorieux et sujet à nostalgie, voire rassurant.

Remettre à plat, déconstruire de fausses certitudes, rebâtir un corpus théorique apte à permettre le changement, l’évolution des rapports de force, est un impératif, bien avant la réflexion sur la stratégie et les appareils politiques.

La doxa

J’entends par là ce dont, quand on se dit de gauche, quand on se sent de gauche, on a la tête pleine.

Ce sont les grands moments de notre histoire, les luttes passées, victorieuses et dramatiques, soulèvements, grandes grèves, avancées sociales majeures, 1789, la Commune, le Front Populaire, les braves soldats du 17ème, les martyrs de la Résistance, le CNR, 1968 aussi, et toutes les libérations qui ont suivi, qui sont en cours. De quoi nous exalter, et il y en a besoin. Se sentir héritier, et obligé.

Cela va avec des jugements, des appréciations, liées à la mise en acte des valeurs de gauche. Largement partagés, pas toujours identiques. Méfiance à l’égard des religions, qui peut aller jusqu’à l’anticléricalisme, du fait de l’histoire de notre République. Rejet du riche et culpabilisation de l’enrichissement, car associés à bon titre à l’exploitation et la misère. Hostilité au marché et désir de régulation politique. Héroïsation de la grève, et mépris du compromis, que l’on préfère se voir imposer qu’accepter. Rejet du licenciement, dans l’absolu. Peu de considération pour les contraintes économiques – l’argent est là, ça fera l’affaire. Valorisation de la stabilité, le changement étant menace, et dénoncé comme précarité. Etc. Pour ne mentionner que ce qui me vient sur l’instant à l’idée.

Ces jugements, devenus réflexes, ont leur histoire, et ainsi leur valeur. Mais, s’ils ont pu avoir leur justesse, ou leur efficacité, à une époque, ils peuvent se révéler contre-productifs lorsque la réalité a changé. Ils pèsent néanmoins sur les représentations, et les actions menées.

On en revient au poison du « c’est de gauche », abordé plus haut, qui fixe et entretient une doxa en retard d’une guerre. Et donc stérilisante pour une action victorieuse. Elle a même instruit des procès, coupé-court des tentatives de modernisation et de dépassement : Mendès n’a pu mettre en œuvre ses vues, Rocard a été ligoté, les Frondeurs ont largement contribué à faire tourner le quinquennat Hollande en eau de boudin.

Tout remettre à plat

Il faut donc, hardiment, faire l’inventaire de ces a priori et représentations, eussent-elles fait notre identité, notre univers mental et social. Les questionner. Les revisiter.

Non pas en tant que telles, mais APRES l’indispensable analyse approfondie de la réalité, dont le produit décidera des grandes orientations des luttes à mener, des stratégies à adopter, et du corpus idéologique adapté au contexte nouveau, où des éléments de la doxa ancienne pourront être repris, recyclés, revisités, adaptés, modifiés, ou renvoyés à l’Histoire.

Ce n’est donc pas table rase du passé, mais recréation en adéquation avec la réalité advenue, ou en voie de l’être.

J’ai la conviction que c’est faute d’avoir effectué ce travail depuis si longtemps, faute de s’être donné une théorie adéquate face à un monde qui a changé, que nos gauches, communiste et socialiste, se sont abîmées, dans le dogmatisme et le rabachage de leur doxa obsolète.

Résultat : le champ de ruines actuel, où prétend représenter la gauche un mouvement démagogue, attrape-tout mécontentement, purement protestataire, ce que la tradition de gauche, depuis la Révolution, a toujours combattu.

REPARTIR A GAUCHE 2 : petit kit d'analyse politique

 

MON MARXISME A MOI

Sans prétention, mais pour mettre en ordre mes idées, que je trouve opératoires. Cela résulte de ma pratique politique des années 70, de la lecture attentive de Marx et des althussériens, explosés au choc de la réalité concrète vécue (l’Ouganda d’Idi Amin et ensuite), confortée tant par les situations en France et en Afrique, et l’observation aussi des phénomènes naturels.

Ca pourrait-il servir dans notre futur proche, pour proposer un cadre d’analyse à une gauche en reconstruction ?

Marxisme invétéré :
tout est histoire, structures animées de contradictions

Toute société est une structure qui organise sous forme de mode de production les forces productives dont elle dispose. Dès lors que celles-ci deviennent tant soit peu complexes, le mode de production définit un rapport de forces entre les acteurs sociaux, une contradiction que l’organisation sociale va tendre à stabiliser, mais dont l’évolution conflictuelle est la vie même de la structure, jusqu’à sa disparition.

La contradiction est entre classes sociales, dominante et dominée, opprimante et opprimée, exploiteuse et exploitée.

Sur les classes sociales

Mais une classe sociale n’est pas un groupe, un ensemble d’individus : c’est une structure complexe. Une structure qui, pour accomplir son rôle dans le mode de production, dans l’organisation sociale, s’organise en fonctions, distinctes et articulées, formant appareil. Ainsi la classe capitaliste ne compte pas que les détenteurs de parts d’entreprise, mais aussi les grands managers, les financiers, les acteurs du politique et des forces qui la sécurisent, etc. De même, la classe ouvrière, ce n’est pas seulement l’ouvrier à sa chaîne de production, mais l’employé qui organise le travail, ceux qui assurent la reproduction de la force de travail, etc.

Donc une classe sociale est une structure de fonctions, où les individus viennent s’insérer comme supports de ces fonctions, dont ils assurent l’exercice. Et un même individu peut participer de plusieurs fonctions, et même de fonctions relevant de classes différentes, et se vivre, se représenter comme partageant les intérêts d’une classe autre que celle où il se trouve « fonctionner ».

De l’évolution des structures contradictoires

Dès lors qu’elle s’est constituée – et ce indépendamment de sa génèse – une structure se met à produire, à établir des rapports de force, à générer des conflits et des mécanismes de stabilisation qui assurent sa durabilité en absorbant tant que faire se peut les dynamiques antagoniques qui l’animent.

Autant de facteurs qui évoluent, plus ou moins rapidement, et qui constituent l’histoire de la structure, son évolution, jusqu’à sa disparition.

Les antagonismes au sein du mode de production – la lutte des classes – peuvent être plus ou moins violents, susciter des affrontements, rébellions, renversements, où la classe dominée inverse le rapport de force et prend le pouvoir sur la classe dominante. C’est le schéma classique de ce que l’on nomme des révolutions, dans l’imaginaire politique. Et on y va de 1789, d’Octobre, etc.

Mais il faut y regarder de plus près. Et distinguer.

Les bouleversements

L’éviction, voire l’élimination, de la classe dominante par la classe exploitée a bien entendu des effets majeurs sur l’organisation des sociétés. Mais dans la mesure où cela ne s’accompagne pas d’un changement du mode de production (de la mise en œuvre des forces productives), les fonctions inhérentes au mode de production – et donc à la division du travail dans les classes sociales – restent indispensables, et donc ont tendance, sous d’autres formes, certes, mais inexorablement, à se reproduire, et à reconstituer l’ordre ante, parfois encore plus injuste ou violent.

L’exemple le plus criant est peut-être le socialisme à la soviétique, qui au fil du temps a reproduit une élite privilégiée, exerçant les fonctions de classe dominante, certes non formellement propriétaire du capital, mais détentrice de la richesse et des avantages, exploitant une classe laborieuse, encore davantage dans la mesure où une partie, pour des raisons politiques, était asservie. Un autre exemple me semble être donné par Haïti. Les esclaves se sont héroïquement soulevés contre leur condition, et ont vaincu les colons, qu’ils ont chassés. Mais très vite les nouveaux dirigeants ont tendu à remplacer ces derniers, sans moins d’exploitation ou de cruauté. Le nombre de morts sur les chantiers du Roi Christophe est affligeant.

Ainsi, dans la plupart des cas, le renversement des termes de la contradiction aboutit in fine à la reproduction des termes d’exploitation antérieurs, avec remplacement des acteurs, et changement des formes.

La révolution

C’est à mes yeux un tout autre phénomène.

Ici, ce n’est pas un des termes de la contradiction qui remplace l’autre : c’est une structure nouvelle qui se met en place, sur les ruines de l’ancienne. Cela va avec une autre mode de production (ou une version structurellement nouvelle de celui-ci), basé le plus souvent sur une modification des forces productives. La structure ancienne s’épuise, ne fonctionne plus, éclate ou s’étouffe sur ses contradictions. Et à côté, une structure nouvelle, en gestation parfois depuis longtemps, et jusque là bridée, réprimée par l’ancienne, s’impose comme dominante dans l’organisation sociale qu’elle pilote et organise désormais à ses fins.

Par exemple la révolution française de 1789, dont l’essence est moins prise de la Bastille, Terreur, Empire, que la destruction de l’appareil féodal nobiliaire et l’avènement de la société bourgeoise, fondée sur l’Etat de droit et la liberté, en particulier de la propriété et du commerce.

Deux autres exemples, à mes yeux en cours.

En Afrique,

Le système de la rente prédatrice, héritée de la colonisation et en symbiose avec le système capitaliste mondial (dont il ne participe pas), fondée sur l’exploitation des ressources exportables, dont le revenu est ponctionné par une élite à partir de ses positions dans les appareils politico administratifs (corruption institutionnelle si on veut pour simplifier), est à l’agonie et s’effondre. A commencé à apparaître dans ses marges – et se renforce de la faillite de l’ancien système – une dynamique entrepreneuriale privée, locale, axée sur la valorisation des productions et leur commercialisation sur des marchés régionaux. L’éclosion de ces nouvelles forces sociales se heurte à l’existence de l’ordre ancien, et la lutte se déroule pour imposer un ordre nouveau, propice à la nouvelle structure.

Chez nous

Une mutation profonde aussi est en cours. Le système capitaliste qui nous régit, depuis le XIXème, n’est pas un long fleuve tranquille. Il est agité de phases, de mutations : il se transforme, mais aussi il mue, structurellement : un système remplace un autre.

Ainsi, pour faire court, une structure s’est constituée à la fin de la 2ème Guerre mondiale, fondée sur la production de masse, la concentration des entreprises, l’exploitation des ressources bon marché des pays (ex)colonisés, une atténuation des conflits avec l’Etat-providence. Sur une base de stabilité qu’on a pensé garantie : on reste dans une même entreprise pérenne, on garde le même boulot avec une évolution limitée mais une progression acceptée, la protection sociale garantit l’absence de catastrophe et promet un certain ascenseur social, etc. 1968 a donné un coup de jouvence à ce qui était issu du CNR. Très belle période, dont ma génération avons joui.

A partir des années 80, mutation des forces productives, et tout se met à changer, se dégrade, s’effondre. La finance domine le capital industriel, choc des matières premières, nouvelles technologies, nouveaux acteurs productifs qualifiés font irruption sur le marché, j’en passe. La mouture post 1945 du mode de production entre en crise, s’y enfonce. Une nouvelle version émerge, étouffe l’ancienne, s’y substitue progressivement, avec la paralysie des régulations sociales existantes, la faillite des productions vieillies, et l’exigence (souvent non satisfaite par tétanisation) de formes d’organisation nouvelles.

Nous y sommes : tandis qu’une partie de la société est entrée dans la nouvelle ère, y prospère et pousse aux mutations corollaires, une autre se fige dans la crainte du changement, de la perte de ses avantages, de son rang, ou dans la peur de ne plus trouver de place acceptable. Nous votons dimanche pour cela.

C’est bien un changement de système qui est en cours, une révolution. Et le clivage face au « monde nouveau » traverse les classes sociales de l’état ante, rebat les cartes, adieu les forces politiques d’avant, tout se recompose, ou tarde à le faire. Pour jargonner un peu, la contradiction principale (capital-travail) devient un temps secondaire par rapport à la contradiction entre ordre ancien-organisation sociale nouvelle, qui traverse les classes d’avant. Période de transition, pendant laquelle les cartes sont rebattues, et qui ne sait pas s’y adapter (la gauche en effondrement en l’occurrence) laisse à l’autre l’initiative de la nouvelle architecture.

A bien noter :

Que font les acteurs sociaux ?

Dans le cas d’une révolution, telle que définie ci-dessus, on assiste bien, toujours, à une nouvelle donne. Les comportements des acteurs divergents, quelle que soit la classe sociale dont ils participent. Des fonctions disparaissent, de nouvelles apparaissent, et les individus vont se déployer – selon souvent des critères personnels, aux déterminations plurielles  – entre elles. Ou échouer à le faire.

Tenants aussi bien de la classe dominante que dominée, il en va de même. Certains s’adaptent, mutent, savent s’insérer dans les nouveaux rapports sociaux (favorablement souvent). Certains se trouvent incapables d’adaptation, s’accrochent à la situation ante, font tout pour la conserver, ou s’enfoncent dans sa nostalgie. Ainsi des aristos de l’Ancien Régime. Certains se sont coulés dans la bourgeoisie désormais dominante. D’autres se sont ratatinés sur le souvenir de leur gloire fanée, avec tout au plus le militaire comme exutoire des descendants.

Une société ne se résume pas à la formation sociale dominante

Une société est une réalité complexe, qui ne se réduit pas à 1 mode de production. Celui-ci, qui y domine certes, ne concerne que la partie de la société qui est partie prenante du mode de production en question, de la mise en œuvre de ces forces productives particulières.

Par exemple, dans l’Afrique coloniale et post-coloniale, seules sont marchandises les productions qui entrent dans le circuit d’échange essentiellement extraverti, et générateur de rente. Une énorme partie de la production, vivrière, artisanale, dont la grande majorité de la population sont les acteurs, se situe hors du mode de production dominant. Ailleurs, peuvent exister aussi des vestiges de modes de production éteints, ou des prémices d’organisations nouvelles. De toute façon marginalisés, hors-jeu.

Et ces éléments tenus en marge dans un mode de production particulier peuvent fort bien de retrouver structurellement intégrés dans un mode de production nouveau émergeant, ou abouti – auquel ils peuvent servir de ferment d’éclosion.

Conséquences pratiques

Analyse concrète de situations concrètes

Je ne suis donc pas léniniste, mais cette phrase du grand camarade a du sens.

L’ANALYSE, pas la DOXA

L’essentiel, l’impératif, est de produire l’analyse fine d’une situation sociale donnée à un moment donné, de l’évolution de ses dynamiques conflictuelles, et surtout, quand c’est le cas, de son processus de disparition – avec le repérage de la germination éventuelle d’une autre structure. C’est le cas dans les périodes de transition.

Quand la formation sociale est stable (cela ne signifie pas amorphe, mais dans un rapport de forces conflictuel qui assure sa reproduction dans le temps), les forces à l’œuvre produisent des formes d’organisation, des représentations correspondantes à leurs aspirations, à leurs stratégies – un système de valeurs, des récits, une idéologie – qui répond à leur situation de lutte dans ce contexte. Cette doxa, vite essentialisée, est un outil essentiel dans la lutte. Elle structure les esprits, mobilise, crée identité et conscience de soi – conscience de classe.

Mais – et il en va toujours ainsi quand la pensée vivante devient dogme – son aspect historique, conjoncturel, est oublié, voire nié, au profit d’une essentialisation erronée. Et elle a toute chance de n’être plus opérante, telle quelle, dans une structure nouvelle, dans une autre formation sociale qui aura supplantée celle qui l’a fait naître. Or, s’en tenir à la doxa ancienne aveugle sur la réalité nouvelle, dévie l’action vers des errements.

C’est de gauche ?

Le piège, absolu, le poison insidieux. La question, ou plutôt l’injonction, a pourri nos 20 dernières années, a poussé le quinquennat Hollande dans la paralysie ni faite ni à faire, a bloqué le rassemblement d’une force politique de changement, dotée d’un discours adapté et en adéquation à la réalité du monde.

RIEN n’est de gauche en soi, dans l’absolu, lorsqu’il s’agit de mesures, de dispositifs politiques ou sociaux. Tout cela est conjoncturel, lié à une situation historique. Ce qui perdure – qui n’est pas sacré, mais qui fait l’essence d’une prise de position – c’est : cela correspond-il positivement aux dynamiques en cours, cela contribue-t-il à faire émerger le monde nouveau de la meilleure des manières, et comment, dans cette structure conflictuelle faire prévaloir des organisations qui permettent la justice, une qualité de vie, la sécurité, la liberté et la possibilité de s’épanouir dans une société pacifiée (non sans conflits, mais régulés, supportables). Ce qui perdure, ce sont les valeurs.

Alors si on emballe ce que je viens d’énumérer, non exhaustivement, dans un package qu’on nommera « la gauche », il s’agira de promouvoir les mesures adaptées, non héritées d’une doxa ancienne révolue, mais adéquates pour mettre en œuvre ces valeurs dans un contexte nouveau, différent. Quitte à ce qu’émerge, dans la pratique, une doxa renouvelée.

Une fois tout remis à plat.

Les références, citations, etc. qui m’avaient amené à cette proposition théorique se trouvent dans « L’Afrique en Transition », Mawazo, Makerere University – 1983 (https://joelbertrand.wordpress.com/lafrique-en-transition/ ).

REPARTIR A GAUCHE mes contributions - préambule et sommaire

 

Ceci est totalement outrecuidant, puisque je m’autorise, en toute illégitimité.

J’y expose mes idées, aboutissements d’expériences vécues, personnelles et professionnelles, d’activité politique, militante ou non, d’échanges, de réflexions, propositions concrètes là où je pense pouvoir apporter de l’original bien mûri, etc. J’y jette ce qui pourrait être profession de foi (même si la foi n’a rien à faire ici), approche théorique, un peu de philosophie politique, du poil à gratter, des pavés dans la mare, autres notes encore …

Outrecuidant OK, mais pas au point de prétendre détenir la vérité. Il va sans dire que tout là est à débattre, mais comme ces temps-ci je n’ai pas d’instance où le faire : ce recueil foutoir.

Préambule

Les valeurs, pas la doxa.
Tout remettre à plat.

 Ne jamais diaboliser, ni béatifier.
Toute situation – la réalité – est complexe, à appréhender comme telle.
Il n’y a pas le Bien et le Mal.
Toute pensée manichéiste essentialise, fige, simplifie, fourvoie.


Sommaire

Petit kit d’analyse politique

       Marxisme invétéré :  tout est histoire, structures animées de contradictions
       Conséquences pratiques

Les valeurs, pas la doxa

       La doxa
       Tout remettre à plat

Renouveler la démocratie

       Le référendum (d’initiative populaire ou pas)

       Dynamiser l’initiative populaire

Sur l’écologie

       L’écologie, c’est de l’ECONOMIE.

 

 

 

 


 

 



 


mardi 22 mars 2022

BHL au Burundi

 De mémoire, sous réserve.

Tout d’abord, le contexte. C’était le tournant du siècle, autour de 2000, et j’étais attaché de coopération culturelle à l’Ambassade à Bujumbura. Le pays était en guerre civile, depuis plusieurs années, et si la guérilla hutu ne contrôlait pas vraiment une partie du territoire, elle était largement disséminée et pouvait intervenir un peu partout, si bien que tout mouvement, pour nous, était interdit en dehors de la capitale et de ses abords, sauf précautions très spécifiques, en cas d’obligation.

Pour situer, Bujumbura a été établi au bord du lac Tanganyika, adossé aux contreforts des collines qui constituent l’essentiel du pays. C’est périphérique, ce n’est pas le vrai Burundi, le Royaume des collines justement, où justement le pouvoir avait réussi à empêcher tout étranger de pénétrer, Bujumbura, en sa périphérie, étant le seul lieu accessible aux caravanes de marchands venus de Zanzibar, et donc le seul lieu d’échanges avec le monde extérieur – échanges qui étaient monople du seul pouvoir royal. Un pays donc très fermé sur lui-même, qui s’est longtemps protégé ainsi, a développé une culture de la clôture entre soi. Il faudra attendre la toute fin du XIXème pour que les Allemands forcent la porte, et encore…

Mais assez de digression.

BLH est dans la place

C’est donc en arrivant au boulot un matin que j’apprends que Bernard-Henri Lévy était en visite au Burundi. Je n’aurai pas vraiment l’occasion de le rencontrer, tout au plus l’ai-je croisé dans les couloirs, l’Ambassadeur n’ayant pas organisé de dîner pour lui, ou du moins n’y ayant pas invité les « cultureux » dont j’étais.

Cependant, j’ai été un peu étonné d’apprendre que BHL était logé (et nourri je pense) à la Résidence, et qu’il se déplaçait en véhicules de l’Ambassade, avec chauffeur. Cela à quel titre ? je ne sais. On a vu passer d’autres journalistes, de RFI notamment, de distingués universitaires, d’autres personnes en mission, ils allaient à l’hôtel, et se débrouillaient pour leurs déplacements.

Mais bon. C’était sous Chirac. BHL avait-il statut particulier ? Allez savoir.

La descente des collines

Je tiens ce qui suit de ce que m’en a dit Amimou, un des chauffeurs de l’Ambassade, celui qui le plus souvent me véhiculait, et avec qui j’avais des rapports cordiaux.

C’est donc Amimou qui avait été mis à la disposition de BHL pour l’emmener en visite (devrait-on dire en éclairage ?) dans l’intérieur du pays, dans les collines, vers Gatumba si je ne m’abuse. Et ce dans le véhicule blindé de l’Ambassade, précautions de sécurité obligent.

Une horreur, ce blindé. Grisaille, lourd, peu maniable, carrossé comme un bunker, ça tenait la route comme une savonnette. J’ai eu, contraint, à l’utiliser trois ou quatre fois pour me rendre à Gitega, justement, à l’Alliance Française que je supervisais. Chaque fois, j’étais tout sauf rassuré. Peur de m’envoyer en l’air avec un engin si peu maniable. Peur aussi d’une éventuelle attaque : on y était protégé, faut espérer, de quelques balles, mais si la route était bloquée, le véhicule immobilisé, pas moyen de rien faire, ni demi-tour rapide, ni échappée belle dans les fourrés tant il était difficile de s’en extraire. Je me serais senti bien mieux dans ma bagnole habituelle, et je me suis plusieurs fois fantasmé pris au piège grillant dans cette boîte à sardines. Mais assez de digression encore.

Sur le chemin du retour, sur cette route qui descend vertigineusement le long de la faille pour regagner Bujumbura, en bas, le blindé BHL aperçoit un véhicule militaire, de l’armée burundaise, arrêté sur le bas côté. Les occupants, descendus, font des signes. Pas pour contrôler, ils ont besoin d’aide. Amimou ralentit. « Continuez, continuez ! » crie la voix, à l’arrière. Amimou s’arrête pourtant. C’est ce qui se fait, sur la route, on s’entraide. Et surtout, qu’un véhicule officiel français dédaigne ainsi des officiels du pays, fussent-ils des militaires, ça ne se fait pas … Amimou descend, voit ce qui se passe – son passager étant resté blotti à l’intérieur – discute. C’est réglé, ça repart.

Heureusement, parfois, que le personnel de service sait observer les bons usages, et sauve l’honneur.

Le long du Lac, vers le sud

C’était certainement le lendemain – BHL n’a pas fait long feu dans le pays.

Cette fois, l’expédition devait aller vers le sud, le long du Tanganyika, une route lieu de nombreuses attaques, une route que je n’ai moi-même, en quatre ans dans le pays, jamais été autorisé à emprunter. N’ayant rien à y faire d’ailleurs que découvrir les magnifiques sites et plages qu’on me disait orner la côte.

On en parle le lendemain. Ils y étaient bien allés, quelque chose comme 20km vers le sud. Et retour. Tranquille. Rien à signaler. A la bonne heure.

Mais quelle ne fut pas ma surprise, plusieurs semaines après, de découvrir, dans Paris-Match je crois, une photo. On y voyait BHL, tapi contre une rangée de blocs en béton, de ceux qu’on met le long d’une route pour séparer une voie. Au-delà, une rangée de maisons-boutiques, habituelles. Sur les maisons, comme sur les blocs, les traces visibles d’impacts . Belle photo, BHL recroquevillé, on entendrait le sifflement de balles, dont parle la légende.

Parlerai-je, en littéraire, du « mentir vrai », de la fiction plus vraie que le réel ? Même à seule fin de s’autoglorifier ?


Je n’ai pas retrouvé la photo en question. Mais celle que je reprends ici, prise à Sarajevo en 1992 (@Libération) est dans le ton, le soleil et les couleurs chatoyantes en moins. Récidiviste. De plus, nota bene, je ne me souviens pas s’il était accompagné d’un photographe, mais certainement, à moins qu’il ne se soit attaché les services d’un professionnel sur place.


dimanche 3 octobre 2021

Faut-il désespérer de l'Afrique ? (Faux-semblants et vrais ressorts) / Should we despair of Africa ? (Deceitful appearances and real mechanisms)

 For English, see below

Ce texte résulte de longues observations sur le Continent, dans des circonstances parfois exceptionnelles, de lectures et d'échanges, de réflexions, mais aussi et surtout il s'est nourri de l'intelligence collective développée au sein du Groupe Initiative Afrique dont il reprend et quelque peu prolonge les analyses.
Je ne saurais le signer seul.

Faut-il désespérer de l’Afrique ?

Faux-semblants et vrais ressorts

« Que faire en Afrique ? «  « Que faire pour l’Afrique ? » « Que faire avec l’Afrique ? » « Que faire pour notre Afrique ? » . Ca s’agite, ça s’interroge de tous les côtés, de sommets en rapports, de conférences en déclarations et engagements, privés, publics, Africains et Internationaux, sans compter les revirements stratégiques. Vraiment, ça ne va pas, et chacun s’en inquiète. Pour autant, ça tourne en rond, depuis des décennies : trop de corruption, absence de démocratie, de sens moral, mauvaise gouvernance, … ou alors domination néocoloniale, pillage des ressources, sujétion des esprits, dirigeants vendus, … Et que dit-on ? « C’est l’Afrique, que voulez-vous ! » Cela a toutes sortes de relents. On se résigne, on en appelle à la vertu, au sens de l’intérêt général, du service public, on recherche les hommes intègres. Sans jamais se demander réellement pourquoi. Ou si on s’est posé les bonnes questions. On n’avance pas, alors que l’Afrique bouge.

Et si on s’était dispensé de faire une véritable analyse des formations sociales du continent, en continuant à croire, voyant le soleil se lever à l’Est, qu’il tourne autour de la Terre ?

En effet, on pense traiter, en Afrique notamment, avec des Etats modernes, dotées d’administrations et de législations, tout entiers orientés en principe vers le bien commun décidé par les majorités, et où les abus sont sanctionnés ! Bref l’Etat wébérien, essentialisé, idéalisé. Comme il se doit, quoi. Pourtant rien ne colle. Et de déplorer que l’intérêt général cède le pas aux intérêts particuliers. Que les élections pour représenter les majorités soient trafiquées. Que les institutions ne semblent pas servir les missions qui sont les leurs. Que les détournements soient impunis. Que les plus beaux des projets de développement tournent en eau de boudin ou s’évaporent, malgré tous les verrous, précautions et chicanes érigées. On ne sait plus à quel saint, ou gradé, se vouer ! Mais ne prend-on pas des vessies pour des lanternes ?

Depuis des lustres on prend pour argent comptant les formes institutionnelles en place (et les Africains ont été maîtres pour revêtir leur système des formes les plus diverses empruntées au Nord, selon qu’il plaisait à ces derniers), alors que le fonctionnement du système, sous ces formes empruntées et revisitées, est souvent tout autre. Longtemps les uns et les autres se sont satisfaits de ce marché de dupes, de ces faux-semblants qui, en s’en tenant à des apparences acceptables, politiquement correctes, convenaient aux “valeurs universelles” de la communauté internationale, à l’idéologie développementaliste dominante chez les bailleurs, aux schémas anti-impérialistes dominants dans l’intelligentsia africaine.

Donc, selon quels ressorts ces sociétés fonctionnent-elles, au-delà des faux-semblants et des masques, des déguisements empruntés pour donner le change ? Quel Etat (car il en est plusieurs, n’en déplaise à l’idéologie libérale) est au service de ces ressorts, pour en assurer l’efficacité et la reproduction ?

Comme dans l'exercice classique des sessions de formation, il faut sortir du cadre pour trancher le casse-tête.

Beaucoup de sociétés issues des Indépendances, donc de la colonisation, sont fondamentalement régies par un système qu’on pourrait, pour simplifier, nommer celui de la rente prédatrice. L’accumulation de richesse ne résulte pas de la valorisation d’un capital, mais de la captation permise par la position acquise dans les rouages de l’appareil étatique ou dans l’accès aux rapports avec celui-ci. Le carburant du système étant d’abord les produits bruts d’exportation, puis tous les revenus que la détention d’un pouvoir officiel peut générer, y compris l’aide étrangère si on sait s’y prendre.

On le voit, ce système n’a rien à voir avec celui connu sous le nom de capitalisme. Il n’en a que les oripeaux, quelques formes empruntées. Mais cette apparence – et le nom – aveuglent.

Ce système s’est progressivement perverti en se systématisant, et est à bien des égards à bout de souffle. L’appétit croissant des bénéficiaires, leur concurrence exacerbée, la lassitude des populations que n’atteint plus le ruissellement de jadis et laissées désormais à l’abandon, l’arrivée de cohortes de jeunes qui ne voient pas d’avenir et, bien connectés, en supportent de moins en moins l’injustice, tout cela le menace.

A bien des égards, l’aide internationale – qui traite avec les Etats, avec CES Etats -a permis à ce système, cahin-caha, de perdurer. En tout cas, bien davantage dans les pays francophones, gardés sous perfusion.

Mais il y a plus.

Dans les marges du système – il en a de larges, puisque toute une partie de la vie économique et sociale, dite informelle, qui occupe une majorité de la population, n’est pas ou beaucoup moins dans l’aire de la prédation – est apparue une autre dynamique, celle d’un secteur entrepreneurial privé, fondé sur l’innovation et la technologie, la transformation et la valorisation de produits locaux, pour un marché local ou régional. Certaines de ces entreprises, récemment ou, peu nombreuses, depuis plus longtemps, ont pris de véritables dimensions. Parfois sans besoin de grand capital de départ, parfois en saisissant une opportunité conjoncturelle (le ciment pour Dangote quand le Nigeria construisait à tout va), parfois en convertissant une accumulation prédatrice antérieure.

Pour le moment, ce secteur économique privé se développe, le plus souvent, à l’écart des institutions, sans leur appui, voire en butte aux obstacles qu’elles lui dressent, aux extorsions qu’elles lui font subir, aux règlementations avec lesquelles elles l’étouffent. Car pour la Rente, pour les Prédateurs, l’entreprise privée est à la fois menace et proie. Cette dynamique, quoique ralentie, entravée, s’impose progressivement. Davantage dans les pays anglophones, où l’écroulement des Etats et de la monnaie, dans les années 90, a laissé plus d’espace au mouvement tandis que la résistance des Etats et la stabilité du CFA a largement préservé la capacité de nuisance de ceux-ci dans les pays francophones.

Cette dynamique est loin d’avoir gagné la partie. Pour qu’elle se développe, atteigne une taille critique et devienne hégémonique, elle aura besoin de changements d’orientations politiques, d’un renouvellement des pratiques et des règlementations qui favorise son essor au lieu de le brider. En fait d’un autre Etat, à construire. Le mouvement est en cours, qui semble inéluctable. Mais encore bien fragile.

Si cette analyse est juste – à savoir que nous assistons à une phase où un système de rente prédatrice qui a trouvé ses limites compte tenu de la vague démographique et des mouvements citoyens est en concurrence avec un système dont la locomotive serait l’initiative économique privée, une économie privilégiant la valorisation sur place des productions locales pour un marché régional – alors ne faut-il pas que chacun, en Afrique, dans la communauté internationale, en tire toutes les conséquences ? En reconsidérant tout selon cette nouvelle perspective.

Ainsi des engagements d’aide pris par le dernier G7. Ou des remises de dettes. Cela servira-t-il encore à faire de l’acharnement thérapeutique en nourrissant la rente par perfusion, malgré toutes les précautions prises ? Ou cela, la leçon tirée, sera-t-il injecté dans l’économie réelle, productive, génératrice de valeur ajoutée et créatrice d’emploi, en détournant les flux de tout ce qui est institutionnel, des circuits d’évaporation.

Sans plus interférer directement avec la politique africaine – ce sera aux Africains à déterminer les modalités du changement de leurs sociétés, avec tempêtes peut être, tangage et secousses, comme il le feront –, il est temps d’accompagner et de faciliter un mouvement en cours, de fluidifier son éclosion.

Les avenues pour ce faire sont nombreuses :

• Encourager toutes les réformes de structure susceptibles de faciliter la transformation locale et les échanges régionaux (régulation du commerce international, politique monétaire, législations intérieures, règlementations régionales, sanction des prédations).

• Financer des investissements orientés vers le développement des économies locales : voies de communication entre lieux de production et de transformation, et non plus à l’export, accès aux nouvelles technologies, à l’énergie, outre l’éducation et la santé.

• Aider en finançant non plus (seulement) les Etats et les institutions, mais les entreprises : prêts, participation au capital, pépinières d’entreprises, etc. y compris les micro-entreprises, les artisans et les auto-entrepreneurs.

• De l’assistance technique, oui, mais pas dans les administrations pour définir des politiques publiques : dans les entreprises privées, en personnels d’encadrement et en conseil, ou en finançant des consultants et de l’expertise, en réponse aux besoins des entrepreneurs.

• Soutenir les initiatives de la société civile qui s’emploient à surveiller la dépense publique et à lutter contre la corruption.

Pour autant, il ne s'agit pas de béatifier le privé, qui a aussi de nombreux travers. Son arrivée en position de leadership ne sera pas l'avènement du paradis sur terre. Il n'en sera pas nécessairement fini de la corruption, quoi que peut-être sous d'autres formes (rappelons nous les scandales qui ont émaillé la 3ème république en France, pendant justement la période de la bourgeoisie d'affaires triomphante). Il n'est pas dit du tout que les travailleurs aient une vie plus facile. Qu'en attendant que les régulations s'imposent avec efficacité, il n'y ait pas de fortes turbulences.

Bien entendu, il y a besoin d'un Etat "...pour que le secteur privé fonctionne bien." Mais de quel Etat ? Certainement pas du type de ceux, encore nombreux en Afrique, si on veut généraliser, qui sont largement des machineries d’extraction et de répartition de la rente dont bien des mécanismes briment, étouffent, empêchent d’éclore les initiatives privées, les entrepreneurs économiques locaux, petits ou gros.

Toute la pression doit être mise, en interne comme en externe, pour que les systèmes étatiques en place cessent d’être nuisibles à l’éclosion et au renforcement des initiatives économiques privées. Que soient levées les entraves, que changent les pratiques d’extorsion, que les entrepreneurs et investisseurs soient sécurisés.Ceux-ci, pour se développer, pour mettre en place l’activité de valorisation et d’échange des produits locaux, ont besoin d’un Etat REFORMé, REFONDÉ qui soit à son service, qui cesse de nuire pour au contraire faciliter, créer les conditions favorables à son activité, réguler aussi, positivement. Qui dans un premier temps écoute le cri « Laissez-nous entreprendre ! », et bien vite entende« Aidez-nous à entreprendre ! ». Cris qui s’adressent aussi bien aux dirigeants locaux, qu’aux institutions d’aide qui se veulent bienveillantes.

Tout ce qui peut, d’une manière ou d’une autre, accoucher de telles évolutions est bon à prendre. Envoyer des signaux forts aux forces économiques productives, à la jeunesse, montrer qu’il y a un avenir et qu’il est entre leurs mains, voilà qui combattrait vigoureusement la désespérance, la perte de repères, l’influence vénéneuse des propagateurs de haine et de mort. C’est parmi les populations que la guerre contre le terrorisme se gagnera, par la restauration de la confiance en l’avenir, en des autorités renouvelées, en des institutions au service des populations au travail. Quand bien même il y aurait de la déperdition, elle sera incommensurablement moindre qu’actuellement, et elle aura mis du carburant dans les circuits économiques.

Passons vite à autre chose, le temps presse, pour que s’ouvrent de nouvelles perspectives d’avenir.

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Should we despair of Africa?

Deceitful appearances and real mechanisms 

“What to do in Africa? “What to do for Africa?” “What to do with Africa?” “What to do for our Africa?”. From summits to reports, from conferences to declarations and commitments, private, public, African, and International, everyone is questioning. Indeed, there is something wrong, and everyone is worried about it. However, things have been going in circles for decades: deep-rooted corruption, lack of democracy and moral sense, poor governance, etc. or neo-colonial domination, plundering of resources, the subjection of minds, sold-out leaders, … And what do we say? “It’s Africa, mind you!” This carries all kinds of innuendoes. We resign ourselves, we appeal to virtue, to a sense of the general interest, of public service, we seek men of integrity, without ever really asking why or whether we asked the right questions. We are not progressing, while Africa is moving.

What if we are dispensed with a real analysis of the social formations of the continent, continuing to believe, seeing the sun rising in the East, that it revolves around the Earth?

Indeed, particularly in Africa, it is thought that we are dealing with modern States, with administrations and legislations, entirely oriented in principle towards the general interest decided by majorities, and where abuses are punished! In short, the Weberian State, essentialized and idealized. As it should be. Yet nothing is working. And one deplores the fact that the general interest gives way to the special interests. That the elections to represent the majorities are rigged. That the institutions do not seem to serve the missions that are theirs. That the misappropriations go unpunished. That the most beautiful development projects turn into pudding water or evaporate, despite all the locks, precautions and chicanes erected. One no longer knows what to do, to which saint to pray, or which officer to trust! But don’t we confuse a sow’s ear with a silk purse?

For ages, the institutional forms in place have been taken for granted (and Africans have been masters to clothe their system of the most diverse forms borrowed from the global North, according to the liking of the latter), while the functioning of the system, in these borrowed and revisited forms, is often quite different. For a long time, both sides were satisfied with this market of deceptions, these false appearances, while sticking to acceptable, politically correct appearances, suited the “universal values” of the international community, the dominant developmental ideology amongst donors, the dominant anti-imperialist schemes in the African intelligentsia.

So, according to which mechanisms do these societies operate, beyond pretences and masks, disguises borrowed to make it look good? Which State (because there are several types, with all due respect to the liberal ideology) is at the service of these mechanisms, to ensure their effectiveness and its reproduction?

As quite often said in a classic game, you have to think out of the box to solve the puzzle.

Many societies resulting from Independence, hence from colonization, are fundamentally governed by a system that could, to simplify, be called the predatory rent. The accumulation of wealth does not result from the capital valuation but from the opportunities given to acquire income by one’s position in the state apparatus or by one’s access to it. The fuel in the system is first the gross exports, and then all the revenues that official power can generate, including foreign aid if one knows how to navigate it.

As we can see, this system has nothing to do with the system known as capitalism. It has only the oriskins, some borrowed forms, but this appearance – and the name – blinds.

This system got gradually perverted by systematising itself and is now in many ways completely exhausted. The growing appetite of the beneficiaries, their exacerbated competition, the weariness of the populations, which no longer benefit the trickle-down process and feels abandoned, the arrival of cohorts of young people who do not see a future and, well-connected, resent more and more injustice, all this threatens it.

In many ways, international aid – which deals with States, with THESE States – has allowed this system, cahin-caha, to continue. In any case, much more in French-speaking countries, kept on a drip.

But there is more.

In the margins of the system – it has broad ones, since a very large part of the economy and social life, called « informal » occupies a majority of the population, and it is not or much less in the area of predation – another dynamic has appeared, a private entrepreneurial sector, based on innovation and technology, processing and upgrading local products, for a local or regional market. Some of these companies, recently or in fewcases, for a longer time, have taken on real dimensions. Sometimes without a large starting capital, sometimes by seizing a conjunctural opportunity ( for instance, the cement for Dangote when Nigeria was developing at all costs), sometimes by converting an earlier predatory accumulation.

For the time being, this private economic sector is developing, more often than not, away from the institutions, without their support, or even facing the obstacles that they put up against it, the extortions they inflict on it, the regulations with which they stifle it. Because for the Rent, for the Predators, private enterprise is both a threat and a prey.This dynamic, although slowed down, hindered, is gradually prevailing. More so in the English-speaking countries, where the collapse of the States and the currency in the 1990s left more room for the movement, while the resistance of the States and the stability of the CFA Franc largely preserved the nuisance capacity of the latter in the French-speaking countries.

This new dynamic is far from having won the game. For it to develop, reach a critical size and become hegemonic, it will require changes in policy strategies, a renewal of practices and regulations that promote its growth rather than curb it. In fact, to rebuild the State. The movement is ongoing, which seems inevitable. But still very fragile.

If this analysis is correct – i.e., we are witnessing a phase in which a predatory rent system that has realised its limits given the demographic wave and citizen movements is competing with a system of which the locomotive would be the private economic sector, an economy favouring the on-the-spot exploitation of local production for a regional market – so shouldn't everyone in Africa, in the international community, take full advantage of this? By reconsidering everything from this new perspective.

For instance, aid commitments made by the last G7. Or debt forgiveness. Will these big monies still serve to make therapeutic obstinacy by feeding the rent by drips, despite all the precautions taken? Or, the lesson learnt, will it be injected into the real, productive, value-added and job-creating economy, diverting the flows from all that is institutional, from the evaporation circuits.

Without further direct interference with African politics – it will be up to Africans to determine the modalities of change in their societies, with storms perhaps, pitching and shaking, as they will do – it is time to accompany and facilitate an ongoing movement, to fluidify its blooming.

There are several ways to do this:

• Encourage all structural reforms likely to facilitate local transformation and regional trade (international trade regulations, monetary policy, domestic legislation, regional regulations, and sanctions against predation).

• Finance investments aimed at the development of local economies: smooth communication routes between production and processing sites, and no longer for exports, access to new technologies, energy, in addition to education and health.

• Assist by financing not only States and institutions, but also enterprises: loans, equity participation, business incubators, etc. including micro-enterprises, craftsmen and sole proprietorships.

• Technical assistance, yes, not in government offices to define public policies: but in private companies, as management and advisory staff, or by funding consultancies and expertise, in response to the needs and requests of entrepreneurs.

• Support civil society initiatives that monitor public spending and fight corruption.

However, it is not a question of beatifying the private sector, which also has many flaws. Its arrival in a leadership position will not be the advent of paradise on earth. There will not necessarily be an end to corruption, though perhaps in other forms (let us recall the scandals that punctuated the Third Republic in France, during precisely the period of the triumphant business bourgeoisie). It does not mean that workers will have an easier life, nor that until regulations are effectively enforced, there will be no severe turbulence.

Of course, there is a need for a state "...for the private sector to function well." But which state? Certainly not of the type, still numerous in Africa, if one wants to generalize, which are at large, pieces of machinery of extraction and distribution of the rent of which many mechanisms curtail, suffocate, prevent to hatch private initiatives, local economic entrepreneurs, be them large or small.

All pressure must be put, both internally and externally, to ensure that the existing state systems cease to be harmful to the outbreak of and strengthening of private economic initiatives. That barriers are removed, that extortion practices change, that entrepreneurs and investors are secured

To develop, to set up the activity of valorization and exchange of local products, they dearly need a REFORMED, OVERHAULED State, which would be at their service, which would cease to harm, but on the contrary would facilitate, create the favourable conditions to its activity, regulate as well, positively. Which at first would listen to the cry "Let us do it!" and soon hears "Help us do it!”.Cries addressed to local leaders, as well as to aid institutions that want to be benevolent.

Anything which can, in one way or another, facilitate such evolutions is good to take on board. To send strong signals to the productive economic forces, to the youth, to show that there is a future and that it is in their hands; it would vigorously fight the despair, the loss of reference, the poisonous influence of the propagators of hate and death. It is among the populations that the war against terrorism will be won, by the restoration of confidence in the future, in renewed authorities, in institutions at the service of the productive populations. Even if there is pilferage and loss, it will be immeasurably less than it is now, and it will have put fuel into the economic circuits.

Let us move quickly to something else, time is ticking, to open up new perspectives for the future.



vendredi 24 septembre 2021

Le coût des études supérieures

 J'emprunte ce graphique, très parlant, à un ami économiste. Il m'a incité à mettre par écrit une réflexion, je dirais un dilemme, que je ressasse depuis longtemps.

Se situer au niveau du Japon/Canada/Corée du Sud?

A dire vrai, c'est une question, que je ne peux arriver à trancher,

J'ai toujours connu le système français, avec quasi pas de frais d'inscription, même si on a souvent hurlé aux augmentations qui étaient imposées progressivement. Excluons cependant les grandes écoles, celles qui sont non seulement gratuites mais où les étudiants sont rémunérés, et celles qui sont d'ores et déjà hors de prix (commerce, management, et bien d'autres). Autant dire que les enfants de familles modestes, même pas pauvres, s'en trouvent de fait exclus, et n'ont comme issue que la Fac.

Le système est beau, généreux, veut permettre à tous l'accès à des études supérieures.
C'est donc l'Etat qui finance l'essentiel du coût des études supérieures, qui subventionne indistinctement classes moyennes inférieures (et les revenus modestes bien entendu, pour lesquels il y a es bourses en plus) et enfants de foyers à hauts ou très hauts revenus. Qui subventionne indistinctement les étudiants étrangers qu'ils soient des jeunes valeureux, méritants, issus de familles modestes (mais ceux-là ont-ils seulement la possibilité de postuler, de voyager, de subvenir à leurs besoins sur place ?) ou qu'ils soient enfants d'élites fort riches, aux fortunes bien ou mal acquises. A tous, la République subventionne les études, indistinctement. Y compris à certains (minoritaires, mais réels) qui enfilent redoublements et changements de filières pour durer étudiants le plus longtemps possible.

Entendons-nous bien. J'accorde une importance primordiale au fait d'accueillir et de former des étudiants en France. Il en va de notre rayonnement, de notre avenir, si tant est que les liens noués pendant les études façonnent les individus qui vont s'en trouver imprégnés tout au long de leur vie, dans l'exercice de leurs responsabilités. Je ne décolère pas que les comptables de Bercy aient au fil des années imposé des restrictions de toutes sortes au prétexte (réel) qu'on subventionnait largement et à l'aveuglette, mais avec la conséquence de tarir (définitivement ?) l'afflux des étudiants étrangers, et en particulier des meilleurs.

Car la quasi gratuité des frais de scolarité est-elle attractive ? Largement pas. Je me désespère de connaître de plus en plus de jeunes Africains - même francophones - qui tournent leurs regards vers UK ou USA, malgré les coûts prohibitifs, et dédaignent désormais la France et l'Europe, ou seulement comme pis aller, si on ne peut faire autrement. C'est justement le coût qui attire ? En tout cas c'est l'ambition des meilleurs. Et ces destinations préférées savent les attirer, avec des bourses, des "grants", et toutes sortes de financement, tout en prenant l'argent des enfants de riches qui ont les moyens de payer les "fees", et retourneront reproduire les élites dont les parents participent. Banco ! Il ne faut pas s'étonner si on construit ainsi notre déclin, notre perte d'influence, à ne pas savoir capter les talents. Tout faux !

Que faire alors ? La solution serait-elle de demander des frais de scolarité correspondant aux coûts réel ou à peu près, à tout le monde (et pas seulement aux étrangers, comme cela a été tenté) ? Ceci s'accompagnant, au denier près, de bourses pour couvrir ces frais supplémentaires, en totalité ou partiellement, en fonction du niveau de revenu des parents, sur la base par exemple du revenu imposable. Et pour les étrangers (ce serait bien entendu beaucoup plus compliqué) multiplier les bourses, sur la base du mérite si on ne peut évaluer la capacité familiale à financer.

Je comprends que cela décoiffe. Et je suis moi-même très hésitant, car on sait la capacité des Finances à progressivement réduire ce type de dépense budgétaire, à en faire une variable d'ajustement, jusqu'à perdre le sens de la mesure. surtout si la volonté politique n'est plus là. C'est un peu la quadrature du cercle, n'empêche que la situation actuelle n'est pas satisfaisante.